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» I'll be there


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Ligue 4

C-GEAR
Inscrit le : 14/12/2013
Messages : 4307

Région : Kalos / QG Ligue 4
Jeu 10 Sep - 7:15
Ce devait être un jour comme les autres. Entretenir mes réseaux sociaux le matin, s'entrainer quelques heures au Mont Argenté et pique-niquer sur place avec mes compagnons, puis revenir à la Ligue pour répondre à des lettres de fan à la bibliothèque tout en discutant un peu avec mes collègues. L'emploi du temps standard d'une journée standard.
Tout s'était d'abord déroulé sans aucun accroc : après avoir répondu à quelques questions sur Tweeter et annoncé mes prochains déplacements officiels, je m'étais rendu au Mont Argenté où Molly et Corvo s'étaient entrainés à la course de vitesse. Pendant la pause du déjeuner j'avais consulté mon portable et lu un SMS d'Alexei me demandant à quelle heure je rentrais et si je pouvais venir le trouver directement en arrivant, ce qui ne m'avait pas particulièrement intrigué. Puis, après m'être penché sur le manque de défense d'Albion, j'étais rentré à la Ligue sans plus penser au message de mon agent. Je m'étais rendu dans mes quartiers pour prendre une douche avant le diner, et la demande d'Alexei ne m'était revenu que lorsque l'on vint toquer directement à la porte de ma chambre alors que je me rhabillais.


« Deux secondes ! »

J'enfilai rapidement ma chemise avant d'ouvrir. Comme je l'avais imaginé, c'était Alexei qui se tenait sur le perron, l'air soucieux.

« Bonsoir Alexei. Désolé, j'ai complètement oublié de te prévenir quand je suis arrivé...

- Ce n'est rien, ce n'était pas urgent. Puis-je entrer ?
»

J'étais un peu surpris par cette demande, si inhabituelle de sa part. Il était plutôt du genre à respecter scrupuleusement les limites de ma chambre et à me donner rendez-vous ailleurs s'il le fallait. Toutefois, sans m'inquiéter plus que de raison, je pensai simplement qu'il était devenu plus familier avec moi et répondis à sa demande par un grand sourire et un bras ouvert. Il entra tout en sortant quelque chose du revers de sa veste - une sorte de lettre épaisse.

« Alors, je peux faire quelque chose pour toi ? » demandai-je.

« Pouvez-vous fermer la porte ? Il serait vraiment préférable que personne n'entende notre conversation. »

J'étais très intrigué, aussi obtempérai-je sans discuter. Quand je me tournai à nouveau vers lui le jeune homme se grattait la tête d'un air embêté, comme s'il cherchait ses mots.


« Qu'est-ce qui se passe alors ?

- Je.. Hum, j'ai pensé qu'il valait mieux que je vous donne ceci en main propre.
»

Il me montra ce qu'il tenait dans les mains. C'était une enveloppe en papier kraft, avec mon adresse à la Ligue écrite dans une calligraphie jeune et féminine. Aussitôt je fronçai les sourcils.

« Une lettre de fan ? Ça ne peut pas attendre ce soir ?

- Je pense que vous devriez prendre connaissance de celle-ci le plus tôt possible.
» affirma-t-il. Son ton était insistant et ne me laissait pas d'alternative, mais je me permis tout de même une petite moue accusatrice.

« Alexei, pourquoi les lis-tu avant moi ? Je croyais t'avoir demandé de ne pas faire de tri.

- Je sais mais je le fais quand même. Mais sérieusement Monsieur Baldwin, ce n'est vraiment pas ce qui devrait vous préoccuper pour le moment.
»

Il me colla pratiquement la lettre dans la main. Je commençais à être vraiment curieux - et légèrement inquiet, il faut le dire - et, au vu de l'expression d'Alexei, je devinais qu'il me fallait remettre mes réprimandes à plus tard. J'allai m'asseoir sur le lit et invitai l'agent à en faire autant, ce qu'il fit en se tenant à une distance respectable. En ouvrant l'enveloppe je constatai qu'elle contenait plusieurs papiers de tailles différentes ; je les fis glisser pour les étaler sur les draps. L'un d'eux était une photo, qui pour le moment était retombée du mauvais côté ; les deux autres devaient être la lettre en elle-même, même si à l'aspect et à l'écriture je devinais qu'elles venaient de deux personnes différentes. Jusque-là je ne soupçonnais rien d'étrange : il suffisait que ce soit deux fans venant de la même famille, ou deux amis partageant les frais de port... Ah, et il y avait également une mèche de cheveux violets. Si ça ne sentait pas la groupie ça !

« Vous devriez commencer par celle-ci. » m'indiqua Alexei en pointant la lettre sur laquelle on avait le plus écrit. « Et, hum.. Préparez-vous. »

OK, il commençait à me mettre carrément mal à l'aise. Je lui fis confiance et pris celle qu'il me désignait. En la dépliant je vis une belle écriture de femme qui m'était inconnue.


Femme inconnue a écrit:
Cher Ruven,

Comme c'est étrange de commencer ainsi cette lettre, j'ai l'impression de revenir des années en arrière, lorsque j'étais encore une jeune femme à la recherche d'aventure et de nouveauté... On dirait que ça fait une éternité, ça ne me rajeunit pas tout ça. Enfin, je ne sais même pas si tu te souviens de moi, donc je vais commencer par là, en espérant que cela ravivera ta mémoire (le contraire risque de me vexer, mais je survivrai probablement). Je suis Enora Steinhart, nous nous sommes rencontré il y a 16 ans à Poivressel, à Hoenn, après les vacances d'été.

Si je m'étais jusque-là attendu à une simple lettre de fan, ce nom me fit tilt. Enora... Il me semblait bien me souvenir en effet d'une de mes conquêtes portant ce prénom atypique. L'image qui se formait dans ma tête était un peu brouillée mais je croyais me souvenir qu'elle avait une chevelure d'un violet singulier. Si ma mémoire ne confondait pas, c'était une chouette fille avec qui j'étais resté trois ou quatre semaines. Je l'aimais vraiment bien, mais à vingt-deux ans j'étais bien trop puéril pour songer à avoir des relations sérieuses. En tout cas, reconnaitre son nom me fit plaisir et l'inquiétude que m'avait inspiré Alexei s'estompa franchement. Une lettre pour renouer les liens, c'était vraiment super !

Enora a écrit:
Si ma mémoire ne me joue pas de tour, c'était entre septembre et octobre de cette année là, nous nous sommes croisé à une fête puis comme le courant était bien passé, on s'était fréquenté quelques temps avant que tu ne partes de nouveau autre part. Ce sont de très bons souvenirs. J'étais jeune à l'époque, plus que tu ne l'étais d'ailleurs (sans vouloir te vexer) mais j’appréciais ton enthousiaste et ta joie de vivre qui ne semble pas avoir disparu, de ce que j'ai pu en voir depuis ta nomination en tant que champion de la ligue. Champion de la ligue ! Quelle réussite, félicitation, toi qui souhaitait briller sur scène, je crois que c'est une belle réussite de ta part, tu peux en être fier.

J'étais vraiment content qu'elle ait eu l'idée de m'envoyer cette lettre. D'habitude je ne perdais pas le contact avec mes ex, mais d'une manière ou d'une autre j'avais fini par perdre les coordonnées d'Enora et elle ne m'avait pas rappelé depuis. Je ne lui en voulais pas du tout (après tout, on s'était connu peu de temps et nous ne nous étions pas vus depuis des lustres), j'étais au contraire simplement heureux qu'elle ait voulu renouer maintenant. Qu'importe que ce soit parce que j'étais devenu un homme célèbre (même si, de ce que je me souvenais d'elle, ce n'était pas son genre d'être intéressée comme ça), tout ce qui comptait c'était de pouvoir se parler à nouveau.

Enora a écrit:
Enfin, je ne t'envoie pas cette lettre seulement pour te féliciter, même si je suis heureuse pour toi. J'ai longuement hésité à le faire, mais je pense que je te le dois. Je ne demandes rien, saches le, je souhaite juste t'informer de quelque chose que j'aurai probablement dû faire bien avant. Je n'en ai malheureusement pas eu l'occasion, c'est une longue histoire un peu compliqué qui s'est passé avec ma famille, je te passe les détails, mais à cause de ça, j'ai dû me séparer de tes coordonnées que tu m'avais donné à l'époque. Enfin, je m'égare encore, mais je crois que ce n'est pas facile à dire, surtout après toutes ces années passées... Excuse moi, je me recentre sur ce que je souhaite te faire parvenir !

Je commençais à avoir un mauvais pressentiment. Une pensée complètement folle me traversa l'esprit, une pensée qui m'avait plusieurs fois hanté après avoir quitté une femme, et quand bien même je me disais que c'était tout bonnement ridicule je commençais à avoir des sueurs froides. Non, pas après si longtemps, c'était insensé...

Enora a écrit:
En fait, il s'avère que suite à notre rencontre, je suis... tombée enceinte. Je ne l'ai appris que tardivement, tant et si bien que je n'ai pas pu te tenir au courant avant, quand tu étais encore là, et je n'ai pas pu faire le nécessaire pour te le faire savoir par la suite. Il faut dire que tu n'étais pas aussi connu alors, à ton plus grand damne ! Alors, déjà, désolé de t'apprendre aussi abruptement que tu es le père d'une jeune fille de 15 ans, surtout en connaissant ta situation aujourd'hui. Je sais que tu as une petite fille et que tu es marié, je ne souhaite nullement obtenir quoi que ce soit de ta part, ni même provoquer une quelconque querelle dans ton couple, mais je veux juste réparer une erreur qui a été faite il y a 15 ans maintenant.

Je sentis mes forces m'abandonner. Ma tête tomba dans le creux de ma main gauche, qui elle-même tremblait. C'était... impossible. Je ne pouvais tout simplement pas croire une chose pareille. Après seize ans ? Elle me faisait marcher, c'était obligé.. Je ne pouvais pas être.. être..
Je continuai de lire avec avidité.


Enora a écrit:
C'est probablement égoïste de ma part de te le faire parvenir aujourd'hui alors que tu es en pleine ascension, mais lorsque je t'ai vu lors de ton premier combat en tant que champion, et bien... J'ai beaucoup réfléchis à ce que je devais faire et un ami m'a conseillé de le faire malgré tout, que je n'avais pas grand chose à perdre de le faire et que ça me ressemblait plus d'être honnête avec les autres. Et au final, je pense qu'il a raison.

Si tu veux oublier ce qui est écris ici, je ne t'en tiendrai pas rigueur, Alyssa non plus d'ailleurs. C'est une jeune femme adorable quoi qu'un peu timide, en cela, elle n'a pas du tout pris de nos caractères respectifs, c'est assez amusant. C'est une violoniste talentueuse, peut être qu'elle aussi un jour parviendra à aller aussi loin que toi, qui sait ? Enfin, après cette révélation, difficile de rajouter quoi que ce soit. J'espère que tu ne me tiendras pas rigueur de te l'avoir appris ainsi, et que cela ne te portera pas préjudice. J'ai vécu jusqu'ici en tant que mère seule et je l'assume parfaitement alors, ne te fais pas de souci à ce sujet. Si tu veux me contacter, je te donne mes coordonnées à part, n'hésites pas si tu en éprouves l'envie ou le besoin.

En te souhaitant dans tous les cas une bonne continuation au sein de la ligue Pokémon, et encore une fois, mes félicitations les plus sincères. Amicalement,

Enora Steinhart.

Je relus la lettre, espérant peut-être que les phrases changeraient ou que j'y verrais un indice prouvant qu'il s'agissait d'une blague terrible. A la moitié environ j'abandonnai et me pris la tête dans les mains.
Alyssa. J'avais une fille de quinze ans, une violoniste, et elle s'appelait Alyssa.


« Alexei.. Je.. Putain de merde. »

Il ne dit rien et resta à l'écart, me laissant pudiquement endiguer ma crise d'angoisse. Je respirais par longues goulées d'air pour calmer les battements de mon cœur qui cavalait à deux cents à l'heure. Enora me proposait d'oublier ce que je venais de lire, mais comment le pouvais-je ? Putain, j'étais père d'une enfant dont j'ignorais tout, et d'une jeune adolescente en plus. Je lui en voulais terriblement de ne me l'annoncer que maintenant ; quinze années, quinze longues années, elle avait eu tout le temps du monde pour me dire que j'avais une gamine. Pourquoi maintenant ? J'aurais presque préféré qu'elle ne me le dise pas du tout à ce compte-là. Ou non. Je ne savais plus.

« Et l'autre lettre ? » me rappelai-je soudain. « Elle est de.. ?

- Oui. Tenez.
»

Alexei me tendit le papier et je le lui pris d'une main frissonnante. J'avais un peu peur de la lire, à vrai dire. Lire ces mots, ce serait donner une réalité à cette idée complètement dingue qu'il y avait bien une jeune fille, quelque part, qui cherchait un père en moi. Je jetai un regard désemparé à mon agent, qui répondit par un petite moue de compassion.
Je commençai à lire.


