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» D’où venez-vous ainsi couvert de précipices — Noah.

Léocadia Sorbet

Léocadia Sorbet
Dresseur Galar

C-GEAR
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Région : Galar
Mar 21 Sep 2021 - 13:08

D’où venez-vous ainsi couvert de précipices, Avril 2021.

Skifford est une ville difficile à quitter : c’est la réflexion qu’elle se fait chaque fois qu’elle y passe et qu’elle doit s’arracher aux rires de ses mouettes, au souffle salé de ses embruns et à la gaze pailletée de son soleil ; de ces atmosphères qui donnent une délicieuse sensation de désœuvrement, comme aux premiers jours de longues vacances, et qui font oublier pour un temps le poids des incertitudes, des obligations. Oui, chaque fois qu’elle doit s’en aller, poussée par la main tendre mais impérieuse des vagues, elle ne peut s’empêcher de chercher quelque prétexte pour s’attarder encore un peu, un tout petit peu. Hélas, nul prétexte aujourd’hui : après une chasse aux œufs peu fructueuse quoique terriblement amusante, Clara l’a serrée une dernière fois dans ses bras avant de repartir sur les routes de Galar à bord de son vieux camping-car retapé, et une adorable photo de famille envoyée par Giacomo lui a appris qu’ils se sont manqués de quelques heures, là-bas, à Alola, qu’en somme elle ne pourra pas lui voler un peu de son temps avant de revenir à ses propres préoccupations. « Zut ! » rouspète-t-elle contre le sort, car elle vient déjà de passer plus d’une heure au téléphone avec son petit papa pour lui raconter ses aventures et qu’elle ne peut tout de même pas lui chauffer à nouveau l’oreille avec ses interminables bavardages. L’idée l’effleure, une seconde, que Mimosa, en sortant de son abri, trouvera bien quelque bêtise à faire – et donc à réparer –, mais elle secoue la tête, se moquant avec complaisance de ses temporisations d’enfant : il faut partir, un point c’est tout.

Il est bientôt onze heures du matin : une journée suffira amplement pour atteindre Kickenham, y déjeuner, puis regagner les montagnes d’Old Chister afin d’y passer la nuit et reprendre, dès le lendemain, ses recherches là où elle les a interrompues. Mais tout de même, miaule-t-elle intérieurement : une dernière balade le long de la jetée s’impose par un temps si radieux. Elle trouve une sérénité apaisante dans la flottaison des bateaux amarrés, se dit qu’elle aurait aimé se tenir pareillement à la surface de l’existence. Elle regrette aussi de ne pouvoir en faire profiter ses pokémons qui ont absolument besoin de repos après avoir tant crapahuté sur les différentes îles d’Alola – ou peut-être ne s’accommode-t-elle tout simplement pas de ces solitudes contemplatives qui l’obligent subrepticement à regarder à l’intérieur d’elle-même. Elle sourit rêveusement, s’accroche sans désespoir à ce qui lui reste d’insouciance afin de profiter pleinement de ses derniers moments de vacances à Skifford – avant l’invention de son prochain faux-fuyant ! Les marchands locaux se font les complices de ses errances, du reste, puisqu’elle se retrouve bientôt avec une belle barquette de fraises dans les mains, qu’on lui conseille amicalement de déguster au bord du quai avant que le soleil de midi ne s’en mêle.

C’est ainsi, sagement assise sur la pierre, ses pieds nus effleurant candidement la joue mousseuse de la mer, qu’elle respire avec délice le bonheur fugace de la matinée. Elle écoute le secret murmure des eaux, s’éblouit de leur grain ensoleillé en aventurant sa main gourmande, à l’aveugle, vers la barquette de fraises qui se vide petit à petit. La pulpe de chaque fruit a quelque chose de rafraîchissant contre ses lèvres, nuance le sel qui assèche doucement les roseurs de son visage. Oh, elle ne le voit pas tout d’abord, ne la perçoit pas, cette présence inoffensive mais prudente qui s’approche discrètement de ses fraises. C’est seulement lorsque sa main en rencontre accidentellement une autre, toute ronde, blanche et lisse qu’elle comprend enfin : on se sert dans sa barquette, l’air de croire que la mignonnerie est une monnaie suffisante et peut bien excuser une telle filouterie – à raison d’ailleurs ! Léo, en apercevant ce petit pokémon qu’elle n’a jamais vu à Galar, son adorable frimousse de loutre surmontée de minuscules oreilles bleues, pousse une exclamation de surprise et de tendresse mêlées ; mais on doit y entendre une forme de réprobation, car la petite chose, une fraise dodue précieusement serrée contre son cœur, sursaute peureusement et s’enfuit avant même qu’elle n’ait eu le temps de s’extasier. « Oh ! M-mais… N-non, attends ! » s’écrie-t-elle en se redressant avec maladresse pour réenfiler précipitamment ses tennis et se lancer à sa poursuite, barquette de fraises à la main.

