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» All Of Me


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Ex-Champion

C-GEAR
Inscrit le : 13/01/2015
Messages : 2523

Région : Johto, Alola & Unys
Lun 9 Juil - 13:20
Matt avait pensé à tout, comme toujours. Le matin avant le discours que je devais prononcer devant le comité et mes collègues il avait fait déménager mes affaires personnelles de ma chambre : mes vêtements, tout mon équipement de dressage, les affaires personnelles ainsi que ma console de jeu à laquelle je tenais. Je laissais la nourriture et le vin en place, ayant laissé un message à Hélène pour lui dire qu'elle pouvait récupérer l'alcool, que je n'en buvais plus. Pas dans mon état, ce serait de l'inconscience pure. Tout cette affaire ressemblait de plus en plus à une fuite pure et simple, j'en avais bien conscience, mais il était désormais trop tard pour faire marche arrière et je le savais, je le savais très bien que si je le voyais de nouveau, en face à face, il ferait tout pour me convaincre de rester... Et mes sentiments me trahiraient de nouveau. Je ne voulais pas lui infliger cela, je ne voulais pas le mettre face à un choix qui, dans tous les cas, ne ferait que me faire souffrir davantage. Je n'avais jamais fuis dans ma vie, j'avais toujours fait face... Mais cette fois était la fois de trop, il était temps de m'éclipser, de faire table rase du passé et d'entamer une nouvelle vie, loin de tout, loin de lui. C'était le seul moyen pour que je puisse un jour l'oublier, pour que mes sentiments s'éloignent lentement... Cela finirait par venir, j'en étais certaine, mais il faudrait encore beaucoup de temps pour que ce soit le cas, ils étaient bien trop forts...

Hélène a ris lorsque je lui ai expliqué les raisons de ma dépression et, si je l'ai mal pris sur le coup, je comprend désormais sa réaction. Si je le pouvais je rirais aussi de moi-même tant je suis ridicule, et mon dernier comportement en tant que maîtresse de la ligue ne fait que le confirmer. Si j'avais eu plus de courage je l'aurais confronté, je lui aurais dit le fond de ma pensée... Au lieu de cela nous sommes partis avec Matt, nous avons rejoins l'extérieur et nous avons pris un taxi, dans la plus grande des discrétion ; hors de question que quelqu'un nous voie ou, pire, prenne des photos de nous. Pas à cet instant précis, alors que j'avais encore les yeux embrumés par les larmes et le regret, que je regardais une dernière fois le QG, doutant d'y revenir un jour. Heureusement notre départ se déroula comme prévu, j'avais confié mon téléphone à Matt pour ne pas le regarder, me doutant qu'il sonnerait, encore et encore, sans que je n'ai le courage de décrocher. Celui-ci compris et le garda avec lui pendant tout notre voyage, qui s'avéra particulièrement long pour rejoindre les îles. Je passais tout le trajet la tête posée contre le hublot, à fixer les océans, lorsque je n'étais pas en train de vomir aux toilettes ; heureusement que nous avions pris un vol discret, réservant une section pour nous deux. Au diable les convenances, je ne voulais surtout pas que l'on puisse nous repérer...

Une fois arrivée dans la région, ce fut plutôt simple de rejoindre le bateau pour m'y installer, mes affaires y étant transportées, alors que Matt se dévouait pour faire de grosses courses, remplissant la réserve de nourriture en tout genre, en grosses quantité pour les aliments ne se périssant quasiment pas... Vu ou nous allions vivre il valait mieux ne pas avoir besoin de faire les courses trop souvent. Il fallait que l'on stocke les denrées et que l'on tente de vivre avec les produits de l'île pour éviter de faire des aller retour trop réguliers avec le bateau, même s'il était confortable de se dire que l'on pouvait s'en servir pour aller récupérer des vivres dans des lieux un peu plus grands et mieux approvisionnés. Je lâche un soupir et fixe la mer, silencieuse, attendant le retour de Matt. Voir toute cette étendue me fait penser à mon vieil ami, rester aux îles écumes... Je l'ai prévenu de ce qu'il se passait, je ne pouvais pas le laisser ainsi, mais le verrais-je de nouveau un jour ? Il m'a prévenu qu'il était le gardien de son océan pour le moment, qu'il ne pouvait pas forcément s'en éloigner... Mais il m'a aussi dit qu'il tenterait de me rejoindre un jour, ne serait-ce que pour quelques temps. Je ne sais pas exactement comment son rôle fonctionne, tout cela semble bien flou pour nous humains, mais je garde l'espoir qu'il puisse venir me voir avant qu'il ne soit trop tard... Après tout, la notion de temps est bien différente pour lui.

Je sors de mes pensées lorsque mon amis revient, les mains chargées par les sacs de course. Je l'aide à tout ranger dans le bateau avant de prendre les commandes et de quitter le port, en direction de Poni. La mer est calme, le trajet se fait sans encombres et, une fois l'île en vue, je cherche les canyons pour pouvoir me repérer, la villa étant cachée derrière ces montagnes... Je la rejoins assez rapidement et je manœuvre la bateau pour qu'il soit correctement ancré au ponton, l'attachant avant de lâcher les commandes pour aller voir la maison, qui m'appelle. J'y ai passé de bons moments ces derniers temps, même s'ils ont été voir, ne pouvant me déplacer que lors de mes semaines de repos... La voir a quelque chose de rassurant, il faut bien l'avouer.

Nous nous y installons tranquillement, remplissant les placards, ramenant les cartons contenant mes effets personnels. Je relâchais mes pokémons de leurs pokéballs sur la plage de sable fin longeant la villa alors que Klein restait à mes côtés, imperturbable ; il était toujours triste, je le voyais bien, mais l'environnement semblait tout de même lui faire du bien. Je regardais un peu mes pokémons s'étirer sur la plage ou entrer dans l'eau pour y nager avant de retourner à l'intérieur, aidant à Matt à ranger ce qu'il restait... Avant de m'asseoir dans le canapé, soudain bien las. Toute cette agitation m'avait aidée à ne pas penser aux sujets qui fâchent, mais maintenant... Tout me revenait de plein fouet.

- Eh bien voilà, c'est fait. Matt s'assit à côté de moi en me regardant, lâchant un soupir.
- C'est fait, oui... Ça me paraît encore... Surréaliste. Je tourne la tête lorsque Matt me tend quelque chose, un petit objet que j'avais oublié. Mon téléphone. Je le fixe avant de le prendre, d'une main tremblante.
- Il va bien falloir que tu le prennes... Il a beaucoup vibré. Il se lève suite à cela et s'éloigne, disparaissant dans la salle de bain.
- Traître.

Mais je sais qu'il a raison, je ne peux pas faire l'autruche toute ma vie. Je sens mon coeur battre douloureusement contre ma poitrine alors que je ne fais que fixer le téléphone dont l'écran est éteint mais, au bout d'une longue minute, je l'allume et vois alors le nombre impressionnant d'appels manqués... De Ruven. L'heure correspond à la fin de la conférence, il a donc cherché à me voir, j'imagine qu'il s'est rendu dans mon appartement... Jamais je n'aurais pu lui faire face, j'en ai la certitude maintenant, alors que mon cœur bat encore plus fort, me fait souffrir. Mon estomac aussi est en train de se retourner et la douleur est lancinante lorsque je réalise qu'il a laissé un message. Je reste immobile pendant de longues minutes, incapable de me prendre en main, de le lire. J'attend que mon cœur se calme, j'essaie de penser à autre chose... En vain, cela me fait bien trop souffrir. J'ai peur d'entendre ses reproches, sa colère, mais il faut que je le fasse... Peut-être que cela me permettra de fermer la porte, de tourner la page. J'enclenche alors la messagerie et glisse le téléphone à mon oreille.

- Liz ! Liz je t'en supplie parle-moi ! Pourquoi refuses-tu de me répondre ? Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi est-ce que tu pars ? Je n'arrive plus à te voir depuis presque trois mois, Matthew me dit de te laisser tranquille et voilà que tu t'en vas sans un mot ! Qu'est-ce que j'ai fait pour que tu m'évites comme ça ? Je t'en prie décroche, je veux juste que tu m'expliques ce qui se passe, je ne veux pas que tu partes comme ça sans savoir pourquoi tu vas si mal, dis-moi au moins si cela a un rapport avec moi ! Je ne comprends plus Liz, il faut que tu me parles... Je t'en prie... Je suis désolé si c'est de ma faute... S'il te plait... Ne me laisse pas com...

Le message coupa brusquement, me laissant dans le silence. Je fixais l'appareil d'un air vide, terriblement touchée par le message et par le désespoir que je pouvais sentir dans sa voix, qui n'était pas feint. J'avais pourtant tout fait pour que notre amitié ne soit plus aussi forte, pour qu'il se détache de moi... Mais cela n'avait pas fonctionné. Je ne sais pas exactement ce qu'il ressent à mon égard mais cela n'a pas fonctionné, et voilà que j'étais la responsable de ce message, de cette détresse.

J'eu le réflexe, au dernier moment, de l'enregistrer.

Je me leva alors et tenta de m'occuper l'esprit comme je le pouvais, rangeant, nettoyant, nourrissant certains de mes compagnons. Il faisait déjà nuit dehors, Matthew m'avait demandé si je voulais me coucher mais j'avais décliné, préférant passer du temps sur la plage, mon téléphone posé sur le sable. Plusieurs heures passèrent alors que mes compagnons m'avaient rejoint, tous touchés par mon état, inquiets. N'y tenant plus je finis par attraper l'appareil alors que mon cœur battait de nouveau douloureusement contre ma poitrine, me meurtrissant à chaque battement. J'avais eu peur de sa colère, de ses reproches, mais il n'y avait eu qu’incompréhension et regrets... Je ne pouvais pas faire cela, je ne pouvais pas ne pas lui répondre, je l'aimais trop pour cela...

Je me mis à pianoter, frénétiquement, sans chercher de cohérence, voulant juste parler, m'exprimer, ne pas le laisser ainsi. J'étais consciente qu'il était plus de quatre heure du matin chez lui mais je ne pouvais plus attendre que la nuit passe.

Ruven... Je suis sincèrement désolée que les choses se soient conclues ainsi. Moi-même j'ai encore un peu de mal à croire que je l'ai fait, mais je ne voyais plus d'autres choix. Je pensais que les choses seraient plus faciles ainsi, qu'en m'éloignant mon départ n'en serait que moins douloureux pour nous tous, mais je me suis trompée. Je me suis retirée du monde mais l'éloignement ne m'a pas libérée de ma douleur... Je ne peux pas te dire pourquoi, je ne veux pas en parler comme cela, par simple message... Mais j'ai faillit, je n'ai pas été à la hauteur, et j'ai du faire un choix, douloureux. J'espère que tu me pardonneras...

Mon cœur battait de plus en plus fort, de plus en plus douloureusement. J'hésitais même à tout supprimer mais, avec un dernier soupçon de vaillance, j'envoyais le message avant de me laisser tomber dans le sable en soupirant. Je l'avais fait.


