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» (Alyssa) Here comes the sun


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Ligue 4

C-GEAR
Inscrit le : 14/12/2013
Messages : 5100

Région : Kalos / QG Ligue 4
Sam 24 Fév - 12:08
    Juillet à Décembre

Le jour où j'avais rencontré Alyssa pour la première fois, je n'avais pas hésité à lui proposer de jouer mon rôle de père auprès d'elle si elle le voulait. J'étais sincèrement convaincu qu'avec le temps un vrai sentiment de famille pouvait exister entre nous et j'étais prêt à tous les efforts pour le créer et qu'Alyssa ne se sente plus seule au monde.

Pourtant, malgré toutes mes bonnes intentions, les premiers mois de notre relation furent un véritable calvaire. Comme Alyssa n'avait pas de téléphone portable ou d'ordinateur, son ami Loup constitua notre unique moyen de communication pendant des semaines et ce fut très pénible. Non pas à cause de Loup, qui était un garçon gentil et plus désireux encore que moi d'aider Alyssa à aller mieux ; le problème venait plutôt du fait qu'ils ne se voyaient que quelques weekends, ce qui espaçait considérablement nos échanges. En plus de ça, comme Alyssa était une jeune fille très timide, nos conversations téléphoniques avaient tendance à être à sens unique et à vite tourner court. J'avais beau poser des questions sur elle, sur ce qu'elle aimait, sur ce qu'elle faisait de ses journées, elle me répondait rapidement et avec un malaise évident. C'était particulièrement frustrant et pendant un temps j'en fus même découragé. Alyssa était tellement loin de ma propre personnalité ! Y avait-il au moins quelque chose qui nous unissait hormis le sang ? Pouvait-il exister de l'affection sincère entre nous, ou allait-on juste se cotoyer au nom d'un lien biologique ?

Cette situation dura quelques mois. Je finis par comprendre que si nous nous en tenions au téléphone pour apprendre à nous connaitre, ça ne fonctionnerait jamais : elle était beaucoup trop mal à l'aise pour tenir une vraie conversation. Je lui avais aussi dit que c'était à elle de décider à quel rythme elle voulait que notre relation évolue mais jusque-là elle n'avait pris aucune initiative... Je pensai d'abord que c'était parce qu'elle n'en voulait pas plus, puis soupçonnai que c'était plutôt parce qu'elle n'osait pas demander. Aussi, un jour où j'avais réussi à l'avoir au téléphone, je glissai au cours de la conversation :


« Dis-moi Lyssa, est-ce que tu voudrais qu'on se voit ? »

Elle resta un moment sans répondre, saisie. Je l'imaginais jetant un regard à Loup, qui même s'il n'écoutait pas directement n'était jamais bien loin. J'avais remarqué qu'elle avait le réflexe de lui demander son avis avant de prendre des décisions, même pour elle-même.

« Si ça te met mal à l'aise Loup peut venir avec toi, ça ne me gêne pas... » ajoutai-je, au cas où ça put l'influencer. Toutefois, comme mon but était surtout d'approfondir ma relation avec elle, je précisai d'une voix douce : « Mais je préfèrerais que l'on ne se voit que tous les deux, si tu veux bien. J'ai envie qu'on fasse un truc que tu aimes bien.

- Euh...
» Allez chérie, ne me lâche pas. J'attendis qu'elle se décide, non sans une certaine inquiétude. « Oui, d'accord. Ça me plairait bien. »

Oui ! Oui ! Je souris avec soulagement. C'était une petite victoire en soi, même si Alyssa avait l'air peu assurée. Je ne pense pas qu'elle avait répondu cela pour me faire plaisir, elle devait sincèrement vouloir que nous nous voyions ; elle avait juste peur de ce qui pourrait se passer.

« Super. Quelque chose te ferait plaisir ?

- Je ne sais pas trop...
» Il me semblait entendre de l'anxiété dans sa voix. Comme d'habitude, elle n'aimait pas décider pour les autres.

« D'accord, je vais y réfléchir alors. Tu es libre le weekend dans deux semaines ? »

Elle me confirma que oui et avec cela le rendez-vous fut pris. Je lui donnai une heure à laquelle je viendrais la chercher non loin de chez elle, puis la conversation tourna court à nouveau. Pour une fois, cela ne m'attrista pas ; nous avions sans doute un peu progressé aujourd'hui. Du moins, je l'espérais.

***

Deux semaines passèrent. Des informations que j'avais sur Alyssa j'avais décidé de l'emmener voir un concerto pour violons, malgré l'ironie d'avoir eu pratiquement le même premier rendez-vous avec sa mère. Même si je plaçais beaucoup d'espoir dans cette rencontre, je n'étais pas très anxieux. C'était toujours le cas quand il s'agissait d'Alyssa : elle était tellement stressée elle-même que mes instincts paternels m'amenaient naturellement à apparaitre en figure calme et détendue. Comme j'avais appris à me satisfaire de petites avancées dans notre relation, je ne m'attendais pas non plus à ce qu'au terme de cette soirée elle soit capable de s'ouvrir à moi, ni même qu'elle réussisse à m'appeler Papa comme elle évitait sciemment de le faire. Que nous puissions parler d'un sujet qui la mettait à l'aise me suffirait déjà.

A l'heure dite je me trouvais au point de rendez-vous, à quelques rues de chez Alyssa. J'avais essayé de concilier une allure élégante avec mon obligation d'anonymat, ce qui demandait un peu d'astuce : je cachais mon bouc reconnaissable en enfonçant le bas de mon visage dans une écharpe en soie, portais un chapeau de soirée pour dissimuler mes cheveux et avais poussé le vice jusqu'à m'affubler de fausses lunettes de vue. Une fois dans la salle de concert il me serait possible de me débarrasser de tout mon attirail, ce qui permettrait à ma fille de me voir enfin tel que j'étais vraiment ; en attendant, il faudrait se contenter de ça.
Alyssa arriva juste après l'heure de rendez-vous. Je fus content de remarquer qu'elle n'avait pas pris peur et demandé à Loup de l'accompagner, c'était bon signe. Elle avait aussi soigné sa tenue et agrémenté sa coiffure de petites nattes, ce qui me fit plaisir. C'était donc qu'elle avait voulu se faire jolie pour moi.


