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Dresseur Alola

C-GEAR
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Région : Alola
Dim 8 Juil - 10:48
- 8,50. Ça sera tout ?
- Oui, merci.
Je fais passer ma carte bancaire sur le terminal du comptoir, attendant qu’un signal sonore vienne confirmer la transaction. « Bip », c’est fait. Ma main traîne sur le zinc du comptoir pour récupérer mon paquet de cigarettes que je débarrasse de son emballage en plastique. Vérifiant l’heure à mon poignet, je quitte les lieux sans relever les mots de la buraliste qui me remercie de ma visite. J’arrive à ma voiture cigarette au bec. Je ne l’allumerais cependant qu’une fois arrivé à l’aéroport ; je déteste que ma voiture empeste l’odeur du tabac froid.

Les vitres grandes ouvertes et un filet de clim’ orienté vers mon visage, je m’ennuie à 80 km/h sur la route entre Ekaeka et son aéroport. Si par le passé, j’aurai pu passer mon temps à regarder le paysage défiler, aujourd’hui il n’en est plus rien. Le paysage aux alentours d’Ekaeka ne me fait plus rien, je ne vois que des palmiers et encore des palmiers. Sur le siège passager derrière moi, Bardamu regarde les palmiers sur le côté de la route, une partie de son immense tête bleue à l’extérieur de la voiture. A la radio, de la musique rock vieille de plusieurs décennies peine à se faire entendre entre deux moments de neige, je ne dois ça qu’à mon habitude de ne quasiment jamais prendre mon véhicule, et donc de ne jamais prendre le temps de régler mon autoradio.

Un nouveau coup d’œil à ma montre ; je suis dans les temps. L’avion de Jill arrive vers midi, porte 3. Elle est de passage à Alola pour l’un de ses travails, j’ai oublié lequel. J’avais, lorsque nous étions au bar, essayé de comprendre ce qu’elle faisait vraiment dans la vie, mais c’est impossible. Trop de choses, cette femme fait tout, elle est partout. Trouve-t-elle au moins le temps de dormir ? Je sens Bardamu qui s’agite à l’arrière, lassé à son tour – après tout, c’est ce que font les enfants, non ? Ils se lassent vite ? des palmiers qui s’enchaînent. Un coup d’œil dans mon rétroviseur, il est en train de fouiller dans un sac entre les deux sièges. Cette agitation s’arrête lorsqu’il contemple fièrement son butin, une baie. Le singe tend le fruit à l’attention du rétroviseur, fixant mon reflet de ses deux yeux ronds.
- Oui tu peux. N’en mets pas partout fis-je en fixant de nouveau la route, l’entendant croquer à pleine dent.
Bardamu est le seul pokémon qui me suive partout. Il passe moins de temps dans sa pokéball que les autres – bien qu’ils soient eux aussi à l’air libre le plus clair de leurs temps.

Je me gare à l’arrêt minute, un peu en marge de la sortie de l’aéroport blindée de taxi. J’avais donné rendez-vous à Jill à côté du globe immatriculé « Aéroport d’Alola – Bienvenue à Ekaeka ». Je sors pour pouvoir fumer, m’adossant à la portière de ma voiture. Bardamu, toujours à l’intérieur, s’émerveille en voyant un avion passer au-dessus de nous, n’ayant toujours pas terminé de manger sa baie. Je scrute le flux de personnes passant devant moi, essayant de trouver Jill du regard.


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C-GEAR
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Région : Kalos
Lun 9 Juil - 13:52
Le matin, tout est comme à l’accoutumée quand je sors de la grande demeure des Dashwood. Le jardin est nickel, les arbres toujours les mêmes, le gazon impeccablement tondu. Je brise la monotonie en filant à l’aéroport direction Ekaeka. C’est la deuxième fois que j’y fous les pieds mais il n’est pas question d’un speed-dating pénible dans un hôtel tapageur cette fois. Je dois rencontrer plusieurs éleveurs sur une courte période : quatre jours me sont alloués pour mettre à bien nos plans pour le parc. Les amoureux des pokemons ne seront pas mes seuls correspondants : Lily m’a donné l’ordre de passer voir Elvis en pleine préparation de l’article. La rubrique société et sciences humaines sera-t-elle enflammée par son talent ?

