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» Thomas


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Agent Johto

C-GEAR
Inscrit le : 18/08/2013
Messages : 1851

Région : Johto / Sinnoh / Unys
Ven 30 Nov - 16:09
Je n’avais jamais eu d’amis.

Des vrais amis, j’entends. Il faut dire qu’entre ma famille et mes exigences personnelles, il m’a toujours été compliqué de me lier aux gens. Mes parents sont issus de deux lignées très strictes et ils m’ont appris, en collaboration avec le reste des adultes de la famille, à toujours viser l’excellence dans tout ce que j’entreprends. Ils n’étaient pas sévères au point de nourrir des sentiments très négatifs pour moi lorsque je n’étais pas à la hauteur de l’excellence, mais leur éducation a fait en sorte que je ressente très facilement ce sentiment pour moi-même lorsque je ne me trouvais pas au-dessus de tous. Ce ressenti ne venait pas tant d’une peur de décevoir mes parents que d’exigences personnelles qui ont rapidement été très hautes.

Déjà à l’école primaire, mes camarades me paraissaient pour la plupart doués d’une idiotie bien trop grande et il m’était difficile de m’amuser avec eux. Je les trouvais en retard. Cela peut venir du fait que mes parents ont mis un point d’honneur à m’enseigner avec de l’avance des choses sur lesquels on passe beaucoup de temps à ces âges-là, comme lire et écrire, mais même en ce qui concernait les amusements, je ne me retrouvais pas avec eux. Je ne voyais pas l’intérêt de jouer à créer un embouteillage, ou à jouer aux accidents, ou à la bagarre, parmi d’autres exemples. Les activités basées sur des choses embêtantes de la vie ou qui visaient à mimer des accidents ne rencontraient que mon désintérêt. Les jeux comme le lougaroc m’ennuyaient aussi profondément car il ne pouvait pas se passer cinq minutes sans qu’un de mes camarades ne conteste le déroulement de la chasse ou qu’il invente une réplique sensée annuler le fait de s’être fait toucher ou prolonger la durée de vie de la cabane. Le seul jeu qui éveillait un minimum mon intérêt était celui du voleur et du policier, qui ressemblait au loup, mais où je pouvais incarner un représentant des forces de l’ordre. Alors je pouvais avoir l’impression de lutter contre les idioties de la cour de récrée, mais comme je prenais les choses trop au sérieux, mes camarades n’aimaient pas jouer avec moi. Je me suis donc très vite retrouvé seul, mais ça ne me dérangeait pas.

Cela a commencé à me préoccuper une fois arrivé au collège, lorsque je me suis rendu compte qu’il ne servait pas à grand-chose d’être excellent si l’on ne bénéficiait pas d’un certain entourage. Cette réalisation m’est venue partiellement grâce aux fictions que je lisais ou voyais, mais également en observant mes parents inviter des gens à la maison puis dire du mal d’eux une fois qu’ils étaient partis. Je me suis demandé pourquoi est-ce qu’ils prenaient la peine d’inviter chez eux des personnes qu’ils n’aimaient pas, puis j’ai compris, en analysant également leurs paroles, que c’était des gens dont ils pouvaient avoir besoin pour consolider leur position d’excellence. Car quand on est au-dessus, il y a toujours des gens qui dépendent de nous et il faut en entretenir certains pour que la structure entière fonctionne. Mes parents étant des chefs d’entreprises importants, ils avaient besoin d’avoir ce genre de comportement. C’était pénible, mais je me suis décidé à me faire des faux amis au collège. A faire semblant d’apprécier des choses que je trouvais idiotes, comme des blagues nulles ou des séries télé qui ne trouvaient rien de mieux à traiter comme sujet que des personnes médiocres qui, par un rebondissement improbable, parvenaient à s’en sortir malgré leur nullité profonde. Puis ils redevenaient médiocres, pour pouvoir refaire d’autres épisodes.