« Bonjour Lyssa. » l'accueillis-je de cette voix douce et rassurante que je prenais avec elle. « Comment vas-tu ?

- Bonjour. Euh, je vais bien.
» Elle semblait hésitante. Ah, elle devait se demander comment me saluer. Je pris les devants et lui fis une brève étreinte, quelque chose d'affectueux sans la mettre mal à l'aise. L'effet dépassa toutes mes attentes : non content de ne pas la brusquer, cette attitude aimante parut même la détendre un peu. « Et toi ? »

Cela ne faisait pas si longtemps qu'Alyssa avait totalement arrêté de me vouvoyer et cela me faisait encore chaud au cœur chaque fois que j'entendais ce petit "tu" familier. J'avais tellement de mal à me rapprocher de ma fille que je me raccrochais à chaque indice d'un début de complicité.

« Aussi. Je suis content que l'on se voit. »

Elle me sourit. Ce n'était pas grand chose, mais comme cela faisait des mois que j'entendais le malaise dans sa voix sans rien voir de son langage corporel je fus soudain frappé de constater qu'elle était loin d'être aussi gênée que ce que je m'étais imaginé. Oh certes, elle avait toujours l'air aussi timide, mais ça j'avais bien compris que c'était sa personnalité et que ça n'avait rien à voir avec moi. Non, ce qui me stupéfiait, c'était de voir qu'hormis cette retenue naturelle elle avait l'air... contente. Vraiment contente que l'on se voit. Est-ce que.. est-ce que je ne l'avais pas du tout comprise finalement ? Même si je mettais une partie de son stress sur le compte de la particularité de notre relation, je pensais qu'Alyssa me gardait volontairement à distance parce qu'elle n'avait pas développé d'affinité avec moi. Fut-il possible qu'en réalité... elle m'aimât bien ? Cela me fit tout bizarre, au point que je détournai légèrement les yeux pour qu'elle n'y lise pas mon émotion soudaine. Même avec ma propre fille, je restais pudique.

« Je suis désolée d'être un peu en retard, j'ai dû me justifier auprès de mon grand-père.

- Il ne t'a pas trop embêtée ?

- Non, j'ai utilisé Loup comme excuse. Jusque-là il n'a pas l'air d'avoir de soupçons pour toi...
»

Alyssa s'interrompit, l'air soucieuse. Elle n'avait pas annoncé à son grand-père qu'elle m'avait retrouvé, ce qui m'avait étonné au début, mais j'avais compris assez vite que les relations qu'elle entretenait avec Alois étaient loin d'être saines. Même si elle n'en parlait pas directement, par pudeur ou pour ne pas m'inquiéter, j'avais réussi à déterminer que son grand-père se montrait malveillant envers elle. J'avais franchement du mal à le croire car Alyssa était une jeune fille sage et polie, le rêve de tout parent... Néanmoins, je ne pouvais rien faire tant que l'adolescente ne me laissait pas une place plus importante dans sa vie. Je n'étais pas son tuteur, pas même son père administrativement parlant.

La salle de concert n'était pas très loin à pied, à peine un quart d'heure, et je fis la conversation le temps du trajet. Alyssa ne me regardait pas souvent dans les yeux mais elle était attentive et me répondait calmement. C'était bien mieux que la dernière fois que nous nous étions vus, ce qui me permettait de constater vraiment l'évolution de notre relation. Ce n'était pas tout à fait naturel, pas tout à fait détendu, mais cela ressemblait à un rapport entre parents éloignés. On avançait.


« Où est-ce que nous allons ? » demanda la jeune fille quand nous arrivâmes dans le quartier des spectacles. Elle devait commencer à s'en douter et à être curieuse.

« Au Dôme de coordination. Il y a un concert de musique classique ce soir, un concerto pour violons.

- Oh...
» Une vive émotion passa sur son visage sans qu'elle ne puisse la retenir. Je vis ses yeux luire de tristesse, puis un tout petit sourire nostalgique naquit sur ses lèvres. Je m'y attendais : cela avait un goût particulier pour elle. « Ça... faisait longtemps.

- C'était avec Enora la dernière fois n'est-ce pas ?
»

Elle fit oui de la tête. Elle avait l'air en proie à ses souvenirs, souvenirs dont j'ignorais presque tout.

« Je n'étais pas sûr... » Je craignais que cela soit trop dur pour elle. Les mois passant elle s'était montrée de plus en plus maitre de son émotion quand nous évoquions sa mère, mais là cela pourrait être trop d'un coup. « Est-ce que ça te fait plaisir ? »

Elle prit son temps avant de répondre. Je vis comme si je lisais ses pensées qu'elle pesait l'ampleur de son deuil avec la joie de retrouver une activité qu'elle aimait particulièrement. Elle me regarda un instant, puis sourit doucement.

« Je crois, oui. Merci d'y avoir pensé. »

Je ne pus retenir un immense sourire, soulagé d'avoir vu juste. Notre première sortie en tête à tête allait être une réussite, j'en étais persuadé.



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Sam 24 Fév - 12:13
    Janvier à Mai

A la sortie du concerto, j'avais offert à Alyssa un téléphone portable pour qu'il nous soit possible de nous joindre sans avoir à passer par Loup. Cela faisait une chose de plus qu'elle devait cacher à son grand-père mais cela facilitait tellement notre relation que cela en valait la peine. Nous commençâmes à nous envoyer des SMS, à s'appeler quelques fois le soir quand elle était à l'internat, et aussi à fixer d'autres dates pour se voir. Ainsi, dans les semaines qui suivirent, Alyssa et moi allâmes fréquemment voir des spectacles ensemble : des opéras, des pièces de théâtre, des films... et même des concours de coordination. Elle m'avait dit qu'elle ne s'y connaissait pas vraiment en Pokémon mais cela ne l'empêcha pas d'être plutôt charmée par la discipline, ce qui me fit très plaisir ; même si ma spécialité était aujourd'hui le dressage l'ex-coordinateur en moi était ravi de voir ma fille intéressée par les prestations. Petit à petit, ces différentes sorties commencèrent à porter leurs fruits : Alyssa ne me parlait toujours pas de son quotidien mais sa timidité s'évaporait quand nous discutions des spectacles que nous allions voir. Elle me donnait son avis, partageait ses impressions, et pour la première fois je la vis vraiment enthousiaste à propos de quelque chose. Je découvris ainsi une jeune fille intelligente avec une fibre artistique développée, qui je crois venait autant de sa mère que de moi, et peu à peu je cessai d'aimer notre lien de parenté pour aimer la personne qu'elle était.