Oui, elle a dit ça sur un ton très sérieux, au téléphone, pas plus tard que ce matin. Le temps de prendre un train de Port-Tempères à Illumis et me voilà briefée sur mon séjour ; amener l’écrivain à avoir envie de réitérer l’expérience. J’ai la désagréable sensation d’être utilisée mais je lui pardonne ; la situation est trop critique pour entamer une querelle. Elle a au moins trouvé le temps entre deux conseils de me présenter le sujet ainsi que celui du mois prochain ; j’ai été trop occupée ces derniers temps, entre la mise en place d’un nouvel emploi du temps, la démission et les reprises d’entraînements. J’espère que ce court séjour n’interrompra pas cette suite d’efforts, du moins pas avant que cela ne porte ses fruits.

A midi pile, l’avion atterrit, ce qui me laisse sortir de l’engin une dizaine de minutes plus tard. Le temps de récupérer les bagages et je file au point de rendez-vous ; lorsque je l’ai contacté, Elvis a proposé de se rejoindre près d’un globe assez voyant. J’imagine qu’il a envie de discuter boulot, ce qui m’arrange ; autant plonger dans le bain tout de suite pour ne pas perdre le rythme. Une fois dehors, je laisse le Feunnec sortir de sa pokeball. Il n’est pas le seul à m’accompagner mais je ne peux décemment pas me passer de sa compagnie ; de plus je le sais étrange ces derniers temps, ses humeurs sont de véritables furies et varient de manière impressionnante. J’aime autant l’avoir à l’œil ; il sortirait de sa balle avec ou sans mon avis dans tous les cas.

Alors qu’il s’éloigne, j’aperçois Elvis, adossé contre sa voiture probablement, une cigarette pendue aux lèvres. Je ne me souviens pas de lui sans une cigarette ; réflexion faite, je m’approche et me signale par un salut lorsqu’il relève la tête. Arrivé à sa hauteur je lui tends la main pour serrer la sienne ; pas question de faire une bise alors que je démarche dans un cadre professionnel. Après ces retrouvailles, je lui propose ce qu’il y a de plus courant dans le métier : aller discuter de l’article et du reste dans un restaurant. J’y mets les formes avant tout ; de plus il est vital que je sois celle qui propose un lieu puisque Lily m’a instamment priée de ne pas choisir un endroit trop onéreux. Ce déjeuner serait en effet à la charge du journal qui se doit de courtiser ses participants.


- Tu m’accompagnes pour déjeuner ? J’ai chaud, j’ai faim (les prix de l’avion étaient vachement osés à propos) et je discuterai bien de l’article autour d’un bon repas. C’est pour moi, je te dois bien ça après tes tournées de la dernière fois…

Au bar où nous avions fini un peu éméchés tous les deux en compagnie de Lily.



La blanquette est bonne, merci.
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Dresseur Alola