La petite loutre se dirige vers un autre quai, un peu moins fréquenté, où de tranquilles bateaux sommeillent dans le soleil ascendant. Hélas, voyant par-dessus son épaule qu’on lui court toujours après, elle semble s’affoler, au point de lâcher malencontreusement son précieux fruit. Le drame lui fait trembler la truffe ! De toute évidence, elle hésite une seconde à revenir en arrière pour la récupérer, Léo le comprend d’ailleurs et ralentit sa course, essaie de se rendre moins imposante, de se donner l’air amical, voire complice : « Eh, n’aie pas peur, murmure-t-elle en s’accroupissant déjà, essoufflée par la course, je ne vais pas te faire de mal… ! » Et, comme pour l’assurer de sa bonne foi, elle avance la barquette de fraises pour lui signifier qu’il n’y a plus à se soucier de celle qui est tombée par terre : « J’en ai d’autres, elles sont toutes pour toi si tu veux… ! T-tu es tout seul… ? » Pour toute réponse, la petite loutre lève vers elle un regard où perce un mélange de curiosité et de défiance qui lui crève le cœur, avant de reculer vers la passerelle d’un petit bateau de plaisance semblable à un navire de pêche. Il paraît impossible à Léo d’en rester là, cependant. « C’est chez toi, ici… ? » demande-t-elle encore en s’arrêtant à l’extrémité de la passerelle, s’accroupissant à nouveau pour lui céder ostensiblement les fraises restantes, dans un geste de paix. Le bateau semble inoccupé pour le moment, aussi se permet-elle de rester là, à l’observer – et à fondre intérieurement à l’aspect de son coquillage et de ses joues mouchetées de taches de rousseur. Le soleil fait joliment scintiller sa fourrure, comme bullée au niveau du col – et irrésistiblement, elle tend une main caressante, quand bien même, à son plus grand regret, le petit corps se dérobe obstinément : « Approche… » chuchote-t-elle avec toute la douceur dont elle est capable. Mais alors qu’elle essaie de le rassurer, le soleil qui lui illuminait le dos disparaît brusquement, englouti par une ombre gigantesque qui les recouvre tous deux et s’étend de plus en plus sur la passerelle. Léo, soudain inquiète, déglutit tout doucement, essaie de maîtriser l’affolement de son cœur et, sans comprendre qu’elle gêne le passage, bascule la tête en arrière avec prudence, très lentement, ses yeux s’agrandissant de stupeur à mesure que s’y impriment les contours du géant qui vient de manger le soleil. « O-oh… »

1135 mots.



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Noah Blackwater

Noah Blackwater
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Région : Unys
Mar 21 Sep 2021 - 20:50

D’où venez-vous ainsi couvert de précipices, Avril 2021.

Une procession de fourmis émerge sur le granit abimé de sel et d’embruns. Noah s’active, les paumes larges, le front recouvert de l’ombre d’une casquette sombre sous un soleil déroutant. Galar est différente des autres régions qu’ils ont visitées jusqu’à présent, elle a les bras tendus, le ronronnement doux et superbe inscrit à même les pavés de son port. Elle lui est apparu avec une netteté qu’il a jugé suspicieuse dans un premier temps, un peu trop de vertu saupoudrant ses côtes aimables et l’impressionnisme en couleurs unis à des kilomètres.

