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» La métamorphose de l'Homme blessé


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Dresseur Hoenn

C-GEAR
Inscrit le : 19/09/2013
Messages : 885

Région : Johto, Hoenn
Jeu 15 Fév - 13:27
Le voyage avait été long mais c’était pour la bonne cause. Une équipe médicale et quelques patients, voilà un groupe des plus étranges qui se destinaient à un lieu où tout pouvait arriver. Cette année, le thème de la St-Valentin était placé sous le signe des tropiques et si l’aspect vacances était surtout mis en avant par l’équipe médicale, il s’avérait que cela pouvait être le cas pour certaines personnes de trouver le grand amour. Cette femme, qui était à côté de lui dans l’avion, n’arrêtait pas de lui dire qu’elle espérait trouver un beau Alolien. Stelkin n’était pas dupe : les gens malades, ça n’attire personne. Et puis au fond de lui, il n’en avait pas très envie. L’occasion de pouvoir changer d’air et prendre du temps pour se faire du bien était ce dont il devait faire attention depuis son précédent à l’hopital. Et puis, ce n’est pas le cas pour les patients seulement, pour le personnel hospitalier aussi. Alexander, qui est dans le service et avec qui il avait sympathisé, était réjoui à l’idée d’y aller avec sa copine. Mais visiblement, au dernier moment il s’était retrouvé seul et avait cette expression douce-amère qu’il arrivait que trop bien à décrypter. « Ce n’est pas à vous de vous inquiéter pour moi Mr Lindovano, merci » Le ton était sec et il s’en était voulu de lui avoir lancé le regard qui n’avait pas lieu d’être. Mais il devait faire très attention : si ses sentiments explosaient à nouveau au grand jour, il risquait de retomber dans un épisode dépressif. Savoir tout cela était bien mais il n’avait aucune emprise sur son champ d’action. C’était difficile très souvent mais il faisait en sorte de bien prendre ses antidépresseurs, quand bien même ils faussaient la réalité de ses perceptions. Le seul problème c’est qu’à présent, il lui était interdit de prendre de l’alcool. Il espérait surtout qu’Aslan ne revienne pas hanter ses souvenirs, même s’il se doutait que tôt ou tard, il reviendrait d’une manière ou d’une autre.

Apparemment, le dispositif mis en place pour ceux venant de l’hôpital de Doublonville était étendu à plusieurs autres grand hôpitaux de toute la surface du globe et s’ils ne pouvaient réellement participer aux événements du style speed-dating, ils avaient le droit de profiter de la plage et d’un espace aménagé uniquement pour eux, fonctionnant comme une bulle. La seule chose qui lui manquait était ses pokémons, après tout ils étaient un peu une extension de ce qu’il est réellement. Kuma, Makhar, Arkh… C’étaient un peu les piliers mais ils devaient avoir, pour l’extraordinaire niveau d’expérience qu’ils avaient, un dresseur si qui ils pouvaient compter. Et ce temps de repos était plus que nécessaire. Toujours est-il qu’il avait fini par arriver sur le lieu. La plage Hano-hano. Dès qu’ils arrivèrent, il sentit une chaude bourrasque le prendre à la gorge. Stelkin préférait quand même les lieux plus glacés comme le Mont Argenté. Mais la plage semblait grande, il devait y avoir moyen un peu plus tard de se poser et d’être contemplatif – même si le personnel médical était toujours là. Alexander était revenu un peu plus tard vers lui et lui expliqua ce qu’il pouvait faire et ce qui lui était interdit. En gros, il devait surtout ne pas s’éloigner du bar, ne pas prendre d’alcool et être prudent dans ses interactions avec les autres patients, surtout du au fait qu’il était une semi-célébrité vu qu’il avait pu vaincre la ligue 1. « Merci » Il tourna les talons et s’engouffra dans les quelques animations qui étaient disposées ici et là.

Rapidement, il trouva le bar. « Un cocktail sans alcool s’il vous plait » Alexander sourit à cette demande. En même temps, il voulait se montrer raisonnable et ne pas faire n’importe quoi dès le début de son escapade. Il arriverait bien à s’amuser mais surtout, son objectif était de ne pas penser à Aslan. Il alla s’installer à une table un peu plus loin, et regardait au loin le soleil décliner en une grosse boule orangée disparaissant à l’horizon. Et les sons des musiciens locaux aidaient à maintenir cette ambiance festive.

Pourtant, il sentait qu’au fond de lui il n’allait pas tenir longtemps avec le sourire.