Cependant, au sein de cette masse incapable, il y avait quelques personnes qui me paraissaient plus évoluées intellectuellement que les autres et je me raccrochais à elles pour ne pas devenir insultant avec le reste. J’appréciais un minimum être avec eux et il m’arrivait même de m’amuser en leur présence. C’est aussi parmi ces personnes que j’ai rencontré ma première petite amie. C’était une fille intelligente, même si elle n’avait que peu d’ambition par rapport à ce qui m’avait été inculqué. Ce qu’elle voulait, c’était avoir une vie tranquille. Moi, ce que je veux, c’est briller par mes compétences. Nos envies n’étaient pas forcément compatibles, mais au collège, ce n’était pas grave. Je l’aimais bien et je savais qu’il était bien d’avoir une petite amie. Avec le recul, je ne saurais dire si j’étais vraiment amoureux d’elle ou si je l’appréciais seulement un peu plus que les autres.

Nous sommes restés ensemble jusqu’à la fin de la première année de lycée, puis elle m’a dit qu’elle ne supportait plus d’être avec moi. J’avais grandi et était devenu, selon beaucoup de mes camarades et d’autres personnes que je rencontrais plutôt « beau gosse », comme ils disaient. Etant donné que j’avais également appris, à ce moment-là, comment être agréable au plus grand nombre, j’étais devenu quelqu’un de très populaire et entouré. En étant ma petite amie, cette fille se retrouvait donc en pleine lumière au lycée et cette situation ne lui convenait pas. Je l’ai accepté et je ne me souviens plus si je m’en suis réellement trouvé triste. Peut-être un peu, car elle était tout de même très jolie, mais si c’est là ma seule source de tristesse, c’est que je ne devais pas vraiment l’aimer.

Lorsque je me suis retrouvé à nouveau célibataire, je me suis rendu compte à quel point les représentantes du sexe féminin pouvaient être pénibles. Beaucoup de sont mises à s’accrocher à moi comme des lamperois, et souvent pas les plus intelligentes ou intéressantes. J’ai alors retrouvé une sensation que j’avais oublié depuis mes premières années de collège, lorsque je m’étais trouvé mes premiers semblants d’amis : le fait de mépriser profondément autrui. Elles ne m’apparaissaient pas comme des êtres humains à appréhender en tant que tel, mais comme des parasites. Des sortes de maladies dont je ne pouvais me débarrasser sans porter préjudice à l’édifice d’excellence que je m’entraînais à bâtir petit à petit. Il avait déjà été fortement ébranlé lorsque j’avais annoncé à mes parents que je ne souhaitais pas reprendre leur entreprise, mais entrer dans les forces de l’ordre et avais donc postulé dans un lycée proposant des cours de formation anticipé pour devenir agent de police volontaire. Ils avaient mal supporté l’idée que je ne marche pas dans leurs pas, mais pour moi cela aurait été un échec. Cela aurait été m’offrir un succès pour lequel je n’aurais pas réellement travaillé. Je ne voulais pas de ce genre d’ascension. Mon excellence viendra de moi et moi seul. Et pour obtenir ce succès, il fallait donc que je supporte les parasites qui m’entouraient désormais et que je fasse semblant de les tolérer.

Le lycée s’écoula ainsi pendant deux longues années. Je ne m’ennuyais pas, car les cours pouvaient être intéressants selon la manière d’enseigner des professeurs, mais l’attente d’arriver en terminale pour avoir enfin ma chance dans la formation d’agent anticipé se faisait longue. Pour patienter, je m’étais pendant un temps amusé avec plusieurs des filles qui ne cessaient de s’accrocher à moi, mais j’en avais rapidement ressenti de la culpabilité. Ce n’était pas un comportement qui me convenait et je commençais à me dégoûter, même s’il m’arrivait de m’amuser dans l’instant présent. De nombreuses fois, j’avais rencontré des cas d’excellences qui s’étaient bâties sur la souffrance d’autrui ou sur la base de comportement manquant d’empathie ou immoraux. Ce n’était pas mon ambition. Je n’aimais pas spécialement les gens, mais je tenais à être quelqu’un de bien. De toute façon, ce n’était finalement pas très difficile car ma conscience me stoppait rapidement lorsque je commençais à avoir un comportement dont je savais qu’avec le recul je le trouverais incorrect.