Des sirènes paressent en haut des jetées, les phares étincèlent sous le temps clément. Il est le seul à se méfier. Susan est de bonne humeur sous son chapeau de paille, Moustique sautille joyeusement sur le pont, son coquillage centrale tout irisé d’excitation à peine contenue. Quant à Pacha, il laisse sa queue câline et indolente caresser de loin l’onde agréable du ressac avant de venir rouler à nouveau dans son antre rond. Noah ramasse l’objet léger, l’observe un temps, des mystères insondables au bord des cils, puis le range. « L'endroit où nous nous trouvons a-t-il une influence sur l’intérieur des pokéballs ? » S’entend-t-il demander à Susan, la corde se nouant sous ses mains rêches. Il a l’habitude de la mécanique à adopter dans un port de plaisance, les gestes sont rapides et énergiques. Le brun lance sur le rivage, le lasso glissant sur la bitte d'acier lourd. Moustique est leste et semble déterminé à l’aider. Un sourire grésille, l’amusement perle tandis qu’il lui assène de petites instructions. Ce serait plus simple si les créatures pouvaient parler leur langue, s’ils pouvaient délivrer leurs secrets se dit-il en voyant le pokémon crapahuter d’un bout du pont à un autre.

Il prend l’une des valises et la pose sans effort sur le béton d’amarrage tandis que le trawler ondule. Le regard vient se perdre un instant dans l’eau assombrie par la proximité humaine. Il y a toujours ce moment où l’œil revient sur l’humide tapis, comme si l’eau naturelle des yeux se reflétaient inexorablement, attirée par l’eau de la mer à son tour.

Il aime ses excursions insolites, ses parenthèses enchantées dans d’autres rives, d’autres mondes. Si Susan doit résider dans l’institut technologique de la ville pendant le compte rendu d’une partie de ses recherches, lui reste à bord, profitant de ces quelques jours d’accalmie pour réviser le bateau et y apposer des améliorations bien nécessaire. « Pourquoi diable demander ça, jeune homme ? » Elle tire sur sa clope dans un bruit insolent et il se raidit légèrement sous l’impact de la fumée. C'est qu'il essaye d'arrêter. En vain. « Pacha est rentré dans sa pokéball comme s’il pénétrait dans un spa de palace. Je me demandais du coup… un hôtel, ce n’est pas vraiment la même ambiance selon le paysage sur lequel la fenêtre s’ouvre. » La vieille dame se met à rire dans un son rauque. « Ton fieffé chinchidou est un snob surtout. Il pourrait rentrer dans un gourbi qu’on aurait l’impression qu’il séjourne au Crésus. » L’ombre d’un sourire glisse sur ses lèvres. Pacha lui plait bien, lui et ses manières terriblement distinguées. Il fait signe à Moustique – le seul qui est resté en dehors de son nid rond – et l’enjoint à rester sage. « Je vais enregistrer le bateau au niveau du check point. Tu ne bouges pas Moustique. Tu restes tranquille, ok ? » Moustique dodeline, le regard brillant de ceux qui vont accomplir des bêtises et qui leurs donneront le doux nom de péripéties. « Aussi tranquille que possible pour un p’tit filou dans sa veine. » Ajoute hilare la scientifique. Noah lui lance un regard oblique, les lèvres se serrant en une ligne désapprobatrice.

C’est qu’elle n’a pas tort évidemment et il le sait.

C’est l’été ou tout comme. Le soleil se réverbère sur ses longs cheveux noirs et il est habillé de sombre, les manches retroussées sur ses tatouages. Noah impose des éclipses éphémères partout où il va. Il perçoit la curiosité malhabile chez l’agent du port, le dédain vitrifié qui passe des muscles aux marques d’encre sur le corps. Personne n’aime jamais vraiment les étrangers qui prennent trop de place. Ici ou ailleurs, les accueils sont souvent les mêmes. « Le bateau est au nom de madame Kafé ? » « Oui. » « Et où est-elle ? Ce n’est pas vous je présume. » Noah ne sourit pas. Il explique sobrement. Il sait déjà quelles sont les idées nauséabondes qui passent par l’esprit de son interlocuteur. On ne le croit jamais vraiment, alors il garde une attitude claire, un mélange d’assurance et de quiétude qui permet de ne pas subir trop d’interrogatoires qui finiraient mal. Il a une lettre, les papiers et les clés du petit navire. Les scénarios les plus farfelus se lisent comme cinéma en plein air dans le regard des gardes maritimes puis le tampon défile sur le passeport.
Permis accordé.