Alyssa Steinhart a écrit:
Monsieur Baldwin,

Je suis la fille de Enora Steinhart, Alyssa, et je me permets de vous envoyer cette lettre afin de vous faire parvenir les derniers mots de ma mère qui semblait vous connaître. Elle a écrit cette dernière il y a aujourd'hui un peu plus d'un an, peu de temps avant sa mort, mais n'ayant eu accès que récemment à ce courrier, je ne pouvais vous l'envoyer comme elle l'aurait sans nul doute souhaité.

« Oh put.. ! »

Ça m'avait échappé. Qu'est-ce que je venais de lire ? Enora était morte ?! Non, putain non ! Je sentis ma gorge se serrer affreusement et je ne pus continuer de lire. Je laissai la lettre sur mes genoux et me cachai dans mes mains. C'était un cauchemar, un horrible cauchemar. La lettre d'Enora n'était-elle donc pas déjà assez bouleversante comme ça ? Il fallait en plus qu'elle soit morte ! C'était d'un lugubre, alors qu'il y a quelques minutes à peine je me réjouissais de reprendre contact avec elle. Mais elle était si jeune, bon sang... Je l'avais tenu dans mes bras, je l'avais embrassé alors que nous étions à peine des adultes... C'était surréaliste. Encore plus en l'apprenant de la bouche de sa fille, qui s'avérait être aussi la.. mienne..

Alyssa Steinhart a écrit:
Je vous pris de m'excuser si cette dernière vous importune, ce n'est pas du tout mon intention, bien au contraire. Je ne cherche nullement à vous créer quelques ennuis, je souhaite seulement connaître la vérité, savoir qui peut être mon père. Je n'ai jamais rien su de son identité avant aujourd'hui, aussi, je vous prie de m'excuser pour cette demande qui va vous paraître grossière, mais j'aurai souhaité savoir si ce qui était marqué dans cette lettre ci-jointe était vrai – ou tout du moins plausible selon vous, n'ayant que cette lettre comme seul indice.

Je vous fais parvenir, en plus de ces deux courriers, une photo de nous qui vous permettra peut-être de vous souvenir de ma mère, ainsi que quelques un de mes cheveux afin que vous puissiez vérifier par vous même la véracité de ses propos, si cela vous convient ou vous intéresse seulement.

Si vous ne donnez suite, je présumerai que ce n'était pas vous et que j'ai fais une grave erreur, aussi, j'espère que vous me pardonnerez de vous avoir embarrassez.

Avec mes sincères salutations,

Alyssa Steinhart.

PS. : Vous pouvez me contacter à cette adresse ou à ce numéro, le week-end ou pendant les vacances seulement. N'ayant moi même pas de portable, mon meilleur ami me prête le sien pendant cette période. En espérant que cela ne vous importunera pas.

15, avenue du Tylton, Poivressel, Hoenn.
07XXXXXXXX

Je n'arrivais pas à croire que c'était ma fille qui écrivait. MA FILLE. Ça n'avait aucun sens, aucun. Alors que j'avais fait ma vie avec Amélie, que j'avais fondé une famille, j'en avais une autre depuis tant d'années ? Non, c'était impossible.
Je pris la photographie et la retournai. Dessus se trouvait Enora, vieillie mais reconnaissable. Voir son visage me fit un effet terrible : c'était comme regarder un fantôme. Rien dans son faciès n'augurait une mort prochaine, ce qui rendait sa vision encore plus macabre. Et puis, mon regard finit par se poser sur la jeune fille qui se tenait près d'elle. Violoniste en effet, et ressemblant fortement à sa mère - difficile d'ailleurs de voir ce que j'avais apporté. Je restai longtemps à fixer son expression timide, cherchant au fond de mon cœur la conviction qu'il s'agissait bien de mon enfant, de ma chair... Mais je n'étais qu'effarement et détresse.


« Monsieur Baldwin ? Vous pensez que c'est vrai ? »

Je relevai la tête, hébété, et me rendis compte que j'avais totalement oublié la présence d'Alexei. Il se tenait sur le lit, calme et patient, et sa propre sérénité me permit de reprendre un peu pied dans la réalité.


« Je n'en sais rien. » avouai-je honnêtement. « Les dates concordent, mais après quinze ans...

- Vous avez donc des doutes ?

- Je.. Oui. Je ne sais pas quoi penser..

- Alors ne vous affolez pas de suite.
» Son ton était gentil, mais ferme. « Tant que vous n'êtes pas certain, restez calme. Vu votre position, il est complètement possible que l'on cherche à vous manipuler pour obtenir quelque chose de vous. C'est une pratique dégoûtante, mais ça se fait malheureusement.

- Ce n'était pas le genre d'Enora.

- Quinze ans, ça change les gens.
»

Il avait raison, bien sûr. Je ne voulais pas croire que la femme de mes souvenirs ait pu faire une chose pareille, mais le temps altère les gens. Et puis, il suffisait qu'elle soit en mauvaise posture financièrement et à court de possibilités pour en venir à cette solution du dernier espoir. On ne savait jamais, peut-être que rien de tout cela n'était vrai...
Je m'accrochai à cet espoir désespéré comme à un gilet de sauvetage, ce qui me permit de reprendre contenance.


« Oui, oui, c'est vrai. Je dois vérifier.

- Je me charge de prendre les rendez-vous nécessaires. Je suppose que vous les voulez le plus tôt possible ?

- O..oui. Merci.
»

J'étais en quelque sorte soulagé qu'Alexei garde la tête froide à ma place. Je faisais confiance à sa rigueur et à son efficacité pour faire au mieux et je m'en remettais totalement à lui. J'avais vraiment besoin d'avoir quelqu'un pour m'épauler, là maintenant, et sa présence était une véritable bénédiction.
Il dut voir la gratitude dans mon regard car il m'adressa un demi-sourire, l'un de ceux qui disent "c'est rien, je fais ce que j'ai à faire". Puis il se leva, sa pudeur le retenant de me rassurer davantage, et il fit mine d'aller jusqu'à la porte.


« Je vais faire en sorte que cette information ne reste qu'entre nous. » dit-il à voix basse. « Et, si je peux vous donner un conseil personnel : n'en parlez pas à vos proches tant que vous n'êtes pas certain. Je serai là si vous avez besoin de moi.

- Merci Alexei. Pour tout.
»

Il sortit sans un mot de plus et me laissa là, avec mon angoisse et mes doutes, condamné à taire auprès de tous une annonce aussi terrifiante.
Je crois que je ne m'étais jamais senti aussi seul de ma vie.


~¤~

Ça y est, c'était officiel. J'étais bien le père de cette jeune fille.
Étrangement, l'apprendre ne me terrifia pas spécialement. Le temps que le rendez-vous soit pris, que les tests soient faits et que les résultats me parviennent, une semaine s'était écoulée et j'avais eu le temps d'apprivoiser cette idée. Je n'espérais pas qu'elle soit vraie car il serait bien plus simple pour moi d'oublier cette histoire... mais disons que j'étais résigné à ce que ce verdict tombe.

J'étais à nouveau dans ma chambre, là où tout avait commencé, quand je découvris les résultats. Alexei m'apporta la lettre de la clinique et ressortit aussitôt, sans un mot, pour me laisser seul. Assis sur le lit je pris connaissance de la vérité, le cœur serré, puis posai la lettre sur mes genoux et restai rêveur quelques minutes. Qu'allais-je faire maintenant ? Et pourquoi diable fallait-il qu'Enora ne soit plus là ? Elle était mon seul début de lien avec cette enfant. On aurait pu en discuter ensemble, elle aurait pu me parler d'elle, me rassurer comme elle savait le faire autrefois... Sans elle, tout était à construire entre Alyssa et moi.
Il ne m'était pas venu à l'esprit que je pouvais simplement ignorer tout cela. Après tout c'est vrai, c'était un véritable problème pour ma carrière : les paparazzis allaient se saisir de l'affaire et dieu sait ce qu'ils allaient bien pouvoir en faire. Et puis, dans ma petite vie bien rodée, une adolescente sortie de nul part qui me tombe sur les bras pouvait devenir un nid à emmerdes. Ces réflexions-là ne m'étaient cependant pas venues, car par chance j'étais un homme-père : j'avais un trop grand instinct paternel pour faire du tort à l'un de mes enfants, quand bien même me fut-il inconnu. D'ailleurs, une toute petite parcelle de moi n'était-elle pas même satisfaite d'avoir une deuxième fille ? Zoé avait cinq ans cette année, et depuis quasiment autant de temps je tannais Amélie pour que nous ayons d'autres enfants : c'était uniquement parce qu'elle avait refusé avec véhémence que j'avais renoncé au quatre ou cinq gosses que j'espérais. Certes, jamais je n'avais voulu en avoir un autre dans de telles conditions mais... elle restait ma fille. Et elle avait besoin de moi.

Je regardai mon portable, posé sur la table de nuit. J'avais son numéro, je pouvais l'appeler dès maintenant. Que dit-on à sa fille quand on lui parle pour la première fois en quinze ans ? Voulait-elle seulement que nous ayons un contact ? Sa lettre était trop formelle pour que je puisse savoir exactement ce qu'elle attendait de moi. Voulait-elle seulement une réponse à ses questions, ou cherchait-elle vraiment à ce que nous développions une vraie relation ? Je n'oubliais pas dans cette histoire que, malgré le calme de son ton, cette enfant était actuellement orpheline. J'ignorais si Enora avait de la famille, mais il n'était pas impossible qu'Alyssa soit dans une situation très précaire actuellement. Cherchait-elle simplement à avoir un appui financier ? Et quand bien même ce fusse le cas, ne m'en foutais-je pas tant que je pouvais la rencontrer ?
Je saisis le téléphone, dans un état second, et sortis du tiroir de la table de nuit la fameuse lettre que j'avais relu plusieurs fois cette semaine. C'était inutile, car en vérité je connaissais déjà le numéro par cœur.

J'appelai.



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Coordinateur Hoenn

C-GEAR
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Région : Hoenn
Sam 19 Sep - 17:58
Combien de jours s'étaient-ils passés depuis qu'ils avaient envoyé cette lettre ? A présent, cela devait faire une quinzaine de jour que Loup et elle avaient posté l'enveloppe de papier kraft, et autant de jour que la demoiselle attendait dans l'angoisse, une réponse à ses questions. Laquelle aurait-elle ? Elle craignait que trop les répercussions de cette vérité ou de ce mensonge. Pourtant... sa mère aurait-elle pu mentir à ce sujet ? Cette question là, n'avait pas lieu d'être, mais une part d'elle même doutait. Elle doutait des mots. Doutait de l'avenir. Doutait d'elle même, surtout. N'avait-elle pas été égoïste en lui faisant parvenir ces deux lettres ? Cet homme avait une vie, il était champion, et si elle n'en savait que peu à son sujet, ces quelques semaines d'attentes lui avaient permis d'en apprendre un peu plus à son sujet. Mais ce n'était que des mots couchés sur du papier, ou des images présentées à la télévision. Et l'appréhension, elle, se faisait d'autant plus forte à chaque fois que son nom effleurait son esprit. La demoiselle, pourtant, essayait vainement d'en ignorer le trouble, se concentrant sur le présent pour faire taire l'angoisse qui menaçait de la submerger. Alors, elle s'accrochait à la présence de son ami, qui, chaque fois qu'il le pouvait, lui offrait son réconfort et une manière de lui changer les idées. Que ferait-elle sans lui ? Nulle doute qu'elle ne serait ici pour le savoir. Sans sa présence calme et rassurante, pleine d'un entrain qu'il lui communiquait avec patience, elle aurait abandonné de nouveau. Encore une fois. Peut-être pour toujours. Son cœur se serra à cette pensée. Il fallait mieux l'ignorer. Glissant une mèche de cheveux violine derrière son oreille, la belle aida son ami à débarrasser la table avant de se mettre elle même à la vaisselle avant qu'il n'ait le temps de l'en dissuader.

« Ne t'inquiète pas Loup. Je peux encore faire la vaisselle. » Le soupir de ce dernier fut seul à lui répondre, mais il demeura à ses côtés, essuyant les verres pour les ranger immédiatement. Une fois encore, Erik n'était pas là, mais il avait prévenu de son retard une heure plus tôt, s'excusant auprès d'eux sans pour autant se justifier davantage. Alyssa n'avait pu qu'en faire le triste constat. Le père et le fils, ne se coutoyaient aujourd'hui que peu, quand bien même une légère amélioration semblait se profiler à l'horizon. Le week-end, lorsqu'elle était présente parmi eux, il venait plus régulièrement, quand bien même s'isolait-il bien souvent. Tant qu'il était avec eux... Cela lui paraissait suffisant. Tout du moins était-ce l'impression qu'elle en avait. Le silence était roi, lui laissant tout le loisir de se perdre dans des songes éveillés. Combien de temps encore à attendre cette réponse ? Voulait-elle tant le savoir ? Était-ce si important, un père ? Après tout, elle n'en avait jamais eu jusque là, quand bien même avait-elle été plusieurs fois curieuse à ce sujet. L'unique présence paternaliste qu'elle connaissait était le père de Loup, qu'elle considérait beaucoup, mais... Cela n'avait pas la même importance. C'était différent. Elle avait eu le temps d'y réfléchir tout ce temps. Jamais Alyssa n'en avait voulu à cet homme dont elle ignorait tout. Jamais alors sa mère ne lui avait donné une seule raison d'éprouver de l'amertume à son égard, ou une colère quelconque. Rien, si ce n'était parfois, l'ombre d'un chagrin. Une peine subtile et éphémère, qui ne s'attardait jamais dans ses prunelles. Maintenant, elle comprenait en parti pourquoi. Il n'avait jamais su. Jusqu'à aujourd'hui, peut-être, si la lettre lui était enfin parvenue.