Enfin je suis arrivé en troisième année. Les professeurs nous mettaient beaucoup de pression à cause du baccalauréat, mais étant donné que j’avais toujours été un excellent élève, je ne ressentais pas le moindre stress vis-à-vis de ce diplôme. A la place, mes pensées étaient obnubilées par le dossier que j’avais déposé en début d’année pour avoir la chance de participer à la formation d’agent anticipé. Ce n’était rien d’exceptionnel, d’un point de vue professionnel, mais l’idée de pouvoir enfin mettre un pied dans le milieu où je souhaitais parvenir à bâtir un jour mon excellence m’enthousiasmait au plus haut point. Pour la première fois de ma vie, je crois que j’ai ressenti du stress. C’était étrange, car je stressais de ne pas être retenu pour la formation tout en sachant que j’étais certainement l’élève qui avait le plus de chance d’être pris si je posais ma candidature. A la fin de la deuxième année, j’étais celui qui avait les meilleurs résultats partout, sauf peut-être dans quelques disciplines sportives, mais même sur ce plan-ci je passais haut la main les tests physiques. Je m’étais entraîné et j’avais travaillé dur pour ça, alors il n’y avait aucune raison que je n’y arrive pas. Pourtant je stressais. Et ce stress me faisait ressentir pour la première fois de ma vie que quelque chose avait un réel enjeu pour moi. Ce mois à attendre les résultats des sélections allait être le plus angoissant, mais aussi le plus agréable de ma vie car enfin, j’avais l’impression d’avancer vraiment vers quelque chose de concret.

Durant ce mois d’attente, il m’est arrivé quelque chose d’étrange sur le plan relationnel. J’ai rencontré au lycée une personne qui a fait naître en moi un sentiment nouveau que je ne connaissais pas : le fait de détester quelqu’un. C’était étrange, car jusqu’ici mes sentiments négatifs pour les gens s’étaient tous rapprochés du mépris. Le fait de détester, c’est autre chose. Détester me donnait l’impression que j’accordais de l’importance à cette personne, que je la considérais différemment des autres que je n’appréciais pas. Elle s’appelait Praline Madeleine Sweet, possédait le nom le plus ridicule que je n’avais jamais entendu, mais était rapidement devenue un phénomène au lycée bien qu’elle ne soit qu’en première année. La raison de ce succès était qu’elle avait vaincu l’Elite, cette grande instance de coordination qui reconnaît par leur victoire les meilleurs parmi les meilleurs. Comme elle avait deux ans de moins que moi et avait déjà accompli quelque chose d’aussi grand, je l’ai tout de suite détestée. C’était peut-être de la jalousie, aussi, mais je sentais mon excellence menacée. Elle était une menace sur mon territoire. Penser ainsi me répugnait car cela me donnait l’impression que je n’étais qu’un être primaire, mais je ne pouvais m’en empêcher. Alors, pour essayer de me rassurer et me convaincre qu’elle n’avait qu’eu de la chance et qu’elle n’était qu’une personne que je pouvais mépriser comme les autres, je suis allé lui parler.

Ce dialogue est rapidement devenu un des pires moments de ma vie. Comme une sorte de tournant, ou de révélation. Car je me suis rendu compte, à ce moment-là, après avoir échangé seulement quelques phrases, que j’étais face à une personne qui me ressemblait beaucoup trop. Les autres ne le voyaient pas, mais moi je savais. Son visage, son sourire, son attitude, ses mots… Tout dans ce qu’elle renvoyait était à mon image : noyé d’hypocrisie. Je connaissais déjà tout. Je n’ai eu qu’à regarder ses yeux et j’ai su : c’était ce même regard que je m’étais entraîné à poser sur mon entourage depuis le collège. Le regard du mépris dissimulé. Pour la première fois, je rencontrais quelqu’un qui me ressemblais et qui savais que je lui ressemblais.

- Thomas... Tu me parais assez clairvoyant pour que je te déteste. Alors permets-moi d’être aussi désagréable que possible avec toi, j’ai besoin d’évacuer. Toi aussi tu as besoin d’évacuer, non ?
- Ça me va.

Ça ne m’allait pas du tout. Détester, c’est reconnaître les gens. Mais se détester comme elle m’a proposé de le faire, c’était un moyen de me faire comprendre que, d’office, elle se considérait supérieure à moi. Supérieure à mon excellence. Alors je l’ai détestée encore plus, et plus encore à chacune de nos interactions. Paradoxalement je cherchais à la voir, et à la détester encore plus. Je voulais qu’elle me déteste aussi, comme moi je la détestais. Je voulais que l’on se haïsse mutuellement et au même niveau. Car nous serions alors égaux et je pourrais confronter mon excellence à la sienne, et lorsque je vaincrais je n’en ressortirais que renforcé.