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Dresseur Sinnoh

C-GEAR
Inscrit le : 30/11/2017
Messages : 121

Jeu 15 Fév - 21:40
Longtemps, Masami avait adoré la Saint-Valentin, essentiellement parce que ce jour signifiait invariablement un dîner dans un joli restaurant avec sa femme, ainsi qu’une nuit d’amour torride dans un hôtel réservé de longue date, après avoir embauché une baby-sitter pour Alya. Oui, le trentenaire avait d’excellents souvenirs de cette data fatidique, et continuaient à se remémorer certains avec une nostalgie qui ne lui était pas forcément coutumière. Mais elle lui rappelait une période de sa vie plus heureuse. Et puis le divorce était passé par là. Sa première Saint-Valentin de célibataire, il l’avait passé dans les bras d’Anthéa, à envoyer tout valser pour la faire sienne dans l’une des salles de garde de l’hôpital où tous deux travaillaient en cette journée, lui pour s’occuper l’esprit, elle pour fuir son mari. Leurs solitudes s’étaient trouvées, l’attirance avait joué, ils y avaient succombé, chacun pour ses propres raisons. Le légiste se souvenait encore de ce moment où tout avait basculé, y compris la psychologue, et éprouvait un sentiment doux-amer à cette pensée. Il n’avait jamais vraiment imaginé que quoi que ce soit puisse être possible sur le long terme entre eux. De là à dire qu’il ne s’était pas attaché … Oh si, parce qu’il était idiot, de toute manière. Et tout s’était fini, parce qu’elle avait trois gosses et un mariage qu’elle ne voulait pas briser définitivement, et lui un cœur encore en miettes qui respirait le passé mal cicatrisé.

Encore aujourd’hui, il avait du mal à définir ce qui le liait à sa désormais psychologue attitrée. Il y avait toujours une forme de tension entre eux, et il voyait dans ses yeux une réelle affection à son endroit. Etait-ce de la simple amitié ? Il l’avait cru. Mais il ne savait plus. Masami était perdu. Enfin … pourquoi se poser tant de questions, alors que de toute manière, il y avait peu de chances qu’il obtienne quoi que ce soit dans son état. C’était ce qu’il avait répété à Alan quand ce dernier l’avait inscrit d’office à ce voyage organisé par un associatif de ses amis. Fêter la Saint-Valentin dans son état … Merci, non merci. Et voilà que le bougre de kinésithérapeute de malheur s’était ligué avec Alya pour le forcer à venir. Anthéa elle-même s’en était mêlée. Résultat des courses, il se retrouvait plus ou moins contre son gré dans cette entreprise grotesque qui consistait à récupérer des bras cassés aux quatre coins du monde pour les envoyer se perdre à Alola. Tous avaient insisté sur le fait qu’il avait besoin de faire des rencontres, de se sortir de son marasme et de son train-train quotidien, et que cette initiative était l’occasion rêvée. Autant dire qu’il était franchement dubitatif. En plus, pas question de se saouler. L’enfer, en fait.

Résultat des courses, il se retrouvait débarqué sur la plage où il dut être transporté par une équipe vers la piste accessible aux handicapés et qui menait vers le bar ou la mer. A choisir, il préférait encore éviter de se noyer, aussi il se résigna à aller vers les petites tables du bar. C’était ça ou rester dans sa chambre, au fond. Et clairement, tout n’était pas vraiment pensé pour les gens dans son état. Enfin, il y parvint, le bénévole derrière lui demandant ce qu’il voulait boire. Entendant à la volée un gars très brun, aux cheveux presque noir corbeau demander un cocktail sans alcool, il indiqua vouloir la même chose. C’est ainsi que le garçon revint avec un joli verre aux couleurs acidulés, avant de le diriger d’autorité vers ce même type installé seul à l’une des rares tables accessibles aux fauteuils roulants sans rouler dans le sable. Avec un sourire contrit, Masami demanda :

« Excusez-moi, je peux m’asseoir ici ? C’est l’une des seules tables auxquelles je peux accéder sans caler dans le sable … et je crois que mon cher accompagnateur a mieux à faire que de me trimbaler partout. »

L’autre protesta à grands cris, mais prit cependant la poudre d’escampette quand il fut assuré qu’il pouvait bel et bien laisser son fardeau à son nouveau gardien. Masami se cala comme il le pouvait, l’attelle à son bras un peu le grattant légèrement, un peu de sable s’étant logé dedans.