« Lyssa, tu veux quelque chose en dessert ? » S'arrachant à ses pensées, la demoiselle refusa poliment avant qu'elle ne revienne finalement au présent. Une sonnerie de portable qui retentit. Brutalement. Un sursaut commun alors que les regards se détournèrent d'un même mouvement sur l'objet du délit. Le cœur de la demoiselle s'accéléra, comme cela était toujours le cas lorsqu'elle entendait cette sonnerie. Refermant le réfrigérateur duquel il venait de sortir un yaourt, l'adolescent pressa le pas pour contempler l'écran un instant. « C'est un numéro que je ne connais pas. » Souffla l'adolescent en observant les chiffres sur le portable, échangeant avec la jeune femme, un regard hésitant. Les battements de son cœur se figèrent. Silencieux, elle sentit l'appréhension tapie revenir à la charge, comme il était de coutume lorsque le téléphone du lycéen sonnait. Plus encore aujourd'hui. C'était son numéro à lui, qu'elle avait été obligé de donner. C'était par lui que tout devait passer. Après tout, n'était-ce pas lui qui en avait été l'instigateur ? Il décrocha. « Allô ? Qui est à l'appareil ? » Une formule consacrée parmi tant d'autre. Il y eut un instant de flottement durant lequel Alyssa demeura muette et figée, contemplant son ami les mains crispées sur son cœur, dans l'attente, dans la peur. Un échange. L'éclat ambré de son regard se fit plus présent, plus déterminé aussi il lui sembla. « Je suis Loup. L'ami de Alyssa. » Troublée et silencieuse, la demoiselle attendait, debout dans la cuisine, elle ne parvenait à détourner le regard de celui qui disait être son ami. Est ce que... « Enchanté monsieur Baldwin. » Son cœur s'arrêta un instant de plus. Il cessa et avec lui, il lui sembla que ses pensées aussi. Dans son esprit, il n'y eut plus rien. Pas la moindre pensée cohérente si ce n'était cette réalité troublante.

Ruven Baldwin. Le champion feu et acier. L'ancien coordinateur devenu dresseur. L'homme qu'avait connu sa mère, dès années auparavant. Il y avait aujourd'hui plus de quinze ans. Cet homme qui était probablement son père. Vraiment ? Son esprit perturbé peina à s'accrocher aux mots et paroles prononcées mais la belle se fit violence pour ne pas s'écrouler. De soulagement ou de crainte ? Son cœur cognait si violemment dans sa poitrine. « Alyssa est là, en effet. » Un seul coup d’œil à la mine affolée de sa délicate amie lui fit regretter sa sincérité. Voulait-il lui parler ? Maintenant ? Elle se sentait étouffer. Étouffer sous la panique qui couvait sous sa peau, embrumait son esprit en proie à une étrange léthargie. « Mais il serait préférable que vous vous adressiez à moi pour le moment. Je crois... qu'elle n'est pas encore prête, je suis désolé. » Un silence, une acceptation. La main de Loup vint se glisser entre ses doigts, rassurante, chaleureuse, et, lentement, il l’entraîna à sa suite jusqu'au salon. Ses jambes peinèrent à la porter. Angoissée, ses doigts se crispèrent sur la main de l'adolescent qui se contenta de lui sourire en écoutant ce qui lui était dit.

« Alors vous êtes bien son père. » Les mots tombèrent comme un couperet. Pourtant, nul doute qu'elle avait cru aux mots de sa tendre mère. Enora n'était pas une femme à s'adonner aux mensonges sans raison, et elle n'avait aucune raison de douter de leur véracité, mais une part d'elle, probablement pour se protéger, avait préféré rejeter l'idée. Tout du moins, ne pas l'accepter de peur que la déception ne soit finalement trop grande, et que l'espoir ne laisse de nouveau place à son pendant. « La rencontrer ? Oui, bien sûr. Je... » Un coup d’œil à la demoiselle lui rappela que c'était à lui de prendre les choses en main, ce qu'il comptait bien faire, sans en éprouver la moindre gêne. « La semaine prochaine, si ça vous convient. » Plus tôt, elle ne le pourrait pas. « Samedi prochain à 15h au café de Poivressel... D'accord... Bonne soirée à vous aussi monsieur Baldwin. » Et il raccrocha sur ses paroles. Sur cette promesse. Ce rendez-vous. La semaine prochaine. Si vite et en même temps... étrangement loin. Enfin. Déjà. Elle ne savait qu'en penser, trop troublée pour parvenir à une pensée cohérente.

Les derniers mots de sa mère lui était parvenus. Enfin. Après toutes ces années. Les larmes lentement, vinrent glisser le long de ses joues, silencieuses, elles s'échappèrent de ses paupières. « Alors c'est vraiment mon père. » Sa gorge était nouée. Sa voix faible et brisée. Ses doigts se crispèrent sur la présence de son ami, s'y accrochèrent. Cet homme était son père. Elle avait un père, comme tout le monde, comme tout à chacun. Elle avait un père et il s’appelait Ruven Baldwin.


« Tu es sûr que ça ira ? » L'hésitation modulait sa voix alors qu'elle glissa de nouveau un regard à sa tenue, l'air quelque peu perplexe. Ses doigts vinrent lisser le tissu à la teinte parme de la robe qu'elle avait choisi de mettre pour cette journée particulière. C'était une robe à la coupe simple mais qui lui avait paru être la plus adaptée à ce qui allait se dérouler aujourd'hui. La première rencontre avec son père. Cette pensée seule vint accélérer les battements de son cœur. Une semaine, c'était peu et beaucoup. Suffisamment pour accepter une idée, trop peu pour la faire réellement sienne, et c'était un peu à mi-chemin entre ces deux concepts, que la demoiselle demeurait à présent bloquée. Et pour dire la vérité, elle craignait cette journée tout autant qu'elle l'avait attendue. Son père. Cet homme qu'elle ne connaissait pas et qui avait connu sa mère, des années auparavant. Un inconnu. L'angoisse tordait ses entrailles. Qu'allait-elle dire ? Comment allait-il être ? Est-ce qu'il allait être déçu en la voyant ? En la côtoyant ? Elle n'était pas sa mère, loin s'en fallait, n'avait nulle ressemblance avec elle si elle omettait son physique. Elle, elle était si fade.

« Tu es parfaite Alyssa. » Un rougissement léger vint couvrir ses joues, mais malgré tout, elle demeurait en proie au doute. N'était-elle pas trop courte ? Trop longue ? La couleur convenait-elle ? « Dépêches toi Lyssa, nous allons être en retard à ce train là. » Un sursaut vint secouer son corps, son regard s'écarquillant d'une surprise dans laquelle supplantait la peur. Ah non ! Ils ne devaient pas être en retard ! Quelle horrible mauvaise impression lui donnerait-elle là ! Récupérant sac et chaussure – de simple ballerine claire -, la belle avait terminé ses préparatif en un temps record, et ce fut après un dernier regard dans le miroir pour arranger sa chevelure et le ruban accroché à cette dernière qu'elle se dirigea vers la porte, le cœur battant à tout rompre. « Je suis prête. » Ils étaient largement en avance, mais Alyssa refusant d'arriver avec une seule minute de retard, ils étaient contraint de prendre le bus presque une heure plus tôt.

Les doigts de Loup vinrent capturer les siens. Elle tremblait. « Ça va aller Lyssa. » Le sourire de son ami était confiant, réconfortant, et la belle s'y plongea un instant qui lui paru éternité. Juste le temps que ce dernier ne réchauffe son cœur glacé par l'angoisse. Un acquiescement fut seul à répondre, timide, léger. Qu'allait-il se passer à présent ? Déjà, ils arrivaient au lieu du rendez-vous – avec une bonne demi-heure d'avance, mais elle préférait cela. Le café était charmant, discret mais néanmoins raffiné, d'une certaine manière. Pas à la façon de ces endroits chics et trop sophistiqués mais plutôt avec une certaine simplicité tamisée. Discrète mais rassurante. Loup avait fait un bon choix. Heureusement qu'il était, aujourd'hui encore, à ses côtés. Le serveur les installèrent dans un box un peu à l'écart, la table étant entourée de deux banquettes molletonnées qui se faisaient face, et du mur. Un endroit discret, Loup ayant présumé que cela pouvait être préférable au vu de la notoriété du champion. Ils commandèrent chacun une boisson – juste de quoi se rafraîchir – et ne leur restait plus qu'à attendre.

« Ça va bien se passer. » Elle l'espérait.



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Jeu 5 Nov - 21:45
Ma gorge se serra tandis que j'écoutais la tonalité. A tout instant ma fille pouvait répondre, et alors pour la première fois de ma vie j'entendrais sa voix. Que dire en premier ? Comment la saluer ? Rester distant ou être déjà familier, bien que nous ne nous soyons jamais vus ? Je n'avais aucune idée de l'attitude à adopter, et quelque part j'espérais un peu que ce serait via le répondeur que je l'entendrais en premier. Je n'étais même pas sûr de laisser un message de suite, peut-être qu'il me faudrait d'abord raccrocher pour réfléchir un peu plus à ce que je comptais dire, à ce que sa voix m'évoquait d'elle, au ton que j'allais prendre... Mais je n'eus pas ce répit, car la tonalité s'arrêta brutalement et un frisson glacial me traversa le corps.

« Allô ? Qui est à l'appareil ? »

C'était la voix d'un jeune garçon. Même si je fus décontenancé un instant, la lumière se fit vite. Suis-je bête, c'était évident que c'était son ami qui allait répondre, elle m'avait bien dit pourtant qu'elle n'avait pas de portable elle-même ! Trop obnubilé à l'idée de ce premier contact, j'en avais oublié ce détail.

« Bonjour, j'appelle pour Alyssa. » dis-je, me sentant d'un coup très gauche. « J'imagine que tu es... ?

- Je suis Loup. L'ami de Alyssa.

- Enchanté Loup. Je suis Ruven Baldwin, Alyssa m'a envoyée une lettre il y a une semaine.

- Enchanté monsieur Baldwin.
»

Sa voix était bien plus assurée que la mienne, ce qui me perturbait un peu. Mon état de stress était tel que sa tranquillité me déstabilisait encore plus.

« Dis-moi, est-ce qu'Alyssa est là ? » demandai-je. Mes doigts trituraient la lettre et quelque part dans ma poitrine mon cœur cognait douloureusement, bam bam.

« Alyssa est là, en effet. » Un temps, pendant lequel je ne respirai quasiment plus. « Mais il serait préférable que vous vous adressiez à moi pour le moment. Je crois... qu'elle n'est pas encore prête, je suis désolé. »

Quelque part je me sentis un peu soulagé de cette réponse. Je n'étais pas sûr d'être vraiment prêt moi même et je ne refusais pas le sursis qui m'était accordé.


« Ce n'est rien, je peux comprendre... Ce sera probablement plus facile de te le dire à toi en plus. » De plus en plus nerveux, les frottements du papier. « J'ai donc reçu sa lettre il y a de cela un peu plus d'une semaine, comme je n'étais sûr de rien j'ai fait les tests qu'il fallait. Je viens de recevoir la réponse aujourd'hui, j'ai appelé dès que j'ai su. Il s'avère bien que, euh.. Disons que c'est.. vrai.

- Alors vous êtes bien son père.
»

C'était violent à entendre. Mine de rien c'était la première fois que je l'entendais ainsi affirmé à voix haute et ça me faisait vraiment bizarre. C'était ce genre de phrases catégoriques qui font un effet choc, du même style que "Vous avez le cancer" ou "Je suis enceinte". Ce genre de phrases qui marquent à vie.

« Oui. » Je devinais qu'Alyssa écoutait la conversation, et franchement j'aurais payé cher pour voir sa réaction. Était-elle soulagée ? effrayée ? C'était déjà quelque chose de trouver son père biologique, mais j'imaginais que c'était pire encore que cela tombe sur moi, l'un des hommes les plus médiatisés du pays. Comment prenait-elle la nouvelle ? « Et j'appelais aussi pour savoir si elle voulait qu'on se voit. J'aimerais vraiment la rencontrer. »

Malgré son refus de prendre le téléphone, Alyssa devait être d'accord car son ami prit rapidement les choses en main. Il me proposa que l'on se voit la semaine suivante et je m'empressai de le mettre en attente pour vérifier l'agenda sur mon portable. C'était une semaine assez chargée qui m'attendait, mais pour l'instant Alexei n'avait rien planifié pour le samedi après-midi. Pouvais-je prendre l'avion pour Hoenn le matin et revenir à la Ligue le soir ? Ça s'envisageait. Et bien qu'Alexei se soit habitué à ma flexibilité et me mette régulièrement des obligations imprévues, il était suffisamment avec moi sur ce coup pour bloquer mon samedi si je le lui demandais.
Je repris l'appel.