Tout aussi paradoxalement, il arrivait parfois que l’idée qu’elle puisse avoir le potentiel de devenir ma première vraie amie me traverse. Je la chassais cependant très rapidement, car c’était stupide. Je ne pourrais jamais être véritablement ami avec quelqu’un qui me ressemble, cela ne sera jamais rien d’autre que de la rivalité. Ce genre d’amitié, c’est bien pour les histoires, mais en vrai ça n’existe pas. Ou alors il s’agit d’une amitié teintée et je n’appelle pas ça une authentique amitié. Je me contentais donc de détester Praline et c’était bien suffisant.

Les résultats des sélections de la formation d’agent anticipé arrivèrent et je fus pris. Ce n’était pas vraiment une surprise, mais j’en ressentais tout de même un certain soulagement. Mes parents ne me félicitèrent que peu, car ils avaient encore du mal à accepter mon choix de vie, mais aussi car dans une famille qui cultive l’excellence, il était évident que la réussite serait présente. Ma joie fut cependant de courte durée car, lors de la réunion d’information… Elle était là. Praline, avec son nom toujours aussi stupide. Je sentis la colère monter en moi car elle outrepassait des règles que même moi je n’étais pas parvenu à abolir : elle n’était qu’en première année, et pourtant elle était là, à une réunion pour une formation qui ne devrait être accessible qu’en étant en troisième année et en ayant fait ses preuves. Et si elle était là, c’est parce qu’elle avait fait ses preuves en obtenant une victoire face à l’Elite de la coordination. Je l’ai détestée encore plus, et elle m’a regardé en souriant. Dans ce sourire, j’ai reconnu de la moquerie. Pour la première fois, je me sentis humilié et me promis que je lui ferais payer au centuple. Je serais bien plus performant qu’elle et elle serait forcée de s’incliner devant mon excellence.

Très vite, je réalisais que même ça, je n’y aurais pas droit. Car au cours de cette formation, nous étions sensés fonctionner en binôme. Et évidemment, de tous les élèves avec qui j’aurais pu me retrouver, il fallut que je tombe sur elle. Praline était mon binôme et nous allions devoir travailler ensemble. Je ne pourrais l’écraser, car un binôme se devait d’être performant ensemble. Je pesais le pour et le contre, et décidais que le plus important était ma carrière, alors il allait falloir que je propose une entente à Praline. Si elle était vraiment telle que je le pensais, elle n’aurait aucune difficulté à accepter.

Effectivement, bien qu’elle ait cherché à m’éviter au départ, ce que j’ai trouvé étrange au vu de son assurance habituelle, nous sommes parvenus à un accord dans ce sens. Nous serions efficaces, meilleurs que tous les autres, et nous construirons ainsi une base solide pour notre future carrière professionnelle. L’envie de lui demander pourquoi est-ce qu’une carrière dans les forces de l’ordre l’intéressait m’est venue, mais je ne lui demandais jamais. De plus, la stupide idée que nous puissions devenir amis me revenait en tête et je faisais tout pour l’oublier.

Au cours de nos missions et entraînements ensemble, je me rendais compte qu’elle était encore plus désagréable, méprisante et imbue d’elle-même que j’aurais pu l’imaginer. Parfois, j’en venais même à avoir l’impression que son humanité était feinte. Cela me mettait mal à l’aise, mais j’en venais à me demander si ce n’était pas ce qu’il me manquait pour réellement atteindre l’excellence. Même si je méprisais les autres, je possédais un certain niveau d’empathie et avais des principes parfois plus forts que je ne l’aurais souhaité. Ces deux éléments m’entravaient parfois dans mes actions et je constatais que Praline était beaucoup plus libre, au moins dans son esprit, que moi. Paradoxalement, elle était souvent extrêmement précautionneuse en mission, comme si… Comme si elle avait peur que son manque d’humanité supposé se voit. Cela n’aidait en rien le malaise que je ressentais auprès d’elle, mais je tentais de ne rien laisser paraître. Comme nous étions un binôme et que nous avions convenu de travailler ensemble dans une optique d’efficacité tout en nous détestant, j’étais désagréable à souhaits avec elle et me moquait lorsque je le pouvais. Elle me le rendait bien, et ces rapports aidaient à soulager mon malaise.