Elle aussi, je crois, s'habituait de plus en plus à moi. A chaque nouveau rendez-vous elle me paraissait moins stressée, plus gaie, et nos conversations cessèrent d'être à sens unique. Elle commença aussi à s'intéresser à l'homme que j'étais et me demanda plusieurs fois de lui raconter des anecdotes, que ce soit sur ma vie actuelle ou sur des choses que j'avais fait plus jeune. A voir ses yeux brillants chaque fois que je racontais un bout de mon passé, je compris que toute sa vie elle avait été avide de ces histoires sur son père et je me pliai donc avec plaisir à toutes les petites interrogations qu'elle avait à mon propos. Elle se montra aussi curieuse vis-à-vis de sa demi-sœur et de ses grands-parents, ces gens qui étaient une famille inconnue mais bien réelle à laquelle elle avait du mal à croire. Si je ne tarissais pas d'informations sur la première, je me montrai d'abord évasif sur les seconds. En effet, quand je leur avais appris l'existence d'Alyssa, leur réaction initiale n'avait pas été tout à fait positive. Ma mère avait été absolument catastrophée, avait beaucoup pleuré et m'avait copieusement reproché mon mode de vie frivole qui me valait aujourd'hui une telle galère. Quant à mon père, lui qui d'habitude était toujours de mon côté avait été particulièrement silencieux – ce qui revenait à approuver ma mère. Pendant des semaines ils n'avaient pas voulu entendre parler de l'adolescente, ignorant le sujet comme si elle allait finir par disparaitre, et ce n'était que depuis le début de l'année qu'ils commençaient à me demander des nouvelles d'elle. Ils n'étaient certainement pas prêts à la considérer comme leur petite fille au même titre que Zoé, mais au moins je pouvais envisager de les présenter si un jour l'occasion se présentait.

Au fil des semaines, une petite complicité finit par se tisser entre Alyssa et moi. J'en pris réellement conscience à la fin du mois d'avril, lors d'un de nos rendez-vous. Ce soir-là je l'avais emmenée voir une comédie musicale comme nous aimions bien ça tous les deux (elle écoutait les chanteurs, moi je regardais les danseurs) et c'était l'heure de l'entracte. Sans m'en rendre compte je jetai un coup d'oeil à mon portable pour la énième fois de la soirée ; il faut dire que depuis que j'avais passé quelques jours forts en émotion chez mon amie Habygaelle, elle et moi nous envoyions beaucoup de messages et je me trouvais souvent à vérifier si un SMS d'elle ne m'attendait pas. Je n'avais tellement pas conscience de la régularité avec laquelle j'allumai mon portable que je fus surpris quand Alyssa osa me demander d'une petite voix timide :

« Tu as peur de rater l'avion ? »

Pendant deux secondes je ne compris même pas pourquoi elle me posait la question, puis vis où était le malentendu.

« Non non, ce n'est pas l'heure que je regarde. Pardon chérie, je le range.

- Tu attends un appel ?

- Non plus. Je, hum, vérifie que je n'ai pas de message.
»

Je fis disparaitre le téléphone dans ma poche et adressai un petit sourire d'excuse à ma fille. Quel père indigne, je n'avais pas souvent l'occasion d'être avec mon ainée et me voilà comme un adolescent accroché à son portable. Elle ne parut pas m'en tenir rigueur (Lyssa ne me reprochait jamais rien de toute façon) et me regarda même avec un soupçon de curiosité. J'étais toutefois certain qu'on en resterait là : la jeune fille n'était pas du genre à poser des questions indiscrètes et d'ordinaire elle n'osait pas se mêler de mes affaires. Pourtant, ce soir-là, il en fut autrement. Elle me regarda avec l'air de celle qui s'apprête à dire quelque chose, puis baissa les yeux vers ses genoux comme s'ils allaient lui indiquer l'attitude à adopter... et soudain, alors que je n'y croyais plus, elle se lança.

« Je.. je ne t'ai jamais demandé si tu avais quelqu'un dans ta vie en ce moment. » Elle parut un peu gênée. « Tu n'as peut-être pas très envie d'en parler, ça doit être dur depuis que tu n'es plus avec la maman de Zoé... Je suis désolée, je ne devrais sûrement pas poser la question. »

Je fus d'abord étonné de sa hardiesse, mais très vite mon expression changea et je lui souris avec beaucoup de douceur. A cet instant, il me parut évident qu'elle ne cherchait plus à étancher sa soif de connaissances sur ce père si longtemps absent : elle voulait vraiment savoir comment moi, Ruven, j'allais.

« Il n'y a pas de mal Lyssa. » répondis-je avec affection. « D'ailleurs, je tiens à dire que tu es plutôt perspicace. C'est bien le message d'une femme que je guette... Mais ce n'est pas ma chérie. Pas encore. Enfin, c'est un peu compliqué. »

Elle eut un tout petit sourire. Je crois qu’elle était amusée.
 
« Tu dois vraiment bien l’aimer en tout cas. Ton expression s’est attendrie quand tu lui as envoyé un message tout à l’heure. »
 
Je ne savais même pas qu’elle m’avait vu faire ! Etais-je donc si peu discret ? Je me passai une main dans les cheveux, embarrassé, et les yeux d’Alyssa pétillèrent de gaieté.
 