« Je suis libre samedi après-midi. Je ne vais pas pouvoir rester sur Hoenn jusqu'au lendemain, mais je vais prendre le dernier avion pour rentrer le plus tard possible. J'ai vu que vous habitiez à Poivressel, en comptant l'avion et la voiture je vais me débrouiller pour y être vers 15h. »

Il n'en fallut pas plus pour que le rendez-vous soit pris. A peine quelques mots de plus pour se saluer et le jeune homme raccrocha.
Je ne saurais dire ce que je ressentais. A vrai dire, c'était tellement confus que je doutais de ressentir véritablement quelque chose. Il y avait comme une grande tâche noire dans mon esprit, qui m'empêchait de penser clairement. Cette lettre, ce test... ce n'était plus des mots à présent. Il y avait un jeune homme qui connaissait ma fille, qui se tenait juste à côté d'elle, qui lui parlait là tout de suite. Il y avait deux jeunes gens à Poivressel qui m'y attendraient samedi prochain et qui comme moi penseraient tous les jours à cette rencontre.
Cela promettait d'être une très, très longue semaine.


***

Je jetai des regards anxieux à l'écran de mon portable. Déjà 15h10. J'avais pris un peu de retard en demandant au chauffeur de faire un détour par le marché de Poivressel avant de rejoindre le café et ce contretemps ajoutait encore au stress qui me dévorait depuis ce matin.

Ai-je dit stress ? Je voulais dire peur. Elle avait enflé à mesure que les jours passaient et ne pas annoncer la nouvelle à mes proches n'avait fait que l'empirer. Je l'avais également caché à mes collègues de la Ligue, ce qui m'avait demandé un gros effort pour être aussi joyeux que d'habitude. Je n'étais pas encore prêt à parler de ce qui m'arrivait, même si plusieurs fois j'avais pensé à prendre Arthur à part car il avait aussi traversé cette épreuve. Ce n'était juste pas le moment ; peut-être après aujourd'hui justement ?
Heureusement j'avais trouvé un soutien en Alexei : même s'il ne s'était pas improvisé confident, il s'était montré plus présent et venait souvent me chercher pour des broutilles, juste histoire de voir comment j'allais. Je lui en étais reconnaissant, ça m'avait soulagé de pouvoir compter sur quelqu'un au courant. Cependant, ce n'était clairement pas suffisant par rapport à l'intensité de mon anxiété : j'avais passé la semaine à penser au poids de la responsabilité qui m'était tombé dessus, à cette jeune fille bientôt femme dont j'étais le dernier parent, à ce qu'elle attendait de moi. Allait-elle m'aimer ? Cette question en particulier m'obsédait.

Nous revenions dans le centre-ville. Je connaissais le café du rendez-vous pour y avoir passé pas mal de temps lors de mon voyage à Hoenn, je savais que c'était un lieu tranquille où nous ne risquions pas d'être importuné par des badauds me reconnaissant. J'avais toutefois pris des précautions supplémentaires et m'étais déguisé en touriste, même si j'aurais aimé être bien habillé pour cette rencontre si particulière : pantalon léger, t-shirt uni, lunettes de soleil, casquette sous laquelle j'avais dissimulé mes cheveux attachés, appareil photo autour du cou. C'était un mal nécessaire pour avoir la paix.


« C'est ici non ? » demanda le chauffeur en m'indiquant une enseigne.

« Oui, c'est bien là. Vous pouvez me lâcher ici, c'est pas évident de se garer dans cette rue. »

Il accepta facilement car je l'avais payé en avance. Il se mit en double file, pile devant le café, et il ne tenait désormais plus qu'à moi de rejoindre Alyssa. Je n'hésitai pas un instant ; maintenant qu'il était temps d'agir, je me rendais compte que j'étais loin d'avoir aussi peur.

J'entrai dans le café d'un pas décidé. A peine le seuil franchi je scrutai tout autour de moi, cherchant un visage qui ressemblerait à celui que j'avais tant observé ces derniers temps... et il me sauta à la figure. Alyssa était là, assise dans un box dans le fond du café en compagnie d'un garçon de son âge, soudain bien réelle. Deux réflexions fusèrent dans mon esprit à l'instant où mes yeux se posèrent sur elle : bon sang qu'elle ressemblait à sa mère, bon sang qu'elle avait l'air fragile. Je ne sais si c'était à cause de cette dernière remarque ou parce que je réalisais pleinement qu'il s'agissait de mon enfant, mais je ressentis une affection presque immédiate pour elle.
J'approchai avec un sourire de joie timide et m'assis face à elle, étrangement tranquille.


« Bonjour vous deux. » dis-je avec une grande douceur. « Je suis content de vous rencontrer enfin. »

Je tendis à Alyssa le bouquet de fleurs que j'avais acheté au marché et qui m'avait mis en retard. C'était un petit bouquet de tulipes roses, sans prétention.


« C'est pour toi, Alyssa. Je suis désolé d'arriver en retard. »



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Mar 17 Nov - 23:01
La présence de Loup était d'un réconfort certain pour son cœur malmené par une angoisse qui ne parvenait à se taire. A chaque battement, elle en goûtait la saveur, et l'attente paraissait en révéler l'amertume. Pourtant, son ami faisait de louable effort pour distraire son esprit, et si de coutume, il aurait probablement réussi, cette fois-ci, il n'y parvint qu'à demi. Tous deux paraissaient stressés, pour des raisons sans doute différentes, mais néanmoins trop présentes pour tout à fait les ignorer. Et si le Richter parvenait à y faire face et passer outre, ce n'était hélas pas le cas de la demoiselle, bien trop anxieuse de nature. Les questions étaient si nombreuses. Obsédantes. Étouffantes presque. Et si cette rencontre se passait mal ? Et si ils ne s'entendaient pas ? Et si il ne l’appréciait pas ? Comment pourrait-il apprécier une personne comme elle ? Les doigts de la belle se crispèrent sur sa robe, alors qu'elle s’accablait de silencieux reproches. Malgré tout, il souhaitait la rencontrer pourtant... n'allait-elle pas le décevoir ? Elle était si différente de sa mère, du dernier souvenir qu'il devait avoir d'elle... Une femme pétillante et pleine d'enthousiasme, débordant de vie. Son image était si vivace, et la sienne, si terne en contraste... « Il est en retard... » Le murmure du lycéen vint troubler ses biens moroses pensées, et c'est en lui offrant un regard interrogatif qu'il précisa, un sourire conciliant étirant ses lèvres. « Ce n'est que de quelques minutes, ne t'inquiète pas, il a dû avoir un ralentissement sur la route, ça arrive à cette heure là. » Sans doute avait-il perçu l'angoisse se glisser plus encore sur son visage pour ainsi la rassurer. Et si elle ne pouvait donner tord à ses mots et cette possibilité, elle en venait à s'interroger davantage.

Et si finalement, il ne venait pas ? Le soulagement se disputait dès lors à la déception, les deux se mêlant en une émotion indistincte qu'elle ne parvint à comprendre. « Il va arriver. Il nous aurait prévenu si il avait eu un empêchement de dernière minute. » Les battements douloureux de son cœur s'apaisèrent en parti. Un peu. Juste un petit peu. L'angoisse demeurait tapie. « Tu as sans doute raison... » Mais pourtant, comment pouvaient-ils le savoir ? Ils ne connaissaient rien de lui si ce n'était ce qui pouvait être écrit sur lui, ce qu'ils avaient vu et les rumeurs circulant sur lui. Malgré elle, la jeune lycéenne avait, depuis ces dernières semaines, feuilleté quelques interviews sur lui, des articles aussi, comme si elle essayait à travers ces mots couchés sur le papier de découvrir cet inconnu. Comme si ces derniers pouvaient combler l'écart. C'était probablement stupide, jamais une image ne pourrait dévoiler un homme, de cela, elle était bien placée pour le savoir. N'était-elle pas la preuve que les apparences pouvaient se faire trompeuses, menteuses ? Pourtant, c'était la seule chose qu'elle possédait. La seule façon qu'elle avait d'en apprendre un peu plus sur lui. Ça, et les souvenirs vagues et lointains de sa mère. De ses paroles évanescentes. De ses derniers mots pour lui. L'émotion l'étreignit, saisissant sa gorge qui se serra en réponse. Encore et encore. Un murmure. « Lyssa... » La main de Loup vint se poser sur son bras, les prunelles de la demoiselle se détournèrent sur lui, un peu embarrassé - un rien curieux - avant de venir se poser sur la silhouette d'un homme s'étant assis face à eux - à elle surtout.

Ses iris lavandes détaillèrent le touriste avec un étonnement poli qui se fit affolement subtile. Les battements de son cœur se firent plus erratiques alors que ce visage maintes fois contemplés sur les photos glacées s'accompagna d'un nom. Ruven Baldwin. La demoiselle parut en oublier de respirer. Il était là, juste là, face à elle, à seulement quelques centimètres de ses doigts. Tangible. Réel. Le champion de la ligue pokémon. Le spécialiste feu et acier. Cet homme qui était son père. Il était habillé simplement, bien loin des costumes qui semblaient pourtant être ses tenues usuelles - mais elle se fit la réflexion qu'il était peut-être plus aisé de passer inaperçu comme ça. « Bonjour monsieur Baldwin. » Troublée, la demoiselle ne réagit finalement à cette soudaine apparition qu'à contre temps alors que le champion venait lui tendre un bouquet de fleur - des tulipes roses. « Je... Me-merci beaucoup ! » Balbutia t-elle avec une gêne en récupérant avec maladresse le bouquet tendu. « Ce... ce n'est pas grave. Ne vous inquiétez pas... vous êtes là maintenant. » Il était là. Juste là. Juste devant elle. A quelques pas. Et maintenant ? Que devait-elle dire ? Que devait-elle faire ? Longuement, elle s'était imaginée cette scène. Quand elle était enfant, il lui arrivait d'y penser sans l'avouer à qui que ce soit, un rêve éphémère seulement pour elle, mais à l'époque, le visage de cet homme était flou. Si flou. Vague. Lointain. Alors qu'à présent, il était juste face à elle, parfaitement tangible. Tout était si vrai. Étonnement vrai, songea t-elle un instant. La fiction dépassait souvent la réalité... non ? Le regard de la demoiselle vint se poser sur le bouquet de fleur qu'elle avait glissé sur ses cuisses, et sa voix se perdit, se fit murmure émue. « Elles sont vraiment très jolies... merci. »

L'émotion était si puissante. Si entêtante. Ses cheveux se firent voiles devant ses yeux alors que les mots lui manquaient. Toujours. Encore. Elle était si maladroite. Si malhabile. Sa voix se refusait à elle puis doucement vint se faire murmure contrit. « Je... Je suis désolée... » souffla t-elle avec difficulté, la gorge serrée, empoignée par une émotion indistincte - une multitude d'émotion sans nul doute qu'elle ne parvenait à comprendre, à saisir. La peur. Le doute. Le soulagement. La douleur. S'excuser parce qu'elle ne savait pas quoi dire. Pour ce qu'elle était. Pour ce qu'elle apportait dans sa vie. Pour tout et puis pour rien, aussi. Elle même n'arrivait pas à le savoir, mais il n'y avait que ses mots qui parvenaient à s'extraire de ses lèvres, alors que son regard se voilait, s'échappait. C'était si désolant... pour autant, elle ne parvenait à lutter, totalement à la merci de ses sentiments troubles se faisant perles cristallines. Et son ami à ses côtés ne pouvait que l'observer, impuissant. « Lyssa... »



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Jeu 10 Déc - 13:54
Si je me sentais enfin tranquille, plus que je ne l'avais été depuis ces derniers jours, je voyais bien que ce n'était pas du tout le cas d'Alyssa. Je perçus précisément le moment où elle me reconnut à la panique qui passa sur son visage ; elle était visiblement tétanisée, et d'ailleurs elle ne dit rien alors que Loup me saluait.
A vrai dire, je pense que c'était parce qu'elle avait l'air tellement en proie à ses émotions que j'étais moi-même si calme. Peut-être était-ce une façon de maintenir un certain équilibre entre nous ; cette rencontre serait-elle supportable si nous étions tous les deux submergés par une forte angoisse ? Mais pour tout dire, je pense que les raisons de ma tranquillité étaient encore plus profondes que cela. C'est en constatant la fragilité de cette jeune fille que je m'étais rendu compte que, finalement, je n'avais aucune raison d'avoir peur. Comment pouvais-je craindre quelqu'un qui avait l'air bien plus perdu que moi ? Je pense que j'avais tout à coup compris, en posant mon regard sur elle, les vraies raisons de ma présence en ces lieux. Elle avait besoin de moi. Pas parce qu'elle était en manque d'argent, pas parce qu'elle se sentait seule : parce qu'elle avait besoin d'avoir un adulte responsable pour veiller sur elle. J'ignorais tout de sa situation actuelle, d'où elle habitait et de qui était son tuteur, mais alors que je la regardais saisir mon bouquet avec maladresse je me faisais la réflexion qu'elle manquait sûrement d'appuis. Elle était trop jeune pour s'occuper d'elle-même.