Puis un jour, j’ai vu la peur en elle. Nous étions en mission à Johto et nous avions eu affaire à la Team Plasma. Ils n’ont pas posé une grande résistance, mais Praline en a eu peur. Tellement peur qu’elle s’est confiée à moi pour la première fois. Parfois, je me dis que j’aurais préféré ne jamais entendre ce qu’elle m’a dit ce jour-là, continuer d’être ignorant. Car si je n’avais rien su, sûrement que je ne serais pas là où j’en suis actuellement. Tout serait moins compliqué, moins menaçant. Mais en même temps… Sûrement qu’il me manquerait quelque chose. Car ce qu’elle m’a dit m’a permis de m’engager sur la route qui m’a donné ma première et seule véritable amie.

Praline avait peur. Pas de la Team Plasma en elle-même, son assurance la plaçait au-dessus d’eux. Mais elle avait peur d’un certain membre de cette organisation : son grand-frère. Elle m’en dressa un portrait et j’ai trouvé qu’il lui ressemblait. Elle m’expliqua aussi avoir été membre de cette organisation criminelle, avec lui, mais qu’elle les avait trahis, qu’ils la recherchaient, mais surtout qu’il la recherchait. Elle avait peur qu’il la trouve, qu’il se venge, qu’il lui fasse du mal. A l’époque, je ne l’ai pas pris au sérieux. Je me demandais même pourquoi elle me racontait ça et je faisais semblant d’être compatissant en lui promettant que je n’en parlerais à personne. Et j’étais déjà un homme qui tenait ses promesses. Ce que je ne réalisais pas, c’est que Praline était réellement faible et qu’elle me demandait de l’aide.

Suite à cet évènement, j’ai senti que l’on se rapprochait. Nous continuions à nous insulter mutuellement, mais quelque chose avait changé. Nous n’avions plus autant de réticence à nous voir et une sorte de véritable esprit d’équipe s’est créé entre nous. Les missions se passaient mieux et il nous arrivait de discuter de choses et d’autres qui n’avaient aucun rapport avec notre fonction ou nos ambitions. Parfois, j’avais même l’impression de m’amuser sans me forcer, ce qui était une sensation étrange. Nous nous attardions sur des choses futiles pour le simple plaisir d’en débattre ou de nous embêter mutuellement grâce à cette futilité. Peu de temps après avoir commencé à me poser des questions sur cette nouvelle relation, je parvenais à mettre un nom dessus : Praline était devenue mon amie.

A partir de ce moment, la question qui se posait était de savoir si elle aussi me considérait comme tel. Pour être honnête, j’avais des doutes. La connaissant désormais un peu mieux, il ne m’aurait pas étonné qu’elle ne soit devenue plus sympathique et ouverte avec moi que pour tenter de me manipuler. Je restais donc prudent. Il était difficile de considérer une même personne en même temps comme son amie et comme une menace, mais au vu de mon passif relationnel, je me doutais bien que ma première relation amicale ne pourrait pas se passer comme on s’imagine que doit être une amitié.

Un jour, Praline est arrivée au lycée avec le pied cassé. Elle m’a donné une explication, mais je ne l’ai pas cru. Quelque chose avait changé, mais je n’arrivais pas à savoir quoi et impossible de lui poser la question : elle refusait catégoriquement de l’admettre ou de m’en parler. J’en ressentais une certaine tristesse, même si je me trouvais ridicule, mais j’étais également inquiet. Je la voyais souvent regarder un point fixe dans le vide, ce qui n’était jamais le cas avant et lorsque j’essayais de regarder dans la même direction, je ne voyais rien.