Ils vont pouvoir rester.

Quand il revient vers l’embarcation, il a la surprise de constater qu’une petit silhouette s’y faufile. Il reconnait Moustique et sa course effrayée sur les pavés recouvert de sel. C'est l'heure du déjeuner et le soleil crie au fond de l’océan. Des losanges d’argent coulent sur les vagues tranquilles, calamistrent les murs recouvert de mousse. La jeune femme - puisqu'il y en a une - se penche vers la créature et Noah arque un sourcil sans pour autant presser son pas. « Qu’est-ce qu’il a foutu comme connerie encore. » Un soupir se cristallise sur la langue. Voilà qu’il juge avant de savoir. Peut-être que le pokémon n’a rien fait, peut-être que c’est la jeune fille qui le tourmente ?
Noah s’avance et les rondeurs naturelles de la silhouette qui se fait chantante vers la méfiante créature balayent l’âge infantile dans son esprit. Elle est juste petite. Polly pocket. La robe volète dans une harmonie éclatante, l’horizon en tableau d’or et d’outremer. Il cille et s’arrête derrière elle bloquant ainsi les rayons d'un soleil souverain, puis cherche des yeux le fripon. « Moustique ! »L'attention revient vers le visage en cœur qui se tourne lentement vers lui, les pupilles dilatées de ce qu’il croit être de l’effroi.

Il a l’habitude.

Elle a des perles célestes en guise d’iris et il fronce le nez un bref instant avant de remarquer les fraises.

Ah.

« Ne lui tendez pas votre déjeuner, c’est un glouton. » Les quelques mots suffisent à faire sortir de sa méfiance le moustillon qui piaille, les taches de rousseur en vacarme intempestif pour montrer que ce n’est pas vrai, d’abord. « Ça va, ça va...je  t'ai pas dit de rester tranquille déjà ? » L’ocre vient caresser à nouveau la douceur du visage tourné vers lui. « Ça vous embête si je vous achète la barquette ? » Il fouille dans l’arrière de son jean, en retire son portefeuille pour y pécher un billet qu’il tend à la demoiselle. Il se dit qu’en attendant d’aller faire le tour du port et de ses potentiels magasins, cela suffira à calmer la petite loutre. Il a toujours eu horreur de marchander pourtant, le souvenir des rues d'Unys désagréable à ce sujet. « C’est le prix d’un kilo normal chez moi mais elle est entamée. C’est un bon deal, princesse. »

Moustique profite pour se rapprocher de la menotte de l’inconnue, un peu de curiosité sur la truffe.

1187 mots.

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Léocadia Sorbet

Léocadia Sorbet
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Région : Galar
Mar 9 Nov 2021 - 12:22

D’où venez-vous ainsi couvert de précipices, Avril 2021.

Léo a un perceptible sursaut lorsqu’elle entend la voix autoritaire de l’inconnu. Moustique ? Pendant une seconde, elle se demande si c’est elle qu’il apostrophe ainsi. Elle se sent prise d’un vertige qu’elle croit devoir à l’inconfort de sa position et bascule de nouveau en avant, un vif afflux de sang aux tempes et aux joues. Elle cille à plusieurs reprises pour s’ancrer à la stabilité du quai, s’efforce de respirer aussi discrètement que possible. Là, elle ne tarde pas à remarquer l’attention qui éclaircit le regard de la petite loutre, comme si celle-ci venait de se reconnaître dans l’étrange surnom de Moustique ; beaucoup plus, en tout cas, que dans celui de glouton. L’ordre, qui lui est explicitement adressé cette fois, la fait sursauter à nouveau. C’est qu’il a dans la voix un éboulement qui contraste de manière saisissante avec le piaillement du pokémon – une protestation où semble entrer plus de familiarité que de peur, note-t-elle avec un soulagement inconscient. Son cœur est encore tout affolé, si bien qu’elle en oublie de pouffer de rire, de prendre la défense de la petite chose ; et puis elle ne peut tout de même pas rester plantée là indéfiniment. Aussi se redresse-t-elle, toujours avec la gaucherie d’un bébé ayant tout juste appris à marcher. Et maintenant ? Elle rassemble tout son courage pour faire face à l’homme – peut-on parler d’homme, cependant, quand il est si grand et elle si petite ?