« Désolé de m’imposer ainsi. Honnêtement, si vous attendez quelqu’un, vous pouvez toujours me pousser un peu plus loin. »


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Dresseur Hoenn

C-GEAR
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Région : Johto, Hoenn
Ven 16 Fév - 13:55
Il était face à la mer, loin de tous ses problèmes… Le jus qu’il venait de prendre était plutôt sympa, avec un arrière-goût assez étonnant de basilique qui donnait une fraîcheur étonnante au jus. Bien évidemment, pour s’accorder à la thématique des lieux, il eut droit à un verre en forme de cœur de sorte qu’il serait possible de partager ce verre à deux. Mais c’était tellement bon qu’il ne partagerait rien ! En tout cas, il fixait l’horizon de la mer. Une question l’obsédait : que voulait-il faire de sa vie ? Le dresseur savait pertinemment que ce n’était pas comme ça qu’il arriverait à passer à une bonne soirée. Il avait pris ses benzodiazépines avant de venir ici alors il espérait vivement que les médicaments feraient rapidement effet pour stopper le questionnement incessant qui ferait surface inévitablement.

Visiblement, une bonne étoile veillait sur lui lorsqu’il vit un homme lui demander à côté de lui. Plutôt bel homme d’ailleurs. Mais il savait qu’il ne devait pas glisser sur cette pente car ce ne serait pas bon pour lui. Alexander était quant à lui un peu plus loin mais jugea qu’il serait mieux de laisser Stelkin interagir avec une personne. Cet homme était en fauteuil roulant et d’office, il se leva et voulut l’aider à s’installer. Non sans humour en taclant au passage son accompagnateur qui fut la cible de plusieurs regards curieux dont celui d’Alexander qui lui lança une grande tape dans le dos avant d’engager la conversation avec lui. « Il faut qu’il puisse également profiter de cet événement, sinon ce serait bien triste » Une réflexion du genre coup de poing qui résumait bien sa façon de penser. Même si tout cela venait d’une bonne intention, il avait l’impression d’assister à une exposition voir un étalage d’éclopés de la vie, surtout que les valides ne se mélangeaient pas avec les malades, de ce qu’il avait pu voir.

Stelkin se tourna et vit inéluctablement la raison de son handicap. Un atèle au bras. « Non, restez ! » Le jeune homme le détailla un peu. Il devait avoir la trentaine mais tout juste. Il semblait plutôt fin et élancé, du coup, il pensait à un accident de sport. Sauf qu’une autre question lui taraudait l’esprit : assise-t-on à un tel événement suite à un accident de sport ? « Une chance qu’il fasse beau, n'est-ce pas ? » Et le sous-entendu derrière bien noir. Sa vision négative teintait ses propos et l’absence réelle d’handicap sur lui risquait bien de dévoiler certaines choses sur lui. Le plus dur pour Stelkin était de lâcher prise et arrêter d’analyser tout et n’importe quoi. Rester naturel. Enfin, est-ce que c’était réellement possible quand on sait que chacun joue d’un masque social ? « Je m’appelle Stelkin. » Parce que selon lui le vouvoiement n’avait absolument pas lieu d’être, surtout dans une telle situation.


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Dresseur Sinnoh

C-GEAR
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Ven 16 Fév - 18:50
« Diantre, quel enthousiasme ! Est-ce que vous sauve d’admiratrices trop empressées ? Dans ce cas … Je vais donc vous tenir compagnie. »

Masami ne s’attendait pas forcément à ce que sa victime lui dise de rester. A force, il avait tellement l’impression d’être un fardeau pour tout le monde qu’il aurait réellement compris si ce dernier avait préféré une galante compagnie. C’était pour cela qu’ils étaient là, après tout. Pour oublier leurs problèmes … Quelle idée grotesque, en un sens. Rameuter au même endroit tous les éclopés de la terre, c’était appeler à des catastrophes … ou à des coups d’un soir amèrement regrettés le lendemain. Qui pouvait assurer qu’il ne se jetterait pas tête la première dans une relation impromptue, juste pour le plaisir de se sentir encore vivant ? Le légiste lui-même n’aurait pas affirmé le contraire avec certitude. Les philosophes disaient que l’instinct de mort se confondait souvent avec celui de la vie. Rien n’était plus juste, et il le savait d’autant plus qu’il avait vu sa fin en face, au bout d’un canon pointé sur lui et d’une détente pressée en un instant qui demeurait éternel dans son esprit. Et malgré la douleur, la honte, le désespoir, il lui restait cette espèce d’envie farouche d’être autre chose que cet infirme cloué dans sa chaise roulante et condamné à vivre aux crochets de sa famille. Il voulait vivre. Il ne savait juste pas comment.

