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» La métamorphose de l'Homme blessé


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Modo CDT & Agent

C-GEAR
Inscrit le : 19/09/2013
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Région : Johto, Hoenn
Jeu 15 Fév - 13:27
Le voyage avait été long mais c’était pour la bonne cause. Une équipe médicale et quelques patients, voilà un groupe des plus étranges qui se destinaient à un lieu où tout pouvait arriver. Cette année, le thème de la St-Valentin était placé sous le signe des tropiques et si l’aspect vacances était surtout mis en avant par l’équipe médicale, il s’avérait que cela pouvait être le cas pour certaines personnes de trouver le grand amour. Cette femme, qui était à côté de lui dans l’avion, n’arrêtait pas de lui dire qu’elle espérait trouver un beau Alolien. Stelkin n’était pas dupe : les gens malades, ça n’attire personne. Et puis au fond de lui, il n’en avait pas très envie. L’occasion de pouvoir changer d’air et prendre du temps pour se faire du bien était ce dont il devait faire attention depuis son précédent à l’hopital. Et puis, ce n’est pas le cas pour les patients seulement, pour le personnel hospitalier aussi. Alexander, qui est dans le service et avec qui il avait sympathisé, était réjoui à l’idée d’y aller avec sa copine. Mais visiblement, au dernier moment il s’était retrouvé seul et avait cette expression douce-amère qu’il arrivait que trop bien à décrypter. « Ce n’est pas à vous de vous inquiéter pour moi Mr Lindovano, merci » Le ton était sec et il s’en était voulu de lui avoir lancé le regard qui n’avait pas lieu d’être. Mais il devait faire très attention : si ses sentiments explosaient à nouveau au grand jour, il risquait de retomber dans un épisode dépressif. Savoir tout cela était bien mais il n’avait aucune emprise sur son champ d’action. C’était difficile très souvent mais il faisait en sorte de bien prendre ses antidépresseurs, quand bien même ils faussaient la réalité de ses perceptions. Le seul problème c’est qu’à présent, il lui était interdit de prendre de l’alcool. Il espérait surtout qu’Aslan ne revienne pas hanter ses souvenirs, même s’il se doutait que tôt ou tard, il reviendrait d’une manière ou d’une autre.

Apparemment, le dispositif mis en place pour ceux venant de l’hôpital de Doublonville était étendu à plusieurs autres grand hôpitaux de toute la surface du globe et s’ils ne pouvaient réellement participer aux événements du style speed-dating, ils avaient le droit de profiter de la plage et d’un espace aménagé uniquement pour eux, fonctionnant comme une bulle. La seule chose qui lui manquait était ses pokémons, après tout ils étaient un peu une extension de ce qu’il est réellement. Kuma, Makhar, Arkh… C’étaient un peu les piliers mais ils devaient avoir, pour l’extraordinaire niveau d’expérience qu’ils avaient, un dresseur si qui ils pouvaient compter. Et ce temps de repos était plus que nécessaire. Toujours est-il qu’il avait fini par arriver sur le lieu. La plage Hano-hano. Dès qu’ils arrivèrent, il sentit une chaude bourrasque le prendre à la gorge. Stelkin préférait quand même les lieux plus glacés comme le Mont Argenté. Mais la plage semblait grande, il devait y avoir moyen un peu plus tard de se poser et d’être contemplatif – même si le personnel médical était toujours là. Alexander était revenu un peu plus tard vers lui et lui expliqua ce qu’il pouvait faire et ce qui lui était interdit. En gros, il devait surtout ne pas s’éloigner du bar, ne pas prendre d’alcool et être prudent dans ses interactions avec les autres patients, surtout du au fait qu’il était une semi-célébrité vu qu’il avait pu vaincre la ligue 1. « Merci » Il tourna les talons et s’engouffra dans les quelques animations qui étaient disposées ici et là.

Rapidement, il trouva le bar. « Un cocktail sans alcool s’il vous plait » Alexander sourit à cette demande. En même temps, il voulait se montrer raisonnable et ne pas faire n’importe quoi dès le début de son escapade. Il arriverait bien à s’amuser mais surtout, son objectif était de ne pas penser à Aslan. Il alla s’installer à une table un peu plus loin, et regardait au loin le soleil décliner en une grosse boule orangée disparaissant à l’horizon. Et les sons des musiciens locaux aidaient à maintenir cette ambiance festive.

Pourtant, il sentait qu’au fond de lui il n’allait pas tenir longtemps avec le sourire.


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Dresseur Sinnoh

C-GEAR
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Jeu 15 Fév - 21:40
Longtemps, Masami avait adoré la Saint-Valentin, essentiellement parce que ce jour signifiait invariablement un dîner dans un joli restaurant avec sa femme, ainsi qu’une nuit d’amour torride dans un hôtel réservé de longue date, après avoir embauché une baby-sitter pour Alya. Oui, le trentenaire avait d’excellents souvenirs de cette data fatidique, et continuaient à se remémorer certains avec une nostalgie qui ne lui était pas forcément coutumière. Mais elle lui rappelait une période de sa vie plus heureuse. Et puis le divorce était passé par là. Sa première Saint-Valentin de célibataire, il l’avait passé dans les bras d’Anthéa, à envoyer tout valser pour la faire sienne dans l’une des salles de garde de l’hôpital où tous deux travaillaient en cette journée, lui pour s’occuper l’esprit, elle pour fuir son mari. Leurs solitudes s’étaient trouvées, l’attirance avait joué, ils y avaient succombé, chacun pour ses propres raisons. Le légiste se souvenait encore de ce moment où tout avait basculé, y compris la psychologue, et éprouvait un sentiment doux-amer à cette pensée. Il n’avait jamais vraiment imaginé que quoi que ce soit puisse être possible sur le long terme entre eux. De là à dire qu’il ne s’était pas attaché … Oh si, parce qu’il était idiot, de toute manière. Et tout s’était fini, parce qu’elle avait trois gosses et un mariage qu’elle ne voulait pas briser définitivement, et lui un cœur encore en miettes qui respirait le passé mal cicatrisé.

Encore aujourd’hui, il avait du mal à définir ce qui le liait à sa désormais psychologue attitrée. Il y avait toujours une forme de tension entre eux, et il voyait dans ses yeux une réelle affection à son endroit. Etait-ce de la simple amitié ? Il l’avait cru. Mais il ne savait plus. Masami était perdu. Enfin … pourquoi se poser tant de questions, alors que de toute manière, il y avait peu de chances qu’il obtienne quoi que ce soit dans son état. C’était ce qu’il avait répété à Alan quand ce dernier l’avait inscrit d’office à ce voyage organisé par un associatif de ses amis. Fêter la Saint-Valentin dans son état … Merci, non merci. Et voilà que le bougre de kinésithérapeute de malheur s’était ligué avec Alya pour le forcer à venir. Anthéa elle-même s’en était mêlée. Résultat des courses, il se retrouvait plus ou moins contre son gré dans cette entreprise grotesque qui consistait à récupérer des bras cassés aux quatre coins du monde pour les envoyer se perdre à Alola. Tous avaient insisté sur le fait qu’il avait besoin de faire des rencontres, de se sortir de son marasme et de son train-train quotidien, et que cette initiative était l’occasion rêvée. Autant dire qu’il était franchement dubitatif. En plus, pas question de se saouler. L’enfer, en fait.

Résultat des courses, il se retrouvait débarqué sur la plage où il dut être transporté par une équipe vers la piste accessible aux handicapés et qui menait vers le bar ou la mer. A choisir, il préférait encore éviter de se noyer, aussi il se résigna à aller vers les petites tables du bar. C’était ça ou rester dans sa chambre, au fond. Et clairement, tout n’était pas vraiment pensé pour les gens dans son état. Enfin, il y parvint, le bénévole derrière lui demandant ce qu’il voulait boire. Entendant à la volée un gars très brun, aux cheveux presque noir corbeau demander un cocktail sans alcool, il indiqua vouloir la même chose. C’est ainsi que le garçon revint avec un joli verre aux couleurs acidulés, avant de le diriger d’autorité vers ce même type installé seul à l’une des rares tables accessibles aux fauteuils roulants sans rouler dans le sable. Avec un sourire contrit, Masami demanda :

« Excusez-moi, je peux m’asseoir ici ? C’est l’une des seules tables auxquelles je peux accéder sans caler dans le sable … et je crois que mon cher accompagnateur a mieux à faire que de me trimbaler partout. »

L’autre protesta à grands cris, mais prit cependant la poudre d’escampette quand il fut assuré qu’il pouvait bel et bien laisser son fardeau à son nouveau gardien. Masami se cala comme il le pouvait, l’attelle à son bras un peu le grattant légèrement, un peu de sable s’étant logé dedans.

« Désolé de m’imposer ainsi. Honnêtement, si vous attendez quelqu’un, vous pouvez toujours me pousser un peu plus loin. »


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Modo CDT & Agent

C-GEAR
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Région : Johto, Hoenn
Ven 16 Fév - 13:55
Il était face à la mer, loin de tous ses problèmes… Le jus qu’il venait de prendre était plutôt sympa, avec un arrière-goût assez étonnant de basilique qui donnait une fraîcheur étonnante au jus. Bien évidemment, pour s’accorder à la thématique des lieux, il eut droit à un verre en forme de cœur de sorte qu’il serait possible de partager ce verre à deux. Mais c’était tellement bon qu’il ne partagerait rien ! En tout cas, il fixait l’horizon de la mer. Une question l’obsédait : que voulait-il faire de sa vie ? Le dresseur savait pertinemment que ce n’était pas comme ça qu’il arriverait à passer à une bonne soirée. Il avait pris ses benzodiazépines avant de venir ici alors il espérait vivement que les médicaments feraient rapidement effet pour stopper le questionnement incessant qui ferait surface inévitablement.

Visiblement, une bonne étoile veillait sur lui lorsqu’il vit un homme lui demander à côté de lui. Plutôt bel homme d’ailleurs. Mais il savait qu’il ne devait pas glisser sur cette pente car ce ne serait pas bon pour lui. Alexander était quant à lui un peu plus loin mais jugea qu’il serait mieux de laisser Stelkin interagir avec une personne. Cet homme était en fauteuil roulant et d’office, il se leva et voulut l’aider à s’installer. Non sans humour en taclant au passage son accompagnateur qui fut la cible de plusieurs regards curieux dont celui d’Alexander qui lui lança une grande tape dans le dos avant d’engager la conversation avec lui. « Il faut qu’il puisse également profiter de cet événement, sinon ce serait bien triste » Une réflexion du genre coup de poing qui résumait bien sa façon de penser. Même si tout cela venait d’une bonne intention, il avait l’impression d’assister à une exposition voir un étalage d’éclopés de la vie, surtout que les valides ne se mélangeaient pas avec les malades, de ce qu’il avait pu voir.