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Ligue 4

C-GEAR
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Région : Kalos / QG Ligue 4
Mar 24 Juil - 16:06
Je restai dans l’appartement de Lizbeth pendant une dizaine de minutes encore. La crise était passée mais ma tristesse, elle, était encore bien présente. J’ignorais si son départ était de ma faute, peut-être ne le saurais-je jamais. Quoi qu’il en soit cela ne retirait rien à ce constat déchirant : mon amie était partie de ma vie sans un mot d’adieu, abandonnant ici son rêve de dresseuse et notre si belle complicité qu’elle avait repoussée ces derniers mois. J’errai un peu dans l’appartement, hagard, prenant conscience qu’elle avait laissé plusieurs choses sur place. Elle était donc bien partie dans la précipitation, pour que personne ne puisse venir la raisonner.

« Mais qu’est-ce qui t’a pris… » murmurai-je en trouvant la réserve de vins. « Pourquoi as-tu souffert toute seule… ? »

Quand j’eus fait le tour, je décidai que cela ne servait à rien que je reste ici plus longtemps. Ce n’était pas comme si j’avais le moindre espoir que Lizbeth revienne…
La journée de travail fut un calvaire. J’aurais clairement préféré que la réunion ait lieu en soirée, que je puisse directement rentrer chez moi après m’être calmé. Au lieu de quoi il me fallut emmener mes pokémons à l’entraînement comme si tout allait bien, ce qui n’était évidemment pas le cas. Je pense que ce fut l’une des séances les moins productives que j’eusse donnée, presque du niveau de celles de la semaine où Haby et moi étions séparés : mes pokémons étaient très déconcentrés par mon manque d’enthousiasme et les plus sensibles d’entre eux se préoccupèrent davantage de me câliner que de se battre. Lear, à qui j’expliquai la situation, ne comprit pas vraiment pourquoi elle me mettait dans cet état mais il ne m’en envoya pas moins des vibra soins à longueur de temps pour que je me détende. Cela fonctionna assez pour que la douleur dans ma poitrine se calme et que mes poings se desserrent, même si cela fut inutile pour guérir mon chagrin.

Pour cette partie-là, je m’en remis à la femme qui partageait ma vie. Dès que je fus libéré de mes obligations je m’empressai de monter sur le dos de Corvo pour qu’il me ramène à la maison, à dix minutes de là. La plupart du temps je faisais ce trajet à pied mais là j’avais vraiment trop hâte de retrouver les bras d’Haby et d’oublier un peu ce qui me pesait sur le cœur. A peine eus-je passé le pas de la porte que je l’entendis marcher dans le salon pour aller m’accueillir. Cela me fit du bien de voir son sourire joyeux, même si celui-ci se ternit en constatant la timidité du mien. Avant j’aurais tout fait pour cacher mes états d’âme car je détestais me montrer vulnérable, mais depuis qu’Haby et moi vivions ensemble j’avais arrêté de faire semblant devant elle. D’une part parce qu’elle avait bien insisté sur la nécessité que nous partagions ce genre de choses, et puis d’autre part parce qu’elle savait me remonter le moral comme personne. Je n’essayai même pas de faire illusion quand elle me demanda si quelque chose n’allait pas : je lui avouai aussitôt que Lizbeth avait démissionné et qu’elle était partie sans me dire un mot. Pas besoin de lui expliquer l’effet que ça me faisait, Haby savait très bien à quel point je tenais à ma collègue et à quel point j’étais inquiet qu’elle m’évite depuis trois mois – même si j’avais conscience que cela ne lui plaisait pas forcément. Elle m’emmena donc dans le salon pour boire un verre et que je lui raconte comment ça s’était passé, même si honnêtement il n’y avait pas grand-chose à dire de plus. Je lui fis part de mon incompréhension et de mon sentiment d’abandon, sans insister sur ma tristesse qui se voyait déjà suffisamment. Je n’osai pas non plus lui parler de ma théorie car elle pourrait paraître égocentrique et arrogante, en plus d’attiser la jalousie qu’Haby ressentait peut-être pour Lizbeth et dont elle ne m’avait jamais rien dit. Ma jolie rousse me remonta le moral comme elle put, c’est-à-dire plutôt bien, et quand elle commença à essayer de me changer les idées je la laissai faire avec gratitude. Alyssa passait la nuit chez une camarade de classe pour préparer un exposé (soi-disant, je n’étais pas certain qu’elles travailleraient beaucoup) et Haby et moi pûmes donc profiter d’une soirée en amoureux qui aida beaucoup à m’apaiser. Je parvins même à oublier Lizbeth le temps d’une ou deux heures, quand enlacés dans le canapé nous fîmes autre chose que regarder le film que de toute façon je ne suivais qu'à moitié. A tel point que ce fut avec un léger sourire aux lèvres que j’éteignis ma lampe de chevet, après avoir donné un baiser de bonne nuit à ma compagne lovée contre moi.

Toutefois, allongé dans le noir et le silence, mes pensées revinrent très vite sur ma collègue – ou devrais-je dire ex-collègue maintenant. Le chagrin et la culpabilité n’étaient plus aussi intenses que tout à l’heure mais je les sentais encore qui me tordaient le cœur. Où était-elle actuellement ? Sûrement à Alola, dans la maison que j’avais visitée avec elle. A cette idée je me perdis dans les souvenirs de ces quelques jours que nous avions passés ensemble. Cela me paraissait si loin et si proche en même temps… Ne restait-il donc plus rien de ces temps heureux, de nos fous rires, de ces moments rien qu’à nous ? Quand je pense que l’on était tellement proches avant, si proches que j’aurais pu reconsidérer ma décision de ne pas sortir avec une collègue si Haby n’occupait pas déjà toutes mes pensées. Était-ce d’ailleurs parce que j’avais emménagé avec elle que notre relation s’était dégradée à ce point ? … Peut-être, ça collait assez bien au niveau des dates. Je passai un long moment à psychoter tout seul, listant toujours plus d’indices qui corroboraient ma thèse et me persuadant par la même que c’était bien à cause de moi que Lizbeth était partie. Quand je crus Haby endormie je vérifiai discrètement mon téléphone, posé à côté de moi sur la table de chevet ; pas de message. Elle avait donc décidé de ne pas me donner un début d’explication, ni même de me dire de lui foutre la paix. Rien. Juste cet affreux silence. Peut-être demain… ? Elle pouvait être trop occupée avec son déménagement pour me répondre, ou peut-être voulait-elle une nuit pour que ça se tasse un peu. J’avais peu d’espoir au vue de ces derniers mois, mais m’y accrocher me faisait un peu de bien. Et si elle continuait de m’ignorer… j’insisterais aussi longtemps que nécessaire.

J’avais commencé à m’assoupir quand mon téléphone se mit à vibrer. N’étant pas encore plongé dans un sommeil profond cela suffit à me réveiller, d’abord en surface puis totalement quand l’espoir que ce fut Lizbeth me prit au ventre. Je saisis le portable de la main droite et le penchai le plus possible vers l’extérieur du lit pour que la lumière de l’écran ne réveille pas Habygaelle. Je n’avais pas rêvé, j’avais bien un SMS. Et il était de Liz.
Ma jolie rousse redressa la tête, m'apprenant ainsi qu'elle était réveillée. J'en profitai pour me dégager gentiment, tout en lui intimant de se rendormir, et m'assis au bord du lit où enfin je pus ouvrir le message et le lire. Ma première réaction fut un énorme soulagement en constatant que Lizzy ne me demandait pas de la laisser tranquille et d’arrêter de l’appeler. La deuxième fut à la fois de la tristesse et de l’inquiétude. Elle était donc bel et bien partie parce qu’elle se sentait mal à la Ligue, pas parce qu’elle en avait marre ou parce qu’elle avait trouvé une autre opportunité ailleurs. Et elle refusait toujours de me dire pourquoi… Même si je n’en avais pas douté, j’eus la confirmation que c’était pour une raison assez grave. Suffisamment pour qu’elle refuse de me la dire par téléphone en tout cas.

Je devais répondre tout de suite. Elle venait de m’envoyer ce message, c’était donc qu’elle était encore réveillée et que j’avais une petite chance de réussir à engager la conversation avec elle avant qu’elle ne se ravise. Je jetai un coup d’œil derrière mon épaule et l'obscurité imparfaite me permit de constater qu'Habygaelle n'avait pas l'intention de se rendormir pour l'instant. Sans doute tant que je ne m'étais pas rallongé.


« Je reviens. Ne m'attends pas, je ne sais pas pour combien de temps j'en ai. »

Je l'embrassai rapidement, sachant pertinemment qu'elle m'attendrait quand même, puis quittai le lit, attrapai une robe de chambre et partis m’installer dans le canapé du salon. Comment m’y prendre ? Ma priorité absolue était de maintenir le contact par tous les moyens, je ne devais surtout pas lui faire peur. Ce serait donc un SMS et non pas un appel. J’ouvris l’application messagerie et réfléchis rapidement à ce que je pourrais écrire. C’était vraiment délicat. Si seulement j’étais plus doué pour ce genre de choses…
Finalement, après presque un quart d’heure de corrections diverses et variées, je parvins à ce message :


Ruv a écrit:
Je suis si content de recevoir ce message Lizzy. J’ai vraiment eu peur que tu ne veuilles plus du tout me parler. Tu n’as pas à t’excuser d’être partie, tu as l’air d’avoir une bonne raison pour ça… Est-ce que je peux t’appeler pour qu’on en parle, ou bien même de vive voix tu ne veux pas ?
Dans tous les cas, s’il te plait j’ai besoin de comprendre pourquoi est-ce que tu as préféré souffrir dans ton coin plutôt que de me dire que tu n’allais pas bien. On est amis Lizzy, je tiens énormément à toi et j’aurais été disponible pour toi si tu avais besoin, même si je ne pouvais rien faire d’autre pour t’aider que de t’écouter. Je savais bien que quelque chose n’allait pas mais Matthew m’a dit de te laisser tranquille, sinon crois-moi j’aurais continué d’insister pour t’être utile… Est-ce qu’il m’a demandé ça parce que tu vas mal à cause de moi ? Je sais que ça a l’air présomptueux, ta vie est loin de tourner autour de moi mais je ne peux pas m’empêcher d’être parano depuis que tu ne me parles plus. Est-ce que je t’ai blessée ? Est-ce que tu es en colère contre moi ? Au-delà de l’inquiétude que j’éprouve pour toi, c’est ce qui me hante le plus. Même si tu ne veux pas me dire précisément ce qui t’a poussé à démissionner, je t’en prie dis-moi au moins ça. Je me sens tellement coupable ce soir…

Je l’envoyai sans traîner, craignant qu’elle n’aille se coucher entre temps ou ait décidé de ne finalement plus me parler. En attendant fébrilement une éventuelle réponse, je me demandais si j’avais bien fait de tourner mon message de cette façon. Même si je lui avais fait part de mes doutes quant à mon implication dans sa démission, je n’avais pas fait la moindre insinuation concernant la théorie qui me préoccupait et avais même joué l’incompréhension totale. Est-ce qu’il aurait fallu que je sois plus direct ? Elle m’aurait peut-être pris pour un con arrogant mais au moins j’aurais été fixé.
Bon, il était trop tard de toute façon, je ne pouvais plus rien changer. Il ne me restait plus qu’à espérer qu’elle réponde…



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C-GEAR
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Mar 24 Juil - 18:34
You’re my end and my beginning
Even when I lose I’m winning ♪

J'entend encore sa voix qui résonne au creux de mon oreille, qui, dans d'autres circonstances, m'aurait tiré des frissons de joie... Aujourd'hui il ne s'agit plus de de tristesse et de déception, envers moi-même avant tout. Je suis l’unique responsable de cette tristesse, de cette incompréhension, et cette pensée me tire quelques larmes que je ne tente pas de sécher. J'ai beaucoup pleuré aujourd'hui, et les jours passés, et je le ferais encore pour un bon moment je le sais... Maintenant que je suis seule je n'ai plus à cacher mes sentiments, je peux les faire exploser comme bon me semble, sans me soucier de mon apparence et du quand dira t-on... Matt m'a vu dans des états bien pires ces derniers mois, c'est lui qui m'a ramassée lorsque j'étais au plus bas, qui m'a aidé à relever la tête et à gérer mes sorties en publique pour sauver les apparences... Je ne voulais pas que les médias s'emparent de mon cas, qu'ils partent sur de nouvelles suppositions et que nous apparussions dans les gros titres... Est-ce que cela va être le cas ? Vont-ils ressortir les innombrables photos qui ont été prises de nous, parler d'un nouveau scandale de la ligue ou des Roméo et Juliette moderne ? Je les connais assez pour savoir qu'ils en sont capables... Et qu'ils avanceraient tout cela sans preuves tangibles, sans savoir à quel point ils sont pour une fois proche de la réalité.