A peu près au même moment, les choses se sont compliquées dans ma famille. Le dernier de mes grands-parents est décédé, ce qui a mis en lumière de houleuses questions d’héritage. C’était la famille du côté de mon père, de laquelle ma mère était également très proche. Les deux avaient été en relation depuis l’enfance, car venant de la même zone géographique et du même milieu social et professionnel. L’héritage laissé par mon grand-père était assez conséquent et des disputes ont rapidement commencé à éclater dans la fratrie et même parmi les petits-enfants. Moi, je regardais tout ça sans comprendre. Car ce qui déchirait ma famille me paraissait parfaitement incompréhensible. Nous avions déjà tous plus d’argent que nous en avions besoin, les biens que l’un ou l’autre récupéreraient seraient des futilités. Le seul intérêt était ici sentimental. Or tous avaient la même mentalité que mes parents : les relations humaines n’étaient là que pour consolider l’échafaudage de leur excellence personnelle. Etre à la maison, au milieu de cette situation qui me paraissait d’une incroyable stupidité, devenait insupportable alors que cela avait toujours été un lieu de bien-être pour moi. Il n’y avait pas la stupidité de l’école, du collège, du lycée, des autres gens de mon âge. Je n’avais personne à y mépriser et c’était reposant. A cette période, mon repos m’était enlevé et je commençais à éprouver du mépris pour des gens que j’appréciais un minimum jusqu’ici. Le pire était pour mes parents, car j’aimais mes parents.

C’est alors que la tempête frappait le plus fort ma famille que Praline est venue me chercher. Elle m’a parlé d’une créature mythique de la région de Sinnoh : Giratina. Elle m’a dit qu’elle l’avait rencontré, qu’elle était allée dans son monde. C’était absurde. Je crois que je me suis moqué d’elle et je me suis demandé si elle ne s’était pas cassé autre chose que le pied. Le fait qu’elle ait l’air très sérieuse était un peu déstabilisant, mais il était hors de question que je crois à une chose pareille. Giratina, celui dont on dit qu’il a été banni par l’entité toute aussi absurde qu’est Arceus, et qui, selon les interprétations, peut représenter le mal ou le chaos ou encore d’autres choses abracadabrantes que je ne pensais qu’exister pour assurer l’ordre du monde dans l’ancien temps. N’importe quoi, en somme. Cependant, Praline m’a demandé de l’accompagner à Célestia, la ville des mythes, et j’y suis allé. J’y voyais un moyen de m’échapper de chez moi et je comptais bien me défouler verbalement sur elle, pour aller mieux, puisque c’est ainsi que marchait notre relation.

Je me suis moqué. Moqué et encore moqué. Je ne l’ai pas prise au sérieux. J’ai tout pris à la légère. Elle m’avait parlé, je ne l’ai pas considérée. Je n’ai pas vu qu’elle n’avait aucune raison de me mentir, que malgré son comportement, elle se confiait à moi, à sa manière. Je n’ai rien vu et Giratina a existé.

Et je n’ai toujours rien vu. Ou plutôt, j’ai mal vu.

J’ai eu peur, car le fait que cet être existe impliquait l’existence de beaucoup d’autres choses qui me dépassaient complètement. Praline semblait ne pas s’en faire, ce qui m’effrayait encore plus. C’était comme si rien ne pouvait l’atteindre… Et que moi non plus, je ne pourrais jamais l’atteindre. Je retrouvais la sensation du début, un sentiment d’infériorité profonde, mais sans non plus vouloir l’atteindre et la dépasser à nouveau. Le surnaturel, ce n’était pas pour moi et pour la première fois je me disais que ce n’était pas grave si je n’étais pas le meilleur, car au moins je n’aurais pas à gérer ça. Parce qu’elle en était capable, je voyais Praline comme encore plus forte qu’avant, plus forte que tout, en un sens. Giratina était l’être le plus effrayant dont je connaissais l’existence et elle était en contact avec lui, elle était avec lui et, au vu de l’assurance dont elle faisait preuve, je pensais qu’elle lui ordonnait aussi. Ca, j’y ai vraiment cru, qu’elle était devenue son maître. Un jour en mission je me suis fait poignarder et elle lui a demandé de me prendre dans son monde, le temps de s’en sortir, le temps d’appeler les secours. Il l’a fait. Je n’étais pas conscient, alors je n’ai rien vu, mais je sais que cela s’est passé. Giratina m’a sauvé parce que Praline lui a ordonné. C’était terrifiant, mais rassurant, et aussi incroyablement classe.