Stelkin se tourna et vit inéluctablement la raison de son handicap. Un atèle au bras. « Non, restez ! » Le jeune homme le détailla un peu. Il devait avoir la trentaine mais tout juste. Il semblait plutôt fin et élancé, du coup, il pensait à un accident de sport. Sauf qu’une autre question lui taraudait l’esprit : assise-t-on à un tel événement suite à un accident de sport ? « Une chance qu’il fasse beau, n'est-ce pas ? » Et le sous-entendu derrière bien noir. Sa vision négative teintait ses propos et l’absence réelle d’handicap sur lui risquait bien de dévoiler certaines choses sur lui. Le plus dur pour Stelkin était de lâcher prise et arrêter d’analyser tout et n’importe quoi. Rester naturel. Enfin, est-ce que c’était réellement possible quand on sait que chacun joue d’un masque social ? « Je m’appelle Stelkin. » Parce que selon lui le vouvoiement n’avait absolument pas lieu d’être, surtout dans une telle situation.


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Dresseur Sinnoh

C-GEAR
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Ven 16 Fév - 18:50
« Diantre, quel enthousiasme ! Est-ce que vous sauve d’admiratrices trop empressées ? Dans ce cas … Je vais donc vous tenir compagnie. »

Masami ne s’attendait pas forcément à ce que sa victime lui dise de rester. A force, il avait tellement l’impression d’être un fardeau pour tout le monde qu’il aurait réellement compris si ce dernier avait préféré une galante compagnie. C’était pour cela qu’ils étaient là, après tout. Pour oublier leurs problèmes … Quelle idée grotesque, en un sens. Rameuter au même endroit tous les éclopés de la terre, c’était appeler à des catastrophes … ou à des coups d’un soir amèrement regrettés le lendemain. Qui pouvait assurer qu’il ne se jetterait pas tête la première dans une relation impromptue, juste pour le plaisir de se sentir encore vivant ? Le légiste lui-même n’aurait pas affirmé le contraire avec certitude. Les philosophes disaient que l’instinct de mort se confondait souvent avec celui de la vie. Rien n’était plus juste, et il le savait d’autant plus qu’il avait vu sa fin en face, au bout d’un canon pointé sur lui et d’une détente pressée en un instant qui demeurait éternel dans son esprit. Et malgré la douleur, la honte, le désespoir, il lui restait cette espèce d’envie farouche d’être autre chose que cet infirme cloué dans sa chaise roulante et condamné à vivre aux crochets de sa famille. Il voulait vivre. Il ne savait juste pas comment.

La remarque légèrement pince-sans-rire lui arracha un sourire. Le trentenaire adorait ce genre de remarques sombres, teintées d’humour noir. Il avait cette capacité à déceler de la légèreté dans la pire des noirceurs. Son métier l’y avait formé. Quand on passait son existence entourée de cadavres, mieux valait ne pas être trop sérieux, et trouver rapidement une certaine consolation dans les petites facéties sombres de la vie. Il se demanda brusquement si son vis-à-vis était sérieux. S’il était réellement un peu désespéré lui-même. Il ne l’espérait pas. Sinon, à eux deux, ils étaient capables de faire venir la pluie, avec leur déprime cumulée. Autant ne pas s’y attarder. Ou essayer d’alléger l’atmosphère. Pour ça, Masami était doué. En fait, en ce moment, il ne lui restait plus que ça, comme talent à exploiter. Il n’avait qu’à en tirer profit jusqu’à la lie.

« Oh oui. S’il avait plu, j’aurais eu une excuse pour rester dans ma chambre et dévorer l’intégralité du mini-bar en écoutant des chansons sirupeuses à la radio … C’eut été un vrai carnage pour mon malheureux foie. Nous avons donc évité le pire, non ? »

Encore que …

« Même si, vu le taux de sucre de ce cocktail, je me demande finalement si j’y gagne vraiment. »

Il avait dit cela en reposant son verre, la face légèrement contorsionnée suite à son ingestion du contenu décidément trop acidulé à son goût. Que ne donnerait-il pas pour un bon verre de whisky, là, tout de suite, maintenant, n’importe quoi plutôt que ce truc qui aurait donné une crise de diabète au plus athlétique des hommes. Et puis, franchement, la fraise taillée en cœur au-dessus … Un poil … too much. Non vraiment. Il n’avait rien contre le romantisme, loin s’en fallait, mais un peu de modération ne l’aurait pas dérangé, surtout que, par définition, dans ce groupe, beaucoup étaient en célibataires.

« Masami. Enchanté, donc. »

Il adressa un sourire à son interlocuteur, avant de demander :

« On se tutoie, donc ? »

Avant d’enchaîner, sa curiosité prenant le dessus :

« A l’accent … Tu viens de Kanto … ou Johto peut-être ? »


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Modo CDT & Agent

C-GEAR
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Région : Johto, Hoenn
Lun 19 Fév - 18:38
Stelkin tiqua quant à la remarque sur le fait que des admiratrices pourraient envahir son espace vital. En réalité, ce n’était pas vraiment sa tasse de thé, mais ne jugea pas important pour le moment de souligner qu’il n’était pas de ce bord. Du tact, une chose assez rare dont le jeune homme pouvait faire preuve surtout qu’en cet instant précis, il n’avait vraiment pas envie de rester seul. Il n’attendait rien de lui mais juste pouvoir discuter de tout et de rien. Se sociabiliser en quelque chose, une chose que le Jothoien n’avait pas faite depuis bien trop longtemps, enfermé dans une relation quasi exclusive avec ses pokémons et le combat. Et s’enfermer dans ses sombres pensées. Donc oui, la présence de cet inconnu allait certainement lui faire du bien même si la possible violence des propos, parfois anodins, risquait de prendre de l’amplitude chez Stelkin. Certes, les risques sont minimisés en mettant ensemble des gens hospitalisés ensemble mais les hôpitaux psychiatriques sont vraiment dans un monde un peu coupé de tout où le patient avait besoin de repos total.

Le jeune homme apprécia d’entendre une forme de résonance à ses propos mi-figue mi-raisin, puisque visiblement, c’était également sa manière de pensée. Sauf que Stelkin se retenait déjà, sa peine était telle qu’il n’arrivait plus très bien à tout retenir. Et encore une fois, une de ses phrases tordues fut lâchée, à la mention du choix entre l’alcool ou le sucre pour oublier « C’est comme pour tout, quand on a le choix entre la peste et le choléra, le mieux est toujours d’adopter la troisième option. Encore faut-il la créer. » Et il laissa son verre de côté car c’était vraiment trop sucré pour lui. En tout cas, cet inconnu finit par se présenter sous le nom de Masami et finit par lui demander d’où il venait. « Je suis originaire de la région de Hoenn, mais je suis actif dans la région de Jotho oui. En recherche d’emploi… » Depuis qu’il avait quitté son job de flic, il n’avait plus rien qui ne le passionnait réellement. Parfois, il repensait à ses anciennes années et aux bons moments passés mais en même temps, une marée de dégoût et de honte refaisait surface. Alors, quoi faire à présent ? C’était une des choses qu’il avait travaillé avec sa psy mais il n’avait pas encore de solution à ce problème. Et des problèmes, il en avait tellement qu’il était dur de savoir par où commencer. « Au moins, je ne suis pas mauvais en dressage. Et toi ? » Même si dernièrement, il n’avait plus été aussi assidu avec son équipe et qu’ils s’étaient rouillés plus qu’autre chose. Le souvenir de son Noctunoir peinant contre l’Ectoplasma du centre commercial aurait déjà dû l’alarmer à l’époque.

Du coup, il étudiait son verre presque plein et cette fraise en forme de cœur. Et une question lui vint en tête « Qu’est-ce qui t’est arrivé pour te retrouver ici ? »


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Dresseur Sinnoh

C-GEAR
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Mar 20 Fév - 17:59
Masami remarqua le silence de son vis-à-vis suite à sa plaisanterie, et se demanda s’il n’avait pas commis une bévue. Peut-être que le jeune homme avait de mauvais souvenirs d’une aventure féminine. Peut-être préférait-il les garçons, tout simplement. Encore que, avec son joli minois, il devait attirer toutes les mouches, peu importe leur sexe, pourvu qu’elles apprécient les visages masculins. Il n’insista pas, cependant. Certaines personnes étaient aussi mal à l’aise avec le sexe et la séduction, au final, et n’aimaient pas en parler hormis dans un cadre intime et précis. Lui-même n’avait pas les mêmes précautions car sans être exhibitionniste ou exubérant, il avait suffisamment vu de corps nus sur sa table d’opération pour ne plus avoir beaucoup de tabous en ce qui concernait l’anatomie humaine. Et puis le corps médical n’était pas le plus pudique : les propos scabreux en salle de garde étaient monnaie courante, certains internes ne se privant pour décorer les murs de quelques images très explicites – et assez dégradantes pour les objets de cette attention soudaine, il fallait bien l’avouer. Sans compter les liaisons furtives entre professionnels, les moments gênants où on ouvrait une porte pour la refermer aussi sec … Clairement en tant que légiste, il cumulait le pire de deux univers, si on ajoutait son goût douteux pour l’humour noir.

En tout cas, Stelkin avait un don pour parler par énigme. Cela ne le dérangeait pas, il avait suffisamment fréquenté des psys pour avoir l’habitude. En fait, il était même sorti avec une psy ! Quoique, couché serait plus exact quant à la nature exacte de leur relation. Enfin, là n’était pas la question. Quoi qu’il en soit, à cette heure où le trentenaire avait une tendance certaine à se laisser aller à des propos relativement pince-sans-rire, avoir un partenaire de fiel n’était pas pour lui déplaire. Son assertion, cependant, le fit malgré lui réfléchir. Certes, les troisièmes voies existaient … Mais parfois, il n’était pas possible de les voir. Et il arrivait d’être coincé. De ne pas voir comment avancer. C’était son cas en un sens. Quel autre choix avait-il entre essayer désespérément de s’accrocher à son désir de reprendre un jour son métier, ou abandonner complètement et faire autre chose ? Il ne voyait pas. Peut-être était-il arrivé à un de ces moments en forme de fourche sur le chemin de la vie. Avancer ou reculer, il n’y avait pas d’alternative. Mais entre rester dans sa chambre et se morfondre, ou bien sortir et faire la fête, il existait une alternative qui consistait à sortir et persifler. A tout prendre, il avait choisi. C’était aussi une décision plus aisée.

« Qu’entends-je, une forme d’espoir, presque ? Attention, on va finir par penser que nous sommes en forme et heureux d’être ici. »

Cette ironie grinçante faisait partie de son être, et n’avait été que renforcée par sa descente aux enfers. Nonchalant, détestant la confrontation brutale, Masami était de ces hommes qui préférait les remontrances subtiles ou les plaisanteries fines aux exclamations bruyantes et aux rires sonores. A force de côtoyer des cadavres, il avait fini par n’aimer que modérément les vivants, et avait toujours préféré le silence d’une salle légale à tout autre environnement. Misanthrope ? Pas exactement. Plutôt amoureux de tranquillité et observateur des caractères. Cette distance qu’il mettait entre lui et le monde était une manière comme une autre de se protéger, surtout ces deux dernières années. A vrai dire, peut-être était-ce aussi cela qui l’empêchait de devenir fou … tout comme l’explication de ses crises de panique en repensant à la fusillade, parce qu’il ne parvenait pas, précisément, à se distancier de ces quelques secondes d’horreur. Les revivre, c’était mourir. Oh, il pouvait en parler … Mais pas rentrer dans les détails. Sinon, il se retrouvait catapulté dans sa mémoire … Et chaque seconde devenait un supplice éternel.