C-GEAR
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Région : Alola
Mer 11 Juil - 16:36
- Allons manger oui. J’ai vu plusieurs restaurants sur la route en venant, lui répondis-je en laissant tomber ma cigarette au sol, l’écrasant ensuite avec ma chaussure.
Je fais le tour de la voiture, embarquant avec moi les bagages de Jill. Le Pokémon sur la banquette arrière me suit du regard jusqu’au coffre du véhicule où j’y range méthodiquement les affaires de la jeune femme. Je viens alors prendre ma place devant le volant alors que qu’elle prend la place à côté de moi, à l’avant. Quand je démarre, je vois dans le reflet du rétroviseur la tête bleue de Bardamu poser son regard inquisiteur sur la femme aux cheveux verts.
- Jill, voici Bardamu. C’est encore un enfant ... dis-je ensuite, comme pour me dédouaner en prévision des diverses bêtises que sera amené à faire le pokémon.
Il ne la quitta pas des yeux pendant tout le trajet, curieux de cette étrangère et de ce qu’elle venait faire ici, dans cette voiture, avec lui et moi.
- Tu as fait bon voyage ? lui dis-je sans quitter la route des yeux.
Notre trajet en voiture rythmé par le grésillement de la radio – que je finis par couper une fois ma patience au plus bas. Nous roulons une vingtaine de minutes, arrivant alors dans une zone d’activités en marge de la ville, le genre d’endroit régulé par le béton et les commerces. C’est le genre d’endroit où se dresse une jungle de restaurants au tarif abordable, celui-ci étant généralement adapté aux portefeuilles des familles venant faire leurs courses dans les environs.
- C’est pas le coin le plus charmant d’Alola, mais ici, on est garantis d’avoir à manger.
L’autre raison qui me poussa à venir ici était la distance qui nous séparait de n’importe quel restaurant en ville. Si Jill voulait un cadre plus agréable, il faudra que nous mettions notre appétit en attente le temps de faire le déplacement. Après m’être garé en plein soleil, parce qu’à Alola, nous sommes toujours en plein soleil, je rappelle Bardamu dans sa pokéball. Je récupère ensuite un sac en bandoulière dans lequel se trouve l’ébauche de l’article que je dois au Flambusard.
- Tu veux manger où ? fis-je Jill en fermant ma voiture à clé.
Elle met quelques instants à choisir notre destination, puis nous nous dirigeons machinalement vers l’endroit indiqué. Carte en main, on passe commande auprès d’un serveur loin d’être débordé par le peu de clients présents. Ecartant mon assiette vide sur le côté, je sors plusieurs feuilles tapées à l’ordinateur de mon sac, annotées dans tous les sens.
- Tu veux y jeter un œil avant qu’on ne nous serve nos plats ?
Jill attire les feuilles vers elle, posant ses yeux verts sur mon travail. En haut de la feuille, entre deux ratures, le titre, « La schizophrénie d’Ekaeka, entre tourisme de masse et quête d’authenticité ». Trop long sûrement, certes, mais il me permettait d’énoncer ce dont j’allais parler. Afin d’accrocher le lecteur, le texte commence par une question reprenant les principaux termes du titre de l’article. Pendant qu’elle parcourt les feuilles des yeux, je fixe autour de moi en silence, n’ayant en réalité rien d’autre à faire. La voyant tourner la page, j’en déduis qu’elle a lu l’introduction.
- Si tu te demandes. Salvini, c’est l’un des membres du conseil général d’Ekaeka, c’est l’élu du troisième arrondissement de la ville. Sa place ne lui donne aucun pouvoir en particulier sur le tourisme, mais ici, tout le monde sait que c’est lui qui chapote ça.


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Ven 13 Juil - 9:09
Une fois mon sac de voyage déposé dans le coffre, Elvis démarre et entame la conversation. Je lui assure que le voyage s’est bien déroulé et que je suis simplement incommodée par les températures environnantes : j’ai quitté Illumis vers dix heures avec environ dix degrés de moins. Je retire très rapidement mon pull avant de finir en fondue.

Alors que j’allais le poser à l’arrière, je découvre que l’on me fixe, et pas qu’un peu. Un petit singe aux couleurs bleues foncées me regarde droit dans les yeux sans même ciller. Il semble intrigué par ma présence ; j’ai bien failli lui balancer mon pull en pleine tête. A la place je dépose le vêtement sur la banquette à côté de lui. Il observe mes mouvements sans bouger et ne quitte pas mon visage. Elvis a du remarquer son regard de braise puisqu’il me le présente.


- Jill, voici Bardamu. C’est encore un enfant...
- Bardamu hein ? Tu es sans doute un lecteur de Céline alors...