Je me laisse tomber dans le sable après avoir enfin envoyer ce sms, même si cela m'en a coûté. J'ai mal au ventre. Mon cœur bat la chamade comme jamais et j'ai presque l'impression qu'il bat si vite qu'il pourrait s'arrêter à tout moment... Mais tout ce qu'il me laisse, c'est une douleur indescriptible et profonde, qui ne disparaît pas malgré les minutes qu'il passe. C'est stupide d'attendre. A l'heure qu'il est il m'a sûrement oublié dans les bras de sa rousse, il n'aura que faire d'un tel message... Mais c'était plus fort que moi, encore une fois. Comme lors de mes nombreux dérapages, par le passé, en espérant secrètement qu'il remarque quelque chose, qu'il ait une réaction positive... Qui n'est jamais venue.

J'aurais pourtant du me douter que tout ne pouvait pas être aussi simple dans ma vie, que je devais toujours me battre, me défendre bec et ongle, au risque de tout perdre. Ma carrière professionnelle a été à son apogée alors que ma situation sentimentale ne fait que creuser sa propre tombe depuis des mois... Et cela ne s'arrangera pas.

Je fixe les étoiles pendant un temps indéterminé, laissant les larmes couler le long de mes joues librement. Je tourne légèrement la tête en entendant un bruit léger et j'ai un vague sourire en voyant Luna, allongée à mes côtés, son cœur brillant faiblement d'une lueur rouge, comme triste. Cela me fend le cœur de rendre mes créatures aussi tristes, elles qui n'ont rien demandé à personne... Je finis par me redresser pour fixer la mer qui avance et recule paresseusement sur le sable fin.

- Tu sais, tu n'es plus obligé de me suivre, Luna... Si tu veux vivre de nouveau au milieu des tiens tu le peux, tu es libre ici.

L'étoile de mer se redresse à son tour et émet un cri strident, son cri habituel à vrai dire, tout en se secouant, avant de coller l'une de ses étoiles contre mon bras. Je la caresse doucement en comprenant que la vie de mon amie est désormais bien trop liée à la mienne pour qu'elle envisage cette solution... Mais sur le long terme peut-être changera t-elle d'avis.

Je sursaute, et surprend Luna, lorsque mon téléphone posé sur le sable se met à vibrer. Mon cœur s'emballe de nouveau, mais j'essaie de le calmer ; ce n'est pas forcément lui, cela peut être n'importe qui... Mais un simple coup d’œil de côté me permet de voir le nom de l'expéditeur et mon corps recommence de plus belle. Je l'attrape et fais défiler le texte, essuyant mes dernières larmes. Il m'a répondu, bien plus vite que je ne l'aurais cru. Je lis le message une première fois, puis une seconde ; je ne sais pas trop quoi en penser. N'a t-il vraiment jamais rien su de mes sentiments ? Ai-je été si effacée à ses yeux, avec si peu d'importance, ou était-il trop obnubilé pour le voir ? Ces questions me hantent mais je ne peux décemment pas les poser. Pas maintenant. Un jour. Peut-être.

A la base, je pense que j'aurais préféré ne pas avoir de contact... Et pas aussi vite en tout cas. Mais lorsque j'ai entendu ton message... Quelque chose d'autre s'est brisé en moi, je ne pouvais pas te laisser ainsi. Remercie Matt pour cela, c'est lui qui a insisté pour que je reprenne mon téléphone... Mais je préfère éviter un appel, ce serait... Trop difficile à supporter en l'état actuel.

Je me suis recluse parce qu'il n'y avait rien d'autre à faire, parce que tu ne pouvais pas m'apporter la solution à mes problèmes. Je ne voulais pas emporter d'autres personnes avec moi, je préférais endurer tout cela seule... Et j'imagine que je me suis surestimée. Lourdement. Tout est de ma faute, ne pense pas le contraire... J'ai préféré tout enfouir en moi pour ne pas envenimer la situation et, au final, elle s'est retournée contre moi. Il est trop tard pour faire marche arrière et plus j'y pense plus je me dis que je n'avais pas d'autres choix... Ici je peux recommencer une nouvelle vie, loin de tout.

Je ne suis pas en colère contre toi, jamais je ne pourrais l'être. Retire toi cette pensée de la tête, Ru.

Tu me manques, tu sais. C'est stupide de dire cela maintenant, non ?


J'envoie le message un peu plus facilement que le premier et je garde le téléphone dans ma main, fixant le fond d'écran d'un air absent, attendant que l'appareil vibre de nouveau... J'en ai besoin, profondément. Plus rien d'autre n'a d'importance, pas même la vague qui vient de caresser le bout de mes pieds. Seuls comptent le téléphone et mon interlocuteur.


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C-GEAR
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Région : Kalos / QG Ligue 4
Mer 22 Aoû - 3:58
Je jouais nerveusement avec la ceinture de la robe de chambre tout en fixant le portable posé sur mes genoux. J'avais peur qu'il ne sonne plus. Ce contact avec Liz me paraissait tellement ténu que j'étais sûr qu'un rien pouvait le briser. Elle pourrait avoir envoyé un unique SMS pour me rassurer puis avoir éteint son téléphone... ou bien avoir décidé que finalement c'était une erreur d'avoir répondu et ne plus vouloir le faire... ou bien quelque chose dans mon message pouvait lui faire peur et l'amener à se taire... Tellement de raisons pour que mon amie s'évanouisse dans la nuit. Combien de temps allais-je attendre avant de renoncer à avoir une réponse d'elle ce soir ? Trente minutes ? Une heure ? Si elle se décidait à répondre j'ignorais combien de temps cela pourrait lui prendre pour taper son SMS. Il allait sûrement être long...

Finalement, l'écran se ralluma au bout d'une quinzaine de minutes. Liz. Je me jetai sur le téléphone et survolai le message une première fois, histoire de savoir à quoi je devais m'attendre. Même si je fus rassuré de constater que mon amie était bien ouverte au dialogue, certains mots m'interpellèrent. Notamment ceux-là : "Tu me manques". Cela me fit plaisir sur le coup, mais cela m'effraya aussi beaucoup. Qu'est-ce que je devais en penser... ?
Je relus le message, cette fois plus calmement.


Liz a écrit:
A la base, je pense que j'aurais préféré ne pas avoir de contact... Et pas aussi vite en tout cas.

Elle avait donc hésité à couper les ponts. Cela me faisait mal qu'elle ait pu l'envisager, même si elle avait fini par se raviser. Les derniers mots de son SMS m'empêchaient de penser que c'était parce qu'elle ne tenait pas à moi ; cela signifiait donc que préserver notre relation après son départ lui avait semblé ou trop difficile ou trop douloureux. Etait-ce seulement parce qu'elle avait honte d'être partie ? Ou bien, comme je le craignais...

Liz a écrit:
Mais lorsque j'ai entendu ton message... Quelque chose d'autre s'est brisé en moi, je ne pouvais pas te laisser ainsi. Remercie Matt pour cela, c'est lui qui a insisté pour que je reprenne mon téléphone... Mais je préfère éviter un appel, ce serait... Trop difficile à supporter en l'état actuel.

D'accord. Ce n'était pas si grave, tant que je pouvais conserver un moyen de communication avec elle cela me suffisait. Le ton de sa voix aurait pu me donner des indices supplémentaires, mais en même temps j'avais peur de me retrouver comme un con si elle venait à confirmer mon hypothèse. A l'écrit au moins je pouvais réfléchir à ce que je disais.

Liz a écrit:
Je me suis recluse parce qu'il n'y avait rien d'autre à faire, parce que tu ne pouvais pas m'apporter la solution à mes problèmes. Je ne voulais pas emporter d'autres personnes avec moi, je préférais endurer tout cela seule...

Je me rongeais légèrement l'ongle du pouce. Honnêtement, tout dans ce qu'elle disait convergeait vers la conclusion à laquelle j'étais arrivé. A priori ne plus avoir de relation avec moi lui était apparu comme la solution à son problème et non comme une simple conséquence de son mal être. De plus, elle estimait que si elle m'avait confié ce qui la perturbait elle aurait pu blesser d'autres personnes... S'agissait-il de moi et d’Habygaelle ? De moi j'en étais presque sûr, sinon elle n'aurait pas fait tant d'efforts pour que je ne puisse pas savoir. Bon sang...
Si le reste de son message continua de renforcer ma conviction, ce fut les deux dernières lignes qui me convainquirent que j'avais raison.


Liz a écrit:
Je ne suis pas en colère contre toi, jamais je ne pourrais l'être. Retire toi cette pensée de la tête, Ru.
Tu me manques, tu sais. C'est stupide de dire ça maintenant, non ?

Je relus ces dernières phrases, en boucle. A chaque nouvelle lecture mon cœur se serrait un peu plus. Putain, ce que la vie pouvait être cruelle parfois. Pourtant je m'étais juré que plus jamais je ne ferais souffrir une femme comme j'avais fait souffrir Fiona. Pour cela j'avais essayé de mettre des barrières autour de moi, de faire celui qui ne voulait plus de relation sérieuse… mais au final le seul résultat que j'avais obtenu, c'était de friendzoner une fille qui me plaisait pourtant beaucoup. Je ne pouvais plus rien arranger maintenant. Savoir que Liz avait des sentiments pour moi ne changeait rien : Habygaelle avait réussi à passer mes barrières la première et aujourd’hui je l'aimais. Le pire c’est que, dans d’autres circonstances, je suis sûr qu'il aurait pu se passer quelque chose de bien entre Lizzy et moi. Si Haby n'avait pas montré son intérêt pour moi si vite ou si Liz m'avait fait comprendre le sien plus tôt, peut-être... Mais en pensant cela, n’étais-je pas en train de dire qu’Haby m’avait eu simplement parce qu’elle avait été plus rapide ? Si les deux m’avaient fait part de leurs intentions en même temps, laquelle aurait eu ma préférence ? Mon cœur me disait Haby, évidemment, mais c’était sans doute faussé par le rôle tout particulier qu’elle avait joué dans ma vie depuis avril et par l’amour que j’éprouvais pour elle aujourd’hui. Si elle n’avait pas été la seule femme dans ma tête pendant tout ce temps… avec qui serais-je actuellement ?