« Euh… oui.
 
- Je suis contente que tu sois passé à autre chose. J’espère que ça marchera avec elle.
»
 
Les lumières s’éteignirent à nouveau, nous empêchant de poursuivre cette conversation. Pendant quelques instants encore j’observai ma grande fille, ému, et me dis que quelque chose avait changé entre nous. Elle venait de prouver qu’elle s’inquiétait sincèrement de ce que je vivais, avec cette prévenance qu’ont les membres d’une même famille. Peut-être, enfin, commençait-elle à me considérer comme un père.



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C-GEAR
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Région : Kalos / QG Ligue 4
Sam 24 Fév - 12:21
    Juin

Nous étions le 20 juin. Comme j’avais attendu toute la journée que ma fille revienne dans sa chambre après les cours, je me jetai sur le téléphone sitôt vingt heures passées. Je m’attendais un peu à tomber sur son répondeur (Loup ou l’une de ses copines pouvait l’avoir emmenée se balader en ville) mais comme à son habitude ma fille décrocha dès la deuxième sonnerie.

« Attends je ferme la porte, ne quitte pas. »

Je patientai tandis qu’elle mettait le verrou. Alyssa prenait toujours ce genre de précautions quand nous étions au téléphone car elle craignait encore que des informations puissent remonter jusqu'à son grand-père. Cela me paraissait un peu inutile quand elle était à l'internat, mais si cela pouvait la rassurer je ne comptais pas lui faire de remarques.

« Voilà c'est bon. Bonsoir.

- Bonsoir Lyssa… et bon anniversaire !
»

Dix-sept ans. Ça ne me rajeunissait pas d’avoir une enfant de cet âge tiens ! Il y a quelques mois de cela j’aurais sans doute passé la journée à m’inquiéter de devoir gérer une jeune fille qui était si proche d’être une femme, mais depuis le temps j’avais fini par m’habituer. Il n’y avait plus que le rappel cuisant de mon propre âge qui me laissait un goût amer en bouche.

« Merci... je ne pensais pas que tu savais que c'était aujourd'hui.

- C'est mon pouvoir de papa ça. 
» Ou bien j'avais demandé à Loup il y a quelques mois. Va savoir. « Comment s’est passée ta journée ? »

Même si Alyssa n’aimait pas trop raconter sa vie, elle s’exécuta brièvement pour me faire plaisir. Elle m’apprit que son amie Juliette lui avait offert un petit bracelet sans prétention qui lui avait fait très plaisir et que Loup lui avait proposé de se voir ce weekend, sans toutefois lui dire ce qu'ils comptaient faire. Peut-être avait-il enfin prévu de lui déclarer sa flamme ? Il serait temps, ça crevait les yeux que ces deux-là étaient amoureux et c'était vraiment frustrant de les voir se tourner autour sans que rien n’avance. Ma Lyssa était trop timide pour oser faire le premier pas, je le savais, et j'espérais donc que Loup se jetterait à l'eau un jour ou l'autre - et dans pas trop longtemps si possible, sinon je viendrais personnellement lui secouer les puces.
 
« Tu as eu Alois au téléphone ? » demandai-je sans grande conviction. Elle répondit par un petit rire blessé des plus éloquents.
 
« Il ne m’a pas souhaité mon anniversaire non plus l’année dernière. Depuis que Maman n’est plus là il ne se sent plus obligé.
 
- Je vois. Ça ne t’a pas empêché de passer une bonne journée quand même ?
 
- Non. Je m’y attendais.
 » Elle n’était pas triste comme peut l’être une petite fille qui se sent délaissée par son grand-père. Elle était juste lasse. « Et toi ? Comment ça va à la Ligue ? »

Cela faisait presque deux semaines que Lizbeth s'était fait tirer dessus et que j'étais enfermé au Plateau Indigo. Alyssa savait comme ça me rendait fou, d'autant plus depuis que je lui avais dit pour Haby et moi. Être mis en quarantaine était bien la dernière chose que je voulais en ce moment.

« L'ambiance est un peu morose et je m'ennuie toujours autant. » avouai-je. « En plus ça m'a empêché de te faire la surprise de t'emmener au resto ce soir.
 
- Cela m'aurait fait très plaisir, mais pour le moment je préfère te savoir en sécurité à la Ligue.

- Humpf, oui, mais quand même. J'aurais aimé pouvoir t'offrir tes cadeaux ce soir.
»

J'entendis son sourire. Discret, un peu gêné. Je commençais à le connaitre par cœur.

« "Mes" ? Tu n'étais pas obligé...

- Oh, je ne me suis pas ruiné ne t'en fais pas. Il y en a même un qui ne m'a rien coûté du tout. Mais c'est de très loin mon préféré, et j'espère que ce sera aussi le tien. 

Ah ! Je me demande ce que ça peut être.

- Si tu me le demandes, je te le dirai. 
»

Un long frisson de stress me secoua tout entier. En lançant l'appel j'ignorais encore si j'allais oser parler de ça ce soir mais il semblerait que ma langue trop rapide avait décidé pour moi. Bon sang ! C'était donc maintenant ! Mon coeur se mit à battre lourdement, autant d'excitation que de nervosité. J'avais l'impression de me jeter dans l'inconnu, sans filet.

« Ah bon ? Tu es sûr ? Ça ne gâcherait pas la surprise ?  

- Non. En fait, je n'ai pas besoin d'être en face de toi pour te l'offrir.
»

Elle laissa passer un court silence. Elle devait avoir compris que quelque chose d'important se tramait, elle était intelligente et mon ton était légèrement plus fébrile que d'habitude. Qu'allait-elle choisir ? Attendre d'être face à moi ? Assouvir tout de suite sa curiosité ? Je la laissai décider, le corps tremblant d'anticipation.

« Q.. Qu'est-ce que c'est ? »

Je fermai les yeux. Comment le lui annoncer ? Quels mots employer ? J'y avais un peu réfléchi avant de l'appeler mais j'avais tout oublié. Tant pis. J'allais y aller à l'instinct.