Sa petite taille ne reflète pas son jeune âge : les ouisticram ne sont pas bien grands à ce stade de l’évolution. Je le trouve particulièrement mignon et ses couleurs spéciales me rendent admirative : c’est la première fois que j’observe un spécimen shiney de cette espèce. Mon Feunnec, posé en-dessous de mon siège, ne semble pas intéressé par lui : d’habitude il se précipite sur tous. Son comportement n’est définitivement pas normal.

Elvis nous conduit tout droit dans une zone d’activité non loin d’Ekaeka. L’endroit est gris, bétonné et dégueule d’enseignes commerçantes et de restaurants. L’endroit idéal pour trouver le budget adéquat. Certes, comme l’a dit l’écrivain, l’endroit n’est pas des plus charmants mais nous ne sommes pas là pour le tourisme : nous sommes là pour en discuter mais non en faire. On se décide donc rapidement sur une petite brasserie typique et abordable, mon Feunnec sur les talons. Une fois à l’intérieur on commande d’abord des boissons ; je rêve d’une bière fraîche et l’attend impatiemment. Elvis sort un paquet de feuilles après avoir commandé et les pose sur la table.


- Tu veux y jeter un œil avant qu’on ne nous serve nos plats ?
- Rapidement oui.

Il me faudrait revenir plus longuement sur l’article après le repas mais dans un premier temps j’acceptais et lisais aussitôt. « La schizophrénie d’Ekaeka, entre tourisme de masse et quête d’authenticité » L’emploi du terme schizophrénie m’amuse dans un premier temps ; du point de vue de l’écrivain, l’île est donc malade en quelque sorte. La connotation dangereuse du terme promet un article salé. Mes yeux continuent de lire en diagonale, aussi vite que possible : le serveur arrive alors que je termine précipitamment les dernières lignes.

- Des tagliatelles au saumon et un bol d’eau, s’il vous plaît.

Je fais signe au serveur d’amener l’eau pour le feunnec à présent assoupi sous ma chaise et qui ne remue pas d’un pouce (ce qui est de plus en plus perturbant et totalement contraire à ses habitudes). L’établissement tolère les pokemons : de son côté Elvis commande également puis revient sur le sujet de l’article.

- Si tu te demandes. Salvini, c’est l’un des membres du conseil général d’Ekaeka, c’est l’élu du troisième arrondissement de la ville. Sa place ne lui donne aucun pouvoir en particulier sur le tourisme, mais ici, tout le monde sait que c’est lui qui chapote ça.

- Ce nom me rappelle vaguement quelque chose. Me semblait avoir lu un article sur lui y’a pas longtemps disant qu’il a racheté quelques actions de parcs dans le coin. J’ai lu qu’en diagonale, on regardera après le repas. L’intro est pas mal, le titre aussi même si trop long je pense. Par contre, de ce que j’en ai lu après, ça part un peu trop dans tous les sens. Salvini est à peine cité que tu passes tout de suite à un autre sujet.

Je cherche en même temps la page.

- Pourquoi ne pas cibler davantage le sujet ? Celui que tu as choisis n’est pas mal mais c’est trop vaste. Tu pourrais peut-être consacrer tes articles aux différentes personnalités politiques du coin qui ont des affaires dans le tourisme. L'idée de parler de Salvini est très bonne je trouve. Ça permettrait aux lecteurs de prendre conscience de comment cela se passe ici depuis l’ouverture des frontières. J’ai peur qu’à l’inverse, un sujet aussi vaste ne les perde complètement. Disons que je proposerai d’abord un sujet plus centré, plus précis disons et ensuite je l’ouvrirai davantage.

Avant de savoir si je me fais comprendre, le serveur nous ramène nos boissons fraîches. Je propose aussitôt à Elvis de venir en discuter sur la terrasse le temps d’une cigarette ; bien que ça ne soit que très occasionnel pour moi, il m’arrive parfois d’avoir l’envie de m’en griller une et j’ai justement pris un paquet avec moi.



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