« Je... Me-merci beaucoup ! » bredouilla-t-elle. Un sourire doux glissa sur mes lèvres ; qu'elle soit ma fille devait m'influencer, mais je la trouvais attachante. « Ce... ce n'est pas grave. Ne vous inquiétez pas... vous êtes là maintenant. »

Son vouvoiement me fit un pincement au coeur. Je comprenais bien ses raisons (on venait à peine de se rencontrer, j'étais bien plus âgé qu'elle, j'étais un homme connu...) mais cela me paraissait extrêmement bizarre étant donné le lien qui nous unissait. Si je n'étais pas certain que c'était le fait de sa timidité, j'aurais même envisagé que ce soit un moyen de maintenir une distance entre nous.
Alors qu'elle baissait la tête, je constatai soudain qu'elle était en train de craquer. Elle tremblotait, retenait ses larmes du mieux qu'elle pouvait, et son regard se faisait fuyant. Je jetai un coup d'oeil vers Loup, un peu désemparé devant une telle émotion.


« Je... Je suis désolée... » souffla-t-elle, et je devinai à son timbre cassé qu'elle avait commencé à pleurer.

Je ne savais pas quoi faire. Je regardai à nouveau son ami, cherchant du soutien auprès de quelqu'un qui la connaissait bien, mais il avait l'air aussi démuni que moi. Autant je me sentais prêt à absorber l'angoisse d'Alyssa, autant j'étais totalement désarçonné devant ses larmes. C'était bien l'un de mes problèmes : je n'avais aucune idée de la marche à suivre pour calmer quelqu'un et ça avait tendance à me stresser. J'avais peur d'avoir un geste inapproprié, une parole malheureuse, et d'accroître encore plus son mal être.
Et en même temps, je devais faire quelque chose. J'essayai de penser à Zoé, à ce que je faisais en tant que père pour la rassurer, et me lançai.


« Ne t'excuse pas princesse. C'est normal ce que tu ressens et je ne suis pas tellement mieux. »

Je retirai mes lunettes de soleil, qu'elle puisse voir mon regard. J'aurais aimé pouvoir lui prendre les mains, enlacer ses épaules ou lui caresser les cheveux, mais n'osais pas. Personnellement j'aimais avoir des contacts tactiles avec les gens et l'idée me venait d'autant plus naturellement qu'elle était ma fille, mais je craignais qu'elle n'aime pas cela et qu'elle se braque encore plus.

« Hey, tu sais, tu n'as pas à avoir peur. » dis-je en baissant la voix, la réduisant à l'état d'un murmure apaisant. « C'est pas un test. Je n'attendais pas cette rencontre pour décider si j'assumais ma responsabilité ou pas. Je veux être là pour toi. » Ah, voilà que je commençais à me faire rattraper par ma propre émotion. Ma gorge se serrait et je sentais nettement que mes yeux s'humidifiaient. J'essayai de tenir bon, ma fierté d'homme était en jeu. « C'est toi qui verras à quel point tu veux que je sois présent dans ta vie. C'est comme tu voudras, ma chérie. »

J'avais de nouveau peur, finalement. Peur que ce soit trop dur pour elle, qu'elle veuille qu'on en reste là. Pour moi, même si nous devions encore apprendre à nous connaitre, Alyssa était bien ma fille et je souffrirais qu'elle refuse cette relation avec moi. J'idéalisais sûrement le futur (elle ne m'accepterait probablement pas aussi vite que je l'avais fait, elle n'était pas dirigée par un instinct paternel), mais il me paraissait inconcevable désormais de ne pas tisser un vrai lien avec elle.
Parce que, après tout, je l'aimais déjà.





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Mar 22 Déc - 22:46
Pourquoi pleurait-elle ? Les larmes s'échappaient, encore et encore, et l'émotion, elle, serrait sa gorge étreinte entre ses doigts. Elle ne savait que faire, ni même que dire, se laissant totalement submergée par ce doute qui l'envahissait. Ce doute et toutes ces autres émotions qui s'échappaient de ses yeux en ces larmes cristallines. Elle savait. Elle savait en entendant la voix de son ami qu'elle devait se reprendre. Elle savait que pleurer n'était pas bien, pas adapté. Était-ce là l'image qu'elle voulait lui donner ? Sa première impression ? Si stupide. Si idiote. Si seulement elle pouvait tout recommencer. Si seulement elle pouvait se cacher, disparaitre à sa vue. Et plus elle y pensait, plus les larmes lui paraissaient amères, difficile à contenir. Comme elle se sentait stupide d'ainsi réagir. Qu'allait-il penser d'elle à présent ? Pauvre petite chose pleurnicheuse, inutile, si faible. Mordant ses lèvres, elle réprimait les sanglots au fond de sa gorge. Les questions se multipliaient. L'angoisse montait un peu plus à chaque instant, se nourrissant du silence qu'elle avait elle même provoquée. Par sa faute. Elle devait se reprendre. Elle devait... dire quelque chose, autre chose que des excuses vides de sens pour cet homme qui ne la connaissait pas. Il n'était qu'un inconnu pour l'heure, tant pour elle, qu'elle ne l'était pour lui. Loup était là. Si il était là, ça devait aller, non ? Elle devait se calmer, et la voix du Baldwin - de son père - vint la distraire de son angoisse.

C'est normal. Vraiment ? Est-ce que ce qu'elle ressentait à présent - toute cette confusion, toute cette angoisse et cette appréhension - était tout ce qu'il y a de plus normal ? Est-ce que lui aussi ressentait cela ? Son regard vint timidement se relever afin de contempler le visage de son interlocuteur qui lui adressait d'encourageante paroles. Des paroles qui l'apaisèrent tout en ravivant d'autres sentiments plus étonnant. Les larmes se calmèrent, la surprise venant en tarir la source alors qu'à ses côtés, Loup contemplait le champion avec... espoir. Un espoir fragile mais néanmoins présent. Il espérait beaucoup de cette rencontre, beaucoup plus qu'il ne l'avait bien laissé croire à Alyssa. L'espoir et la crainte était bien trop souvent lié l'un à l'autre. « A moi...? » A elle de choisir qu'elle place il prendrait dans sa vie. Quelle place voulait-elle qu'il est dans sa vie ? Ses joues rosirent légèrement avant qu'elle ne vienne de nouveau baisser la tête, réfléchir et effacer le sillon de ses larmes d'un geste maladroit. C'était bien la peine de vouloir se montrer sous un bon jour si c'était pour fondre en larme à la moindre parole. Reprends-toi Alyssa. Il le fallait. « Je... Je ne sais pas... Je veux dire, pour l'instant, je... » Malgré tout, tout s'embrouillait dans son esprit. Ce n'était pas si aisé à y remettre bon ordre. Pas du tout.

De nouveau tête baissée sur les fleurs qui trônaient sur ses cuisses, la demoiselle se perdait dans ses réflexions. Les mots lui manquaient. L'éloquence également. Il le lui avait dit pourtant que c'était à elle de faire un choix... mais lequel faire ? Il voulait être là pour elle... C'était bien plus que ce qu'elle n'avait jamais espéré et elle ne savait comment répondre à ses quelques mots - cette gentillesse, cette prévenance. Il était son père. Cet homme n'était pas totalement un inconnu bien... qu'elle ne savait presque rien sur lui. « Alyssa. » La main de son ami vint joindre la sienne, lui faisant de nouveau redresser la tête vers lui cette fois ci. Il souriait. Un sourire aussi doux que possible, compréhensif il lui paraissait. « Je ne pense pas que tu dois choisir tout de suite. Pour l'instant, faire connaissance serait un bon début, non ? » La belle le contempla avec un rien d'étonnement qui se transforma bien vite en un acquiescement gêné. Pour commencer, c'était probablement préférable, en effet. « C'est vrai... » Sa voix était un peu plus ferme, quoi que toujours faible, murmuré.

Encore fallait-il savoir de quoi parler ou sur quel terrain s'avancer. Elle y avait pourtant réfléchis, mais à présent face à la situation, elle avait l'horrible impression que toutes ses propositions s'étaient envolées de son esprit. Ses doigts libres se crispèrent entre eux. « Je... Je ne sais pas vraiment quoi dire. Maman ne m'a pas vraiment beaucoup parlé de vous... » Sa voix n'était qu'un souffle contrit. Parler d'elle réveillait toujours la douleur dans son cœur, nouait sa gorge. « Je suis désolée...» Elle n'aidait pas vraiment à offrir un début de conversation sous les meilleures auspices. Peut-être n'aurait-elle pas dû parler de sa mère... Pourtant, c'était là le seul et unique lien qu'ils possédaient véritablement. « Mais nous avons vu votre premier combat à la ligue en tant que champion. C'est à partir de là que Enora a voulu... reprendre contact je suppose. » La voix du jeune homme était basse. Aussi basse que possible pour éviter d'attirer l'attention. Ils n'avaient pas besoin de ça.



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Mar 12 Jan - 15:49
Il semblerait que j'avais réussi. Tandis que je parlais Alyssa avait relevé la tête et croisé mon regard ; elle devait y avoir vu ma sincérité car rapidement elle se calma. Elle semblait surprise, aussi : elle répéta mes dernières paroles, à priori choquée que je lui laisse ainsi la décision finale. Elle avait du s'attendre à ce que je sois sur la défensive lors de cette rencontre, à ce que je la jauge avant de rendre mon verdict.. ce qui aurait pu être la réaction d'un autre, mais qui était impossible me concernant. Mais j'avoue que ce n'était pas en lisant ce qu'on disait de moi dans la presse qu'elle aurait pu le deviner.

« Je... Je ne sais pas... Je veux dire, pour l'instant, je... » bredouilla-t-elle, et je crus qu'elle allait se remettre à pleurer. Toutefois ce ne fut pas le cas : elle s'interrompit simplement, cherchant quoi me répondre. Même si son hésitation était compréhensible, ça me fit tout de même un pincement au cœur qu'elle ne réponde pas de suite qu'elle serait ravie que je joue mon rôle auprès d'elle. Même si, maintenant que j'y pensais, elle n'avait aucune raison de penser que j'étais un père convenable pour l'instant ; certes je m'étais montré doux et ouvert jusque-là, mais cela pouvait être une simple façade. Elle était une jeune fille vulnérable et visiblement en souffrance, elle avait sûrement besoin de savoir que j'étais digne de confiance avant de me laisser prendre trop de place dans sa vie - au point où je pourrais la briser encore si je le voulais. Cette pensée atténua un peu mon appréhension : j'étais confiant, j'allais réussir à la convaincre qu'elle serait en sécurité avec moi.

Loup intervint pour désamorcer la pression qu'elle était en train d'accumuler. J'acquiesçai doucement quand il proposa qu'on remette cette décision à plus tard et qu'on se contente de discuter pour l'instant. Nous en savions si peu l'un sur l'autre ! Il y avait beaucoup de questions qui m'étaient venues pendant cette semaine d'attente, et même si l'émotion m'en faisait oublier énormément il y en avait encore quelques unes qui me paraissaient primordiales.
Ce fut toutefois Alyssa qui parla la première, encore mal à l'aise.


« Je... Je ne sais pas vraiment quoi dire. Maman ne m'a pas vraiment beaucoup parlé de vous... »

Je m'en doutais un peu. Enora avait sans doute voulu épargner à notre fille la tristesse de savoir que son père avait une autre famille quelque part et qu'il n'était pas resté avec elles. Évidemment ce n'était pas de mon fait puisque je n'avais pas été tenu au courant mais... d'ailleurs, me serais-je posé avec Enora si elle m'avait prévenu qu'elle était enceinte ? Je l'ignorais sincèrement. J'étais tellement immature à l'époque...

« Mais nous avons vu votre premier combat à la ligue en tant que champion. » reprit Loup pour combler le silence d'Alyssa. « C'est à partir de là que Enora a voulu... reprendre contact je suppose.

- Peut-être, c'était bien il y a un an.
» répondis-je. Savoir qu'elle était morte quelques jours après teintait l'évènement d'une couleur maussade. « Je comprends qu'Enora ne t'ait pas dit grand chose sur moi, mais je peux rattraper ça. J'ai 38 ans depuis quelques semaines, je suis bientôt divorcé d'une femme qui s'appelle Amélie et avec qui j'ai une petite fille, Zoé, qui aura six ans cette année. Tes grands-parents s'appellent Elise et Oliver, ils étaient tous les deux dans le milieu médical mais ils sont à la retraite maintenant et habitent Port-Tempères à Kalos. Tu n'as pas d'oncle et de tante de mon côté, je suis fils unique comme toi... Quand ta mère et moi nous sommes rencontrés, je vadrouillais dans toutes les régions du globe par goût de l'aventure et de la découverte, c'est pour ça que j'ai fini par partir mais Enora le savait dès le début, nous n'étions pas amoureux et elle ne m'en a pas voulu.. sur le coup du moins. Tu dois t'en douter mais j'ai une grande passion pour les Pokémon de type feu, qui dépasse le simple dressage et s'apparente presque à une curiosité scientifique. Que puis-je te dire d'autre... » Je réfléchis un instant. Tout ce que je venais de dire ne permettait pas vraiment de me connaître, il faudrait des choses plus atypiques, plus personnelles... « J'ai un palais à toute épreuve, j'aime des aliments qui rebutent tout le monde. J'adore danser aussi, même si mes goûts musicaux sont un peu ringards maintenant. Et j'ai le contact très facile avec les gens, je deviens rapidement familier et ça met certaines personnes mal à l'aise. »

Je ne pus m'empêcher de sourire. A coup sûr elle allait se retrouver dans cette phrase, d'autant que je me montrais déjà trop chaleureux pour une première rencontre, en l'affublant de surnoms. Est-ce que je devrais me réfréner pour qu'elle se sente moins oppressée, ou est-ce qu'au contraire mes manières la rassuraient ? Nous verrions bien.