« J’ai fait une partie de mes études de médecine à Hoenn, tiens. A Lavandia. »

Il se demandait s’il allait expliciter sa profession. La plupart des gens trouvait ça glauque comme métier. Ils n’avaient pas totalement tort, bien sûr. Ce n’était pas forcément l’emploi le plus ragoûtant au monde. Mais il avait son utilité, et sa manière, Masami apportait aussi du réconfort à des familles endeuillées, faisait progresser la science pour que d’autres ne subissent pas telle ou telle erreur … Et participait à la grande machinerie judiciaire. Grâce à lui, des criminels avaient fini en prison. Il estimait donc pouvoir en être fier, et ne pas avoir honte de ce qu’il faisait constituait une forme d’orgueil personnel, même s’il savait que cela restait difficile à assumer en société. Au moins, ça expliquait certaines choses sur lui.

« En fait … Je suis médecin légiste. Enfin … J’étais. »

Il n’arrivait pas à parler de sa profession au passé. Une part de lui s’y refusait. C’était comme admettre qu’il devrait tourner la page. Qu’il était impossible de retrouver sa vie d’avant. Et cela, il ne le supportait pas, l’amertume se lisant dans ses yeux, dans sa voix, alors qu’il prononçait l’impossible à admettre.

« Mais du coup … Pour découper des cadavres, on a pas vraiment besoin d’être un bon dresseur. »

Un léger sourire aux lèvres, il ajouta :

« Après cette introduction, si tu veux fuir, je ne t’en voudrais pas. La plupart des gens n’aiment pas trop quand je parle de mon boulot. »

Euphémisme.

« Cela dit … En ce moment, je vis chez quelqu’un qui possède un refuge, donc je donne un coup de main pour soigner les pokémons qui y sont amenés. Un Tortipouss refuse même de me lâcher d’une semelle depuis qu’on s’en occupe. Je crois qu’il m’a adopté, même si je ne sais pas vraiment si ça fait de moi un dresseur, et encore moins un doué. »

S’attardant davantage sur le visage de Stelkin, Masami commenta :

« Toi par contre … Ta tête ne m’est pas inconnue, maintenant que j’y regarde de plus près … La Ligue, non ? L’Elite ? Quelque chose comme ça. »

Oui, il ne voyait que ça ayant un rapport avec les pokémons. C’était sans doute évident pour beaucoup, et à vrai dire, il remarquait soudain les quelques personnes qui examinaient Stelkin avec curiosité, et ne put s’empêcher de se dire qu’il y avait un lien de cause à effet sans doute plus affirmé qu’une attirance soudaine pour ses beaux yeux … Qu’il avait jolis, certes, cela, il ne pouvait le nier. Il perdit cependant sa relative bonne humeur quand l’interrogation fatidique tomba. Ah. Ça y est. On y était déjà. Bon, en même temps, il fallait s’y attendre. Autant arracher d’un coup sec le sparadrap et ne plus s’en soucier. Vu son état … N’importe qui se poserait la question. Etait-il un dépressif qui se trouvait handicapé, ou un handicapé qui était dépressif à cause de ça ?

« C’est la question à cent mille pokédollars, ça. »

Dommage qu’on ne les lui donne pas à fois qu’on la lui posait. Sinon, il aurait été riche.

« Comment dire … »

Cherchant ses mots, Masami farfouilla dans sa poche et en sortit une cigarette et un briquet. La clope au bec, il l’alluma tant bien que mal et sentit instantanément la nicotine le détendre. Au diable les consignes. Il l’avait bien mérité.

« Le truc, tu vois, c’est que dans les films, quand y a une fusillade, le héros arrive et arrête les balles. Le problème, c’est que moi, je suis pas un héros. Et j’arrête pas les balles. »

La dérision, l’ironie comme soins palliatifs, Masami se connaissait trop pour ne pas rire intérieurement à sa propre présentation si pathétique. Soupirant, il continua :

« L’année dernière, tu en as peut-être entendu parler, mais il y a eu un attentat dans une banque, à Féli-Cité. J’y étais. Et donc … Voilà. »

Les images lui revenaient en boucle, soudainement. Sa main valide avait commencé à trembler. Une crise se préparait. Il le savait. Il connaissait les symptômes. Déjà, l’odeur du sang et de la mort revenait titiller ses narines. Son pouls s’accélérait, alors que sa bouche se moirait du goût de la peur et de la cendre. La nausée le prenait. Mais il avait l’habitude maintenant. Il fouilla maladroitement dans son veston et en sortit une petite boîte. Les cris, les hurlements reprenaient dans sa tête. Et cette senteur d’urine, de pire encore, du type derrière qui se faisait dessus … Frénétiquement, Masami avala ses cachets. La flagrance immonde s’éloignait. Les cris diminuaient. Mais les morts étaient toujours là, devant ses yeux. A jamais.

« Stress post-traumatique. »

Rien à ajouter. Au loin dans sa tête, les yeux révulsés du gars devant lui le fixaient toujours. Morts.

« Mais ça ira mieux. »

Un jour. Il le fallait. Il remarcherait, il pourrait utiliser sa main correctement. Il vivrait à nouveau. Lui pouvait encore le faire. Pas les yeux morts.

« Et du coup … Bah, j’étais éligible pour ce truc, et comme j’ai beau être un coloc sympa, je comprends que ma fille veuille passer la Saint-Valentin avec sa copine, j’ai pas dit non. »

Avant de conclure dans un rire faussement enjoué :

« Tu vas avoir du mal à battre ma p’tite histoire niveau pathétique. »

Se moquer. Encore et toujours. Pour ne pas regarder la vérité en face. Pour ne pas avoir à l’affronter. Pour ne pas attirer l’empathie. Parce qu’il n’en voulait pas.


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Modo CDT & Agent

C-GEAR
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Région : Johto, Hoenn
Jeu 22 Fév - 15:04
Stelkin n’avait pas envie dans l’immédiat de répondre à la pique lancée par Masami parce que cela n’aurait pas de sens de parler de lui et de choses assez profondes et anciennes alors qu’ils ne se connaissaient à peine. Les difficultés de la vie et sa triste expérience ont fait qu’il avait adopté une méfiance accrue vis-à-vis de n’importe qui, particulièrement réceptif à toute forme d’hypnose. Il ne savait pas si son interlocuteur en face était une vision réaliste d’un cauchemar ou pas, il ne savait plus faire la différence et était épuisé de rester tout le temps sur ses gardes. Epuisé car son instinct de survie était toujours aussi vif et éveillé et allait à l’encontre ce que à quoi le jeune garçon aspirait. Et Stelkin n’en pouvait plus de lutter et tout cela ressortait de ses paroles « Au moins le chemin sera plus simple lorsqu’on finira tous dans la tombe. Joyeusement. » L’émotion était palpable mais il arrivait encore à tenir. Il pouvait gérer mais il est clair qu’à un moment ou un autre, il devrait faire appel à lui. En même temps, les médicaments devaient faire effet et le dosage des médicaments avait été expressément réduit pour ne pas entrainer de somnolence.

Donc Masami était médecin légiste. Stelkin apprécia toutefois l’arrivée progressive des informations, passant du stade « études de médecine » au stade « je découpe les cadavres », peu ragoûtant. Mais en réalité, pour avoir un peu travaillé avec ces personnes lorsqu’il fut flic, cela ne le dérangeait plus tellement et sa vision noire de tout lui tira presque un sourire. Il n’avait pas forcément les mains propres de son côté et même s’il avait été déjà à l’époque victime d’hypnose, les souvenirs restaient. Le pire était qu’il n’avait pas de regret mais là n’était que la surface immergée d’un homme blessé au plus profond de son être. « Ca dépend contre qui on tombe. Je sais par expérience qu’un pokémon bien dressé est aussi dissuasif que n’importe quel automatique. » Ce n’était pas pour rien que des organisations criminelles existaient encore et que des justiciers de l’ombre naissaient comme une réponse naturelle à l’invasion. Il en avait été l’un d’eux ou avait cru en être mais il s’était tellement négligé dans ce procédé que son efficacité dans les missions avait pris le pas sur sa personnalité. Stelkin était vraiment comme un couteau aiguisé mais sa volonté avait fini par se fondre dans une adversité parfois illusoire. Ce devait être à partir de ce moment qu’il a commencé à se décrocher de la réalité de tout. « En tout ça, c’est bien l'élevage. J’ai longtemps voyagé avec les pokémons et ils sont loin d’être des créatures ayant une intelligence inférieure à la nôtre. Un de mes pokémons essaye d’apprendre la langue humaine, alors tu vois… » Kuma était à présent aux mains d’une éleveuse dans la région de Kantô. Il espérait que cela se passerait bien avec lui, il fallait dire qu’il avait une très grande personnalité, peut-être la plus grande de l’équipe. Il avait appris à composer avec l’humeur dominante et écrasante d’Arkh et ce dernier était beaucoup plus discret à présent. Et protecteur. Tous lui manquaient mais pour l’instant il devait être patient et se sentir mieux. Faire le point sur sa vie et vers où il voulait aller. Il y avait l’option de la Ligue, c’était bien le cas. Le challenge et l’adrénaline de la ligue lui manquaient un peu. « La ligue 4 oui. Mais c’était il y a longtemps. » Et il avait beaucoup perdu, que ce soit niveau entrainement ou niveau stratégie. Alors c’était loin d’être un projet réaliste dans l’immédiat.

Puis finalement, il posa LA question. Mais bon, à moins d’un truc assez gros, ils étaient bien là pour une raison et le cacher n’aurait pas vraiment d’intérêt, surtout dans un tel endroit. Il le vit changer du tout au tout, commençant par fumer une cigarette pour finir par se sentir vraiment mal et prendre des médicaments. « Je suis désolé » Mais il l’était et pas en même temps parce que ne pas poser cette question aurait pu créer encore plus de gêne entre eux. Si au début il avait dû faire preuve de tact, cette fois ci il ne ferait pas autant d’effort. La vision noire de Stelkin avait tendance à dissocier tout son côté sentimental, preuve que de son côté, il était à fleur de peau et que parler de tout cela risquait de donner un résultat similaire aux réactions de Masami. En tout cas il lui révéla qu’il avait une fille et préféra rebondir dessus « Alors comme ça tu es papa ? Comment se nomme-t-elle ? » Il étudiait Masami tout en sirotant son verre. Un père de famille qui a joué aux héros. Stelkin avait trop de fois effectué la même chose et savait à quel point cela était destructeur. Mais il n’avait pas d’enfant donc il ne pouvait pas comparer. Comme à chaque fois, Stelkina avait ce regard d’un bleu profond qui allait droit dans les pupilles de son interlocuteur, pouvant parfois déstabiliser. « En tout cas, tu as du cran. Mettre sa propre vie en ligne pour d’autres inconnus, je n’en ai pas rencontré beaucoup » Pour ainsi dire, il n’en connaissait que les gens qui travaillaient dans son organisation de l’ombre. Le monde a du mal à accepter – contrairement à ce que l’on pourrait penser – que de telles personnes puissent s’exprimer. Pourtant, face à la pression d’une arme, cela pourrait être dans plus de la moitié des cas, désamorcer des situations où les otages font corps ensemble. « Ça doit rendre folle les femmes un tel pedigree non ? »