La remarque légèrement pince-sans-rire lui arracha un sourire. Le trentenaire adorait ce genre de remarques sombres, teintées d’humour noir. Il avait cette capacité à déceler de la légèreté dans la pire des noirceurs. Son métier l’y avait formé. Quand on passait son existence entourée de cadavres, mieux valait ne pas être trop sérieux, et trouver rapidement une certaine consolation dans les petites facéties sombres de la vie. Il se demanda brusquement si son vis-à-vis était sérieux. S’il était réellement un peu désespéré lui-même. Il ne l’espérait pas. Sinon, à eux deux, ils étaient capables de faire venir la pluie, avec leur déprime cumulée. Autant ne pas s’y attarder. Ou essayer d’alléger l’atmosphère. Pour ça, Masami était doué. En fait, en ce moment, il ne lui restait plus que ça, comme talent à exploiter. Il n’avait qu’à en tirer profit jusqu’à la lie.

« Oh oui. S’il avait plu, j’aurais eu une excuse pour rester dans ma chambre et dévorer l’intégralité du mini-bar en écoutant des chansons sirupeuses à la radio … C’eut été un vrai carnage pour mon malheureux foie. Nous avons donc évité le pire, non ? »

Encore que …

« Même si, vu le taux de sucre de ce cocktail, je me demande finalement si j’y gagne vraiment. »

Il avait dit cela en reposant son verre, la face légèrement contorsionnée suite à son ingestion du contenu décidément trop acidulé à son goût. Que ne donnerait-il pas pour un bon verre de whisky, là, tout de suite, maintenant, n’importe quoi plutôt que ce truc qui aurait donné une crise de diabète au plus athlétique des hommes. Et puis, franchement, la fraise taillée en cœur au-dessus … Un poil … too much. Non vraiment. Il n’avait rien contre le romantisme, loin s’en fallait, mais un peu de modération ne l’aurait pas dérangé, surtout que, par définition, dans ce groupe, beaucoup étaient en célibataires.

« Masami. Enchanté, donc. »

Il adressa un sourire à son interlocuteur, avant de demander :

« On se tutoie, donc ? »

Avant d’enchaîner, sa curiosité prenant le dessus :

« A l’accent … Tu viens de Kanto … ou Johto peut-être ? »


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Dresseur Hoenn

C-GEAR
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Région : Johto, Hoenn
Lun 19 Fév - 18:38
Stelkin tiqua quant à la remarque sur le fait que des admiratrices pourraient envahir son espace vital. En réalité, ce n’était pas vraiment sa tasse de thé, mais ne jugea pas important pour le moment de souligner qu’il n’était pas de ce bord. Du tact, une chose assez rare dont le jeune homme pouvait faire preuve surtout qu’en cet instant précis, il n’avait vraiment pas envie de rester seul. Il n’attendait rien de lui mais juste pouvoir discuter de tout et de rien. Se sociabiliser en quelque chose, une chose que le Jothoien n’avait pas faite depuis bien trop longtemps, enfermé dans une relation quasi exclusive avec ses pokémons et le combat. Et s’enfermer dans ses sombres pensées. Donc oui, la présence de cet inconnu allait certainement lui faire du bien même si la possible violence des propos, parfois anodins, risquait de prendre de l’amplitude chez Stelkin. Certes, les risques sont minimisés en mettant ensemble des gens hospitalisés ensemble mais les hôpitaux psychiatriques sont vraiment dans un monde un peu coupé de tout où le patient avait besoin de repos total.

Le jeune homme apprécia d’entendre une forme de résonance à ses propos mi-figue mi-raisin, puisque visiblement, c’était également sa manière de pensée. Sauf que Stelkin se retenait déjà, sa peine était telle qu’il n’arrivait plus très bien à tout retenir. Et encore une fois, une de ses phrases tordues fut lâchée, à la mention du choix entre l’alcool ou le sucre pour oublier « C’est comme pour tout, quand on a le choix entre la peste et le choléra, le mieux est toujours d’adopter la troisième option. Encore faut-il la créer. » Et il laissa son verre de côté car c’était vraiment trop sucré pour lui. En tout cas, cet inconnu finit par se présenter sous le nom de Masami et finit par lui demander d’où il venait. « Je suis originaire de la région de Hoenn, mais je suis actif dans la région de Jotho oui. En recherche d’emploi… » Depuis qu’il avait quitté son job de flic, il n’avait plus rien qui ne le passionnait réellement. Parfois, il repensait à ses anciennes années et aux bons moments passés mais en même temps, une marée de dégoût et de honte refaisait surface. Alors, quoi faire à présent ? C’était une des choses qu’il avait travaillé avec sa psy mais il n’avait pas encore de solution à ce problème. Et des problèmes, il en avait tellement qu’il était dur de savoir par où commencer. « Au moins, je ne suis pas mauvais en dressage. Et toi ? » Même si dernièrement, il n’avait plus été aussi assidu avec son équipe et qu’ils s’étaient rouillés plus qu’autre chose. Le souvenir de son Noctunoir peinant contre l’Ectoplasma du centre commercial aurait déjà dû l’alarmer à l’époque.