« Et toi princesse ? Parle-moi un peu de toi. »



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Dim 17 Jan - 12:57
Le premier combat en tant que Champion de la ligue de Ruven Baldwin. Pour tout avouer, pour Alyssa, ce souvenir n'était pas aussi prégnant qu'elle aurait bien pu le faire croire. Loup semblait s'en rappeler davantage, ce qui ne paraissait pas étrange au vu de sa propre passion pour les Pokémon Aciers. Mais elle... elle n'avait jamais été particulièrement attirée par ce genre de combat - par le combat en général. Et puis... elle avait l'impression que de cette époque, de cette année précédente, elle ne parvenait à ce souvenir que du pire. Il n'y avait que cette douleur. Que cette froideur et cette solitude. Cette... injustice. Les doigts de la belle se crispèrent plus encore, endiguant vainement cette vague d'affliction qui menaçait de la submerger. Non. Pas maintenant. Pas comme ça. C'était... Il y a un an. Le regard de la demoiselle vint de nouveau se poser sur cet homme - sur ce père qu'elle n'avait jamais eu l'occasion de connaitre jusqu'alors. Mais il était là aujourd'hui, juste là, face à elle. Cet homme qu'elle voulait connaitre, cet homme dont elle imaginait l'apparence et la personnalité était réel à présent. Et il contait de lui même ce qu'elle avait toujours voulut savoir. Des détails parfois, ou bien des informations plus importantes. Il allait divorcé. Il avait une petite fille de 6 ans - sa demi-sœur, non ? Elle avait des grands-parents paternels aussi, encore vivant à Kalos. Un flot d'information continu sur cet homme. Sur ce père. Et aussi, un peu sur eux. Un peu, juste un peu. Cela rejoignait ce que sa mère lui avait dit à son sujet, le peu qu'elle avait laissé échapper. C'était... rassurant. Un peu nostalgique aussi. Triste aussi.

Parler d'elle. C'était à elle à présent. Elle n'était pas vraiment douée pour ça, pour parler d'elle même. Après tout, elle était plutôt banale, insignifiante même. Que pouvait-elle dire d'intéressant sur elle en tout état de cause ? « Je trouve... que c'est plutôt une bonne chose d'avoir le contact facile avec les gens. Ma mère était pareille... » Elle n'avait pas vraiment hérité de ce trait de personnalité, que cela soit de l'un, ou de l'autre de ses parents visiblement. Sa timidité maladive semblait vraiment venir de nulle part. « Et je ne pense pas qu'elle vous en a jamais voulu. » La demoiselle baissa la tête avant de reprendre de sa petite voix murmurante. « Elle avait toujours le sourire quant elle se souvenait de cette époque. Elle était très forte, vous savez... » Peut-être n'avait-il pas eu le temps de le voir lorsqu'ils s'étaient rencontrés. Ses doigts vinrent glisser une mèche de cheveux derrière son oreille. Bien plus forte qu'elle ne l'était elle même. « Elle m'a toujours élevée toute seule, c'était son choix qu'elle me disait. On a toujours vécu à Poivressel, c'est ici qu'on a rencontré Loup et son père quand nous étions petits. On était voisin. » L'adolescent lui offrit un sourire qu'elle lui retourna avec douceur. Pourtant, était-ce vraiment ce qu'il voulait savoir ? Elle l'ignorait. Parler un peu d'elle. Elle n'avait pas vraiment grand chose à en dire.

« Je suis née le 20 juin. J'ai 16 ans et j'étudie au lycée Sainte Catherine. J'habite avec mon grand père depuis... »
Un silence. Elle ne paraissait pas très à l'aise avec cette dernière information, à moins que ce ne soit avec ce qu'elle signifiait, au fond. Depuis la perte de sa mère. La cohabitation avec lui n'était pas vraiment facile mais de cela, elle ne voulait pas lui en faire par. Probablement pour une raison semblable à celle qui lui avait pousser à le dissimuler à son meilleur ami. Le silence s'étira. Que dire de plus à son sujet ? Elle ne savait pas. Elle ne savait vraiment pas quoi dire à son sujet qui puisse être un peu intéressant. « Elle cuisine très bien, surtout les desserts et les pâtisseries. Elle fait un très bon moelleux au chocolat d'ailleurs, et ses cookies sont très bons. Elle est timide mais c'est une amie fidèle et généreuse. Elle est toujours à l'écoute des autres, beaucoup plus des autres que d'elle même. Elle joue aussi du violon depuis des années, elle aime beaucoup la musique, par contre, elle est moins douée en sport. » Le sourire de l'adolescent fit face à la gêne de la jeune femme qui ne savait plus où se mettre après toutes ces paroles à son propre sujet. Un rire léger de la part du roux en réponse. « Et elle a du mal à parler d'elle même, mais ça, je pense que vous l'aviez déjà remarqué. » Un rougissement vint couvrir les joues de la belle qui demeura silencieuse un moment avant de reprendre la parole.

« Désolé, je... je n'ai pas vraiment l'habitude. »
Elle était probablement ridicule à bégayer pour ce genre de chose. A hésiter pour simplement parler d'elle même. Mais elle n'avait pas les facilités de son père ou bien de son ami. Elle était fragile mais cela aussi, il avait dû le remarquer, au moins en parti. « J'ai donc... une demi-sœur...» Un murmure. Un autre pan inconnu de sa famille. D'autres personnes...



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Jeu 21 Jan - 14:00
Alyssa ne répondit pas de suite à ma question, ses premières paroles furent pour me parler un peu de sa mère. Je confirmai d'un signe de tête quand elle fit la remarque qu'Enora aussi était une personne au contact facile ; c'était d'ailleurs pour ce trait de caractère que j'étais resté avec elle plus longtemps qu'avec mes autres conquêtes. Nous nous ressemblions elle et moi : elle était toujours joyeuse, toujours positive, et comme je le cherchais à l'époque elle se contentait de profiter du bon temps que nous passions ensemble sans poser de questions sérieuses sur l'avenir. Je ne sais toutefois si elle avait envisagé à un moment donné que notre relation devienne plus profonde que ce qu'elle était, sans oser m'en faire part : ce ne serait pas impossible, elle était bien plus mâture que je ne l'étais. Mais... était-ce pour cela qu'elle ne m'avait pas appris sa grossesse de suite ? Parce qu'elle ne voulait pas que je me sente obligé de former un couple sérieux avec elle ? J'aurais voulu qu'elle soit encore en vie pour lui poser la question...

Alyssa glissa quelques informations que j'attrapai au vol. Il me semblait bien avoir compris qu'Enora n'avait pas fait sa vie avec un homme et qu'il n'y avait donc pas de beau-père pour veiller sur notre fille, même si la famille de Loup semblait avoir en partie rempli ce rôle. Cette information éveillait des sentiments contraires chez moi, à la fois de la douleur que ma fille ait été si seule toute cette année, et en même temps un certain soulagement égoïste qu'elle ne considère pas déjà quelqu'un comme son père. Cela aurait été bien plus compliqué de trouver ma place auprès d'elle si elle avait appelé un autre Papa... Alors, même si c'était cruel, j'étais quelque part rassuré qu'elle n'ait eu aucun homme vers qui se tourner tout ce temps.
Je fronçai légèrement les sourcils quand elle indiqua qu'elle vivait actuellement chez son grand-père. La manière dont elle ne réussissait pas à finir sa phrase, le peu d'affection dans son ton... cela correspondait au souvenir très vague que j'avais de cet homme. Je ne l'avais jamais rencontré personnellement mais Enora m'en avait parlé quelques fois, dans des occasions un peu intimes où nous nous confions l'un à l'autre. C'était tellement lointain que je ne me rappelais pas de ses paroles exactes mais j'avais gardé l'impression d'un homme dur et peu aimant, un peu vieux jeu. A l'époque il était banni qu'il me voit avec elle, aussi je ne pouvais jamais la raccompagner jusqu'à chez elle. Je n'étais même pas sûr qu'il était au courant de ma simple existence... même s'il avait fini par l'être quand sa fille était tombée enceinte évidemment. Cela avait du être un véritable calvaire de lui annoncer la nouvelle d'ailleurs...

Suite à cette déclaration, Alyssa garda le silence un certain temps. J'attendais, mais elle ne semblait pas savoir quoi dire d'autre. Je me sentis un peu troublé par son malaise et une foule de questions inquiètes se bouscula dans ma tête. Est-ce que je la mettais si mal à l'aise ? Est-ce qu'elle n'osait pas me faire confiance ? Est-ce qu'elle n'avait tout simplement pas envie de discuter avec moi ? Elle était tellement différente de Zoé, bien plus âgée aussi, c'était une adolescente après tout. Etais-je capable de la gérer, moi qui étais habitué à l'insouciance heureuse des enfants en bas âge ? Je n'avais pas encore eu l'occasion de me confronter aux affres de l'adolescence, à ce moment où les parents ne comptent peut-être plus autant qu'avant, où les relations ne vont pas autant de soi. M'en voulait-elle d'avoir été absent toutes ces années ? Est-ce qu'elle ressentait de la colère, de la haine envers moi ? Etais-je le seul à vouloir d'une relation idyllique, à l'image de celle que j'avais avec Zoé ? Peut-être qu'elle estimait ne pas avoir besoin de moi finalement ?
Je la regardais avec une grande insistance, rongé par toutes ces questions anxiogènes, quand Loup décida de briser le silence et de me donner des informations plus personnelles sur elle. Je les écoutais attentivement, presque avidement, tant j'avais besoin de savoir des choses sur elle. Le ton simple et enthousiaste du jeune garçon me détendit un peu, il ne semblait pas du tout mal à l'aise dans cette situation - ce qui devait signifier qu'il n'était pas inquiet par rapport au comportement d'Alyssa. Je n'avais peut-être pas de raison de m'inquiéter moi non plus, même si...

La jeune fille s'excusa à nouveau pour son manque d'éloquence, ce à quoi je répondis par un sourire pas franchement apaisé, mais au moins encourageant. Puis, presque dans un souffle, elle revint sur l'idée qu'elle avait une demi-sœur. Ah, oui, peut-être qu'elle voulait que je lui parle un peu plus de ma famille - et donc, par extension, de la sienne à présent.


« Attends, je vais te la montrer. » dis-je en sortant mon portable. Il me suffisait de l'allumer et de le lui tendre ; elle était mon fond d'écran. La photo du moment datait de notre sortie à Aqua Paradise, la dernière fois que nous étions sortis en famille, et aussi le jour où Amélie avait... Bref. On était dans la boutique de souvenirs du complexe, Zoé portait un chapeau absolument ridicule en forme de Tentacool et était hilare parce que j'en portais un aussi. « C'était en mars, elle a un peu grandi depuis. C'est une petite fille adorable et pleine de vie. Elle vit avec sa mère pour l'instant. »

Je m'interrompis, sentant nettement que je m'aventurais sur un terrain dangereux. Non seulement j'étais très sensible en ce moment quand il s'agissait de Zoé et du fait que je n'avais pas sa garde, mais cela pouvait aussi faire du mal à Alyssa si elle y réfléchissait trop. Après tout, nous parlions là d'une enfant qui avait eu son père, pour laquelle j'étais présent depuis le tout début, que j'aimais et que je connaissais très bien. Je ne savais pas si elle pouvait être jalouse d'elle, ou ressentir une quelconque amertume à son égard.


« Si un jour tu voudras la rencontrer, je pense qu'elle serait très contente de te connaître. » ajoutai-je d'une voix douce. « Je suis certain qu'elle adorerait l'idée d'avoir une grande sœur. »

Je commençais à me sentir gêné moi aussi. C'était tellement étrange de parler de tout cela... d'autant que je n'avais pas encore réfléchi au fait qu'il allait bien falloir un jour que j'explique à ma famille que j'avais une fille cachée. Jusque-là je n'avais pensé qu'à moi et au choc que ça me faisait, mais cela n'allait pas être évident de l'introduire auprès de mes proches.
Pour ne pas s'attarder sur Zoé trop longtemps, je repris mon portable et cherchai une photo de mes parents. J'en trouvai une dans leur jardin : mon père et moi étions assis sur leur banc, et ma mère était dans un fauteuil à côté. Vu l'angle de vue et le cadre incertain, ce devait être Zoé qui l'avait prise. Je tendis de nouveau le téléphone à Alyssa.


« Ce sont mes parents. Ils ont tous les deux plus de soixante-dix ans, même si ça ne se voit pas trop sur mon père. Ils n'ont pas vraiment le même caractère, mon père est plutôt du genre nonchalant et réservé alors que ma mère est toujours inquiète pour les autres, du coup ils se chamaillent souvent. » Je lui laissai un peu le temps de regarder, puis ajoutai avec un sourire : « Tu peux regarder les autres photos si tu en as envie, je n'ai rien à cacher. Tu peux regarder aussi Loup. »

C'était principalement des photos de Zoé, quelques unes d'Amélie quand il y avait des éclaircies dans notre couple, et pas mal de photos de mes Pokémon et de la Ligue. Je me fis la réflexion que c'était vraiment mon téléphone d'adulte ; plus jeune, il était plutôt rempli de photos de paysages et de lieux atypiques, de soirées avec des copains éphémères, de selfies avec des conquêtes d'un soir, et encore et toujours de Pokémon.