« En fait, j'ai demandé une permission pour sortir de la Ligue ce matin. Je suis allé à la mairie de Jadielle et... » Je souriais tellement que j'en avais du mal à parler. « Chérie, pardon de ne pas t'en avoir parlé avant. Je suis allé te reconnaitre, officiellement. »

Elle resta silencieuse. Cela me fit soudain regretter de ne pas avoir pu me retenir ; au téléphone, impossible de savoir si ce silence était dû à la surprise, au choc ou à l'effroi. La dernière option me paraissait peu probable, même si je ne lui avais pas demandé son approbation avant de faire cette démarche. J'étais certain que notre relation avait atteint un point où ça lui ferait plaisir... mais tout de même, ce manque de réaction me rendait nerveux.

« Pour l'instant ça ne change pas grand chose. » poursuivis-je pour la rassurer. « En fait, à part que tu es désormais l'une de mes héritières et que tu peux prendre mon nom si tu en as envie, ça ne change pour ainsi dire rien. Par contre, j'ai maintenant la possibilité d'entamer une procédure judiciaire pour faire valoir mon autorité parentale sur toi. Et donc, devenir ton tuteur. Si tu le souhaites. »

Il y eut un bruit de frottement à l'autre bout de la ligne. Puis, un reniflement. Et, enfin, une petite voix déraillée :

« J.. je suis vraiment ta fille maintenant ? » Un soupir, plus fort. « C'est pour de vrai ?

- Oui Lyssa.
»

Il était clair désormais qu'elle pleurait. A entendre la main qu'elle passait sur ses joues pour en chasser les larmes, je sentis ma gorge se serrer d'émotion. J'aurais tellement aimé pouvoir la prendre dans mes bras, là tout de suite. Quelle faiblesse de ne pas avoir pu me retenir pour la prochaine fois qu'on se verrait !

« Je vais pouvoir vivre avec toi ? » L'espoir dans sa voix me transperça le cœur. Je ne pus retenir un léger rire de joie pure, les yeux humides à mon tour.

« J'espérais que tu me le demanderais. Bien sûr chérie, je veux que tu viennes. J'entame les procédures dès demain si tu veux. »

Un nouveau sanglot.

« Oui ! Oui je veux ! Oh Papa j'y ai beaucoup pensé mais j'avais peur que tu ne veuilles pas, je voulais pas te déranger... J'osais pas te le demander... »

Mon cœur déborda d'amour pour elle. Elle n'en avait peut-être même pas conscience, mais elle venait de m'appeler Papa. Enfin. Après tout ce temps, je ne l'attendais plus. Avais-je franchi un cap dans son cœur pour qu'elle ait envie de m'appeler comme ça désormais ? Se sentait-elle enfin en droit de le faire ? Qu'importe. Je me fichais totalement des raisons. Je jetai un coup d'oeil à la toute première photo qu'Alyssa m'avait envoyée d'elle, encadrée sur la table de chevet, et m'attardai avec un sourire doux sur le visage rayonnant de sa mère.
J'avais réussi, Enora. J'avais réussi.



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Sam 24 Fév - 12:27
    Juillet - Août

Je mis la machine juridique en marche aussi vite que je pus. Cela allait prendre du temps de faire reconnaitre mon autorité parentale après dix-sept ans de silence, mais Maitre Hupert (qui avait déjà géré mon dossier lors de mon divorce avec Amélie) m'assura que c'était tout à fait possible. Étant donné l'âge d'Alyssa, elle avait son mot à dire sur la personne qu'elle voulait pour tuteur et nos retrouvailles n'étaient donc qu'une question de temps. Au final, le seul élément vraiment problématique était Alois : le vieillard, tuteur officiel d'Alyssa depuis la mort de sa mère, pouvait grandement ralentir la procédure s'il décidait de s'opposer à ma demande. Même s’il finirait par perdre au bout du compte car ma fille attendait avec impatience de quitter cette maison où elle n’avait jamais été la bienvenue, son entêtement pouvait nous faire perdre plusieurs mois.
 
Aussi, je réussis à convaincre Alyssa de me laisser lui parler. L'adolescente était absolument tétanisée à l'idée d'affronter son grand-père et elle accepta donc très vite de me laisser gérer la situation, même si je sentais qu'elle aurait préféré attendre le tout dernier moment. Personnellement, même si j'avais eu maintes fois la preuve qu'Alois était une ordure avec Alyssa, j'estimais qu'il était plus sage de lui expliquer calmement la situation et de ne pas le prendre en traitre. Vu comme il semblait abhorrer ma fille, peut-être que tout cela pouvait se régler très facilement s'il décidait d'abonder ma demande et de renoncer à son statut de tuteur.

Je me décidai à appeler mi-août. Je venais de réussir à obtenir du Comité de la Ligue un certain nombre d'arrangements, entre autres un emploi du temps qui me permettait de ne plus vivre à temps plein au Plateau Indigo mais de regrouper toutes mes obligations sur quatre jours intensifs par semaine ainsi que sur les weekends de compétition (à condition de maintenir mon niveau d'entrainement par mes propres moyens, ce qui me paraissait faisable dans l'immense terrain d'Habygaelle). J'en avais également profité pour faire accepter l'idée qu'Alyssa vienne vivre dans mes appartements temporairement, le temps de louer un pied à terre à Jadielle ou de prendre une décision vis-à-vis d'Haby. Cela avait été d’autant plus facile que cela ne dérangerait pas trop l’organisation de l’institution qu’elle soit là : en semaine elle serait au lycée et ne rentrerait que le soir, et les weekends elle serait principalement à Hoenn chez Loup ou avec moi à Kalos. Tout était donc pratiquement prêt pour accueillir ma fille, ce qui constituait le moment idéal pour appeler Alois et le mettre au courant de la situation.
Le jour-dit, Alyssa demanda à aller passer deux jours chez Loup avant qu’il ne parte à un mariage avec son père dans la région de Kantô, ce qui était parfait : Alois aurait ainsi le temps de digérer l'information avant le retour de ma fille chez lui. Comme nous avions tout fait pour que cela se passe bien, ce fut avec une détermination inflexible que je tapai le numéro que m'avait communiqué Lyssa et écoutai la tonalité. Quelques années en arrière j'aurais sans doute été très nerveux à l'idée d'appeler ce vieil homme glacial dont j'avais mis la fille en cloque, mais j'avais aujourd'hui assez d'assurance et d'expérience pour ne pas me laisser démonter.
 