Du coup, il étudiait son verre presque plein et cette fraise en forme de cœur. Et une question lui vint en tête « Qu’est-ce qui t’est arrivé pour te retrouver ici ? »


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Dresseur Sinnoh

C-GEAR
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Mar 20 Fév - 17:59
Masami remarqua le silence de son vis-à-vis suite à sa plaisanterie, et se demanda s’il n’avait pas commis une bévue. Peut-être que le jeune homme avait de mauvais souvenirs d’une aventure féminine. Peut-être préférait-il les garçons, tout simplement. Encore que, avec son joli minois, il devait attirer toutes les mouches, peu importe leur sexe, pourvu qu’elles apprécient les visages masculins. Il n’insista pas, cependant. Certaines personnes étaient aussi mal à l’aise avec le sexe et la séduction, au final, et n’aimaient pas en parler hormis dans un cadre intime et précis. Lui-même n’avait pas les mêmes précautions car sans être exhibitionniste ou exubérant, il avait suffisamment vu de corps nus sur sa table d’opération pour ne plus avoir beaucoup de tabous en ce qui concernait l’anatomie humaine. Et puis le corps médical n’était pas le plus pudique : les propos scabreux en salle de garde étaient monnaie courante, certains internes ne se privant pour décorer les murs de quelques images très explicites – et assez dégradantes pour les objets de cette attention soudaine, il fallait bien l’avouer. Sans compter les liaisons furtives entre professionnels, les moments gênants où on ouvrait une porte pour la refermer aussi sec … Clairement en tant que légiste, il cumulait le pire de deux univers, si on ajoutait son goût douteux pour l’humour noir.

En tout cas, Stelkin avait un don pour parler par énigme. Cela ne le dérangeait pas, il avait suffisamment fréquenté des psys pour avoir l’habitude. En fait, il était même sorti avec une psy ! Quoique, couché serait plus exact quant à la nature exacte de leur relation. Enfin, là n’était pas la question. Quoi qu’il en soit, à cette heure où le trentenaire avait une tendance certaine à se laisser aller à des propos relativement pince-sans-rire, avoir un partenaire de fiel n’était pas pour lui déplaire. Son assertion, cependant, le fit malgré lui réfléchir. Certes, les troisièmes voies existaient … Mais parfois, il n’était pas possible de les voir. Et il arrivait d’être coincé. De ne pas voir comment avancer. C’était son cas en un sens. Quel autre choix avait-il entre essayer désespérément de s’accrocher à son désir de reprendre un jour son métier, ou abandonner complètement et faire autre chose ? Il ne voyait pas. Peut-être était-il arrivé à un de ces moments en forme de fourche sur le chemin de la vie. Avancer ou reculer, il n’y avait pas d’alternative. Mais entre rester dans sa chambre et se morfondre, ou bien sortir et faire la fête, il existait une alternative qui consistait à sortir et persifler. A tout prendre, il avait choisi. C’était aussi une décision plus aisée.

« Qu’entends-je, une forme d’espoir, presque ? Attention, on va finir par penser que nous sommes en forme et heureux d’être ici. »

Cette ironie grinçante faisait partie de son être, et n’avait été que renforcée par sa descente aux enfers. Nonchalant, détestant la confrontation brutale, Masami était de ces hommes qui préférait les remontrances subtiles ou les plaisanteries fines aux exclamations bruyantes et aux rires sonores. A force de côtoyer des cadavres, il avait fini par n’aimer que modérément les vivants, et avait toujours préféré le silence d’une salle légale à tout autre environnement. Misanthrope ? Pas exactement. Plutôt amoureux de tranquillité et observateur des caractères. Cette distance qu’il mettait entre lui et le monde était une manière comme une autre de se protéger, surtout ces deux dernières années. A vrai dire, peut-être était-ce aussi cela qui l’empêchait de devenir fou … tout comme l’explication de ses crises de panique en repensant à la fusillade, parce qu’il ne parvenait pas, précisément, à se distancier de ces quelques secondes d’horreur. Les revivre, c’était mourir. Oh, il pouvait en parler … Mais pas rentrer dans les détails. Sinon, il se retrouvait catapulté dans sa mémoire … Et chaque seconde devenait un supplice éternel.