Elle doit tordre le cou pour mieux distinguer ses traits. Il a tout d’une éclipse ; terrifiant, à n’en pas douter, imposant comme le sont les prouesses architecturales inexpliquées. Elle est partagée entre l’envie de mesurer l’espace qui reste entre son corps forteresse et les bords du quai pour estimer ses chances de s’enfuir – aucun espace, aucune chance, constate-t-elle aussitôt – et autre chose encore, qu’elle n’identifie pas ; quelque chose de très bizarre, de l’ordre de la découverte d’une fleur en plein désert.

Moustique est-il à lui ? Elle commence déjà à se dire que, si c’est le cas, il ne doit pas être bien méchant – il ne doit pas être dangereux. N’est-ce pas… ? Il n’y a somme toute rien de brutal dans la façon qu’il a de lui rappeler son injonction à rester tranquille, de lui signifier qu’il a de toute évidence désobéi. N’est-ce pas… ? Sa nuque se hérisse sous le grain des secondes qui se sont suspendues. A-t-il conscience d’occuper l’espace comme une montagne et de charger l’air comme un orage ? Elle suit presque avidement le cheminement de son regard. C’est qu’elle s’étonne de percevoir précisément chaque variation : quand il n’a plus les yeux sur elle, quand il les a de nouveau, à la façon d’un rayon de soleil entrecoupé par l’errance d’un nuage – elle ne sait pas bien dans quel ordre.

Elle se rappelle enfin qu’il lui faut respirer et rosit de plus belle quand il a cette proposition saugrenue, ce geste si sûr – la main dans sa poche arrière, le portefeuille éloquemment ouvert –, si sûr mais qu’elle juge indécent, presque insultant. Tandis qu’elle considère le papier froissé du billet, le rose de ses joues se transforme en rouge pivoine, et ses yeux deviennent légèrement humides, accablés par le poids du malentendu et de l’indignation. A-t-elle bien compris ? La suppose-t-il capable de s’engager dans un quelconque marchandage pour une simple barquette de fraises ? Elle le regarde longuement, désemparée, et son menton se met à trembler. Dans un geste vif, elle secoue négativement la tête, esquisse un pas en arrière : « M-mais enfin, n-non… ? miaule-t-elle timidement. Vous n’y pensez pas ! Ces fraises… Je les ai eues pour rien ! » À ce moment-là, ses mains commencent à battre l’air : « C’est un marchand qui me les a gentiment offertes ! Vous n’allez quand même pas payer quelque chose que… » Elle s’embrouille, respire un grand coup : « Elles sont toutes pour lui – pour Moustique – s’il veut… Rangez immédiatement cet argent – et, paniquée d’avoir donné un ordre à un tel colosse, écarquille les yeux, bredouille avec empressement – s-s’il vous plaît… ? »