Et puis ce fut le tour de Stelkin. Au tout début, il n’avait pas envie d’en parler et certainement parce qu’il était en face de Masami qu’il commença un peu à s’ouvrir. « Mon cas est loin d’être grandiloquent. Une dépression. » Il prit une gorgée de son cocktail. il devait à présent faire très attention à ce qu’il allait dire, vu qu’il se sentait quand même un peu borderline et que dans cet état, il ne maîtrisait pas rien « Comme je le disais, cela fait longtemps que je suis sur les routes à voyager. Un peu plus de 10 ans. J’ai vécu beaucoup de choses, rencontré beaucoup de personnes sans forcément savoir sur qui je pouvais compter. A chaque fois que j’essayais de construire quelque chose, l’instant d’après tout était soufflé. J’ai commencé à m’endurcir. A trop m’endurcir. » Il eut un triste sourire. Visiblement, il était incapable de lui dire vraiment ce qu’il en était, pourtant il aurait voulu. « Je suis devenu quelqu’un que je ne suis pas, et le décalage de personnalité a fait que j’ai fini par péter un câble. Je te la fais simple mais en gros, c’est ça ». Il avait dit ça d’une voix blanche, sans émotion. Parce que c’était la réalité des faits et que sentimentalement, il en était arrivé à un point clinique où il faisait un mur avec tout cela. Mais son esprit continuait de fonctionner et il savait qu’au fond de lui, cela n’était pas une bonne chose. « Des événements récents assez difficile m’ont permis d’en prendre conscience. Dommage que la cantine soit à la hauteur de sa réputation sinon ça aurait pu être bien. »

Alexander l’observait du coin de l’œil. Fallait pas oublier qu’il était un accompagnateur et ils s’étaient mis d’accord sur le moment où il aurait besoin. Il pouvait encore résister. Masami lui avait rapidement accordé sa confiance, il arrivait à en faire de même, quand bien même Stelkin continuait de parler par énigmes. « Ce cocktail est dégueulasse, je vais voir s’il y a pas d’autres trucs. Je vous rapporte quelque chose ? »


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Dim 25 Fév - 17:21
« J’ai coutume de dire qu’il y a toujours plus à apprendre des morts que des vivants. »

Docteur en morts glauques … Masami, ou le roi des présentations qui donnaient envie. C’était ainsi, avec lui, il aimait trop la dérision par rapport à ce qu’il avait été, à ce qu’il demeurait envers et contre tous les pronostics médicaux. La mort faisait partie de son univers, de son quotidien, il était de ces hommes que la vue d’un cadavre laissait froid, qui pouvait discuter d’une réservation au restaurant avec une main dans le thorax d’un homme. Désensibilisé, l’homme n’en était pas moins déshumanisé. Il avait simplement conscience que tous étaient poussières et le redeviendraient, à un moment ou à un autre, que le cœur n’était qu’un muscle qui s’arrêterait de battre. Et que craindre l’inévitable ne servait à rien. De là venait son amour de l’humour noir, et aussi, son entrain aux conversations un peu étranges comme celle qui se tenait en ce moment entre ces deux hommes aux vies brisées, biscornues, ravagées par leurs propres ombres, et qui discutaient, sous couvert de belles phrases, de dépressions et de désespoirs face à l’étrangeté de la vie. Stelkin ne le leurrait pas : sous les expressions alambiquées semblait se cacher une douleur renfermée, qui menaçait d’exploser à tout moment. Le Kobayaki n’en disait pas plus, mais n’en pensait pas moins. Quelques mois auparavant, il n’était pas loin de cette vision. De cet abandon. De cette lutte pour ne pas devenir fou. Qu’est-ce qui avait changé ? L’acceptation de ce qu’il était devenu, en partie du moins … Et l’amour des siens, aussi idiot que cela puisse paraître, ainsi que la réalisation qu’il les blessait plus que lui-même, en se laissant sombrer. Alors, il avait relevé la tête. Même si parfois, il la rebaissait, parce que la vérité demeurait toujours aussi douloureuse à regarder en face.

« Discours de flic ça ! Mais c’est pas faux. Un Mackogneur furax, ça fait plus de dégâts qu’une simple bagarre de rue. Et ainsi de suite. »

Lui n’en avait pas vraiment l’usage. Après tout, son quotidien se limitait à l’époque aux quatre murs blancs de la salle de médecine légale, cette chambre froide dans les sous-sols de la morgue ou de l’hôpital, orné d’une simple table chirurgicale, et où on lui allongeait des cadavres pour qu’il les ouvre et les ausculte, à la recherche d’une réponse, d’une trace d’ADN, d’un indice pour aider la police à conclure ses enquêtes. Il n’était qu’un rouage, jamais sur le terrain. Heureusement d’ailleurs. Il était plus à l’aise dans une chambre stérile ou dans un laboratoire. La malédiction du scientifique sans doute. De même, il avait tendance à voir les possibilités des pokémons sous un angle strictement rationnel. Et sa réponse à l’homme brun face à lui n’allait pas changer de cette approche quelque peu décalée de l’existence, par rapport à ses congénères humains :

« Oui, les cerveaux des pokémons psy notamment sont fascinants. Leurs liaisons neuronales sont exceptionnellement rapides, et leur cortex cérébral est beaucoup plus plastique que les humains, d’où peut-être leur aptitude à augmenter leurs ondes et à les rendre nocives pour le reste de leur environnement, avec leur cervelet qui fait office de sonar … »

Constatant qu’il s’était emballé, il offrit un léger sourire d’excuses à son vis-à-vis, avant de déclarer :
« Désolé … Je vois toujours les choses sous l’aspect médical … scientifique. »

Et il avait tendance à trop aimer en parler pour le commun des mortels. Ce n’était pas grave. Masami avait l’habitude d’être un peu étrange aux yeux des autres. Il avait côtoyé les morts pour être totalement adapté à la compagnie des vivants. Au moins pouvait-il tenter de se rattraper en hochant simplement la tête à l’explication de Stelkin sur sa relative célébrité. Ligue 4 donc. Ceci expliquait cela. Et ce n’était manifestement un sujet auquel il goûtait beaucoup. Le légiste ne connaissait que trop bien cette méthode pour clore rapidement un sujet. Soit. Il n’insisterait pas. Il avait déjà suffisamment à se soucier, avec les souvenirs qui remontaient en lui, qui incendiaient son âme et détruisaient ses veines.

« Tu n’as pas à l’être. »

Stelkin n’était pas de ceux qui avaient détruit son existence. Pourquoi serait-il désolé ? Il avait posé une question légitime. C’était de sa faute à lui s’il n’arrivait pas à la supporter. Alors Masami s’accrochait à la pensée de sa fille pour chasser le sang de sa mémoire, qui teintait toutes ces interminables minutes de son existence, qui obscurcissait son être et colorait sa sourde mélancolique rougeâtre.

« Elle s’appelle Alya. Et c’est la plus formidable des jeunes filles. »

Il avait ce sourire de père fier en prononçant ces paroles et n’en avait pas honte. Alya était la seule réussite de sa vie, même s’il n’en était pas à l’origine. Ce n’était pas grave.

« Même si je ne suis pas vraiment son père. Mon ex l’a eue adolescente. Et je l’ai élevée avec elle. »

C’était sa fille sans l’être. Parce que légalement, tant que la procédure d’adoption ne serait pas finie, il ne serait rien pour elle, juste un souvenir d’enfance. Il n’était, au regard de la loi et des hommes, que le mec qui avait épousé sa mère, pas celui qui avait essuyé ses yeux tristes face au rejet d’une jolie fille au collège, pas celui qui avait mouché son nez enrhumé quand elle était trop petite pour le faire. Il était un étranger … et pourtant son père. C’était simple. Et complexe. C’était sa vie. Sa vie qu’il avait foutu en l’air. Et ce simple fait lui tira un rire douloureux, dérisoire, détestable :

« J’étais juste en train de retirer du fric dans une banque. Et ils sont arrivés. Et … »

Les hurlements. La peur, palpitante. Les pleurs doux de ceux qui ne pouvaient contenir. Et puis la femme à son côté. Leur colère. Ils s’approchent. Ils menacent. Son corps réagit. Le néant. La douleur. L’enfer. Le paradis, avec sa lumière blanche qui obscurcit son champ de vision. L’abandon. Est-ce que c’est ça, la mort ? Ce n’est pas si désagréable. Vite. Une pilule. Un cachet. Tout de suite. Pour ne pas suivre encore la lueur.

« J’ai du mal à en parler. Le symptôme post-traumatique. »


Un vieillard trop effrayé par la vérité, voilà ce qu’il était. Alors, les femmes …

« Autant dire que, clairement, ça fait fureur auprès des femmes. Jusqu’à ce qu’elles se rendent compte que j’arrive pas à pisser tout seul. Les héros, c’est séduisant. Les pauvres types qui tremblotent, c’est pas très attirant. »

Et puis, Stelkin parla enfin de lui. Un peu. Ce que Masami avait pressenti s’avérait relativement exact. Une dépression donc. Qu’y avait-il de pire que des maux qui ne se voyaient pas ? Une blessure, ça se soignait, un corps brisé, ça se rafistolait tant bien que mal. Mais les problèmes psychiques, personne d’autre ne pouvait les voir, sentir leur emprise délétère sur un esprit qui croulait petit à petit sous des injonctions douloureuses, et qui tentait de faire face … Jusqu’à ce qu’il ne puisse plus. Jusqu’à ce qu’il décroche et que le mal insidieux ne règne dans son âme malade.

« Je comprends. »

Fidèle à ses propos précédents, il ne se sentait pas désolé, parce qu’il n’y était pour rien. Et en même temps, il compatissait, parce qu’il n’était pas sourd aux souffrances qui n’étaient pas les siennes.

« Parfois … La réalité de ce que l’on devient … difficile à supporter. »

Comment pouvait-il ne pas comprendre, lui qui n’arrivait pas à accepter cette image d’infirme que la société lui renvoyait, que son propre reflet lui offrait ? Trois balles, oui. Et un océan de déchirures au sein de sa vie, de ce qu’il était, de la vision qu’il avait de lui, qui avait déchiré les sutures difficiles de son amour propre après son divorce. Alors, mû par une communauté fraternelle de la misère, il posa sa main sur celle de Stelkin et la serra doucement dans la sienne. Il resta là, ainsi, avec juste cette chaleur humaine au bout des doigts, parce que parfois, les mots ne suffisaient pas. Il le lâcha lorsqu’il se leva pour aller chercher à boire :

« Un café. Bien noir. Comme mon humour. »


Plaisanterie idiote. L’handicapé fouilla dans sa poche et en retira quelques pièces qu’il lui tendit :

« Il doit y avoir assez pour payer. »


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Lun 26 Fév - 23:52
Stel ne pouvait qu’approuver sa réponse, même si le vrai débat est qu’est-ce qui est le plus parlant entre une parole et un silence ? Lorsque le silence était mesuré, tout prenait une dimension. Il n’y avait qu’à voir comment sa tactique au combat avait fini par s’aiguiser. Au fond de lui, il avait cette petite flamme dans laquelle il jetait toutes ses émotions, une à une, jusqu’à atteindre une certaine forme de sérénité. Ce n’était qu’à cet instant qu’il arrivait à visualiser ses stratégies, à les orchestrer. Son esprit pouvait créer bien des choses mais comme le côté pile de la pièce, il y avait le côté face. Pour continuer dans la métaphore, puisque les deux faces lui provoquaient de la souffrance, il marchait sur la tranche de la pièce et tel un équilibriste, il roula sur la tranche. Et il roula trop longtemps, jusqu’à un point où la pièce s’est fendue en deux. Le chien noir avait très certainement apparu à ce moment-là.