Depuis que nous étions conscients de l’existence de Giratina, Praline s’était détendue. Elle était plus assurée, plus sereine et j’avais l’impression de la retrouver comme elle était avant, comme lorsque j’avais réalisé pour la première fois que je la considérais comme une amie. C’était mieux, même si cet être surnaturel m’inquiétait. J’avais même l’impression qu’avec le temps, nous devenions plus proche et pour la première fois j’ai eu la sensation qu’elle me considérait, elle aussi, comme son ami. Je voyais d’ailleurs le fait qu’elle soit venue me parler de Giratina comme une preuve, la preuve qu’elle me faisait confiance et qu’elle me considérait avec plus d’importance que les autres. C’était étrange : d’un côté je me voyais comme inférieur, d’un autre j’avais peur, mais au final elle était tout de même mon amie.

C’était bien. Durant cette période, je me suis beaucoup amusé et les tensions au sein de ma famille se sont apaisées. Les histoires d’héritage se sont résolues petit à petit et la maison est redevenue un lieu de calme. Nos missions d’agents apprentis allaient bon train également et, bientôt nous nous sommes fait aborder par le commissariat de Vestigion qui a proposé de nous prendre comme agents volontaires. C’était un degré au-dessus de celui du lycée, ce qui était une récompense pour nos capacités. Nous étions les premiers à qui cela arrivait, nous étions exceptionnels. Cette situation nous a encore rapprochés et je me souviens que nous nous sommes dit que, même lorsque j’aurais quitté le lycée car j’étais plus âgé, nous ferions en sorte de continuer d’être un binôme. Notre raison officielle était que nous étions bien trop efficaces pour que l’on se sépare, mais nous avions tous les deux, du moins je l’espère pour Praline, conscience que c’était parce que nous étions amis.

Tout allait bien, et je ne voyais rien.

Un jour Praline est revenue me parler. Pour la dernière fois.

C’était confus, elle voulait que je vienne chez elle. C’était une première, comme nous n’étions jamais allés l’un chez l’autre. Elle voulait me parler de quelque chose d’important, mais en même temps me le montrer. J’étais sceptique, mais je n’allais pas refuser. Je suis donc allé chez elle et son discours est resté confus, mais j’ai fini par comprendre qu’elle voulait me montrer Giratina. Il était là. Il n’était plus dans son monde. Elle avait réussi à le faire venir. Comment, elle n’en savait rien, mais il était là.

J’avais envie de fuir. Je faisais au mieux pour ne pas permettre à mes jambes de trembler, mais je ne parvenais pas à cacher efficacement ma peur. J’écoutais à peine ce que Praline était en train de me dire tant j’appréhendais de me retrouver face à cette chose. J’avais admis l’existence du surnaturel, mais voir le surnaturel était autre chose. Je n’avais pas vu son monde lorsque j’étais blessé et aujourd’hui il serait là. Devant moi. Une partie de moi ne voulait pas y croire, voulait que Praline mente, qu’elle soit en train de se moquer de moi.

Ce n’était ni un mensonge, ni une blague.

Il était là. Moins grand que je l’avais imaginé, mais avec une présence bien plus forte que tout ce que mon esprit pouvait appréhender. Il était absurde dans sa forme et dans son aura. C’était comme si mon cerveau n’arrivait pas à assimiler ce qu’il avait sous les yeux, comme s’il n’était pas capable de prendre en compte toutes les informations que le fait que cet être se tienne devant moi remettait en cause. J’ai eu besoin de m’appuyer contre un mur pour ne pas m’effondrer. J’avais envie de vomir et, aujourd’hui encore, je ne sais pas comment j’ai fait pour ne pas perdre conscience. Je savais qu’il existait, mais en même temps je ne le savais pas, car je réalisais à ce moment-là que je ne l’avais pas pleinement admis. C’était des sensations immenses, les plus fortes que j’ai jamais ressenti. C’était tout et c’était rien, c’était un retournement total, c’était indescriptible.

Il s’est mis à parler. Il s’est penché sur elle.

Praline, pourquoi est-ce que tu l’as amené ici ?

Et j’ai vu.

Avant qu’il ne le dise, j’ai vu.

J’ai vu sa faiblesse à chaque fois qu’elle venait me parler. J’ai vu son besoin d’avoir quelqu’un. J’ai vu le trou béant dans ses défenses qu’elle laissait paraître à chaque fois qu’elle me laissait devenir proche d’elle. J’ai vu, j’ai vu, j’ai vu…

J’ai vu qu’elle était beaucoup plus faible que moi.

J’ai vu qu’elle avait besoin de moi.

Et j’adore cette faiblesse.

J’ai vu qu’il était trop tard.