« J’ai fait une partie de mes études de médecine à Hoenn, tiens. A Lavandia. »

Il se demandait s’il allait expliciter sa profession. La plupart des gens trouvait ça glauque comme métier. Ils n’avaient pas totalement tort, bien sûr. Ce n’était pas forcément l’emploi le plus ragoûtant au monde. Mais il avait son utilité, et sa manière, Masami apportait aussi du réconfort à des familles endeuillées, faisait progresser la science pour que d’autres ne subissent pas telle ou telle erreur … Et participait à la grande machinerie judiciaire. Grâce à lui, des criminels avaient fini en prison. Il estimait donc pouvoir en être fier, et ne pas avoir honte de ce qu’il faisait constituait une forme d’orgueil personnel, même s’il savait que cela restait difficile à assumer en société. Au moins, ça expliquait certaines choses sur lui.

« En fait … Je suis médecin légiste. Enfin … J’étais. »

Il n’arrivait pas à parler de sa profession au passé. Une part de lui s’y refusait. C’était comme admettre qu’il devrait tourner la page. Qu’il était impossible de retrouver sa vie d’avant. Et cela, il ne le supportait pas, l’amertume se lisant dans ses yeux, dans sa voix, alors qu’il prononçait l’impossible à admettre.

« Mais du coup … Pour découper des cadavres, on a pas vraiment besoin d’être un bon dresseur. »

Un léger sourire aux lèvres, il ajouta :

« Après cette introduction, si tu veux fuir, je ne t’en voudrais pas. La plupart des gens n’aiment pas trop quand je parle de mon boulot. »

Euphémisme.

« Cela dit … En ce moment, je vis chez quelqu’un qui possède un refuge, donc je donne un coup de main pour soigner les pokémons qui y sont amenés. Un Tortipouss refuse même de me lâcher d’une semelle depuis qu’on s’en occupe. Je crois qu’il m’a adopté, même si je ne sais pas vraiment si ça fait de moi un dresseur, et encore moins un doué. »

S’attardant davantage sur le visage de Stelkin, Masami commenta :

« Toi par contre … Ta tête ne m’est pas inconnue, maintenant que j’y regarde de plus près … La Ligue, non ? L’Elite ? Quelque chose comme ça. »

Oui, il ne voyait que ça ayant un rapport avec les pokémons. C’était sans doute évident pour beaucoup, et à vrai dire, il remarquait soudain les quelques personnes qui examinaient Stelkin avec curiosité, et ne put s’empêcher de se dire qu’il y avait un lien de cause à effet sans doute plus affirmé qu’une attirance soudaine pour ses beaux yeux … Qu’il avait jolis, certes, cela, il ne pouvait le nier. Il perdit cependant sa relative bonne humeur quand l’interrogation fatidique tomba. Ah. Ça y est. On y était déjà. Bon, en même temps, il fallait s’y attendre. Autant arracher d’un coup sec le sparadrap et ne plus s’en soucier. Vu son état … N’importe qui se poserait la question. Etait-il un dépressif qui se trouvait handicapé, ou un handicapé qui était dépressif à cause de ça ?

« C’est la question à cent mille pokédollars, ça. »

Dommage qu’on ne les lui donne pas à fois qu’on la lui posait. Sinon, il aurait été riche.

« Comment dire … »

Cherchant ses mots, Masami farfouilla dans sa poche et en sortit une cigarette et un briquet. La clope au bec, il l’alluma tant bien que mal et sentit instantanément la nicotine le détendre. Au diable les consignes. Il l’avait bien mérité.

« Le truc, tu vois, c’est que dans les films, quand y a une fusillade, le héros arrive et arrête les balles. Le problème, c’est que moi, je suis pas un héros. Et j’arrête pas les balles. »

La dérision, l’ironie comme soins palliatifs, Masami se connaissait trop pour ne pas rire intérieurement à sa propre présentation si pathétique. Soupirant, il continua :

« L’année dernière, tu en as peut-être entendu parler, mais il y a eu un attentat dans une banque, à Féli-Cité. J’y étais. Et donc … Voilà. »

Les images lui revenaient en boucle, soudainement. Sa main valide avait commencé à trembler. Une crise se préparait. Il le savait. Il connaissait les symptômes. Déjà, l’odeur du sang et de la mort revenait titiller ses narines. Son pouls s’accélérait, alors que sa bouche se moirait du goût de la peur et de la cendre. La nausée le prenait. Mais il avait l’habitude maintenant. Il fouilla maladroitement dans son veston et en sortit une petite boîte. Les cris, les hurlements reprenaient dans sa tête. Et cette senteur d’urine, de pire encore, du type derrière qui se faisait dessus … Frénétiquement, Masami avala ses cachets. La flagrance immonde s’éloignait. Les cris diminuaient. Mais les morts étaient toujours là, devant ses yeux. A jamais.