Il ne fallait pas que je fouille davantage ces interrogations, je me rendais bien compte qu’elles étaient malsaines. Je cessai donc de m’imaginer un passé alternatif pour me concentrer sur le présent, et sur la situation terrible que je découvrais enfin. Je me pris le front dans les mains, me mordis la lèvre suffisamment fort pour qu’elle en perde ses couleurs. Ça recommençait. Les circonstances n’étaient pas les mêmes qu’avec Fiona mais le résultat était identique : une femme souffrait à cause de moi et je ne pouvais rien y faire. Depuis combien de temps la blessais-je sans en avoir conscience ? Je repensais à ces derniers mois, avant que Lizbeth ne s’éloigne de moi. A tous ces moments où je faisais semblant de flirter avec elle juste parce que ça avait l’air de l’amuser aussi. A tout ce que je lui avais dit à propos d’Habygaelle et moi sans chercher à l’épargner. A toutes ces fois où elle avait peut-être essayé de me faire comprendre ce qu’elle ressentait et que j’avais fait l’autruche. Bon Dieu, depuis combien de temps ça durait ? Depuis Alola ? Depuis Amaillide ? Depuis plus longtemps que ça ?

Je suis vraiment trop con. Je répète les mêmes erreurs, encore et encore. Je me déteste.
C’était ce que je me disais alors que je contemplais bêtement mon téléphone, me demandant ce que j’allais bien pouvoir répondre à un tel message. Que devais-je faire ? Qu’attendait-elle que je lui dise ? Devais-je mettre les pieds dans le plat et lui montrer que j’avais compris, ou bien continuer de tourner autour du pot ? J’étais assailli par la culpabilité et les remords, mais plus que tout j’étais affreusement triste pour elle. Est-ce que c’était ça que je devais lui dire ? Je n’en savais rien. Je n’avais pas su quoi dire à Fiona et je n’étais pas plus avancé aujourd’hui. Je laissai le curseur clignoter longtemps. A un moment j’envisageai de répondre demain, après y avoir réfléchi, puis me dis que c’était cruel de la laisser dans le silence. Je devais dire quelque chose, même si c’était maladroit, même si ce n’était pas ce qu’il fallait. Tout plutôt que de perdre le contact.
Je me lançai, sans savoir ce que j’allais finalement écrire.


Ruv a écrit:
Liz… J’ai peur d’avoir compris ce que tu me caches. En toute honnêteté, j’ai déjà pensé que ça pouvait être possible. J’ai eu parfois des doutes, mais je me croyais juste parano et prétentieux. Quand tu t’es coupée de moi il y a trois mois j’y ai songé à nouveau mais je n’ai pas osé l’envisager sérieusement. J’avais trop peur d’admettre que tu souffrais à cause de moi…

Lizzy, si c’est bien ce que je crois, je suis tellement désolé. Je n’ai jamais voulu te faire souffrir comme ça. Jouer avec tes sentiments n’était pas du tout mon intention, même si tu pourrais me reprocher d’avoir été ambigu à plusieurs reprises. Si j’avais su que cela nous mènerait là je serais resté plus pro, plus distant, mais ça me paraissait si naturel d’avoir cette complicité particulière avec toi…

Je ne sais pas quoi faire. J’aurais aimé que tu me le dises quand c’est apparu, on aurait géré ça tous les deux. Je ne sais pas depuis quand tu ressens ça, mais même s’il était déjà trop tard pour que je te le rende on aurait peut-être pu éviter d’en arriver là. Oui ça n’aurait pas été évident, pas du tout même, mais j’aurais tout fait pour t’empêcher de sombrer et de renoncer à tout. Je ne t’aurais pas laissé toute seule Lizzy… jamais.

Je ne sais pas quoi dire d’autre… Je n’ai pas encore digéré l’information. En vérité, je serais soulagé que tu me dises que j’ai faux. J’espère presque que tu vas me répondre et me dire que je suis complètement à côté de la plaque et te moquer de moi de l’avoir pensé.

Je relus mon message plusieurs fois. Si l’on prenait en compte le risque que je me trompe sur toute la ligne, il était trop long. Pourtant, je ne me voyais pas retirer des morceaux. Je préférais me ridiculiser en cas d’erreur plutôt que d’avoir raison et que Liz ne sache pas tout ce que j’en pensais. Après tout, comment allait-elle réagir en apprenant que je l’avais percée à jour ? Je n’en avais pas la moindre idée, et j’avais peur que de honte elle ne me réponde plus. Je comprendrais qu'elle le fasse… Alors quitte à ce que ce soit l’un de nos derniers messages, je voulais qu’elle connaisse mon ressenti. Peut-être devrais-je aussi lui dire que malgré tout ce qui s'était passé je l'aimais toujours autant et qu'elle me manquait depuis le jour où elle m'avait chassé de sa vie ? Cela lui ferait peut-être du bien… ou pas, en fait. Je ne savais pas trop. J'y réfléchis quelques instants, puis décidai d'envoyer le message tel quel. Si Lizbeth ne me répondait pas dans l’heure, je lui enverrais un dernier SMS dans lequel je lui dirais tout cela. En ce jour si triste, c’étaient les derniers mots que je voulais qu’elle lise de moi.



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Mer 22 Aoû - 12:32
You’re my downfall, you’re my muse
My worst distraction, my rhythm and blues

Je me sens vidée de toute mon énergie depuis que j'ai envoyé ce dernier message. Ce n'est pas à cause de l'heure avancée, de toute facon je serais incapable de dormir avec toutes les pensées que j'ai en tête. En réalité, je doute depuis que j'ai appuyé sur "envoyer" ; en ai-je trop dit ? Son message sur le répondeur m'a complètement retourné, j'ai encore quelques larmes qui coulent le long de mes joues lorsque j'y pense... Mais ce n'est pas grave, il n'y a personne pour me voir. Cependant je ne voulais pas me dévoiler ainsi, pas aussi rapidement, et encore moins à lui... Mais il a été le seul à se jeter ainsi sur mon numéro et j'ai le cœur qui se serre lorsque je repense à tous les bons moments que l'on a passés ensemble... Ils ont été si nombreux et si joyeux, comme un rêve...

Peut-être devrais-je me dire qu'il ne s'agissait en effet qu'un rêve et que je me suis réveillée. Tout cela ressemblait davantage à un conte de fée et je ne suis plus une petite fille, je sais que la vie ne se passe pas ainsi en réalité. Et pourtant... Je me suis laissée aller à des pensées romantiques, à des envies dont je n'ai pas l'habitude... Je mentirais en disant que ce n'est plus le cas, l'éloignement n'y a rien fait et ma situation ne risque pas de s'arranger, les hormones risquent de jouer encore plus sur mes humeurs pour les mois à venir.

Je lâche un lourd soupir et attrape un peu de sable tiède entre mes mains. Le soleil a beau s'être couché depuis plusieurs heures le sable n'a pas encore totalement refroidit, témoin du temps de la journée précédente. Je serais bien ici, au soleil, seule avec mon ami et mes compagnons. Cette villa a été parfaitement choisie, je n'aurais pas aimé avoir du monde autour... Et dire que je l'ai choisie avec lui... Mon soupir devient plus lasse, je jette la poignée de sable au loin et je me recroqueville contre mes genoux, fixant l'horizon illuminé par la lune... Lorsque le téléphone vibre, une bonne demie heure plus tard, je suis parfaitement éveillée et je me redresse aussitôt en attrapant l'appareil, ouvrant le message sans réfléchir.

Ses premières phrases suffisant à me comprimer le cœur. Je suis obligée d'arrêter la lecture pour souffler un coup, mon ventre recommençant à me faire souffrir. J'ai beau avoir essayé de rester distante, il a compris... Ou s'en doutait-il ? Depuis quand ? Cette possibilité me fait davantage souffrir, si il s'en est rendu compte et n'a fait mine de rien... C'est que je comptais encore moins que je ne l'aurais cru. Mais je fini par lire de nouveau, ayant besoin de savoir, et ses mots - en quelque sorte - me soulage un peu. Il semble réellement ne pas avoir compris avant cette nuit, même si il a eu quelques doutes... Rien d'étonnant à cela lorsque je repense à cette soirée à Amaillide.

Aurais-je du agir autrement avec lui ? Laisser de côté ma bienséance et tenter ma chance ? Non, j'ai beau tenter de me faire culpabiliser, je sais que j'en aurais été incapable. Jamais je n'aurais pu tenter de charmer ouvertement un homme qui est déjà pris, je ne suis pas ce genre de personne. Je me suis terriblement attaché à lui à force de passer du temps à ses côtés, de discuter, de voyager... Notre amitié s'est métamorphosée et je n'ai pas pu lutter contre la maladie la plus vieille du monde. Elle a gagnée et m'a détruit à petit feu.

Et voilà, je suis encore en train de pleurer. Il me faut quelques minutes pour me calmer, avant que je ne réfléchisse à mon message... Hors de question de ne pas lui répondre, j'en suis incapable, même si je sais que je me fais souffrir en agissant ainsi. Ignorer son message vocal aurait été plus simple... Mais je m'en serais voulue toute ma vie.

Je fini par me reprendre et commence à écrire, sans trop réfléchir à l'ordre des choses, mettant juste à l'écrit ce que je ressens face à sa réponse. Beaucoup de choses.

J'avais peur que tu m'envoies un tel message mais, au fond, j'en suis peut etre soulagée. Je suis désolée, je ne peux pas te dire que tu as faux, ce serait te mentir.

Je ne voulais pas t'en parler par message, je n'aime pas l'idée, mais comme tu l'as évoqué... Je me doute que tu aurais préféré qu'on en parle sauf que... J'ai été égoïste, je ne voulais surtout pas perdre notre complicité, j'ai vécu tellement de bons moments a tes côtés, je n'ai jamais été aussi heureuse qu'à ces moments la... Mais j'ai fini par trop souffrir lorsque tu me racontais ta vie heureuse, j'en souffrais et j'étais bien trop jalouse... Je me rabaissais sans cesse.

Tu n'es pas l'unique raison de mon départ de la ligue. Mes sentiments étaient beau être douloureux à endurer chaque jours, j'en étais capable. J'aimais ce travail, pouvoir affronter des dresseurs de haut niveau, continuer de donner le meilleur de nous même... Mais ces derniers mois j'ai fait des erreurs irréparables qui m'ont conduit à cette situation... Et j'étais trop honteuse d'en parler autour de moi, sauf avec Matt.

Résultat je n'ai fait que m'enfoncer continuellement, de plus en plus. Il est arrivé un moment où je ne pouvais plus faire demi-tour...

Je regrette que les choses se soient déroulées ainsi mais j'imagine que, si je devais le refaire, la finalité serait la même. Je ne dois pas être faite pour tout cela.