« Allô ? » La voix n'était pas du tout celle d'un vieil homme diminué. Au contraire : elle était claire et ferme. Une voix qui aurait garanti à n'importe quelle colporteur de passer un très mauvais moment.
 
« Bonjour Monsieur Steinhart. Je suis Ruven Baldwin. J'ignore si Enora vous l'a dit, mais il s'avère que je suis le père d'Alyssa. »
 
Je n'eus pas besoin d'en dire plus.

 
« Ah. Je me doutais que quelque chose se tramait dans mon dos, les yeux d'Alyssa respiraient la culpabilité. » J'eus la preuve que tout ce qu'Alyssa m'avait dit sur sa relation avec Alois était vraie : sa voix était teintée de mépris, voire même de dégoût. Cela m'irrita, mais j'étais venu avec des intentions pacifiques et n'en dis rien. « Qu'est-ce que vous voulez ?
 
- Écoutez, je ne vais pas y aller par quatre chemins : elle et moi sommes en contact depuis quelques mois. J'ai décidé de la reconnaitre et j'ai entamé des démarches pour faire valoir mon autorité parentale sur elle. »

Il n’eut pas la moindre réaction. Pas d’inquiétude, pas de soulagement, pas même un tout petit peu de surprise. C’était comme s’il ne se sentait absolument pas concerné ou qu’il s’en fichait éperdument.
 
« Alyssa a d'ores et déjà accepté que je devienne son nouveau représentant légal et que je l'accueille chez moi.
 
- Ah oui ?
» Il eut un petit rire moqueur. « Elle préfère donc partir avec un homme qui a culbuté sa mère et fui quand elle s'est trouvée enceinte que de rester avec le dernier vrai membre de sa famille. Cela ne m’étonne pas, après tout les medhyenas ne font pas des skittys. »
 
J’entendais clairement la haine dans sa voix. Elle était autant dirigée vers Alyssa que vers moi et je compris plus que jamais ce que ma fille endurait à vivre avec un homme qui lui reprochait d’être née. Ma pauvre chérie, deux ans de cet enfer après avoir subi la perte de l’être qu’elle aimait le plus au monde… Pas étonnant qu’elle s’excuse presque d’exister. J’étais suffisamment âgé pour que l’aversion d’Alois me laisse de marbre (d’autant que j’avais la conscience tranquille, je savais bien que je n’aurais pas fui si Enora m’avait appelé à l’aide), mais qu’il reproche à ma fille les erreurs de ses parents me rendait furieux. Je le cachai, toutefois ; je ne comptais pas faire durer la conversation plus que nécessaire, d’autant qu’à l’avenir Lyssa n’aurait plus jamais à subir les critiques de cet homme.
 
« Je m’occupe de tout l’aspect administratif et vous n’aurez rien à faire. » poursuivis-je en gardant mon calme. « Ainsi, Monsieur Steinhart, ma requête est toute simple : n’interférez pas avec la procédure. 
 
- Mais monsieur Baldwin, pourquoi le ferais-je ?
 » demanda-il posément. « Comprenez que je serais plus qu’heureux de ne plus avoir cette enfant chez moi. Elle a détruit la vie de ma fille et causé sa mort prématurée, j’ai en horreur de devoir la nourrir, la blanchir et la loger. A vrai dire, que vous daignez enfin prendre vos responsabilités est peut-être la meilleure chose qui me soit arrivé depuis le décès d’Enora. Reprenez donc votre bâtarde, je ne m’interposerai surtout pas.

C’était tout ce que je voulais entendre.
» répondis-je sèchement. « Au revoir, je vous rappellerai en temps voulu. »

Je raccrochai avant de perdre mon sang-froid. On ne pouvait pas dire que ça s'était "bien" passé, mais au moins avais-je l'information principale. Il ne me restait plus qu'à prévenir Alyssa d'un petit SMS, que je m'empressai de taper :

C'est fait, il ne nous embêtera pas. J'ai hâte de venir te chercher dans quelques semaines !!
Amuse-toi bien princesse et passe le bonjour à Loup.


Je poussai un léger soupir de soulagement alors que le message chargeait. Voilà une bonne chose de faite. J'allais enfin pouvoir me lancer dans le rangement de cette chambre afin de faire de la place aux affaires de ma fille. Peut-être que Liz serait dispo pour me filer un coup de main ?



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Ligue 4

C-GEAR
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Sam 24 Fév - 12:36
Deux jours plus tard, l’opération rangement avait bien avancé. Les appartements de la Ligue étaient clairement prévus pour une seule personne et il n’était pas simple de trouver de la place pour accueillir une adolescente. Cependant, avec un peu d’abnégation, j’avais réussi à me séparer d’un certain nombre de mes affaires que je comptais stocker chez mes parents - beaucoup de vêtements notamment, les placards prévus à cet effet en étant plein à craquer. Je ne savais pas trop si Alyssa accepterait de partager le lit double avec moi ou si ça la gênerait, dans le doute j’avais donc récupéré de quoi m’installer assez décemment dans le canapé. La seule chose qui manquait était un bureau où ma fille pourrait faire ses devoirs, mais pour ça elle aurait la bibliothèque de la Ligue qui se trouvait juste à côté de nos appartements. De toute façon je me répétais que cette situation ne serait que temporaire, l’histoire de quelques semaines tout au plus. Une fois qu’Alyssa serait avec moi, nous chercherions une location à Jadielle qui nous convienne à tous les deux.
J’étais à la fois excité et inquiet à l’idée de cohabiter avec ma fille ainée. Nous n’avions jamais eu l’occasion d’habiter ensemble car nos rendez-vous se faisaient toujours à l’extérieur et n’excédaient pas quelques heures, j’ignorais donc totalement si nos modes de vie allaient correspondre. Alyssa me paraissait être le genre d’enfants dont rêve tout parent : calme, serviable, respectueuse, tout pour que vivre avec elle soit un plaisir, mais je savais d’expérience que le quotidien change certaines personnes. A l’inverse, je craignais aussi que ma fille ne s’y retrouve pas dans ma propre façon de vivre et ne se sente pas bien chez moi. Et puis il y avait le salon et la cuisine à partager avec les autres champions, encore quelque chose qu’elle pourrait mal vivre… D’autant qu’Emma, la fille d’Arthur, allait probablement s’intéresser à elle et j’ignorais si Alyssa était à l’aise avec les enfants. Sans parler de ma relation avec Habygaelle, que j’allais lui imposer si à terme nous décidions de vivre ensemble. Bref, autant de points qui m’inquiétaient un peu et auxquels j’essayais de ne pas penser. Le plus important, c’était que mon ainée échappe aux griffes d’Alois et se reconstruise auprès de moi ; le reste se règlerait au cas par cas.