« Stress post-traumatique. »

Rien à ajouter. Au loin dans sa tête, les yeux révulsés du gars devant lui le fixaient toujours. Morts.

« Mais ça ira mieux. »

Un jour. Il le fallait. Il remarcherait, il pourrait utiliser sa main correctement. Il vivrait à nouveau. Lui pouvait encore le faire. Pas les yeux morts.

« Et du coup … Bah, j’étais éligible pour ce truc, et comme j’ai beau être un coloc sympa, je comprends que ma fille veuille passer la Saint-Valentin avec sa copine, j’ai pas dit non. »

Avant de conclure dans un rire faussement enjoué :

« Tu vas avoir du mal à battre ma p’tite histoire niveau pathétique. »

Se moquer. Encore et toujours. Pour ne pas regarder la vérité en face. Pour ne pas avoir à l’affronter. Pour ne pas attirer l’empathie. Parce qu’il n’en voulait pas.


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Dresseur Hoenn

C-GEAR
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Région : Johto, Hoenn
Hier à 15:04
Stelkin n’avait pas envie dans l’immédiat de répondre à la pique lancée par Masami parce que cela n’aurait pas de sens de parler de lui et de choses assez profondes et anciennes alors qu’ils ne se connaissaient à peine. Les difficultés de la vie et sa triste expérience ont fait qu’il avait adopté une méfiance accrue vis-à-vis de n’importe qui, particulièrement réceptif à toute forme d’hypnose. Il ne savait pas si son interlocuteur en face était une vision réaliste d’un cauchemar ou pas, il ne savait plus faire la différence et était épuisé de rester tout le temps sur ses gardes. Epuisé car son instinct de survie était toujours aussi vif et éveillé et allait à l’encontre ce que à quoi le jeune garçon aspirait. Et Stelkin n’en pouvait plus de lutter et tout cela ressortait de ses paroles « Au moins le chemin sera plus simple lorsqu’on finira tous dans la tombe. Joyeusement. » L’émotion était palpable mais il arrivait encore à tenir. Il pouvait gérer mais il est clair qu’à un moment ou un autre, il devrait faire appel à lui. En même temps, les médicaments devaient faire effet et le dosage des médicaments avait été expressément réduit pour ne pas entrainer de somnolence.

Donc Masami était médecin légiste. Stelkin apprécia toutefois l’arrivée progressive des informations, passant du stade « études de médecine » au stade « je découpe les cadavres », peu ragoûtant. Mais en réalité, pour avoir un peu travaillé avec ces personnes lorsqu’il fut flic, cela ne le dérangeait plus tellement et sa vision noire de tout lui tira presque un sourire. Il n’avait pas forcément les mains propres de son côté et même s’il avait été déjà à l’époque victime d’hypnose, les souvenirs restaient. Le pire était qu’il n’avait pas de regret mais là n’était que la surface immergée d’un homme blessé au plus profond de son être. « Ca dépend contre qui on tombe. Je sais par expérience qu’un pokémon bien dressé est aussi dissuasif que n’importe quel automatique. » Ce n’était pas pour rien que des organisations criminelles existaient encore et que des justiciers de l’ombre naissaient comme une réponse naturelle à l’invasion. Il en avait été l’un d’eux ou avait cru en être mais il s’était tellement négligé dans ce procédé que son efficacité dans les missions avait pris le pas sur sa personnalité. Stelkin était vraiment comme un couteau aiguisé mais sa volonté avait fini par se fondre dans une adversité parfois illusoire. Ce devait être à partir de ce moment qu’il a commencé à se décrocher de la réalité de tout. « En tout ça, c’est bien l'élevage. J’ai longtemps voyagé avec les pokémons et ils sont loin d’être des créatures ayant une intelligence inférieure à la nôtre. Un de mes pokémons essaye d’apprendre la langue humaine, alors tu vois… » Kuma était à présent aux mains d’une éleveuse dans la région de Kantô. Il espérait que cela se passerait bien avec lui, il fallait dire qu’il avait une très grande personnalité, peut-être la plus grande de l’équipe. Il avait appris à composer avec l’humeur dominante et écrasante d’Arkh et ce dernier était beaucoup plus discret à présent. Et protecteur. Tous lui manquaient mais pour l’instant il devait être patient et se sentir mieux. Faire le point sur sa vie et vers où il voulait aller. Il y avait l’option de la Ligue, c’était bien le cas. Le challenge et l’adrénaline de la ligue lui manquaient un peu. « La ligue 4 oui. Mais c’était il y a longtemps. » Et il avait beaucoup perdu, que ce soit niveau entrainement ou niveau stratégie. Alors c’était loin d’être un projet réaliste dans l’immédiat.