C’était plus facile de l’appeler comme ça, et il avait appris de la part de son psychiatre qu’en fait beaucoup de gens faisaient comme lui. Des gens aux sourires de façade, qui souffraient en silence parce que ce chien noir les mordait. Certains parlaient, d’autres noms mais la souffrance est invisible et pernicieuse. Le pire dans tout cela est que Stelkin pensait que tout ceci était normal, toutes ces choses qu’il aurait pu laisser de côté sur la route et qu’il a pris sur lui. La question selon lui n’était pas de savoir pourquoi il était apparu mais surtout comment vivre avec lui ? A présent qu’il était visible à ses yeux, son dialogue était toutefois invisible avec autrui. Un mort pourrait parler de cet état mental, le message serait clair mais hélas trop tard. Alors un vivant ? « Au final, c’est encore le chien qui gagne. On ne devrait pas parier sur ces chevaux » Oui, le jeune homme était particulièrement désabusé et encore plus quand il était dans cet état. Les vannes s’ouvraient et dans sa traînée une augmentation exponentielle de sa souffrance qui arrivait comme un cri horrible au loin.

En cela, il songeait que peut-être il n’était pas assez solide pour participer à ce genre d’événement et qu’au-delà de sa vision noire, la souffrance était vive et réveillée, telle une plaie béante et puante où le pus relent des épreuves passées mettait ses pensées à vif. Il trouvait cette situation ridicule, réduit à parler à un parfait inconnu tandis que son accompagnateur passait du bon temps à discuter avec autrui. En cet instant précis, il se sentait vraiment seul, face à ses démons et cet étranglement affectif qui le prenait direct à la gorge. Il sentait bien que Masami faisait ce qu’il pouvait pour lui remonter le moral mais justement cette situation commençait à l’énerver car il ne devait pas y avoir des situations comme ça. Blagueur ou digressant sur certaines facultés de pokémon psy, il n’eut même pas la force de relever le moment où il parla de son job de flic, comme si la marée noire d’informations et de sentiments contradictoires commençait à le mettre en sourdine par rapport à tout ce qui se trouvait autour de lui. Le chien était là, le chien venait de le mordre et il se retrouvait comme anesthésié. Peut-être qu’à cet instant, Masami comprit que Stelkin avait commencé à décrocher. Il essaya de faire bonne figure. « Non t’inquiète, j’admire ta passion pour ces pokémons » Une phrase courte car il ne pouvait faire autrement. Mais surtout parce qu’il avait du respect pour Masami et ce qu’il essayait de faire. Et qu’il se devait d’être bien pour lui. Les larmes montantes furent anesthésiées, il ne savait pas s’il devait remercier ou non le chien.

Les rencontres apportaient leurs lots de surprise et au cours de la conversation qui lui demanda un effort de concentration supplémentaire, il sut que Masami n’était pas le père biologique de sa petite. Étrangement, cela lui fit un léger réchauffement dans le cœur car cette évocation lui rappela que lui aussi n’était pas réellement un Lindovano mais un Stygdall. Une famille qui l’a cherché en main à travers de nombreuses régions alors qu’il n’était qu’à une mer d’eux. Pouvait-il réellement dire qu’il avait été malheureux avec eux ? Son rituel de purification pour rencontrer Ho-oh lui avait donné la réponse : c’était comme ça et puis c’est tout. Il était un Lindovano et même si cela signifiait avoir un pied dangereux avec la pègre international, il avait vite coupé court avec tout cela. Peut-être la se trouvait ce qui se cristallisait en une forme d’orgueil, une volonté telle un roc, ne pas flancher et se construire jusqu’à épuisement. « Je suis certain qu’elle est heureuse avec toi. Tu es quelqu’un de bien » Il espérait qu’il aurait l’intelligence de ne pas lui rétorquer ce qui ressemblait à de la politesse car ce serait mal pondérer ses propos. Plus jeune, Stelkin avait été très cruel avec bon nombre de monde. Des vies avaient été fauchées. Une noirceur sur fond de manipulation qui parfois le hantait dans ses nuits. Qui transparaissait dans certains de ses caractères. L’ex flic savait mettre de la distance avec tout.

Mais voilà, son état émotionnel empirait. Et comme un disque rayé, une vieille mélodie d’outre-tombe commençait à s’insinuer en lui « Alors dansons encore, avançons toutes voiles dehors et envoyons valser la mort » Allan chantait cette chanson. Son sauveur. Depuis combien de temps n’avait-il plus pensé à lui ? Masami avait ses symptômes post-traumatiques dont il avait du mal à en percevoir la dureté, lui qui se blinde de tout. Et puis il y eut son dernier commentaire, sur les femmes. Le dernier verrou sautait. Il avait été touché, sa carapace émotionnelle venait de céder. Et derrière, c’était une boule émotionnelle qui risquait de se déverser à tout moment. Les larmes montaient, il n’y avait plus de barrière. Et puis, il y eut ce contact.

Tout le submergea. La famille d’adoption, Aslan, ses amis portés disparus, sa famille biologique morte, ses rêves impossibles, les manipulations à répétition, sa maladie du sommeil, le futur, le présent, la vie, la mort, et cette putain de SOUFFRANCE ! L’explosion. Alors sans pudeur, il se laissa aller et s’effondra, tout venant en lui comme une rafale maladroite. Stelkin était vidé, brisé, plus incapable de rêver avec comme seule compagne une chienne de vie qui le faisait se sentir terriblement mal alors qu’il y avait encore cette chaleur humaine qui l’accompagnait. Cette chaleur humaine qu’il a trop longtemps repoussée en même temps qu’il l’a cherchait, sans trop savoir ce que c’était parce qu’il ne savait plus ce que c’était. Cette incohérence intellectuelle qu’il traînait avec lui et une immense solitude qui tombait sur lui comme un voile de nuit, un simulacre d’un clap de fin qui se finissait mal.

Il ne savait pas combien de temps cela avait duré. Alexander n’avait rien vu encore, cela devait être court. Alors comme une ultime blessure à ce qu’il était, il se fit incroyablement violence pour essayer de reprendre le contrôle de ses émotions. Car Stelkin était spécialisé dans le contrôle, et il devait en faire exemple. De loin, cela ressemblait à une véritable lacération psychologique. A un moment donné, la crise se stoppa net. Il dissociait ses propres émotions de son soi intérieur, agissant comme un vrai robot et se voyant agir de l’extérieur. Néanmoins, cette terrible fragilité était bien sous jacente. « Accompagne-moi » Avec les sentiments de : Ne pars pas, resta là et prends ma main pour me montrer encore une fois que la vie bat encore en moi. Alexander avait vu ce qu'il s'était passé et venait pour lui, la main déjà dans la poche pour appeler quelqu'un.