Après deux jours de rangement, j’avais décidé de m’accorder une soirée de repos. Pas question toutefois de trainasser dans le salon, ce n’était pas mon genre : je pris mes Pokémon sous le bras et partis me promener avec eux dans les environs du Plateau Indigo. Il était vingt-et-une heure passée mais en plein mois d’août c’était le moment idéal pour être dehors, le soleil était positionné juste comme il fallait pour que la température soit tiède et la luminosité agréable. Corvo et Etna étaient ravis d’être dans un grand espace où ils pouvaient se défouler et ils s’agitaient dans tous les sens ; avant mon arrivée à la Ligue ils n’étaient pas si foufous, mais je suppose qu’ils avaient davantage l’occasion de libérer leur énergie quand j’étais nomade. Tous les autres suivaient mon rythme (ou plutôt celui de ma vieille Camerupt, qui lambinait de plus en plus) et j’allais de l’un à l’autre pour leur accorder un peu de temps. Molly ne me lâchait pas d’une semelle alors que j’allais vérifier la santé et l’humeur de ses camarades et elle tolérait que je ne m’intéresse pas à elle tant que je lui grattais le dos de temps à autre. En somme, une soirée paisible s’annonçait.
J’étais à au moins trois kilomètres de la Ligue quand mon portable se mit à vibrer. Ma première pensée fut que je n’avais pas envie d’être dérangé et que j’allais laisser faire le répondeur, puis je me rappelai qu’Alyssa devait retourner chez son grand-père aujourd’hui et qu’elle voulait sans doute me dire comment ça s’était passé. Après vérification, c’était en effet son nom qui était apparu sur l’écran ; je décrochai.


« Bonsoir ma chérie. »

Je ne sais pas si on pouvait appeler ça un sixième sens de père, mais avant même qu’Alyssa n’ouvre la bouche je sus que quelque chose n’allait pas. Cela me fut confirmé par la nervosité de sa voix et son tremblement.

« Allô Papa, j..je ne te dérange pas ?

- Non non. Est-ce que ça va ?
»

Elle poussa un soupir qui me parut lourd en émotions. Je me raidis, inquiet, et m’appuyai légèrement sur ma Steelix dont je vérifiais les articulations.

« Pas trop… Je ne peux pas rentrer.

- Ah, tu as peur d’affronter ton grand-père ?

- Non non, ce n’est pas ça. Je ne peux pas rentrer. Ma clé ne fonctionne pas.

- Quoi ??
»

Je blêmis. Est-ce qu’il avait osé ? Est-ce qu’il avait vraiment osé ?!

« La serrure a été changée. J’ai appelé à l’intérieur mais je crois qu’il n’y a personne. » Sa voix se fendilla. « Et j’ai trouvé toutes mes affaires dans trois sacs poubelle à l’arrière de la maison.

- Le fils de… !
»

J’étais ivre de rage. Il avait mis ma fille à la porte ! Une adolescente de dix-sept ans, sa propre petite-fille, il l’avait expulsée de chez elle pendant qu’elle était chez un ami ! Vieillard ou pas vieillard j’aurais tabassé Alois si je l’avais eu à portée de main. Pendant une seconde la haine me dévora tout entier, mais très vite elle mourut et fut remplacée par mon inquiétude pour Alyssa. C’est vrai, Alois n’était pas ma priorité : ma fille était visiblement paniquée et je devais m’occuper d’elle.

« Bon, OK chérie, est-ce que les Richter sont déjà partis pour Kantô ?

- Oui, ils m’ont déposée et sont partis tout de suite. Ça fait une demi-heure que je suis là, ils doivent déjà être au port.
»

Je coinçai le téléphone contre mon épaule et entrepris de rappeler mes Pokémon les plus lents. Puis, je sifflai un coup et Corvo accourut en haletant gaiement.

« Tu ne connais personne d’autre à Poivressel qui puisse t’héberger ce soir ?

- Non…
»

Je grimpai sur le dos de l’Arcanin en m’agrippant à ses poils. Ce fut un peu acrobatique de ne pas perdre mon portable au passage mais je parvins à me caler dans le creux de ses omoplates sans encombre.

« Ramène-moi à la Ligue mon grand. » lui intimai-je avant de reprendre ma fille. Sa respiration était rapide, je devinais qu’elle stressait. « D’accord Lyssa, écoute-moi maintenant. Tu vas profiter qu’il fasse encore jour pour faire le tri dans les sacs, tu ne prends que ce à quoi tu tiens vraiment. Quand ce sera fait tu iras au centre Pokémon de Poivressel et tu demanderas une chambre. En principe c’est réservé aux titulaires d’une t-card mais ils feront peut-être une exception vu ta situation. Et au pire il y a des sièges dans la salle d’attente, tu pourras t’installer là et y être en sécurité.

- Oui, d’accord.

- Je viens te chercher aussi vite que je peux. Je ne sais pas pour combien de temps j’en ai alors attends-moi là-bas d’accord ?