« Dis-moi si tu veux savoir quoi que ce soit. Si tu n'es pas à l'aise pour parler de toi, je te dirai des choses sur moi alors. »

Je me tus ensuite, me contentant de sourire d'un air avenant. Qu'elle prenne son temps pour regarder, qu'elle s'approprie à son rythme toutes les informations que je lui donnais. Je voulais qu'elle se sente à l'aise, en confiance ; je la laisserais emmener cette rencontre dans le sens qu'elle désirait. C'était à moi de me plier à elle.



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Mar 30 Aoû - 16:27
Une famille. Jusqu'à ce moment, elles n'avaient toujours été que toutes les deux, sa mère et elle, et cela avait toujours constituer son univers. Juste toutes les deux. Elles se connaissaient. Elles s'aimaient comme elles étaient, s'encourageaient et s'avançaient ensemble. Naturellement. Chacune faisait parti de ce même univers - de son univers - tout comme Loup et Erik en étaient devenus une véritable composante. Les liens du sang n'étaient pas tout. Loin s'en fallait, elle n'était pas sans le savoir. Et pourtant, il y avait toujours eu une ombre. Un fantôme. Un inconnu qui ne faisait pas parti de son univers à elle, mais qui pourtant, appartenait à celui de sa mère. Et cet inconnu était là, face à elle, juste... devant elle. Et une parole après l'autre, il lui dévoilait un univers qu'elle n'avait jamais côtoyé, qu'elle n'avait jamais véritablement soupçonné non plus. Pourtant... elle le savait. Elle savait. Alors pourquoi s'en étonnait-elle encore ? Une demi-sœur. Un instant, elle songea à un univers parallèle, un univers dans lequel sa mère aurait peut être épousé cet homme, où ils auraient vécu ensemble, comme une famille ordinaire. Un rêve. Juste un rêve. Éprouvait-elle du regret ? De l'amertume ? Le pouvait-elle seulement ? Ses prunelles lavandes détaillèrent les tulipes demeurant sur ses jambes, en travers de ses cuisses. Le présent de ce père qu'elle rencontrait pour la première fois. Peut-être. Peut-être éprouvait-elle tout ça. Tout ça et autre chose aussi. Elle aurait aimé que sa mère soit à ses côtés à cet instant. Elle aurait aimé... les voir ensemble. Juste... juste une fois. Juste voir et ne pas seulement imaginer. Mais ce n'était qu'un rêve. Juste un rêve, et la réalité était bien plus amère. Devait-elle l'être ? Pourtant, elle ressentait une certaine joie. Une joie maladroite et gênée, ensevelie sous un nombre incalculable de questions et de doute.

« Attends, je vais te la montrer. »


Le regard de la demoiselle vint se poser sur l'adulte, glissant ses prunelles sur le téléphone qu'il lui tendait. La photographie d'une enfant à la chevelure brune à l'allure joyeuse vint se dévoiler à ses yeux. Elle lui ressemblait tellement, songea t-elle en contemplant la fillette hilare affublée de son drôle de chapeau tentacool. Elle ressemblait tellement à son père. Ce qui, elle devait bien se l'avouer, n'était pas vraiment son cas. Est-ce qu'elle... l'enviait ? Peut-être. Mais en même temps... sa mère n'avait-elle pas toujours été là pour elle ? N'avait-elle pas toujours tout donner pour elle ? Elle... « Elle vous ressemble beaucoup. » C'était les seules paroles qui parvenaient à s'échapper de ses lèvres ourlé dans un sourire délicat. Fragile. Des paroles un peu maladroite. Il y eut un silence qu'elle ne sut comment interpréter. Une retenue. Elle vit avec sa mère pour l'instant. Il avait parlé de divorce juste avant. Peut être n'aurait-elle pas dû parler de ça pourtant cela ne l'empêcha pas de reprendre avec douceur. La rencontrer. Rencontrer cette petite sœur inconnue. Cet univers entier qu'elle n'avait jamais perçu avant... aujourd'hui. Une petite sœur. « Oui... ça pourrait être bien. » glissa la demoiselle avec embarras. Elle était sincère, néanmoins, une certaine retenue l'accablait encore, la crainte peut-être de décevoir, de briser cette routine qui s'était si difficilement installée dans sa vie ses derniers temps. Trop fragile. Pourrait-elle réellement faire une bonne grande sœur ? Et... en aurait-elle seulement la possibilité ? Trop de question. Tout était si nouveau, si... effrayant ? Elle avait la sensation de se jeter dans l'inconnu et ne craignait que trop la chute. Dans les prunelles ambrées de Loup vint s'attarder une ombre qui bien vite s'échappa.

De nouveaux protagonistes vinrent se présenter à eux. Sa grand mère et son grand père. Paternel. De nouveaux inconnus. Ils avaient l'air... heureux. Non, ce n'était pas vraiment ça. Ils étaient différents. Différents de... lui. Elle, elle n'avait aucune photo de son grand père ainsi présenté auprès de sa mère, quant à sa grand mère maternelle... elle ne l'avait jamais connue. Si, finalement... ses pensées étaient peut être juste en fin de compte. « Ils ont l'air heureux. » Oui, bien différents de lui... Silencieuse, elle contempla l'image de ce bonheur simple - familiale. Curieuse. Presque sereinement. C'était troublant et pourtant, cette photographie se suffisait à elle même. Explicitait davantage que les mots. Son ami la contempla plus rapidement, comme si il n'était pas certain d'en avoir le droit - ce que l'adulte rassura d'une simple parole. Regarder les autres photos. Vraiment ? N'était-ce pas trop... personnel ? Intime même ? Le téléphone entre ses mains, la demoiselle hésita, détailla de nouveau cet homme qui était son père en l'interrogeant une nouvelle fois. Timidement. « D-D'accord. » Lentement, elle passa les différentes photographie, encore avec une certaine hésitation, comme si elle n'était pas encore tout à fait certaine qu'elle en avait le droit. Il y avait beaucoup de photo de la fillette. Quelques photos d'une femme adulte - Amélie peut-être. Puis des Pokémon. Beaucoup aussi. N'était-ce pas représentatif de ce qu'une personne aimait le plus ? On prenait des photos de ce que nous aimions normalement, donc... Ruven Baldwin aimait sa fille. Et les Pokémon - les siens ? L'image de la fillette vint de nouveau se glisser sur l'écran, cette fois ci, en compagnie d'un Pokémon à la longue crinière de feu et d'or. Une créature élégante, songea t-elle. « Il est joli ce Pokémon. » Commenta t-elle en rendant à son propriétaire son téléphone portable après l'avoir détaillé un peu trop longtemps à son humble avis. Elle en avait presque oublié la question qu'il lui avait posé - ou tout du moins la demande qui lui avait été faite, toute à sa contemplation.

« C'est une femelle Lyssa. » s'amusa son ami à ses dépend, ce qui lui valut un regard un rien surpris de la belle. « Ah bon ? » Il acquiesça en lui montrant rapidement la crinière de la créature. « La crinière des némélios mâle est plus drue et entoure toute leur tête, et ils sont également plus robuste que les femelles. » Un peu confuse, la demoiselle glissa sur l'adulte un regard quelque peu contrit. « Je suis désolée... Je n'y connais pas grand chose en Pokémon... » avoua t-elle avec maladresse. Alors que lui, il était dresseur Pokémon, plus encore, il était l'un des champions de la ligue - l'un des meilleurs dans sa catégorie. Ses doigts se crispèrent les uns aux autres, dissimulant mal son trouble - un presque regret. Encore quelque chose qui les séparait au lieu de les réunir. Encore un sujet dans lequel elle était naïve et sur lequel ils ne pourraient converser. N'y avait-il rien qui pourrait ne serait-ce que les rapprocher ? Juste un peu ? Rien qu'une toute petite chose qui pourrait un instant prouver qu'ils étaient bien parent et non pas juste deux étrangers se retrouvant ?

En réalité... Elle avait vraiment peur. Peur de se rendre compte que, malgré le lien de sang qu'ils possédaient... il n'y ait rien de plus que cela entre eux. Alors, quelle question devait-elle poser à cet instant pour briser cette barrière ...? Elle ne savait pas. Elle ne savait pas du tout. Pourquoi est-ce que cela devait-être si difficile de trouver les bons mots ? Les bonnes questions ? « Est-ce que...» Elle se tut un instant. Hésitante. Non, c'était puéril de sa part que de poser une telle question. Et puis elle même n'avait-elle pas perdu le goût de cette passion ? La seule qu'elle n'avait jamais possédée... Qu'elles partageaient toutes les deux. Sa mère et elle. Elle lui avait enseigné avec patience les bases du piano, de la musique, et puis elle lui avait tout offert pour qu'elle puisse réussir. Elle l'avait encouragé. Enora aimait la musique. Elle était... ce qui les rassemblait. Elle était... le seul lien qu'ils possédaient réellement. Son ombre demeurait, là, juste là. Sa présence fantomatique. Enora était ce qui les liait. La fille esseulée et le père étranger. « Comment... Comment avez vous connu ma mère ? » Un souffle. Elle n'aurait peut-être pas dû poser cette question, pourtant... elle était... curieuse. Oui, curieuse.

Celle qui les liait...
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Lun 5 Sep - 21:53
Alyssa ne parvenait visiblement pas à se détendre. Quelque part ça me faisait vraiment peur – est-ce qu'elle avait une mauvaise impression de moi jusque-là ? Est-ce que je la mettais si mal à l'aise, est-ce que je l'effrayais ? Je n'étais pas habitué à ce genre de réactions, d'ordinaire j'avais un talent certain pour mettre les gens en confiance et il ne suffisait que de quelques minutes pour que mes interlocuteurs soient rassurés. Pourquoi ne réussissais-je pas avec elle, alors qu'elle était ma propre fille et sûrement la personne dont je désirais le plus la sympathie ? Son silence et son regard fuyant me déstabilisaient et au fond de moi, je sentis poindre un début d'angoisse. Elle pouvait me repousser. Après tout, rien ne l'en empêchait : j'avais beau être son père par le sang, je n'étais pas pour autant son tuteur et elle n'avait aucune obligation de me côtoyer, d'autant qu'elle avait l'âge d'avoir son mot à dire. Si ça la mettait si mal à l'aise je pouvais très bien ne jamais la revoir, ou alors très peu parce qu'elle avait l'air d'être une jeune fille polie et qu'elle n'oserait pas me refuser toutes les visites. J'avais beau ne la connaitre qu'à peine, cette perspective me flanquait la frousse ; je préférais nettement assumer mon rôle de père, si important à mes yeux malgré les difficultés qu'il allait représenter avec Alyssa, que de m'inquiéter en permanence de savoir ce qu'il advenait d'elle. Et puis, il y avait une raison un peu plus mystique à mon désir de m'occuper de cette jeune fille : j'avais l'impression qu'Enora comptait sur moi, de là où elle était. Nous ne nous étions pas revus depuis des années, mais malgré ça il s'agissait de notre enfant à tous les deux et je sentais au plus profond de moi que c'était ma mission de prendre son relais maintenant qu'elle n'était plus là.

Au moins, malgré sa grande retenue, Alyssa concéda que ça pourrait être bien de rencontrer Zoé. J'ignorais si elle disait ça uniquement pour me faire plaisir ou si elle désirait sincèrement connaitre cette famille qu'elle avait sans le savoir, mais cela me rassura un petit peu. Quand je lui présentai mes parents je vis dans son regard qu'elle appréciait la photo et que sa simplicité l'apaisait, mais il y avait autre chose aussi. Comme une espèce... d'envie ? Peut-être que c'était la notion même de former une famille qui la touchait.
Elle ignora ma proposition, trop absorbée par la contemplation des photos. Je ne m'en offusquai pas et attendis, patiemment, qu'elle ait vu tout ce qu'elle voulait voir. Je confirmais par un sourire tranquille que cela ne me dérangeait pas qu'ils regardent, l'un comme l'autre ; Loup semblait important pour Alyssa et je ne souhaitais pas qu'il se sente repoussé.


« Il est joli ce Pokemon. » dit-elle en me rendant le téléphone. Je jetai un regard sur l'écran et vis qu'il s'agissait d'une photo de Zoé en compagnie de Molly.

« C'est une femelle Lyssa. » expliqua Loup, qui m'apprit par son air amusé que ce n'était pas la première fois qu'il devait lui apprendre quelque chose sur les Pokémon.

Ainsi donc ma propre fille ne s'intéressait pas à ce qui était ma plus grande passion. Un peu ironique, et dommage aussi. Cela aurait été un sujet idéal pour converser en plus, cela nous aurait permis de détourner notre esprit de ce lien spécial qui nous unissait et qui était tout l'objet de notre malaise. Il fallait donc que je trouve autre chose.