J'ai beaucoup hésité sur la fin du message. Je n'aime pas me lamenter, me plaindre, je garde généralement tout en moi... Mais maintenant que Ruven sait ce que je gardais secret depuis si longtemps je n'arrive pas à me contenir j'ai besoin de lui parler... Mais qu'est-ce que je peux espérer au fond ? Il m'oubliera bien vite avec sa si magnifique vie, je suis devenue un simple poids dont il peut maintenant se délester...


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Mer 29 Aoû - 3:13
Je consultai l’heure sur mon portable. Presque cinq heures du matin. Je ne dormirais plus cette nuit, c’était certain. Malgré le peu de sommeil que j’avais derrière moi ma tête bouillonnait, parfaitement réveillée, et revenait en permanence sur cette information : Lizbeth avait des sentiments pour moi. Certes elle ne m’en avait pas donné la confirmation formelle mais je n’en avais pas besoin pour en être convaincu. Bon sang. Quelle situation pourrie.

Quand mon portable vibra à peine deux minutes plus tard je frissonnai et me hâtai de lire. A ma grande surprise, le message ne venait pas de Lizbeth.


Haby a écrit:
Ça va Ruven? Je suis là si tu as besoin

Étonné, je levai la tête vers la porte de notre chambre. Haby ne s’était pas rendormie après tout ce temps ? Cela faisait presque une heure que j’avais quitté le lit, je pensais que depuis elle aurait cédé au sommeil. Elle devait vraiment s’inquiéter… Et en même temps vu le dernier SMS que j’avais envoyé à Lizbeth, elle avait peut-être de quoi.
Je quittai le canapé et me dirigeai vers la chambre. En ouvrant la porte je trouvai ma compagne bien éveillée, téléphone à portée de main. Son regard se porta de suite sur moi et j’y lus beaucoup de questions. Cela me mit franchement mal à l’aise compte tenu de ce qui me tracassait.


« Tu ne dors toujours pas ? » murmurai-je. « Je ne suis pas prêt de revenir me coucher je pense, ne m'attends pas. »

Elle quitta la couverture et s’assit sur le lit. Cette posture me fit craindre une longue discussion qui ne m’arrangerait franchement pas. J’étais déjà assez perturbé par celle que j’avais avec Liz, si je devais en plus en gérer une deuxième…

« Il se passe quoi Ruven ? »

Heureusement Haby n’avait pas un ton inquisiteur. Elle paraissait au contraire plutôt calme. Peut-être était-elle juste curieuse, finalement.

« Hum, Lizbeth s'est décidé à me parler. » répondis-je en tâchant de garder une attitude détachée. « J'en profite pour essayer de savoir ce qui ne va pas, tant qu'elle veut bien répondre.

- D'accord, je vais dormir, tu es sûr que ça va ? Ça n'a pas l'air ?

- Si, ça va.
» Raté pour l’attitude détachée. En même temps Haby me perçait souvent à jour quand j’essayais de cacher ce qui n’allait pas, elle était perspicace. Je cherchai donc quoi dire pour lui expliquer mon état sans éveiller ses soupçons. « C'est juste que Liz ne va vraiment pas bien et qu'elle refuse de me dire clairement pourquoi. Ça m'inquiète. »

Elle se leva et approcha doucement. Je vis qu’elle n’avait pas l’intention de m’interroger davantage et cela m’ôta un poids de la poitrine. Elle m’offrit un baiser que j’accueillis avec gratitude et posa ses mains, apaisantes, sur mes hanches.

« N'hésite pas à me réveiller si ça va pas d'accord ! » Elle m’embrassa à nouveau alors que je commençais à sourire. Quelle femme adorable.

« Oui, OK. Je pense que ça va aller… »

Ce fut à ce moment-là que mon portable vibra de nouveau. Je l’entendis, Haby l’entendit, et aussitôt l’atmosphère complice qui avait commencé à s’installer entre nous se brisa. De mon côté parce que le stress m’envahissait à nouveau (la réponse à la question qui me hantait était là, juste à portée de mes doigts, et juste à portée de ceux d’Haby aussi), du sien parce qu’elle avait perçu le frisson qui m’avait traversé. Sans attendre un mot de ma part elle se détacha de moi, se remit dans le lit et me souhaita bonne nuit, assez sèchement. Assistais-je à l’une des premières manifestations de la jalousie qu’Haby ressentait envers Lizbeth ? Probablement… et autant dire que cela me convainquit de garder pour moi ce qui était en train de se passer. Pas la peine qu’une troisième personne souffre dans cette histoire.
Pour l’heure, je ne voyais pas quoi faire pour la calmer. En d’autres circonstances j’aurais pu lui prouver que sa jalousie n’avait pas lieu d’être en prenant congé de Lizbeth et en me recouchant, mais pas ce soir. Malheureusement pour elle, Liz était ma priorité pour l’instant.


« Bonne nuit. » dis-je à mon tour, résigné. « Je... Si ça dure trop longtemps je dormirai dans le canapé pour ne pas te réveiller.

- Pas besoin Ruven, j'ai un bon sommeil. Bonne nuit.
» Sur ce, elle me tourna le dos et remonta la couverture sur ses épaules. Message reçu.

Ça m’embêtait qu’on se quitte là-dessus et je restais planté là quelques secondes, bêtement. J’eus beau chercher je ne trouvai pas quoi faire pour la rassurer sans l’énerver encore plus ; je finis donc par soupirer légèrement et par fermer la porte. Tant pis, nous en parlerions demain s’il le fallait.
Je revins dans le canapé et allumai aussitôt l’écran. Pas de doute, le SMS était bien là. J’avais vraiment la boule au ventre à l’idée de le consulter, mais comme le doute était bien plus dévorant je n’hésitai pas et l’ouvris.


Liz a écrit:
J'avais peur que tu m'envoies un tel message mais, au fond, j'en suis peut être soulagée. Je suis désolée, je ne peux pas te dire que tu as faux, ce serait te mentir.

Voilà. C’était dit. La preuve était là, noir sur blanc. Je serrai l’appareil entre mes doigts, fort, et me tins le front de l’autre main. J’avais l’impression que ma tête ne tenait plus droite tant elle pesait lourd.

« Raaaah… » gémis-je à voix basse.

Je pris quelques secondes pour encaisser. Longue inspiration. Longue expiration. Encore une fois, et une fois encore. Je fus ensuite en état de lire la suite à peu près calmement. Liz m’y expliquait qu’elle n’avait pas voulu en parler pour préserver notre amitié telle qu’elle était. Mais à quoi cela aurait-il servi si au final elle avait coupé les ponts ? Je ne comprenais pas… Elle m’indiquait ensuite que je n’étais pas la seule raison de son départ de la Ligue, ce qui me rassurait et en même temps non. Qu’est-ce qui lui arrivait d’autre et qui la mettait dans un état pareil ? De ça non plus elle n’avait pas voulu m’en parler ? Surestimais-je l’étendue de la confiance qu’on avait l’un envers l’autre… ?
Elle s’arrêta là, sans rien me dire de plus. Je restais un moment à relire ce message, indécis. Qu’est-ce que j’étais censé répondre ? Et est-ce que ça servait vraiment à quelque chose d'écrire ? J'imaginais dans quel état elle était là tout de suite et me dis que si je voulais vraiment être un ami pour elle il vaudrait mieux que j'appelle. Comme elle le disait un sujet aussi important ne devait pas être traité par SMS mais de vive voix, et peut-être que ce serait plus simple pour elle de me confier ce qui n'allait pas d'autre dans sa vie comme ça. Par contre, il faudrait pour cela qu'elle veuille bien décrocher...

Je pris la décision d'essayer, ne sachant vraiment pas quoi écrire de plus. Après une courte réflexion je choisis de passer mon appel sur la terrasse et fermai donc ma robe de chambre du mieux possible, en plus de jeter un plaid sur mes épaules. En plein mois de décembre à cinq heures du mat il faisait un froid de canard, mais je préférais ça que de prendre le risque d'être entendu d'Haby ou de la réveiller. Arrivé sur le toit je me recroquevillai dans un coin d'un canapé, les jambes pliées sous moi pour essayer de maintenir mes pieds au chaud.


« Allez Lizzy... Décroche s'il te plait... »

J'appelai.



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Mer 29 Aoû - 16:17
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Risking it all, though it’s hard

Ai-je bien fait d'évoquer auprès de lui le reste de mes problèmes ? Est-ce vraiment un problème d'ailleurs ? Je l'ai vu ainsi au début, lorsque j'ai réalisé toutes les erreurs que j'avais faites en peu de temps, mais maintenant... ? C'est la chance d'avoir un nouveau départ, de pouvoir faire autre chose de ma vie, d'enfin réaliser un rêve qui me tenait à cœur... Au moins en partie. Seule les choses seront différentes, j'en ai bien conscience, même si Matt sera à mes côtés. Je ne sais pas comment je dois agir avec lui d'ailleurs, je lui suis très reconnaissante d'avoir tout quitté pour venir vivre avec moi mais... Nous ne sommes pas un couple, même si nous l'avons été par le passé. Par moments j'ai un peu peur qu'il ait de nouveau des sentiments pour moi, ou qu'il en ait toujours eu... Je ne veux pas qu'il vive la même situation que celle que je connais actuellement mais il ne montre aucuns signes allant en ce sens... Tout cela me perturbe beaucoup mais je ne me vois pas évoquer un tel sujet avec lui. Ce n'est pas le bon moment pour cela. Je lâche un lourd soupir en me recroquevillant sur moi-même, réalisant tout juste que je commençais à avoir froid avec ce vent qui soufflait sans cesse sur la plage, en provenance de la mer... Mais d'un autre côté j'avais bien besoin de cela pour me tenir éveillée, le vent aidant à sécher mes larmes..

Cependant des frissons plus prononcés finirent par me décider. Je ne pouvais pas non plus risquer de tomber malade, ce ne serait pas sérieux dans mon état. Il fallait que je prenne soin de mon corps, à défaut de le faire avec le reste de ma personne... Je me relevais donc lentement, le téléphone dans la main, et remontais jusqu'à la villa, silencieuse. Il n'y avait aucunes lumières dans la chambre de Matt, j'imagine qu'il devait être au lit... Mais lorsque je retournais dans le salon en passant par la baie vitrée je le trouvais, assis sur l'un des canapé, sur son ordinateur, l'air pensif. Je comptais retourner à l'extérieur pour ne pas le déranger mais, finalement, lui aussi ne trouvait pas le sommeil...

Il se redressa aussitôt en m'entendant et je le rejoins, attrapant un plaid polaire qui traînait sur le canapé, une vieille couverture que je me traînais depuis des années sans jamais m'en séparer.

- Tu sembles perturbée... Même dans l'obscurité, il était capable de voir que quelque chose s'était passé. Je m'arrêtais, l'observant, avant de lâcher un soupir, crachant le morceau. De toute façon il finirait forcément par le savoir.
- Ruven... Il avait laissé un message sur mon répondeur. Il semblait tellement... Triste... J'ai craqué et je lui ai envoyé un message. On s'en est envoyés plusieurs et... Il a compris... Il hocha la tête.
- Il n'est pas stupide, il aurait finit par comprendre. Enfin... Si, il l'est, terriblement. Il réussit à me faire sourire l'espace d'un instant, jusqu'à ce que mon portable ne vibre.
- C'est lui... Il m'appelle... Mon cœur battait de nouveau douloureusement la chamade alors que je fixais l'écran sans réagir, incapable de le faire. L'entendre risquait de me faire encore plus souffrir... J'ai besoin de... Réfléchir...