Stelkin décocha à Masami un regard qui voulait tout dire. Un regard dont aucun mot ne pouvait en exprimer la profondeur sinon ce message, à mi chemin d'une douce paranoïa
"Sauve moi".

~~~
« La lumière s'éteint peu à peu. Avant d'être dans le noir… je veux garder l'espoir. »


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Jeu 1 Mar - 21:56
Masami aimait l’opéra. Il trouvait dans les voix s’élevant vers le ciel un réconfort à nul autre pareil, une douceur qui avait longtemps apaisé son âme trop habituée à côtoyer les morts à cause de son incapacité à supporter les conséquences de soigner les vivants. Souvent, dans ses cauchemars, sa main ensanglantée, plongée dans cette cage thoracique qui se vidait lui revenait en mémoire, et encore aujourd’hui, cette tâche rougeâtre continuait à le poursuivre, écho sinistre à celle qui avait empuanti la banque au moment où son existence avait basculé. Le sang le poursuivait, et il n’arrivait pas à s’en défaire. Homme aux mains meurtrières, il s’était résigné à ne vivre que pour les morts, et à accuser ceux qui avaient causé leur trépas, pour ne jamais s’absoudre de son péché originel. Le légiste connaissait cette douleur profonde, cette souffrance aigue qui consistait à savoir qu’on avait failli, qu’on aurait pu faire mieux, qu’il y avait mieux, cette impression d’être broyé et de continuer à avancer, de se tenir debout en rampant sous la brûlure de son esprit vicié. Et il savait mieux que quiconque ce que le chien mordant pouvait induire dans un cerveau pleurant sans connaître les raisons de sa mélancolie, ou plutôt, en ne les connaissant que trop bien. Quelque part, la musique avait su lui offrir le réconfort que personne n’était en mesure de lui donner, et à cet instant où Stelkin sombrait lui venaient les paroles de son aria préférée.

Lascia ch'io pianga
mia cruda sorte


Survivre ne suffisait pas. Survivre finissait plutôt par ne plus survivre. On ne pouvait échapper à la vérité. Longtemps, il avait cru pouvoir y parvenir. Et puis, tout lui avait éclaté à la figure, et les larmes avaient coulé sur son corps meurtri qu’il ne retrouverait jamais. Il avait pleuré sa splendeur perdue, sa vigueur d’antan qu’il aurait dû tant chérir, ses jours heureux qui se perdaient dans le tourbillon de sa souffrance face à ces membres qui ne lui obéissaient plus, cette main qui le trahissait, cette jambe qui tremblait, et tout cet esprit qui, obstinément, ne voyait que le sang, les larmes et les cris. Sa poitrine, criblé de cette balle qui lui avait traversé le poumon, s’était fendue au niveau du cœur, et son myocarde abandonné avait rompu face à la déchéance. Et puis Alya était venue à son secours. Et Anthéa. Et Alan. Il sentait encore les bras doux du masseur autour de lui, alors qu’il avait chuté dans cette salle de rééducation et qu’il hurlait sa rage et son impuissance. A cet instant, il s’était souvenu que la vie, pour ce qu’elle valait, n’était pas si laide. Qu’au détour d’un chemin sinueux, la lumière faible mais bien réelle continuait de briller. Qu’il existait un futur, à défaut d’un avenir. Les larmes avaient coulé sur ses joues. Il avait compris. Le chien avait cessé de le mordre. Il avait fui, se cantonnant à l’espace de ses souvenirs, au rouge de sa culpabilité.

E che sospiri
la libertà.

Enfermé dans ce corps qui lui échappait, dans son impuissance, son impotence, Masami avait choisi de rire pour s’élever un peu, voler hors de cette chair traîtresse, et devenir l’oiseau de feu qui brûlerait sa noirceur. Stelkin y arriverait, un jour. Il s’affranchirait de cet esprit qui, lui aussi, le trahissait, pour reprendre le cours de sa vie, pour s’envoler par des beautés indicibles que pouvait réserver le monde. Il y avait quelques diamants à forger dans cette mine de charbon qu’était l’enfer de leur existence passagère. Il suffisait de les voir. Il fallait s’en emparer. Mais pour cela … Il était aussi nécessaire d’en être capable. Pour le moment, le joyau qu’était le dresseur n’était qu’une châsse vide. Avec le temps, il brillerait de nouveau. Masami l’espérait. Il y avait une âme qui ne demandait qu’à être libre, sous ce torrent de douleur. Il le sentait, le percevait à travers ces quelques réponses, ses compliments offerts dans ce qui paraissait être un effort d’honnêteté incertain face à tellement de choses qui ne pouvaient être dites. Il ne s’en offusquait pas. Non, il ne se pensait pas comme un homme bien. Mais il avait été à sa place. Peut-être, en un sens, l’était-il à l’envers, parce qu’il avait désespérément besoin de s’exprimer, sans y parvenir totalement, terrassé toujours par ce souvenir qui l’obsédait, qui le hantait, par la puanteur de sa haine, de sa rancœur, de sa peur aussi, face à ce qu’il était devenu. Alya était sa lumière. Il pouvait accepter d’être félicité pour elle, car elle était sa seule réussite. Ironiquement, il n’en était même pas responsable.

Il duolo infranga
queste ritorte


Stelkin vibrait. Stelkin souffrait. Et Masami se sentait attiré par sa douleur, comme un papillon de nuit qui virevolte autour d’une lampe, car elle n’était que le reflet de ses propres errements. Soudain, au milieu de cette assemblée bruyante, il n’y avait plus qu’eux, et sa main contre la sienne, et les larmes du jeune homme en face de lui, et son propre cœur qui se mourrait. Il était son frère des abysses, son reflet de l’abîme. Ils étaient les deux facettes d’une même pièce : celle de l’impotence humaine, et jamais le trentenaire n’avait autant été en communion avec une autre âme. Il entendait son message, ressentait au plus profond de lui cette ardente et impérieuse nécessité de ne pas être seul, de se raccrocher à cette fragile lueur entre eux pour ne pas repartir dans les ombres. Ils se comprenaient. Ils respiraient à l’unisson, et différemment en même temps. Ce n’était, finalement, pas si important. Leurs esprits déchiquetés avaient éclaté pour mieux se reformer, peut-être. Ils n’avaient qu’à fuir, l’espace d’un instant. Et s’envoler enfin, brisant les chaînes de leurs douleurs communes.

De' miei martiri
sol per pietà.


Il l’accompagnerait. Jusqu’au bout du monde. Jusqu’au bout de la nuit. Jusqu’au bout de sa nuit. Parce que Masami savait ce qu’il en coûtait, lorsque tout s’écroulait, de parvenir enfin à implorer cette aide. Parce qu’il connaissait l’impact de cette envie de chaleur humaine, de rester encore un peu ainsi, de savoir que le désespoir n’était pas la seule possibilité. Il voulait aider Stelkin à briser ses chaînes, ou au moins, à les fissurer. La solidarité entre malades, entre décatis de la vie, brisés par leurs ténèbres, ne connaissait pas de frontières. Il fallait avoir été tuméfié par le destin pour ressentir cet impérieux besoin de vie.

« J’irais avec toi. »

Déjà, le gardien arrivait. La crise ne passait pas inaperçue. C’était maintenant ou jamais. Alors, brusquement, Masami fit tourner les roues de son fauteuil et se déplaça à côté de Stelkin, sans jamais lâcher sa main.

« Emmène-nous loin. Là où on pourra regarder le ciel et être encore des enfants qui ne savent pas que les chiens existent. »

C’était une fuite en avant. C’était l’envie d’être libre. Il aspirait à la liberté. Sauver Stelkin, c’était lui permettre de s’envoler pour un monde meilleur. Lui rappeler qu’un autre monde existait. Et sa main dans la sienne, ils roulaient, loin de tout. Loin des autres. Loin de l’âge adulte. Jusqu’à ne plus être que des enfants.

Spoiler:
 


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Dim 4 Mar - 10:29
Sentir la vie pulser à travers son corps, à travers son esprit. Un lien fraternel qui venait de se créé, au-delà des mots, une compréhension mutuelle qui remplace n’importe quel spécialiste. Et comment la vie peut-elle redémarrer chez un homme brisé ? Comment faire germer les bourgeons d’un espoir pour en récolter les lauriers de la vie ? La nature se métamorphose naturellement face à l’adversité alors pourquoi pas eux ? Stelkin n’avait plus cette vision de la maladie, ne s’apparentant plus qu’à une minuscule poussière. Agglutiné à une autre poussière par une main. C’était ridicule, c’était risible et pourtant le duo en avait marre de tout cela. Qu’on décide de leurs vies pour eux pour leur incapacité à mener une vie normale. Détaché de son affect, Stelkin se voyait en train de voir Alexander arriver vers lui « Stelkin ? » Ses prunelles bleutées étaient sans teintes, pourtant cette main le raccrochait à la réalité. Evidemment, il l’avait vu et s’était empressé à les séparer. « On va arrêter l’expérience ici Stelkin, nous vous avons trop surestimé » Le choc fut moindre pour lui alors que leurs mains furent séparées. Dans un souffle, Masami lui souffla ce qu’il avait envie de faire. Et en cet instant précis il avait envie de la même chose. Agissant comme un électrochoc, il bouscula l’infirmier en service et pris la chaise roulante fermement par les poignées et se mit à courir.

Une course en avant. Une course folle qui n’avait pas de sens. Une course contre la torpeur qui les entravait. Une course vers un neverland sur terre. Une course car ils avaient un besoin impérieux de courir.

Conduire un fauteuil roulant était loin d‘être évident et il fallait pour Stelkin prendre en compte son avance pour trouver une solution radicale. Alexander, complètement écrasé dans les chaises, avait reçu un vilain coup dans sa chute qui l’avait bien sonné. Passant devant le bar, il tourna sur la droite où ils commencèrent à foncer dans la foule, continuant de courir sans s’arrêter. Certains professionnels de la santé avaient vu ce qui se passait mais espérait compter sur l’effet de surprise et les retarder légèrement avant qu’ils se mettent à leur poursuite. Rapidement, Stelkin pris un virage serré, ne manquant pas de cogner une attraction avant de se retrouver dans une autre partie de l’attraction, moins vers la plage et plus retirée dans les terres. Au lieu de courir, le jeune homme repris son souffle, s’inquiétant enfin de Masami qui avait dû avoir le cœur bien accroché pour subir cette petite escapade bien remuante. Mais le côté anesthésiant de Stelkin avait disparu avec l’adrénaline. « Ahah… Ahahahahah ! » Une étrange hilarité le pris. « Maintenant que je t’ai embarqué, je suppose que je t’ai kidnappé ? » Cette situation grotesque lui tira un franc sourire parce qu’au final, elle le raccrochait à des valeurs qui lui parlaient : braver l’interdit et réfléchir à des plans. Des valeurs peu recommandables mais qui, à bien y repenser, lui furent inculquées par Armand. Pas étonnant cette propension à vouloir toujours effectuer des choses en marge de ce qui était autorisé « Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir te faire maintenant que tu es mon prisonnier ?... » Il balaya du regard l’endroit où ils se trouvaient et virent une petite boutique de farce et attrape. Un sourire de gamin se peignit sur place alors qu’il essaya de camoufler un peu la chaise roulante et Masami en les mettant dans la pénombre. « J’ai une idée, je reviens rapidement »

Stelkin se dirigea dans la boutique de plage, pour les touristes. Il lui fallait prendre plusieurs choses afin de mieux se fondre dans le décor et possiblement les camoufler et les goûts de Stelkin étaient tout sauf bons. Il revint rapidement avec une perruque de cheveux blancs et un drap qui donnait un aspect vieillot. « Je suis désolé, je n’ai pas trouvé mieux » Oui, il avait l’intention de transformer Masami en une grand-mère en chaise roulante. Et lui ? Il avait trouvé de quoi faire un accompagnateur médical comme pour les autres du personnel. Enfin, quelques vêtements ressemblant de loin à ceux d’un accompagnateur : un œil avisé verrait que c’est complètement faux. Mais la preuve était que cela marchait bien : d’autres accompagnateurs un peu plus loin n’y avaient vu que du feu et faisaient un signe de la main à Stelkin qui le rendit poliment sans toutefois s’arrêter. Bingo ! enfin un peu d’air.