Puis finalement, il posa LA question. Mais bon, à moins d’un truc assez gros, ils étaient bien là pour une raison et le cacher n’aurait pas vraiment d’intérêt, surtout dans un tel endroit. Il le vit changer du tout au tout, commençant par fumer une cigarette pour finir par se sentir vraiment mal et prendre des médicaments. « Je suis désolé » Mais il l’était et pas en même temps parce que ne pas poser cette question aurait pu créer encore plus de gêne entre eux. Si au début il avait dû faire preuve de tact, cette fois ci il ne ferait pas autant d’effort. La vision noire de Stelkin avait tendance à dissocier tout son côté sentimental, preuve que de son côté, il était à fleur de peau et que parler de tout cela risquait de donner un résultat similaire aux réactions de Masami. En tout cas il lui révéla qu’il avait une fille et préféra rebondir dessus « Alors comme ça tu es papa ? Comment se nomme-t-elle ? » Il étudiait Masami tout en sirotant son verre. Un père de famille qui a joué aux héros. Stelkin avait trop de fois effectué la même chose et savait à quel point cela était destructeur. Mais il n’avait pas d’enfant donc il ne pouvait pas comparer. Comme à chaque fois, Stelkina avait ce regard d’un bleu profond qui allait droit dans les pupilles de son interlocuteur, pouvant parfois déstabiliser. « En tout cas, tu as du cran. Mettre sa propre vie en ligne pour d’autres inconnus, je n’en ai pas rencontré beaucoup » Pour ainsi dire, il n’en connaissait que les gens qui travaillaient dans son organisation de l’ombre. Le monde a du mal à accepter – contrairement à ce que l’on pourrait penser – que de telles personnes puissent s’exprimer. Pourtant, face à la pression d’une arme, cela pourrait être dans plus de la moitié des cas, désamorcer des situations où les otages font corps ensemble. « Ça doit rendre folle les femmes un tel pedigree non ? »

Et puis ce fut le tour de Stelkin. Au tout début, il n’avait pas envie d’en parler et certainement parce qu’il était en face de Masami qu’il commença un peu à s’ouvrir. « Mon cas est loin d’être grandiloquent. Une dépression. » Il prit une gorgée de son cocktail. il devait à présent faire très attention à ce qu’il allait dire, vu qu’il se sentait quand même un peu borderline et que dans cet état, il ne maîtrisait pas rien « Comme je le disais, cela fait longtemps que je suis sur les routes à voyager. Un peu plus de 10 ans. J’ai vécu beaucoup de choses, rencontré beaucoup de personnes sans forcément savoir sur qui je pouvais compter. A chaque fois que j’essayais de construire quelque chose, l’instant d’après tout était soufflé. J’ai commencé à m’endurcir. A trop m’endurcir. » Il eut un triste sourire. Visiblement, il était incapable de lui dire vraiment ce qu’il en était, pourtant il aurait voulu. « Je suis devenu quelqu’un que je ne suis pas, et le décalage de personnalité a fait que j’ai fini par péter un câble. Je te la fais simple mais en gros, c’est ça ». Il avait dit ça d’une voix blanche, sans émotion. Parce que c’était la réalité des faits et que sentimentalement, il en était arrivé à un point clinique où il faisait un mur avec tout cela. Mais son esprit continuait de fonctionner et il savait qu’au fond de lui, cela n’était pas une bonne chose. « Des événements récents assez difficile m’ont permis d’en prendre conscience. Dommage que la cantine soit à la hauteur de sa réputation sinon ça aurait pu être bien. »

Alexander l’observait du coin de l’œil. Fallait pas oublier qu’il était un accompagnateur et ils s’étaient mis d’accord sur le moment où il aurait besoin. Il pouvait encore résister. Masami lui avait rapidement accordé sa confiance, il arrivait à en faire de même, quand bien même Stelkin continuait de parler par énigmes. « Ce cocktail est dégueulasse, je vais voir s’il y a pas d’autres trucs. Je vous rapporte quelque chose ? »


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