Il s’est jeté pour elle. Il l’a enveloppée de ses ombres et je l’ai vu entrer en elle. Il s’est changé en ténèbres et a pénétré par tous les pores de sa peau. Je criais son nom, mais je ne pouvais pas bouger. J’étais terrorisé.

Puis cela s’est terminé. Il a complètement disparu en elle et son corps est tombé. Je me suis assis, j’étais à plusieurs mètres d’elle. Je n’osais pas bouger, à peine respirer. Comme si le moindre de mes mouvements pouvait me faire repérer par un prédateur et me condamner. Je ne saurais dire combien de temps a passé jusqu’à ce que je la vois bouger. Il aurait pu se passer l’éternité que je ne m’en serais pas rendu compte. Je retenais mon souffle, je n’osais pas lui parler. Je l’ai vue bouger d’abord la tête, à droite et à gauche. Puis les bras, tendus devant elle, pendant un long moment, comme si voir ses mains la fascinait. Puis elle s’est redressée. Je l’ai entendue pousser quelques sons que je ne saurais dire s’ils s’apparentaient à de la douleur ou à de l’inconfort. Elle s’est levée, d’un air absent. Puis elle m’a regardé et elle a souri.

Un sourire qui m’a glacé le sang. Elle s’est approchée de moi et de sa voix que je reconnaîtrais entre milles, il m’a dit :

Sommes-nous d’accord ?

Je crois que je me suis évanoui. Ma tête est devenue lourde et tout est devenu flou autour de moi. Les ténèbres ont progressivement envahit mon champ de vision jusqu’à me plonger dans le noir complet. Mon corps s’est endormi et je me souviens avoir eu le temps de souhaiter ne jamais me réveiller. Ainsi je n’aurais pas à faire face à toute cette réalité qui me dépasse. Je n’aurais pas à comprendre le surnaturel et je n’aurais pas à réaliser ce qui lui est arrivé. Seulement, la réalité n’était pas prête à me laisser m’échapper.

Lorsque je me réveillais, j’étais sur un canapé, dans un salon que je reconnaissais comme étant celui que j’avais vu chez Praline. Ma tête me faisait affreusement mal et je voulais croire à un cauchemar. Puis le cauchemar s’est penché sur moi. Praline était assise sur un des accoudoirs et m’observait avec une bienveillance malsaine.

- Avec cette voix, c’est mieux ?

Je n’osais pas bouger. De toute façon, même si j’avais voulu, je n’aurais sûrement pas pu. J’espérais être encore dans un cauchemar et peut-être que si je ne bougeais pas, il n’empirerait pas. Je me réveillerais et je me rendrais compte que j’avais en fait rêvé toute cette journée.

- Je vais t’expliquer ce qu’il va se passer à partir de maintenant. Tout d’abord rassure-toi, tu es un élément utile alors je ne te tuerais pas.

Le cauchemar ne s’est pas terminé.

Pendant un temps, je me suis senti impuissant. J’étais dépassé, asservi, anéanti. Ma réalité venait d’être anéantie. Pire encore, j’avais perdu ma seule amie au profit d’un monstre. Un monstre qui contrôlait désormais sa vie et la mienne. Je n’étais pour lui qu’un microbe réduit en esclavage. N’ayant pour moi que mon importance pratique, dans laquelle je devais exceller si je ne voulais pas être remplacé. Coincé car personne ne me croirait, coincé car si un jour j’osais ouvrir la bouche se serait la fin, coincé car même si j’avais une occasion de fuir il était hors de question de la laisser derrière moi.

J’étais le seul à savoir. J’étais le seul à pouvoir agir. J’étais le seul à pouvoir récupérer ce qui avait été enlevé à ma réalité. J’étais impuissant, mais je refusais de l’être. Impuissant, ce n’était pas moi. Ca n’avait jamais été moi et il était hors de question que ça reste moi. Mon but était l’excellence, et l’excellence n’était et ne sera jamais l’impuissance.

Praline n’était pas morte, je le savais. Alors moi, je la sauverais. Et, enfin, je serais meilleur qu’elle.

J’avais presque dix-huit ans.

Aujourd’hui j’en ai vingt-quatre.

Aujourd’hui, je me suis planté un couteau de cuisine dans le ventre.

Aujourd’hui, Praline est revenue.



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