- Oui. Merci Papa.

- A tout à l’heure ma chérie, courage.
»

Je raccrochai et demandai à Corvo d’aller aussi vite qu’il pouvait. Alors que nous arrivions aux abords de la Ligue, mon cerveau bouillonnait et partait dans tous les sens. Comment rejoindre Hoenn au plus vite ? L’avion serait le moyen de transport le plus rapide mais il me faudrait un bol monstrueux pour trouver un vol ce soir. Non, pas le choix, j’allais devoir y aller avec un Pokémon volant. Je n’en avais pas moi-même (enfin si, ma Pyrax, mais elle refusait catégoriquement que je monte sur son dos) donc il me faudrait en emprunter un à l’un de mes collègues ou à la Ligue elle-même. Liz n’étant pas là aujourd’hui, je décidai de me tourner vers l’un des Pokémon de service plutôt que de demander à Ada dont je n’étais pas aussi proche. Et pour le retour ? Là cette fois l’avion s’imposait, impossible de faire le trajet avec Alyssa et ses affaires. Ce ne serait pas trop un problème d’attendre le lendemain, une fois que j’aurais récupéré Alyssa nous pourrions aller passer la nuit à l’hôtel et s’occuper du retour au matin. Et ensuite ? Et ensuite, la ramener à la Ligue. Je commençai seulement à percuter. Même si c’était de manière précipitée, il était indéniable que demain elle emménagerait avec moi avec plusieurs semaines d’avance. Une bouffée de stress me prit à la gorge alors que je descendais de Corvo et courrais vers le bâtiment des soins. Si mes appartements étaient pratiquement prêts à accueillir la jeune fille, je ne l’étais pas encore tout à fait. Je n’avais pas encore prévenu Haby des changements que ça allait impliquer, ni habitué Zoé à l’idée qu’elle allait avoir une grande sœur, ni rien. Dès demain je redevenais un papa à plein temps, aussi brutalement que j’avais arrêté de l’être.

Il fallut environ une heure pour que la Ligue me fournisse un Roucarnage et que j’enfile la combinaison de vol obligatoire, m’arnache au dos de l’oiseau et décolle vers Hoenn. La nuit était tombée entre temps et l’air était proprement glacial en altitude. Tandis que ma monture suivait les courants aériens, je vérifiais sa trajectoire avec le GPS de vol qu’on m’avait fourni et checkais de temps à autre si Alyssa avait essayé de me joindre. Quatre heures. Il me fallait encore quatre heures pour atterrir à Poivressel. Est-ce qu’elle était bien au centre Pokémon comme nous l’avions convenu ? Je ne voulais pas devenir parano, mais l’idée que ma fille de dix-sept ans soit dehors à presque vingt-trois heures, seule et visiblement en détresse, ne me plaisait pas du tout. Dire qu’elle n’avait même pas un Pokémon pour la défendre… J’aurais dû lui en offrir un plus tôt. Je ne serais pas aussi inquiet si j’avais su qu’un Pokémon était avec elle, même si ce n’était que pour la réconforter un peu. J’avais vraiment hâte d’être auprès d’elle.


***

Vers deux heures du matin, Poivressel fut en vue. La majorité de la ville était plongée dans l’obscurité, à l’exception du quartier des spectacles, du port qui n’allait pas tarder à s’endormir… et du centre Pokémon. Son toit rouge, bien visible depuis le ciel, était un repère pour tout dresseur cherchant un endroit pour la nuit. Il y avait d’ailleurs une aire d’atterrissage tout près, sur une petite place pourvue de barrières ; j’indiquai au Roucarnage de s’y poser. Il n’y avait plus grand monde dans les rues bien que nous soyons au mois d’août et mon arrivée ne fut pas remarquée. Rapidement je me décrochai de la selle, donnai une poignée de grosses baies à l’oiseau pour le remercier et lui indiquai qu’il pouvait retourner à la Ligue quand bon lui semblait, je n’avais plus besoin de lui. Il s’envola alors que je n’avais même pas encore enjambé les barrières ; sûrement allait-il dormir quelques heures dans un coin avant de rentrer.
Je retirai le casque de protection et m’approchai de la double-porte du centre Pokémon. Au comptoir, il y avait une infirmière de garde qui lisait tranquillement un magazine. L’accueil et sa grande salle d’attente étaient pratiquement déserts, ce qui était compréhensible à une heure si avancée ; il n’y avait que quelques dresseurs qui attendaient en somnolant que leurs Pokémon sortent de la salle d’opérations.
Et puis, tout au fond, se trouvait Alyssa. Mon cœur se serra à sa vue : elle s’était allongée en travers de deux sièges, recroquevillée comme une enfant blessée, et dormait avec son manteau jeté sur les épaules. A ses pieds, un sac poubelle duquel dépassait l’archet d’un violon – celui qu’Enora lui avait offert.

Quelques regards se levèrent vers moi mais je les ignorai et la rejoignis, lentement. Elle ne se réveilla pas à mon approche et je pus m'accroupir tout près d'elle. Pendant quelques instants je me perdis dans la contemplation de ses traits, avec un sourire aimant. Elle avait l'air si vulnérable. Je notai avec tendresse que de profil son visage avait la même forme que le mien ; je ne l'avais jamais remarqué jusque-là.


« Alyssa... »

Je levai la main et caressai sa joue du bout des doigts, ce qui la réveilla presque aussitôt. Pendant un instant ses yeux furent remplis de terreur, le temps qu'elle se rappelle d'où elle était et qu'elle comprenne qui j'étais... puis, ils ne furent plus que soulagement.

« Papa... Tu es venu me chercher. »

Elle se redressa et je la pris dans mes bras. Là, blottie contre moi, elle ferma les yeux. Elle n'avait plus l'air si fragile.

« Oui. Et je te le promets, je ne te laisserai plus jamais seule. »

Elle me sourit, et c'était un vrai sourire. Pour la première fois, j'y vis quelque chose qui avait toujours été absent du visage d'Alyssa.
Elle était heureuse.



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