Le plus terrible, c’est que son envie de s’enfuir en courant se nuance déjà d’une irrésistible curiosité. Chez moi, a-t-il dit, et il ne lui en faut pas davantage pour la faire trépigner intérieurement. Ce n’est pas tout, évidemment. Elle voudrait ne pas perdre toute sa contenance quand il l’appelle princesse, savoir se composer l’air nonchalant de la fille cool qui a l’habitude, mais un poids formidable lui tombe dans le ventre et menace de l’attirer au sol. Elle se sent si étourdie, tout à coup, qu’elle doit de nouveau lui tourner le dos pour s’accroupir devant Moustique et se réfugier derrière le rempart rassurant de sa mignonnerie. Maintenant qu’il consent enfin à l’approcher, elle se liquéfie, le laisse effleurer sa main de son petit nez tout frais. Elle se dit que c’est ce contact, si tendre, qui lui donne le courage de reprendre la parole : « Il est à vous, alors… ? demande-t-elle d’une voix encore mal affirmée. Je le trouve si mignon. » L’air de dire : il mérite toutes les fraises du monde ! « Moustique... » sourit-elle affectueusement. Tout de même, ce n’est pas un surnom comme il faut pour une loutre aussi adorable… ! À cet instant néanmoins, elle sursaute, suspend sa caresse car les bonnes manières viennent de se rappeler à elle. Son petit papa n’aurait pas accepté qu’elle tourne ainsi le dos à un étranger tout juste débarqué, qu’elle ne se présente pas à lui ! Elle se retourne brusquement, lève les yeux vers lui en se mordant l’intérieur de la joue. « Moi, je m’appelle Léocadia, dit-elle en essayant de composer avec ses petits séismes intérieurs. Doit-elle lui tendre la main ? Elle préfère les ranger derrière son dos. Oh, mais bien sûr, vous pouvez m’appeler Léo… !! » Au même moment, elle rosit intensément, cille plusieurs fois, déglutit comme pour avaler une grosse pierre – celle qui lui est tombée dans le ventre un peu plus tôt, sans doute : « … Ou princesse, s-si vous préférez. » L’air de signifier que c’est bien aussi, que ça ne la dérange pas du tout – du tout, du tout.

Elle ne peut quand même pas lui dire dès maintenant que la couleur de ses yeux est effarante et qu’elle lui fait penser à la limpidité d’un miel de framboisier clarifié par un chaleureux rayon de soleil.

Bien entendu, elle ne s’aperçoit pas que la ligne fermée de sa bouche s’est niaisement étirée en un sourire jusqu’aux oreilles. Elle comprend seulement que sa curiosité est sur le point de l’emporter, que son pépiement ne tarde pas à couvrir la course de fond qui essouffle son cœur : « Vous n’êtes pas d’ici ? ne peut-elle finalement s’empêcher de lui demander, capable, comme toujours, des plus naïves indiscrétions avec le plus parfait inconnu. C’est où, chez vous ? C’est la première fois que vous venez à Skifford ? Et à Galar ? C'est votre bateau ?? Vous êtes vraiment très grand... Vous n’avez pas chaud ? » Et bien sûr, le plus important : « Vous devez avoir faim, vous aussi ? »

1185 mots.



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Noah Blackwater

Noah Blackwater
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Région : Unys
Sam 11 Déc 2021 - 19:06

D’où venez-vous ainsi couvert de précipices, Avril 2021.

La lumière tourne autour des iris azurés. Il y perçoit les doutes et les hésitations, autre chose aussi qu’il laisse voguer en suspens, incertain. Elle a des relents de conte de fées, de ces princesses sages aux boucles lourdes et aux marâtres terrifiantes. Plusieurs secondes déjà qu’il tend le billet et le tendre rose se fait récalcitrant sur les lèvres boudeuses. Elle n’approuve pas. Le billet, le geste, lui. Il ne sait pas vraiment mais il cille, le tremblement imperceptible sous le jugement anodin.

Il l’a appelé princesse et il sent bien que c’est juste, qu’elle a des délicatesses innées, que les petits pois lui sont sensibles dans le dos les nuits teintées de rêves. Les yeux trop grands, le souffle trop noble. Ça fait longtemps qu’il n’a pas fait attention aux roses de joues qu'il a toujours regardé de façon éphémère, et une vague d’incompréhension file le long de ses cils avant de mourir dans l’écueil relevé d’un sourcil dubitatif. Allons donc. Elle pleure ? Princesse. Le voilà dans le rôle du petit pois et il cille à nouveau, serre les lèvres avant de regarder autour de lui. On va croire qu’il la violente.

Il se tient à distance raisonnable. « Eh bien… » Voilà déjà d'autres discours. Un marchand qui offre des choses pour rien ? On n’a jamais rien pour rien a-t-il envie de lui dire. Il ravale sa bile sans efforts, elle a la voix trop sucrée pour ce type d'acide. Le bras reste tendu encore un peu, avant de finir par reculer. Il n’a pas pour habitude de capituler mais elle a des larmes qui scintillent comme des perles au bord des yeux, quelques morceaux de lave sur la langue et un menton qui tremble en menaçant d’exploser.

On ne l’avait pas prévenu qu’il y avait des demoiselles sismiques par ici.