Matt ne répondit rien et m'observa m'éloigner, retournant à l'extérieur, le plaid sur mes épaules. Le téléphone ne vibrait plus, l'appel s'était terminé, mais je n'en étais pas plus rassurée pour autant. Même si cela me ferait davantage souffrir je ressentais maintenant le besoin d'entendre sa voix chaude et douce dans le creux de mon oreille. J'étais irréparable. Même en m'étant éloignée de lui, de tout ce qui nous réunissait, je ne pouvais pas faire une croix sur lui, j'en étais incapable. J'étais allée beaucoup trop loin pour cela.

Je m'asseyais de nouveau dans le sable, rapidement rejointe par Klein, et déroulée le plaid pour le poser sur mes genoux et sur le palmipède, qui ressent pour une fois le besoin de rester à mes côtés, au plus près. Fixant le téléphone silencieux depuis à peine une ou deux minutes, j'appelle son numéro, même si mon cœur me fait souffrir... Il répond rapidement, très même, mais je me retrouve incapable de parler la première, ressentant de drôles de sensations dans le ventre.

- Hey... Sa voix résonne alors à travers le téléphone, me réchauffant le coeur par sa douceur et sa tendresse. Je lui répond d'une voix similaire, basse, camouflant difficilement mon émotion.
- Salut... Un léger blanc s'en suivit, me stressant aussitôt. Et si finalement il n'avait plus envie de me parler ? Mais bien vite, sa voix résonna, me rassurant.
- Tu... tu es à Alola ? Je relevais la tête pour regarder la mer et les vagues caressant le sable. Les entendaient-ils pour me poser la question, ou était-ce un hasard ?
- Oui, chez moi... Au fond, cela me faisait un peu mal au cœur de le dire à haute voix. J'avais trouvé en notre QG un lieu de vie idéal, joyeux, mais tout c'était dégradé ces derniers mois et, de toute façon, sans lui il n'avait plus la même saveur... Il doit s'en rendre compte parce qu'il ne répond rien pendant un premier temps, suffisamment long pour me rendre mal à l'aise. Je ne veux pas le gêner, même si c'est trop tard pour cela...
- Je suis désolé, ce n'était peut-être pas une bonne idée que je t'appelle. Je pensais que de vive voix ce serait mieux parce qu'on pourrait être plus spontané, mais en fait c'est vraiment dur. Je... je suis désolé. L'entendre s'excuser ainsi ne m'aide pas. Ce n'est pas à lui de le faire et je ne peux pas m'empêcher de réagir rapidement, n'arrivant pas à me contenir, en ayant presque les larmes aux yeux.
- Ce n'est pas à toi de t'excuser, arrête... Tout est de ma faute de toute façon, je le sais bien. Et puis... Ça fait du bien de t'entendre... Et voilà, je l'ai dit à voix haute. je n'étais pas certaine d'en être capable tant j'agis parfois comme une adolescente face à son premier amour...
- Ça fait du bien de t'entendre aussi. Sait-il ce que je peux ressentir lorsqu'il dit quelque chose comme cela ? J'en doute, malheureusement... J'ai l'impression que ça fait trois mois que je ne t'entends plus... Tu m'as manqué Lizzy. Ses derniers mots sont ceux de trop. Je sens des larmes glisser le long de mes joues et je les essuies, lâchant un soupir, tentant de me reprendre avant de lui répondre.
- Toi aussi tu me manques... C'est déjà la seconde fois que je lui dis cette nuit, mais ce constat est toujours aussi douloureux ; il me manque terriblement.


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Sam 13 Oct - 14:46
J'écoutais la tonalité. Tandis que les longs bips résonnaient dans mon oreille, je pris conscience que mon cœur battait vite et fort. Pour moi qui étais si lâche quand il s'agissait de sujets difficiles, je me faisais vraiment violence en appelant ainsi. Si cela avait été pour quelqu'un d'autre je ne l'aurais jamais fait, et d'ailleurs je n'aurais pas répondu par SMS non plus ; à coup sûr j'aurais prétexté m'être endormi sans faire exprès. Je sais que c'est dégueulasse mais c'était ainsi que j'étais fait : je flippais totalement quand il y avait des chances qu'éclate une situation de chagrin ou de conflit. On ne peut pas dire que j'étais très à l'aise dans la situation présente, bien sûr... mais malgré tout j'espérais vraiment parler à Lizbeth et non tomber sur son répondeur. Parce qu'au fond, quelle importance que je stresse ? Ce n'était pas ce que je ressentais qui comptait. Liz souffrait vraiment, elle, et je serais un bien mauvais ami si je n'essayais pas de la soulager.

Malheureusement, mon ex-collègue refusa de répondre. Sa messagerie s'enclencha et je raccrochai aussitôt, sans savoir ce que je devais en penser. C'est vrai, peut-être que ce n'était franchement pas malin d'appeler dans des circonstances pareilles. Déjà que moi j'étais embarrassé par sa dernière révélation, alors elle n'en parlons pas... Qui sait dans quel état elle était actuellement. Mince, peut-être que je l'avais brusquée ? Est-ce que je venais de tout faire foirer ? Si elle ne voulait plus me parler je jurais de me coller une baffe. Foutu manque de subtilité, bientôt quarante ans et toujours incapable de gérer les émotions des autres...
J'étais indécis sur la marche à suivre. Finalement, je commençai à taper un SMS de réponse ; même si je ne savais pas trop comment réagir à l'écrit, il valait mieux ça que le silence total.


Ruven a écrit:
Excuse-moi, j'espère que tu ne m'en veux pas d'avoir essayé d'appeler. Je comprends que tu ne veuilles pas répondre, on va donc rester à

L'écran de mon téléphone changea soudainement pour m'informer que j'avais un appel entrant. Liz. Je ne réfléchis pas une seconde et décrochai au plus vite, avant qu'elle ne renonce ou ne change d'avis.
A l'autre bout de la ligne, c'était le silence. J'entendais juste la respiration de mon amie, agitée, et le lointain écho des vagues. Cela me fit mal au cœur de sentir si directement qu'elle n'allait pas bien, et en même temps un très léger sourire s'insinua sur mes lèvres. Pour la première fois depuis des semaines, je l'entendais enfin.


« Hey... »

Naturellement, ma voix se fit douce et tendre. Il y avait beaucoup d'affection dans mon ton, mais rien qui ne puisse lui donner d'illusions je crois. Juste de quoi lui faire penser que ce soir j'étais là et que j'allais prendre soin d'elle.

« Salut... »

Premier mot qu'elle prononçait et il était suffisant pour me faire une idée de son émotion actuelle. Je sentais d'ici qu'elle avait pleuré ou qu'elle était sur le point, ce qui me troubla. Confronté véritablement à ce que je lui avais infligé sans le savoir, je me sentis perdre le peu d'assurance que j'avais. D'autant qu'elle n'ajouta rien de plus, ce qui créa un blanc assez embarrassant. Je me forçai à trouver quoi dire pour enchaîner, car de nous deux j'étais le plus en état de faire la conversation.

« Tu... Tu es à Alola ? » La question était bête – bien sûr qu'elle était à Alola, non seulement elle y avait sa résidence mais en plus j'entendais la mer en fond. C'était juste pour essayer de trouver un sujet.

« Oui, chez moi... »

Et elle s'arrêta là. Bon sang, si elle me répondait si peu, ça allait être vraiment difficile. Je ne m'attendais évidemment pas à ce qu'on bavarde pendant une heure comme on pouvait le faire il y a de ça quelques mois, mais je me disais que peut-être Lizzy voudrait lâcher tout ce qu'elle avait sur le coeur et que je pourrais l'écouter et la rassurer. Sauf que bien sûr elle n'allait pas le faire, je m'en rendais enfin compte. De toutes les personnes autour d'elle j'étais sûrement la dernière à qui elle voulait se confier. Il m'était impossible de jouer mon rôle d'ami sur ce coup-là, j'étais bien trop impliqué...
Mais alors, à quoi bon cet appel ?

Je cherchai désespérément quelque chose à dire. Malheureusement l'impasse de la situation me vidait le cerveau et rien ne vint. Lizzy aussi resta silencieuse et je me mis à regretter d'avoir appelé. C'était trop tôt, visiblement.


« Je suis désolé, ce n'était peut-être pas une bonne idée que je t'appelle. » avouai-je, résigné. « Je pensais que de vive voix ce serait mieux parce qu'on pourrait être plus spontané, mais en fait c'est vraiment dur. Je... je suis désolé.

- Ce n'est pas à toi de t'excuser, arrête... Tout est de ma faute de toute façon, je le sais bien.
» Non c'est faux, voulus-je lui dire, mais elle ajouta : « Et puis... Ça fait du bien de t'entendre... »

Je souris avec douceur. C'était si exactement ce que je pensais...

« Ça fait du bien de t'entendre aussi. J'ai l'impression que ça fait trois mois que je ne t'entends plus... » Et j'ajoutai, dans un élan de spontanéité : « Tu m'as manqué Lizzy. »

Pas de réponse immédiate à l'autre bout du fil. Juste un bruit de frottement et un soupir. Elle est en train de pleurer, pensai-je, et je me sentis soudain très impuissant.

« Toi aussi tu me manques... »

Je notai qu'elle avait parlé au présent. Cela avait tout l'air d'un détail mais je savais que ce n'en était pas un. Que nous ayons spontanément employé des temps différents me semblait assez révélateur de nos sentiments respectifs. Si j'étais évidemment bouleversé que Lizzy ait quitté la Ligue et qu'elle se retrouve dans cette situation si douloureuse, ma propre tristesse avait surtout été qu'elle m'évite tous ces mois : lui parler enfin me guérissait. Sa souffrance à elle, en revanche, était bien vivante et très loin de s'éteindre. J'en conçus une grande tristesse et une culpabilité dévorante.

« Tu... tu veux en parler ou... ? Je ne sais pas ce qui te ferait du bien, dis-moi... »

Je me sentais prêt à tout pour l'aider. Je ne saurais dire si c'était surtout parce que son chagrin me brisait le cœur ou parce que je voulais me racheter pour ce que je lui infligeais. Quoi qu'il en soit, j'éprouvais le besoin viscéral de la soulager.
Sa réponse me prit par surprise :


« Un gros câlin... »

Hein ? Elle plaisantait ou... ? Comme je ne répondais pas, trop étonné, elle se ravisa et me demanda d'oublier ça. Ce ne fut pas du tout ce que je fis ; au contraire, je lâchai un petit rire mi-amusé mi-nerveux. Qu'elle me tende une perche pareille dans une situation aussi pesante, c'était trop décalé pour que j'y sois insensible !