« Ce n'est pas grave princesse, apparemment tu as un expert avec toi pour t'expliquer. » remarquai-je avec un sourire envers l'intéressé. Cela aurait été peut-être plus facile si des deux cela avait été lui, mon enfant. « Et cette beauté s'appelle Molly, c'est mon tout premier Pokémon. Une vraie tête de mule, mais elle est très importante pour moi. Je te la présenterai, elle est normalement plus gentille avec les jeunes filles. »

A nouveau Alyssa se tut, soucieuse. Je sentais qu'elle était en train de réfléchir à ce qu'elle pourrait dire ensuite ; j'attendis sans l'interrompre, gardant une attitude ouverte. Il fallait qu'elle se jette à l'eau, qu'elle n'ait pas peur de parler avec moi ; j'avais beau être encore un inconnu à l'heure actuelle, j'espérais bien qu'elle finirait par me faire confiance comme à un père.


« Est-ce que... » commença-t-elle, mais elle s'interrompit et ne termina pas. C'était vraiment frustrant.

« Dis-moi. » l'encourageai-je, me penchant légèrement en avant pour attraper même les mots qu'elle ne ferait que murmurer.

« Comment... comment avez-vous connu ma mère ? » souffla-t-elle. Il est vrai que si elle avait appris notre parenté via la lettre d'Enora, elle n'avait pas eu l'occasion de poser la question à l'intéressée.

« N'hésite pas à me tutoyer, ça me mettrait plus à l'aise. » précisai-je. Cela lui demanderait peut-être un effort au début, mais ça casserait un peu la distance qu'il y avait entre nous actuellement. « D'ailleurs ça vaut aussi pour toi Loup, je n'aime pas trop qu'on me vouvoie. En ce qui concerne ta mère, je l'ai rencontrée quand j'avais vingt-deux ans je crois. Ça te décevra peut-être mais les circonstances n'avaient rien d'extraordinaire : j'étais invité à une fête, elle aussi, et comme nous étions tous les deux des gens sociables on s'est rapidement retrouvé à discuter. Si tu veux tout savoir, c'est moi qui suis allé la voir en premier : il faut dire qu'Enora dégageait beaucoup de sympathie et de joie de vivre, et avec ses cheveux violets on ne voyait qu'elle. » C'était très étrange comme conversation. Non seulement je parlais de quelqu'un qu'il y a un mois à peine je n'aurais jamais imaginé morte, mais j'en parlais en plus à sa propre fille. Je comprenais qu'Alyssa me pose des questions à ce sujet ; même si c'était douloureux, elle devait aimer que des gens qui l'avaient connu lui parlent d'elle. « Comme on s'est très vite bien entendu, elle m'a parlé d'un concerto qu'elle devait aller voir la semaine suivante et pour lequel elle n'avait pas d'accompagnateur ; je n'en avais jamais entendu et je voulais la revoir, donc j'ai accepté. Je ne sais pas si c'était toujours le cas quand tu l'as connue, mais à l'époque Enora aimait beaucoup la musique classique. En tout cas, c'est à cette occasion qu'on a commencé à sortir ensemble. »

J'étais désolé de ne pas pouvoir lui dresser un portrait plus romantique de notre idylle, elle devait trouver ça décevant. Je n'aurais pas d'anecdote mignonne à lui raconter d'ailleurs, j'avais beau adorer avoir une relation avec quelqu'un je n'étais pas romantique. Encore quelque chose qui pourrait refroidir sa vision de moi.

« Tu sais Alyssa, je voulais te dire... On s'est quitté en très bons termes, avec ta maman. Je l'appréciais toujours autant quand j'ai quitté Hoenn, mais elle et moi étions trop immatures pour former un couple sérieux. Si j'avais su dans quelle situation elle était, je.. enfin.. j'aurais été là pour vous deux. Si tu te posais la question. »

Je tenais à lui dire cela. Je ne savais pas pourquoi précisément, mais je sentais que c'était quelque chose d'important. Pour elle, pour clarifier ma présence ici aujourd'hui. Certes à cet âge-là je ne pensais pas à avoir un enfant tout de suite et j'aurais sans douté accusé le coup, mais je pense sincèrement que j'aurais assumé. Enfin, je crois.

« Hum, sinon, je me demandais... Tu n'avais jamais demandé à ton grand-père qui était ton père ? Il le savait forcément, je m'étonne qu'il ne te l'ait pas dit. A moins qu'il ne se soit inquiété pour toi... »

Seize ans avaient beau s'être écoulés, je craignais toujours le vieil homme. Enora m'en avait donné une image si austère... Il ne m'accueillerait probablement pas à bras ouverts, si j'entrais dans la vie de sa petite-fille.



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C-GEAR
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C-GEAR
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Lun 24 Juil - 14:55
M'entendre parler de sa mère avait réveillé une partie de sa douleur car des larmes coulaient silencieusement sur ses joues, mais le léger sourire qui les accompagnait m'assura qu'elle avait eu besoin d'entendre cela. Elle s'essuya les yeux en murmurant une excuse.

« Elle.. elle aimait toujours la musique classique. Jusqu'à la fin... » dit-elle d'une voix brisée et je vis qu'elle faisait des efforts pour ne pas sangloter à nouveau. Pauvre enfant, pensai-je le cœur serré, j'aurais tellement aimé la rencontrer dans un contexte plus joyeux, accompagnée de sa mère et sans cette souffrance que je voyais sourdre de ses yeux. Elle n'aurait eu à gérer que le stress de rencontrer son père, pas toute cette vulnérabilité qu'elle semblait avoir accumulé depuis un an...

Elle ne répondit rien quand je lui assurai que j'aurais été là pour elles si j'avais su plus tôt. C'est vrai, il n'y avait rien à dire. Je n'avais pas su plus tôt mais là, il y a à peine une semaine, alors qu'il était bien trop tard pour lui offrir une enfance avec ses deux parents et rattraper toutes ces années de complicité que nous n'aurions jamais. Trop tard aussi pour revoir Enora et peut-être, maintenant que j'étais divorcé, tenter de construire cette famille qui n'avait été qu'un rêve pour Alyssa toutes ces années. Savoir que j'aurais été là ne lui rendait ni sa mère ni son innocence.

« Hum, sinon, je me demandais... » Enchainer. Au vu de la situation, c'était tout ce que je pouvais faire. « Tu n'avais jamais demandé à ton grand-père qui était ton père ? Il le savait forcément, je m'étonne qu'il ne te l'ait pas dit. A moins qu'il ne se soit inquiété pour toi... »

Elle rentra la tête dans les épaules et baissa les yeux. Pourquoi se mettait-elle sur la défensive soudainement ? Le sujet semblait toucher une corde sensible pour une raison que j'ignorais. Je jetai un regard à son ami et remarquai aussitôt que lui aussi s'était assombri.

« Ça m'étonnerait. » dit-il avec sécheresse. « Monsieur Steinhart n'est pas vraiment le grand-père idéal.

- Loup, s'il te plait...
»

Alyssa avait beau empêcher Loup de continuer son ton ne faisait aucun doute : le père d'Enora était loin de traiter sa petite-fille avec l'affection et la gentillesse auxquelles on pourrait s'attendre entre deux personnes ayant perdu un même être cher. Était-ce là une raison de plus pour expliquer l'impression de grande faiblesse qui émanait d'Alyssa ? Je l'imaginais soudain avec cet homme qui impressionnait encore Enora même adulte, dévorée par le chagrin mais incapable de trouver du réconfort auprès de la seule famille qui lui restait. Ce qu'elle avait dû se sentir seule.

« D'accord. » dis-je lentement. Alyssa n'avait pas l'air de vouloir en parler et je n'avais pas l'intention de la forcer. Pas à pas. « Est-ce que tu lui as dit qu'on se rencontrait aujourd'hui ? J'aimerais pouvoir t'appeler chez toi comme tu n'as pas de portable mais il vaudrait mieux qu'il soit au courant pour cela. »

Elle fit non de la tête. Elle avait donc fait tout cela en secret, avec l'aide de Loup et peut-être de ses parents. Qu'elle n'ait pas suffisamment confiance en son grand-père pour lui en parler confirmait un peu plus mes soupçons sur l'état de leur relation. Soupçons qui devinrent certitudes lorsqu'elle m'apprit que de toute façon j'aurais du mal à la joindre chez elle puisqu'elle passait toute la semaine en pension dans son lycée. Quel grand-père indigne pouvait laisser une jeune fille brisée par la mort de sa mère dans un lieu où personne ne comprendrait sa douleur ? Je fronçai légèrement les sourcils et sentis la colère s'enflammer dans mes veines. Quand Alyssa serait prête à m'inclure véritablement dans sa vie, je me ferais un plaisir d'aller voir Monsieur Steinhart et d'avoir une petite conversation avec lui.

« Je vois. Écoute, je sais que tu as besoin d’un peu de temps pour décider de la relation que tu veux entre nous mais il faudra qu’on règle ça d’accord ? Même si tu me demandes de rester à l’écart, je veux être sûr que tu peux me contacter si tu as besoin et que je peux avoir de tes nouvelles de temps en temps. Je n’oserai pas demander à ton ami de faire sans cesse le coursier entre nous, même si c’est gentil de l’avoir fait la semaine dernière Loup. »

Il fit une tête étrange, un mélange de malaise et d’espoir, et même si je ne pouvais pas en être sûr je me disais qu’il devait être content que je veuille maintenir le contact mais s’inquiétait de ne plus servir de filtre. A l’évidence il avait raison : Alyssa avait l’air tétanisée à l’idée de converser seule avec moi un jour.

« On verra ça plus tard. » dis-je pour désamorcer sa crainte. « Juste avant qu’on se quitte tout à l’heure et si tu en as envie, d’acc ? Si ça te parait trop tôt et si ton ami est d’accord, » Il fit naturellement oui de la tête. « je continuerai de passer par lui pour te parler. Et puis il a mon numéro maintenant, tu pourras me joindre à n’importe quel moment comme ça. A n'importe quel moment, OK ? »

Après cela, notre rencontre dura encore une petite heure pendant laquelle je m'évertuai à instaurer la conversation la plus naturelle possible. Si Alyssa ne parvint pas à se détendre tout à fait elle réussit tout de même à participer sans se réfugier dans le mutisme une nouvelle fois, ce qui mena à une sympathique discussion à trois. Je sentais qu'elle n'était pas très à l'aise avec l'idée de parler d'elle et j'acceptai donc de bon cœur les questions de Loup sur mon statut de champion, sur mes Pokémon et sur la vie que je menais. J'essayai au passage de désacraliser l'image de célébrité qui me collait à la peau et qui ne devait rien arranger à la timidité de ma fille, ce que je pense avoir plutôt bien réussi à faire.
Quand il fut l’heure pour moi de reprendre le chemin de l’aéroport, j’appelai un taxi qui devait arriver cinq minutes plus tard. Cinq minutes. Comment conclure une telle rencontre en cinq pauvres minutes ? Les deux adolescents devaient se poser la même question car pendant quelques secondes personne ne sut quoi dire. J’observai Alyssa, soudain gêné, et bien que je ressente un sentiment d’urgence j’étais incapable d’aligner le moindre mot. Que pensait-elle ? Est-ce que je lui avais fait bonne impression ? Est-ce qu’elle souhaitait qu’on se revoit ? Est-ce qu’elle avait une idée de ce qu’elle voulait que je sois pour elle ? J’avais l’impression d’être à la fin d’un rendez-vous galant, dévoré par la peur de ne pas avoir plu, le cœur battant à cent à l’heure. C’était con parce que je connaissais à peine Alyssa… mais on m’avait déjà retiré une fille, je ne voulais pas que l’autre me repousse.


« Hum… » commençai-je, hésitant. Je ne savais pas comment tourner ça, mais il fallait bien que quelqu’un se jette à l’eau. « Je… je n’ai pas changé d’avis, Alyssa. Je voudrais vraiment avoir une relation avec toi et que tu puisses me considérer comme ton père. C’est, hum… C’est compliqué pour nous deux, moi-même je ne sais pas trop comment ça va se passer, mais je veux tenter d’être un parent pour toi. Je ne sais pas si… toi… qu’est-ce que tu en penses ? »

Elle resta silencieuse un temps, parce qu’elle réfléchissait ou par timidité je ne sais. Je croisai furtivement le regard de Loup qui brillait d’un violent espoir ; lui, assurément, était soulagé et heureux de ma décision. J’espérais de tout cœur qu’Alyssa ne reculerait pas car, au-delà de l’envie de connaitre ma fille, j’étais certain qu’elle avait terriblement besoin de moi. Si elle m’empêchait de l’aider, je ne pourrais vivre sans m’inquiéter sans arrêt pour elle.

« Je… je n’osais espérer... » Elle murmurait, mais je sentis tout de même que sa voix tremblait. Elle toussota légèrement pour se donner meilleure contenance et reprit : « J’aimerais beaucoup. Merci.

- Merci à toi, princesse.
»

Je lui adressai un sourire à la fois doux et radieux et elle y répondit avec une joie émue. Je savais que ce ne serait pas facile mais, à la vue de ce visage fragile et reconnaissant, j’oubliai toutes mes appréhensions.
Je ferai tous les efforts nécessaires pour qu’Alyssa soit heureuse, désormais.



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