Le plan derrière ? Madame Rostchill a quelques problèmes pour se déplacer et recherche l’amour, le grand en cette soirée de Saint-Valentin. Madame Rostchill était une dame de la haute et elle ne se mélangeait pas avec n’importe qui. « Gente dame, c’est à vous. Voulez-vous draguer ces gentilhommes ? » Stelkin lui afficha un large sourire en lui désignant des petits vieux qui trottinaient pas loin d'ici. Ça lui allait tellement bien cette perruque, il en était presque mignon.


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Mar 6 Mar - 18:07
Tout s’enchaîna en un éclair. La pulsion de vie s’était révélée plus forte que la mort, la maladie, l’ennui, la convention sociale qui voulait qu’un malade, ça souffre en silence et ça ferme sa gueule parce qu’on n’allait pas en parler pendant cent ans, sauf chez le psy. Un malade, ça devait être malade, donc faible, et pas trop vindicatif. Un malade, c’était quelqu’un dont on prenait soin, qu’on ménageait. Sauf qu’un malade, c’était aussi une personne avec des envies, des rêves, des désirs de liberté. Il y avait un cœur qui battait sous les médicaments, une âme qui s’élançait vers des volontés inavouées. Et bien souvent, le corps médical avait du mal à l’admettre. C’était criant pour les vieux, qu’on soignait, nourrissait, mais à qui on interdisait toute vie sexuelle. Il ne fallait quand même pas qu’ils soient normaux, heureux … Les handicapés ? Pareil. Masami savait, pour en avoir discuté avec Anthéa, que les psychiatres s’inquiétaient rarement des besoins de leurs patients, comme si un déficient mental, un dépressif aussi, n’avait pas le droit de mener sa vie. Alors, un type en fauteuil roulant … En voulant les soigner, involontairement, tous ses collègues bien intentionnés les renvoyaient à leurs douleurs intimes. Même cet événement, qui partait d’une bonne intention, les circonscrivait dans une partie bien définie de la station balnéaire, entre eux, à boire des cocktails sans alcool et à regarder la mer. Certains s’en contentaient. Mais le légiste avait besoin de plus. Pour tout amoureux des morts qu’il soit, il aimait trop la vie, la vraie, celle avec ses heurts et ses accrocs, pour accepter de rester dans ce cocon qu’il détestait. Etait-ce trop demander, une journée à oublier la vérité ? A s’amuser comme un adolescent, histoire de ne pas penser qu’il était incapable d’être un homme ?

Cette course dans laquelle ils s’engageaient, maintenant que Stelkin l’emmenait à vive allure sur le chemin de toutes les facéties, au mépris de toute prudence. Ils fonçaient, et son cœur au bord des lèvres, Masami avait autant envie de vomir que de jouir, comme un gamin ivre le jour de sa propre cuite. L’air dans ses cheveux, les cris des soignants et l’air des embruns des marines, il exultait, sentant son myocarde battre furieusement dans sa poitrine trouée de cette cicatrice hideuse que l’impact de la balle avait laissée. Il était vivant. C’était étrange de s’en rendre compte ainsi, ou plutôt, de comprendre à quel point il était mort, avant. Soudain, il se sentait pleinement responsable, enfin ! Lorsqu’ils seraient rattrapés, il faudrait assumer … Et précisément, c’était ce qu’il recherchait. L’adrénaline, puis la punition, parce que personne n’osait hurler sur un mec en fauteuil roulant, ou bien tout envoyer valser comme l’avait fait Stelkin. Agrippé aux accoudoirs de son véhicule qui crissait sous cette vitesse pour laquelle il n’était pas fait, tout en essayant de ne pas tomber, l’homme aspirait l’air à grandes coulées, comme s’il n’avait jamais remarqué à quel point il était chaud, à quel point la soirée était belle. Toutes ces couleurs dans le ciel lui apparaissaient plus claires, à moins qu’elles ne soient en kaléidoscope parce que la tête lui tournait ? Peut-être. Quelle importance ? La vie était belle. Parfois. C’était bien assez.

Soudain, ils s’arrêtèrent. Et son rire s’éleva, se mêlant à celui du brun. Ils riaient, de ce rire nerveux, heureux, un peu fou. C’était idiot ce qu’ils venaient de faire, n’est-ce pas ? Mais qu’est-ce que c’était bon ! Parce que ça comptait aussi, d’être libre d’enchaîner les stupidités, d’être débile et d’en rire. Se tromper, c’était être humain. Se planter, c’était vivre libéré. Et le poids dans sa poitrine s’envolait, brûlait, fondait. Peu à peu, il reprit sa respiration, et sourit à la question du jeune homme qui l’accompagnait, son complice dans le crime d’essayer d’être vivant :

« Si je dis que j’étais consentant, est-ce que c’est dû au syndrome de Stockholm, à ton avis ? »

Sa question suivante l’arrêta cependant. Bêtement, Masami avait eu envie de répondre quelque chose d’assez salace, mais s’était contenu. Clairement, si Stelkin avait été une femme, il n’aurait pas hésité. Pourquoi ne pas plaisanter, alors ? Parce que … Etrangement, il n’avait pas envie d’introduire ça dans ce moment. Lui qui avait cette habitude de médecin d’un parler cru, franc, gouailleur, il n’avait tout simplement osé. Et cette timidité soudaine, dont il ne comprenait pas le sens, le perturbait plus qu’il ne voulait l’admettre. Il n’y avait rien d’ambigu, entre eux, alors pourquoi ... ? Pourquoi. Il n’avait peut-être pas envie de le savoir. C’était ainsi, il avait cru comprendre que ce type de blagues n’était pas à son goût, vu son manque de réaction à sa première sur ses admiratrices. Par chance, Stelkin partait déjà, l’empêchant d’y penser plus avant.

« T’es sérieux là ? »

En voyant ce que lui ramenait le brun, le Kobayaki manqua s’étouffer.

« J’vais jouer la grand-mère à moustaches, t’en as conscience j’espère ? »

Pourtant, il installa la perruque et se calfeutra sous la couverture, prenant garde à ce que son bouc ne se voit pas … Sinon, ça casserait quand même l’image de Madame Rostchill, à moins qu’elle ait une sacrée barbiche. Le pire ? Ils étaient tous dupes, puisque beaucoup, de loin, ne voyait qu’une énième personne âgée en fauteuil avec un jeune infirmier qui la poussait. Pas bête. Ridicule, d’accord, mais loin d’être idiot. Aussi il consentit à avouer du bout des lèvres :

« Joli don d’improvisation, cela dit. »

Lorsqu’il lui désigna les grands-pères qui bavardaient joyeusement, Masami le prit au mot et grommela :

« Ils vont pas s’en remettre … »

Et soudain, il héla un homme qui n’était pas loin et s’apprêtait à entamer une partie de pétanque avec d’autres grands-pères. Il minauda d’une horrible voix de fausset, tel un eunuque, si elle pouvait jouer avec eux, s’il vous plaît, et monsieur l’infirmier, vous êtes d’accord, vous jouerez aussi ? Pendant ce temps, les soignants qu’ils avaient laissé en plan courraient, passant sans s’arrêter devant les joueurs qui trouvèrent que la grand-mère fragile avait une sacrée poigne, et pas mal de chance. Ce n’était qu’un vieux jeu de pétanque sans intérêt … Mais pour la première fois de la soirée, il ne pensait plus à son fauteuil. Il s’amusait, mission accomplie. L’un d’entre eux lui avoua, passé une demi-heure, qu’il, enfin, qu’elle était charmante. Grand fou va. Et ils partirent après les avoir remercié.

« Je crois qu’on les a semés … Wahou, ça fait bizarre d’entendre ma vraie voix. »

Son regard se tourna vers la mer et il demanda :

« Tu crois qu’on peut juste aller sur la plage ? »


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Sam 17 Mar - 10:27
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S’il était sérieux ? Bien sûr qu’il était, comme il l’était depuis le début de cette escapade. Stelkin était joueur, le genre de gambler qui pense aux possibilités où cela ne fonctionne pas. Alors, oui, avec tous ces apparats, il savait que ça irait car il avait beaucoup d’expérience dans sa faculté de se fondre dans une foule. Il pouffa de rire quant à la remarque de Masami qui parla de femme à barbe. Stelkin trouvait ça tellement drôle et mignon qu’à ses dépends, il se mit à rire de plus belle. Les chaînes de son enfermement mental se cassaient ce soir et il ferait tout simplement tout ce qui lui passerait par la tête et des idées loufoques lui venaient en tête « S’il y a bien un truc que j’ai appris, c’est que l’amour n’a pas de stéréotype tant que c’est de l’Amour » Bien entendu, il avait dit ça en pensant pas à mal mais faut dire que dans le milieu gay, il avait pu rencontrer de nombreuses personnes disons assez étranges et loin de ses propres convictions. Parfois, il n’y avait qu’un pas pour que l’imagination osée ne devienne réalité. « Et puis, ce n’est pas une chose si étrange qu’une grand-mère ait une moustache non ? » Il comptait sur son complice pour ne pas le livrer à la police pour l’abomination qu’il venait de lâcher.

Du coup, ils s’étaient planqués peu après dans un groupe de vieux qui jouaient à la pétanque. Stelkin, préférant rester avec Masami que de s’écarter du groupe autant pour profiter que pour mieux se fondre dans la foule. Mais il n’était pas le seul à s’amuser car Masami semblait vraiment s’amuser. Le jeune homme restait pensif : il y a encore quelques temps, une violente souffrance enterrée en eux explosait et à présent, ils s’amusaient. Le cerveau humain avait cette étrange capacité à faire abstraction de beaucoup de choses. Ou bien était-ce la maladie qui reprenait le dessus ? C’était assimilable au roulis des vagues sur une plage. Fixé sur place, il observait la mer des émotions évoluer. La mer était loin en ce moment. Mais, il y avait des roulis et il y en aurait toujours à partir du moment où il se lancerait dans ses réflexions. Son humeur et ses émotions étaient instables et le spectre de repenser à plusieurs scènes du passé où son propre bonheur s’enfuyant lui faisait toujours craindre un peu que ce moment se brise. A ce moment, Stelkin ne s’était pas rendu compte que sa dépression revenait en forme, lui donnant une vision déformée de tout avec un verre à moitié vide. Le roulis des vagues était peut-être un peu plus grand mais c’était encore assez loin…

Finalement, leur camouflage bricolé avait réussi à mettre en déroute les derniers poursuivants, si bien qu’ils étaient tranquille pour un bon moment, acquiesçant derechef. Enfin, dans l’esprit tordu de Stelkin, c’était presque le cas. « Ca dépend si ces papis ne savent pas se retenir face à ton auguste charme » Stelkin était d’une manière générale assez blagueur et taquin, si bien qu’il ne pouvait s’empêcher de faire une remarque idiote comme cela. En tout cas, il lui proposa d’aller vers la plage, ce qu’il accepta sans broncher. De toute façon, tôt ou tard ils se feraient rattraper alors autant prendre un peu de silence et de calme face à la mer avant de rentrer dans rentrer dans leurs vies respectives. Autant aller jusqu’au bout de l’expérience et profiter.

Faire rouler le fauteuil roulant dans le sable n’était clairement pas l’idée du siècle mais comment faire autrement ? Il ne se voyait pas porter Masami sur une espèce de planche de surf et le tirer jusqu’au bord de l’eau. Non, il allait essayer de rouler avec, mais bien évidemment, le matelas sablonneux entravait cette avancée merveilleuse qu’ils avaient fait jusqu’à présent, lui donnant un arrière-goût de tristesse. Cela lui donnait l’impression que parfois, malgré tous les efforts que l’on pouvait faire, certaines choses restaient immuables. « Désolé, ce n’est pas la meilleure idée que j’ai eu » Ils perdirent beaucoup de temps à arriver jusqu’à la mer, ou alors c’était une impression de lui que ce moment sur la plage fut beaucoup plus court.

A présent, la lune argentée dardait ses rayons lunaires sur l’eau calme et dormante de la mer d’Alola. Quelques rares personnes avaient fait comme eux mais personne n’avait de fauteuil roulant évidemment. Les embruns maritimes semblaient donner un second souffle pur qui emplissait ses poumons. C’était son élément, et comme à chaque fois, il avait l’impression de se retrouver chez lui, à la maison sur pillotis de Pacifiville. « J’aime ce calme, pas toi ? » Plus de brouhaha des gens autour d’eux, plus ces lumières agressives, juste une sorte de fin de parcours face à l’immensité de la nature où il est possible de faire corps avec elle. Stelkin relâcha les poignées du fauteuil et se tourna vers Masami, toujours affublée de cette ridicule perruque blanche. Il eut un grand sourire avant de l’enlever. « Voilà qui est mieux » La barbichette avait retrouvé sa véritable place dans ce charmant visage.