« Je t'en ferai un si je pouvais. » dis-je avec un peu de gaieté. « Tu sais que je suis plus doué avec mes mains qu'avec ma bouche. »

Je m'attendais à ce que cela l'amuse un peu ou au moins que cela la fasse sourire (des sous-entendus salaces comme celui-là, je lui en avais balancé des tas quand on était au top de notre complicité), mais rien. Elle resta silencieuse, trop longtemps à mon goût, puis murmura « Si seulement... » avec un sérieux indéniable. Cela me mit affreusement mal à l'aise. Putain, quel crétin. C'était bien le moment de sous-entendre une potentielle relation entre nous alors que tout le drame qu'elle vivait était que cela n'arriverait pas... Ce que je pouvais être bête parfois.

« Pardon, c'était con. » lâchai-je après un silence embarrassant. « Je voulais te faire rire mais je me rends compte que c'est vraiment pas malin... J'ai trop pris l'habitude de dire ce genre de trucs avec toi, je suis désolé.

- T'excuse pas, j'te l'ai déjà dit... C'est juste que... Je ne me vois plus te répondre comme je le faisais. Ce serait un peu gênant.

- Je suppose, oui...
»

La conversation mourut. L'embarras était palpable des deux côtés et pendant de très longues secondes personne ne reprit la parole. Le problème qui nous préoccupait tous deux était là, bien présent dans nos esprits, et il commençait à prendre beaucoup de place. Quand je pense que Liz l'avait enduré seule tout ce temps... Non, je ne pouvais pas laisser cet appel pourrir comme ça. Je pris sur moi pour relancer la discussion.

« Euh... Du coup ? Ça te ferait du bien d'en parler ? De ça ou des autres raisons qui t'ont fait quitter la Ligue... ? Je ne te force pas, c'est comme tu le sens. Je préférerais pouvoir te faire ce câlin, mais maintenant t'es un peu loin pour que je te rejoigne. » dis-je avec un sourire peiné.

Ma proposition sembla la perturber car elle hésita avant de répondre.


« Ce... Ce ne sont pas des choses dont j'ai envie de parler comme ça, au téléphone... Avec un câlin, peut-être. »

Oh. Elle ne comptait donc rien me dire. J'avais beau m'y être un peu attendu, cela me rendit tout de même triste. Qu'elle ne veuille pas parler de ses sentiments amoureux avec le principal concerné, je comprenais, mais j'avais espéré qu'elle saurait me faire confiance pour le reste. Mon statut de Chagrin d'Amour m'empêchait-il désormais d'être son ami ?

« D'accord, je comprends...

- Désolée...
»

Et de nouveau, ce foutu silence. Je le détestais. L'une des choses que je préférais dans ma relation avec Liz, c'était que nous avions toujours quelque chose à nous dire et que nous pouvions parler très librement l'un avec l'autre. Est-ce que cette époque était définitivement révolue ? N'y aurait-il plus entre nous que ce silence gêné ? La tristesse me serra le cœur. Bon sang... Cela me rappelait Amélie. Ma femme que j'avais aimée sincèrement et que cette satanée dépression m'avait arrachée. Quand j'y repensais parfois je me disais que la fin de notre relation n'était ni vraiment de sa faute ni vraiment de la mienne, qu'il s'agissait d'une fatalité qui nous avait dépassé tous les deux. Cette horrible maladie qui nous était tombée dessus comme ça et qu'aucun de nous n'avait su gérer... Était-ce ce qui était en train de se passer entre Lizbeth et moi ? Est-ce que ces sentiments amoureux, dont je suis sûr qu'elle n'avait pas voulu, étaient la fatalité qui allait briser notre amitié ? C'était injuste. Je me mordis la lèvre inférieure, effrayé par ce silence qui s'éternisait. Je ne voulais pas... je ne voulais vraiment pas...

« Lizzy... J'ai pas envie de te perdre... » murmurai-je d'une voix brisée.

Ma pensée était sortie sans que je ne prévois de la dire, et d'ailleurs je ne m'adressais pas vraiment à mon amie. C'était plutôt une supplique adressée à cette entité supérieure qui semblait prendre plaisir à éloigner de moi les femmes que j'aimais. Qu'elle ne m'en enlève pas encore une, pitié.



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Ex-Champion

C-GEAR
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Région : Johto, Alola & Unys
Sam 13 Oct - 17:39
- Tu... tu veux en parler ou... ? Je ne sais pas ce qui te ferait du bien, dis-moi... Ruven ne semble pas à l'aise, cela s'entend. Et il me pose une colle... Ce qui me ferait du bien, hein... J'essuie encore quelques larmes tout en répondant la première chose qui me vient à la tête, presque avec un sourire... Il y a de l'amélioration.
- Un gros câlin... Je me rend compte après coup de ce que je viens de dire. Pour qui va t-il me prendre maintenant... Mf, oublie. J'entend de l'autre côté du combiné un rire, très bref, auquel je ne m'attendais pas.
- Je t'en ferai un si je pouvais. Tu sais que je suis plus doué avec mes mains qu'avec ma bouche. Je reste silencieuse pendant un instant, digérant ce qu'il vient de me dire. Dans d'autres circonstances je me serais jetée sur l'occasion, j'aurais peut-être même jouer le jeu de la séduction pour voir jusqu'où il serait allé... Mais ce serait mal venu dans cette situation. Cependant, cela me tire un sourire nostalgique.
- Si seulement... S'il savait à quel point je le pense...
- Pardon, c'était con. Je voulais te faire rire mais je me rends compte que c'est vraiment pas malin... J'ai trop pris l'habitude de dire ce genre de trucs avec toi, je suis désolé. Je lâche un soupir, encore gênée qu'il s'excuse, de nouveau. Combien de fois je devrais lui dire ?
- T'excuse pas, j'te l'ai déjà dit... C'est juste que... Je ne me vois plus te répondre comme je le faisais. Ce serait un peu gênant. Un peu, n'est-ce pas.
- Je suppose, oui... Un silence un peu gênant s'en suit. Que dire ? Alors que je lui parle enfin, après tout ce temps à l'éviter, je me retrouve à écouter le son de sa respiration pendant de longues secondes, incapable de reprendre la conversation. C'est finalement Ruven qui reprend la parole, brisant le silence. Euh... Du coup ? Ça te ferait du bien d'en parler ? De ça ou des autres raisons qui t'ont fait quitter la Ligue... ? Je ne te force pas, c'est comme tu le sens. Je préférerais pouvoir te faire ce câlin, mais maintenant t'es un peu loin pour que je te rejoigne. Je sens mon cœur faire un bond contre ma poitrine. J'aurais du me douter qu'il finirait par en parler, avec ce que j'ai mis sur mon message...
- Ce... Ce ne sont pas des choses dont j'ai envie de parler comme ça, au téléphone... Avec un câlin, peut-être. J'essaie de sourire à la fin de ma phrase, pour alléger l'atmosphère, mais je ne suis même pas certaine que cela se sente.
- D'accord, je comprends... Je le sens un peu déçu, peut-être distant. Je me doutais qu'il voudrait savoir ce qu'il se passait, mais c'est encore difficile pour moi de le digérer, alors en parler... Je ne sais pas si j'en aurais la force. Tout est encore trop récent.
- Désolée... Je ne m'attend pas à une réponse en particulier et me contente de l'écouter silencieusement, peinée. La situation n'est vraiment pas simple à gérer, même si je suis contente de pouvoir lui parler... Après un long moment de silence, sa voix résonne de nouveau : basse, fragile, il me fait de la peine. Il semble réellement touché.
- Lizzy... J'ai pas envie de te perdre... Ses mots me vont droit au cœur, je sens de nouveau les larmes glisser le long de mes joues et, cette fois, je ne fais rien pour les calmer, envahie par les émotions.
- Moi non plus... Je t'aime trop pour cela... Ma voix trahit aussitôt mon état mais, sur l'instant, cela m'est égal. Je l'ai dit.
- Est-ce que tu me laisseras venir te voir à Alola ? Je sais que si tu es partie comme ça c'est aussi parce que tu voulais m'éviter mais... Je veux vraiment pas que ça se finisse comme ça. Il a rapidement répondu, sans que je ne sache vraiment sa réaction... Mais c'est sûrement mieux ainsi. Je laisse passer quelques secondes avant d'en faire de même.
- Je... Oui, tu peux venir quand tu le souhaites. Je retiens mes mots, m'apprêtant à lui dire que cette villa est aussi un peu la sienne, après ce qu'on a vécu dans le coin... Mais ce serait sûrement malvenu j'imagine.
- Merci ma belle. Je ne pense pas que le Comité me laissera m'éloigner tout de suite, tu sais comme ils sont à cran quand on est en sous-effectif. Et avec Alena qui vient à peine d'arriver... Mais je viendrai te voir après Noël. Je te le promets. Je lâche un léger soupir, m'ayant déjà imaginé bien des choses à ses premiers mots. Evidemment qu'il ne peut pas revenir aussi rapidement... Et c'est vrai que je n'ai pas été la seule à quitter son rôle en si peu de temps, mais je n'avais pas prévue de ne pas être la seule...
- Je comprends... Au moins ma remplaçante sera rapidement prête. J'espère que ce ne sera pas trop l'enfer... Je réalise alors que je vais peut-être passer ce Noël seule, ici. Je sais que mes parents vont m'inviter, insister, mais... Je ne sais pas si j'aurais envie d'y aller.
- Ta remplaçante ? Tu la connais déjà ?

Parler de ce sujet me permet de me détendre un peu, en oubliant presque l'atmosphère pesante. Poussée par les questions de Ruven, je lui explique sans entrer dans les détails que j'ai proposé un nom au comité, en insistant un peu pour qu'elle ait ses chances ; je lui explique qu'il s'agit d'une amie, talentueuse, mais qui n'a plus de travail depuis longtemps et qui a un caractère particulier, pas forcément simple à appréhender. Je me sens presque à l'aise pendant que nous en discutons... Malheureusement, cette légère sensation de légèreté ne dure pas longtemps ; il suffit d'un mot, d'une pensée qu'il aurait mieux valut que j'efface pour que ma situation ne me revienne en pleine face... Je sentis de nouveau les larmes glissées le long de ma joue et coupais la conversation un peu abruptement pour les essuyer, me concentrant sur les vagues que je voyais grâce au croissant de lune.