« Les marchands offrent des fraises maintenant ? » Il tente de plaisanter en repliant son billet légèrement entre sa main. L’accent est rêche pourtant, pétri de cette méfiance naturelle que l’on chope dans les grandes villes. Il la regarde sans la fixer - à la dérobée – le soleil en contre-jour protecteur, l’ocre kodak. « Pour Moustique ? » Il réprime un sourire, darde son attention sur la créature ravie avant d‘arquer un sourcil sous l’ordre qui échappe à la jeune femme : « Rangez immédiatement cet argent… »

Cette fois-ci, un rire discret lui échappe.

« Sinon quoi ? »  Il y a un peu de tendresse qui s’insinue entre les filaments d'une moquerie gentille. C’est qu’elle reste polie, sage dans ses expressions. Ça désarme un peu toujours ce genre de choses aussi finit-il par acquiescer avec douceur en rangeant son billet. Pas de mal. Pas de souci. Des ordres, il en a reçu d’autres et parfois, il y a même cédé. Comme aujourd’hui. Comme maintenant.
« Il n’est à personne. Enfin. Il est à lui-même. » Le nez se fronce tandis qu’il observe Moustique. Il reconnait bien là la curiosité solaire du Pokémon, le désir des découvertes qui ont fait que leurs chemins se sont jadis croisés. « Il vous aime bien. Ce qui veux dire qu’il va probablement vous suivre un peu donc si vous n’avez pas envie d’un timbre bleu et blanc qui vous colle la jupe dans les prochaines 48h, vaut mieux le lui dire maintenant. » Noah finit par remettre son portefeuille dans sa poche puis rajuste sa casquette. « Léocadia. » Le nom roule comme boule de glace aux fraises sur la langue un jour de canicule. Frais et soyeux. Il la regarde à nouveau avant de se présenter à son tour. « Noah. » Le solennel arbore des couleurs plus apaisées à la vue de son nouveau rosissement. Elle est ravissante se dit-il simplement. « Princesse, ça vous va bien. Reste à savoir quel est votre royaume. » Il est curieux lui aussi. « Que font les princesses sur les quais des bords de mer ? » La question se perd dans le flot de paroles de la brunette - à moins que ce ne soit dans son esprit.

Il l'a pensé fort mais n'est pas certain de l'avoir dit.

Peu importe.

Il la contourne sans s’en donner l’air, déplace sa haute silhouette pour rejoindre le navire. « Je viens d’Unys. » Elle sourit encore, adorable, irrésistible. Il pourrait lui dire qu’on ne sourit pas comme ça aux inconnus, qu’on risque des entourloupes et des précipices. Il fronce les sourcils sans vraiment s’en rendre compte d’ailleurs, comme une désapprobation stupéfaite qui ne résiste pas au torrent dont elle l’abreuve. Après tout, il vient de ces marécages urbains que sont les grandes villes, de ces bourbiers de béton qui vous collent aux baskets.
Une seconde, puis deux. Puis le coin des lèvres frétille. « J’ai un peu faim, oui. C’est gentil de vous en inquiéter. » Il balaye le reste. Il voit là une invitation tacite qu’il formule à son tour. « Je vous invite … mais il va falloir me dire où. » L’insolence mâtine lui creuse la fossette. « Et je répondrais peut-être à votre interrogatoire. Qui me dit que vous n’êtes pas de la police fluviale, mmm ? » Il glisse sur le pont dans un mouvement souple. Le bateau tangue dans une oscillation rêveuse. Moustique hésite, le museau sur les doigts de fée et le regard naïf sur Noah. « Va avec elle si tu veux. » Moustique sautille, les palmes sur le pavé marin en bruit de ventouse. « Je dois ranger quelques petites choses, si vous voulez attendre, ou pas. » L'ocre miroite sous les rayons chauds et exigeants d'un temps superbe. « Ou si vous préférez dans un quart d’heure, vingt minutes… » Il laisse en suspens, la voix grave et le ton léger. Inviter dans une lubie spontanée n'est pas nouveau mais il sait de quoi il a l'air et les réticences que cela peut engendrer.

Il n'a jamais dit aux gens quoi faire, ce n'est pas aujourd'hui que cela commencerait.

980 mots.

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