- Je suis désolée, je... C'est trop dur... Savoir qu'il était au bout du fil, au beau milieu de sa nuit, que nous discutions, que je venais de tout quitter pour m'éloigner de lui et me permettre une seconde chance...
- ... Tu regrettes ta décision ? J'essayais de ne pas sangloter bruyamment, de ne pas le déranger avec ça, même si cela devait certainement s'entendre.
- Non... Enfin, oui, sûrement... J'sais pas... Mais c'est ainsi. C'est juste, te parler, après tout ça... Je bégayais plus que je ne parlais, confuse, les larmes continuant de parcourir la surface de ma peau, mouillant le sable froid depuis longtemps. Un long blanc s'en suivit.
- ... Je sais que tu ne veux pas que je m'excuse mais... mais si. Je suis tellement désolé Liz. Ça me fout en l'air ce qui se passe. Si seulement je pouvais... ou si je n'avais pas... Ses propos, si sincères, ne m'aidèrent en rien. Je sentais dans le timbre de sa voix à quel point tout cela le rongeait et je ne voulais pas que cela continue. Je ne voulais pas que lui aussi en soit brisé comme je l'étais actuellement... Je pris donc une décision, difficile, à travers le rideau de larmes qui obscurcissaient ma vision.
- Je crois que... Ce n'était pas une bonne idée... Il faut que je reste un peu seule, tu comprends... Cela me faisait mal au coeur, mais il valait mieux que j'écourte le coup de fil avant qu'il ne sombre vraiment... Même si ce simple coup de téléphone était une véritable lueur de bonheur.
- L..Liz ? De quoi tu parles ? De cet appel ou... ? Mais je ne m'attendais pas à ce qu'il réagisse ainsi, je devais bien l'avouer. Alors que je faisais tout pour nous amener à la séparation je le sentais inquiet et tendu, comme s'il craignait quelque chose...
- C'est... Cet appel... C'est encore trop tôt. C'était un piètre mensonge, mais j'espérais qu'il comprenne.
- ... D'accord. Prends le temps qu'il faut... J'attendrai. J'étais un peu soulagée qu'il comprenne et ne tente pas d'insister une nouvelle fois ; sa voix résonna de nouveau, plus basse. Mais s'il te plaît... ne coupe pas les ponts. Ces trois mois ont déjà été très longs...
- Je ferai au mieux, Ru, mais... Ne prend pas mes silences pour une nouvelle fuite... Je pense à toi. Comment pourrais-je faire autrement alors qu'il hantait sans cesse mes pensées, au moins de m'avoir poussé aux pires extrémités... ? Prend soin de toi.
- Toi aussi Lizzy... Au plus tard, après Noël. Je hochais doucement la tête, ce qui était stupide ; il ne pouvait pas le voir.
- Tu sais où j'habite... Bonne nuit... Je préférais écourter la longue conversation, les nerfs à fleur de peau. Les hormones n'aidaient pas.
- Bonne nuit. Bisous ma belle...

Je fini par raccrocher après un long silence, réalisant qu'il ne le ferait pas. J'aurais aussi aimé pouvoir entendre sa respiration à l'autre bout du fil tout au long de la nuit, mais cela serait trop dur. Je laissais tomber le téléphone dans le sable, soupirant avant de m'y allonger à mon tour.

Je suppose que c'était nécessaire.


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Ligue 4

C-GEAR
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Dim 4 Nov - 14:32
A l'autre bout du fil, j'entendis Lizzy se remettre à pleurer. C'était triste à dire mais je commençais à m'y habituer et cela ne me tordait plus le ventre comme au début. J'en conclus toutefois que mon amie était elle aussi accablée par le gouffre qui était apparu entre nous, même si j'ignorais encore si elle s'y résignait. Ce furent ses prochains mots qui me donnèrent la réponse.

« Moi non plus... Je t'aime trop pour cela... »

J'étais soulagé qu'elle partage mon avis. Peut-être y avait-il moyen de sauver notre relation, alors ?

« Est-ce que tu me laisseras venir te voir à Alola ? Je sais que si tu es partie comme ça c'est aussi parce que tu voulais m'éviter mais... Je veux vraiment pas que ça se finisse comme ça. »

Elle ne répondit pas de suite. Ce fut à ce moment-là, pendant ces instants de silence, que je me repassai le fil de la conversation et pris conscience de ce qui venait de se passer.
Elle m'avait dit je t'aime. Les mots avaient été prononcés, directement. A la première écoute je les avais entendus comme s'il s'agissait d'une marque de forte amitié, un "je t'apprécie beaucoup" amélioré, en somme ce que moi-même je ressentais pour elle. Sauf que maintenant qu'elle se taisait, je comprenais qu'il ne s'agissait pas du tout de ça. Elle avait voulu me dire précisément ce qu'elle éprouvait... et j'étais passé dessus comme s'il ne s'agissait pas de quelque chose d'important.
Alors qu'en plus c'était faux : maintenant que je comprenais vraiment le sens de ces paroles, je me les prenais en plein coeur. Cela suscitait des émotions très contradictoires chez moi, à la fois un fort plaisir de compter autant pour quelqu'un et une immense tristesse que cette personne en souffre. J'étais un peu troublé, aussi ; malgré mes sentiments pour Habygaelle, mes pensées s'égarèrent un instant sur cet avenir différent que Lizbeth me proposait. Peut-être était-il plus heureux ? Après tout je connaissais Liz depuis plus longtemps qu'Haby et, de part notre vie commune à la Ligue, je l'avais fréquentée beaucoup plus : cela me rendait plus certain que notre entente durerait dans le temps. Par ailleurs il n'y avait jamais eu d'orage dans ma relation avec Liz, alors qu'Haby et moi avions maintes fois souffert à cause de l'autre. Le risque que nous nous déchirions un jour était bien plus grand...
Et pourtant...


« Je... Oui, tu peux venir quand tu le souhaites. »

Elle n'avait pas relevé ma mise sous silence. Elle semblait d'ailleurs si résoudre, comme si au final ce n'était pas plus mal que nous ne revenions pas là-dessus. Peut-être se disait-elle que cela avait été une erreur de me le dire ainsi. Je ne savais pas, au téléphone c'était difficile à déterminer. Toujours est-il que cela me convainquit de ne pas commenter, au risque de nous mettre tous les deux très mal à l'aise – enfin, encore plus. Je fis donc comme si j'avais continué de comprendre de travers.

« Merci ma belle. » Aussi pour ce que tu m'as dit, pensai-je, mais je gardai cela pour moi. « Je ne pense pas que le Comité me laissera m'éloigner tout de suite, tu sais comme ils sont à cran quand on est en sous-effectif. Et avec Alena qui vient à peine d'arriver... Mais je viendrai te voir après Noël. Je te le promets. »

Evidemment cette promesse risquait de ne pas plaire à ma compagne. Si elle avait tu sa jalousie jusque-là, j'imaginais que la perspective que j'aille tout seul dans la villa de Lizbeth serait trop dur à supporter pour elle. Toutefois, maintenant que j'avais fait cette déclaration je ne comptais pas revenir dessus. Après tout Haby m'avait demandé de lui faire confiance pour Bruce et Marcel, alors je pouvais lui faire la même requête pour Lizbeth non ?
Mon amie accepta que je vienne après Noël, soit d'ici la fin du mois. Elle ajouta ensuite que sa remplaçante serait bientôt prête et que la Ligue ne serait pas en ébullition trop longtemps, ce qui m'intrigua. Comment pouvait-elle déjà connaitre son remplaçant ? L'avait-elle pistonné auprès du Comité ? Je lui posai la question et elle y répondit, facilement d'ailleurs. Parler de ce sujet permit de nous détourner de celui qui nous gênait et pendant quelques minutes j'eus la sensation que tout était comme avant. Lizzy me parlait, je lui répondais avec intérêt et nous avions une vraie discussion. Si cela pouvait durer... J'en serais tellement soulagé...
Sauf que non. A un moment donné Lizbeth s'interrompit sans raison apparente, puis j'entendis des bruits de frottement.


« Je suis désolée, je... C'est trop dur... »

Elle sanglotait. Alors que j'avais entretenu l'espoir que cette conversation prenne un tour plus positif, cet échec me remplissait d'amertume. Malgré notre volonté, notre relation était-elle déjà foutue... ? Je ne dis rien pendant quelques secondes, lui laissant le temps de se reprendre un peu. Peut-être que finalement c'était de parler de la Ligue qui la mettait dans cet état ? De repenser à tout ce qu'elle laissait derrière elle ? C'était possible. J'étais narcissique de penser que c'était forcément à cause de moi qu'elle pleurait.


« ... Tu regrettes ta décision ? » demandai-je doucement. Je m'accrochais un peu à l'espoir qu'il s'agisse de ça.

« Non... Enfin, oui, sûrement... J'sais pas... » Elle avait vraiment du mal à s'exprimer, en plus de la déchirure dans sa voix qui trahissait ses larmes. « Mais c'est ainsi. C'est juste, te parler, après tout ça... »

C'était donc bien à cause de moi qu'elle craquait d'un seul coup... Putain. Je n'en pouvais plus de faire pleurer des femmes. En plus ça me rendait dingue de ne rien pouvoir faire pour réparer le mal que j'avais causé... Bon sang...
Je me mordillai la lèvre inférieure alors qu'elle continuait de pleurer. Le bruit de ses sanglotements faisait monter une culpabilité douloureuse dans ma poitrine. Mon amie ne méritait pas ça... Elle méritait d'être heureuse... qu'un homme l'aime et la chérisse comme la femme formidable qu'elle était... pas de souffrir comme ça...


« ... Je sais que tu ne veux pas que je m'excuse mais... mais si. Je suis tellement désolé Liz. » Pour ne pas m'en être rendu compte plus tôt, pour ne pas avoir gardé mes distances avec elle, pour ne rien avoir à lui offrir. Pour avoir été le connard que les magazines dépeignaient en parlant de moi. « Ça me fout en l'air ce qui se passe. Si seulement je pouvais... ou si je n'avais pas... »

Je me faisais envahir par les regrets. Si j'avais pu être encore célibataire aujourd'hui... si j'avais pu répondre à ses sentiments... ou si j'avais pu revenir en arrière, me foutre une tarte et m'ordonner d'arrêter de flirter avec elle... Si seulement j'avais pu retenir un peu mieux la leçon après Fiona...

« Je crois que... Ce n'était pas une bonne idée... » dit-elle soudain. « Il faut que je reste un peu seule, tu comprends... »

J'écarquillai les yeux. Est-ce que... est-ce qu'elle était en train de dire qu'elle regrettait d'avoir renoué le lien avec moi ? Est-ce qu'elle comptait raccrocher et ne plus me répondre ? Non, je ne voulais pas !

« L..Liz ? De quoi tu parles ? De cet appel ou... ?

- C'est... Cet appel... C'est encore trop tôt.
»

Malgré son ton, j'étais soulagé. Rien de définitif, donc. Et peut-être qu'au fond oui, elle avait raison : tout cela était encore trop frais, pour elle comme pour moi.

« ... D'accord. Prends le temps qu'il faut... J'attendrai. » J'hésitai un instant à aller au bout de ma pensée, puis me décidai à ajouter tout bas : « Mais s'il te plaît... ne coupe pas les ponts. Ces trois mois ont déjà été très longs...

- Je ferai au mieux, Ru, mais... Ne prend pas mes silences pour une nouvelle fuite...
» Je hochai lentement la tête. J'allais essayer de ne pas trop m'inquiéter, oui... « Je pense à toi. Prend soin de toi.

- Toi aussi Lizzy... Au plus tard, après Noël.

- Tu sais où j'habite... Bonne nuit...

- Bonne nuit. Bisous ma belle...
»

Le silence revint entre nous. Je ne pus me résoudre à raccrocher car trainait encore cette inquiétude que ce soit la dernière fois que j'entendais mon amie ; j'attendis donc qu'elle le fasse. J'espérais peut-être un peu qu'elle aurait encore des choses à me dire, mais non. Quand j'entendis le long bip du téléphone dans mon oreille, je laissai ma main retomber avec la sensation d'être absolument épuisé.
Et vide de l'intérieur, aussi.



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