Maintenant Stelkin était accroupi aux côtés de Masami, observant l’horizon aux couleurs bleu grises, donnant un aspect fantastique à cette nuit. Le silence entre eux avait duré quelque peu, respirant cette ode à la liberté. Ils avaient réussi ce soir à vivre leurs vies au-delà de l’aspect médical. Mais, une question lui taraudait l’esprit « Comment vois-tu ton avenir à présent ? » Le roulis de la vague au fond de lui était un peu plus proche de lui mais il avait encore du temps. Et il voulait tellement profiter de ce moment en sa compagnie que, pour une fois, il nia complètement ces pensées parasites qui montaient en lui.


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Mar 10 Avr - 19:11
« Tu ne diras pas ça quand la Masama Rotshill en moi rencontrera un séduisant nonagénaire et partira avec lui en charentaises … Moustaches ou pas. »

Masami n’était ni dénué d’humour, ni obtus. Il devait simplement avouer que s’imaginer en grand-mère était à mille lieues de l’expérience la plus improbable qu’il lui ait jamais été donné de vivre. L’acte de transformation ne le gênait pas, plutôt la haute probabilité qu’ils se fassent tous les deux pincer par un grand-père avec une vue moins basse que les autres. Etait-il conformiste alors ? Un peu. Ou plutôt, il avait toujours été sincèrement aveugle aux différences. Rien ne le choquait. Il se moquait de ce que faisaient les gens de leur temps libre. De toute manière, comme il le disait souvent, vu que les hommes avaient une tendance à vouloir du mal à leur voisin, quand ils désiraient se faire du bien dans un joyeux consentement mutuel, il n’y avait aucune raison de les en priver, peu importe la forme prise par ce déchaînement libératoire. Tant que chacun y trouvait son compte … Etait-ce une attitude d’homme privilégié ? Sans doute. Probablement même. Mais au moins, il avait au moins la capacité à se remettre en cause et à essayer de voir à travers les masques, et à accepter d’attendre que ces derniers tombent. L’espace d’un instant, il se demanda si Stelkin n’avait pas voulu lui envoyer un message subliminal, puis s’arrêta. Et après ? Qu’importait. Avec cette méthode tellement scientifique, le légiste préférait attendre doucement que les gens se confient, croyant aux faits et non aux devinettes. A vrai dire … Souvent, cela lui passait au-dessus. Les personnes qu’il fréquentait étaient des amis, des connaissances qu’il appréciait, et point final. En effet, l’amour n’avait pas de stéréotype, qu’il soit amical ou plus profond. L’essentiel résidait dans la capacité à accepter l’autre dans son entièreté.

Leur petit stratagème se déroula à merveille, l’homme s’amusant finalement horriblement sous son déguisement, à discuter gentiment avec ces messieurs d’un certain âge. Jouer un rôle, oublier qui il était vraiment, pouvoir se projeter dans une vie autrement plus remplie, plus heureuse, dans un corps qui avait connu la puissance et ne devait sa décrépitude qu’au temps, échec partagé de l’humanité, n’était-ce pas un plaisir doucereux ? Il s’oubliait, cherchant à se raccrocher à son cœur qui battait, à ce frisson d’adrénaline qu’il ressentait à cause de l’interdit d’avoir fui, de pouvoir être découverts … De tromper aussi, gentiment, d’autres personnes, sans leur vouloir de mal. Après tout, peut-être que certains se sentiraient ramenés à leur jeunesse triomphante, à s’imaginer que la petite Madame Rotshill les appréciait tellement … La vieillesse était un naufrage. Certes. Mais quand surgissait une étincelle, elle devenait belle, de cette beauté qu’on les vies qui se sont écoulées lentement, qui ont vu tant de choses, connues tant de défaites et de victoires pour n’en retenir que l’essentiel et contemplent avec sagesse leur destination finale avec, non pas de la résignation, mais de l’acceptation, cette même acceptation que Masami ne pouvait avoir, ou plus exactement, avait tant de peine à ressentir. Il n’était pas comme ces hommes … Et en un sens, il les enviait. Ils avaient profité eux. Pourquoi lui n’aurait pas le droit au même bonheur, au même malheur, mais à être au moins acteur ?

Mais cette vie rêvée d’une autre avait une fin. Ils pouvaient s’en aller … et voir la mer. Vraiment. Pas juste loin, sur une bande de terre aménagée pour un fauteuil roulant. Masami voulait être tranquille, respirer l’odeur des embruns comme n’importe qui, et pas surveillé par un infirmier qui minuterait son temps, constamment à l’affût d’un môme courant dans sa direction ou d’une éventuelle bousculade. C’était le charme de la plage, aussi. Mais surtout, il espérait respirer, tout simplement, sans regarder autour de lui, sans se dire que son temps était limité. Juste sentir sa poitrine s’abaisser et se soulever, et l’apprécier comme la preuve qu’il n’était pas fini, qu’il y avait de l’espoir, car ses poumons continuaient de fonctionner, car son cœur demeurait puissant. A nouveau, la pulsion de vie montait en lui, déchirante et destructrice, et paradoxalement si apaisante. Doucement, il répondit donc à Stelkin qui s’excusait :

« Non … C’est parfait. Etre ralenti par le sable … C’est aussi le plaisir de la plage. Enfin … C’est sentir vraiment chaque grain. Je n’ai pas pu le faire, à rester sur le chemin balisé. »

La nuit les cueillit alors qu’ils arrivaient face à l’onde. Submergé par une brusque émotion face à ce ressac immuable, Masami resta un moment à l’observer, sourd au monde extérieur. Le mouvement l’apaisait, lui donnait l’impression que tout était à sa place, quand ce n’était pas le cas. Il ne l’était pas, à sa place. Les couples amoureux passaient autour d’eux, emmitouflés dans leur joie et calfeutrés derrière les œillères de leur passion. Que n’aurait-il pas donné pour être à leur place ! Un moment seulement pour marcher avec un être aimé, pour se sentir vivre, pour être libre ! La nostalgie l’envahit, alors que deux jeunes gens lui rappelaient son ex-épouse et lui, des années auparavant. L’amertume le saisit. Pourquoi n’arrivait-il pas à se détacher ? Pourquoi la mémoire des belles amours lui revenait en pleine gueule alors qu’il avait l’océan pour recueillir ses larmes ? Et puis les amants passèrent. Ne resta que l’ombre et le vent. Et avec eux, la tranquillité de ceux qui restaient seuls sur cette plage. Seuls au monde.

« Je n’aime plus la foule … Mais en même temps … J’aimerais parfois arriver à nouveau à me fondre dans sa masse, dans son bruit et m’en moquer … »

Soupirant, il ajouta, désabusé :

« Je crois que je suis un homme paradoxal … »

Ses oripeaux retirés, Masami retrouva sa propre peau avec un certain soulagement. Et Stelkin posa la question à laquelle il n’existait pas de réponse.

« Je ne sais pas … »

Son regard se posa sur sa main handicapée, puis sur ses jambes.

« Déjà, il faut que je remarche … Et après … Sans ma main, je ne pourrais pas exercer mon métier. »

La douleur de devoir prononcer l’indicible vérité le terrassa. Mais il repoussa les larmes qui montaient en lui.

« Je ne peux pas rester vivre toute ma vie chez ma belle-fille … Peut-être qu’on voudra bien de moi comme professeur dans une université quelconque ? »

Une chaire par charité pour un découpeur de chairs. Quelle ironie.

« Ou bien … J’arriverai à me reconvertir dans je ne sais quoi … »

Et ce serait un déchirement.

« Mon métier a toujours défini qui j’étais. Comment je me voyais. Mon humour en vient. Ma conception de la vie, de la société aussi.

Alors quelque part … Ce n’est même pas mon avenir que je n’arrive pas à entrevoir. C’est la personne que je suis maintenant. Tu comprends ? »


Il avait murmuré la fin. Avant de demander, pour ne pas rester sur lui, pour ne pas s’apitoyer davantage :

« Et toi ? Tu n’as pas quelqu’un qui t’attend, pour après ? Des projets ?»


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Mar 15 Mai - 13:58
Tout cela n’était que la vaste comédie de la vie, faisant rencontrer deux âmes brisées qui ne cherchent qu’à vivre à nouveau, portés par un second souffle comme cette brise marine nocturne qui balayait légèrement ses cheveux. A qui devait-il hurler leur envie d’^^etre, l’envie de revenir en arrière et changer ce qui avait été décisif dans leur vie ? Le roulis de la dépression au fond de son être enflait à nouveau, se disant l’instant d’après que de toute façon, cela ne servait à rien de s’acharner à imaginer une vie parfaite qui n’existerait pas. Mais où jeter alors ces émotions négatives qui ne cessaient de naître en lui ? Alexander lui avait expliqué que cette maladie était liée à un manque d’une sécrétion d’une molécule particulière – le nom lui échappa cependant - dans son cerveau et que c’était ce manque qui lui faisait voir tout en noir. C’était bel et bien clinique même si les affres de sa vie avaient provoqués ou accélérés cette chute. Pourtant, il se tenait debout, face à l’immensité de la nature et songeait à ce qu’il voulait faire de sa vie, une fois qu’il serait guéri. Et le fait de ne pas être seul dans cette situation l’aidait à se sentir un peu mieux pour ne pas se renfermer sur lui-même.

La vue des amants sur la plage lui fallait penser à ses quelques aventures, avortées avant d’avoir commencé. Quelque chose le bloquait dans son comportement avec autrui et du plus loin qu’il s’en souvienne, il n’a réellement connu que l’adversité et ne savait pas bien comment faire autrement. L’exemple de sa fuite en avant le prouvait encore et pire encore, il avait embarqué quelqu’un dans sa folie passagère. Alors quand il l’entendit dire qu’il était un homme paradoxal, Stelkin ne put s’empêcher de lâcher un petit rire « Si tu es un homme paradoxal, alors je suis le Paradoxe même » Il voulait simplement dire que cette dualité de pensées n’était pas propre à lui et qu’il y était confronté tout le temps, en tout temps. Pour un homme qui chérissait la liberté plus que tout, devoir se ranger du côté de la société n’était pas forcément la chose la plus simple à appréhender. Il avait décidé de lui-même de prendre un vrai temps de repos et de réparer son cœur et son esprit qui étaient en morceaux depuis qu’il comprit tout ce qui l’avait provoqué. Les cas d’attaques de Darkrai sont rares mais jamais un individu n’avait vécu à travers ces hallucinations pendant aussi longtemps.

Le roulis enflait, doucement mais surement…

Il se sentait mal d’avoir à nouveau déversé son acide sur Masami qui l’a renvoyé face à ses rêves brisés mais ne dit rien et le laissa dire ce qu’il avait sur le cœur. Son visage était caché dans la pénombre mais des larmes lui venaient. Le roulis était là et commença à venir chatouiller ses plates-bandes de bien-être, reprenant une à une les fleurs de bienêtre qu’il essayait de germer. Qui était-il à présent ? Etait-il encore ce Stelkin fougueux et sûr de lui, prêt à se battre jusqu’à la mort pour sa liberté d’être ? Ne l’était-il plus car il n’avait plus lieu de l’être ? Tout cela finit par l’achever quand c’était à son tour d’en parler mais la vérité, c’était qu’il n’avait strictement rien à dire sur le sujet.

« Je... » Les terribles séances avec le docteur Schneider lui revinrent en mémoire et le plaisir coupable d’imaginer que tout ce qu’il avait vécu n’était qu’une des innombrables imaginations de son esprit. Coupable car quelque part, tous ses pokémons l’attendaient pour qu’il aille mieux mais il ne faisait rien pour avancer. Il mordit ses lèvres pour ne pas exploser, l’une de ses mains cachant le visage. Sa voix était rauque. « Je… Je ne sais plus ce que je dois faire, c’est juste trop dur » Le roulis explosa en lui pour la seconde fois, il était clair que son traitement non pris avait des effets ravageurs chez lui. « Je suis juste … Epuisé. Marcher un pas après l’autre sans savoir pourquoi, parfois sans plus savoir comment, se dire que tout va aller mieux à présent et que l’instant d’après, tu sombres. Tu joues les PUTAIN d’équilibristes jusqu’à ce que le fil cède sous ton poids et tu chutes, chutes… » Il contemplait la mer au loin, la crise s’arrêtant très vite. Le roulis s’était retiré et il ne restait que cette coquille vide. « Seul, avec les ténèbres et le reste du monde comme seul témoin de ta chute » Il se tourna vers Masami, le visage ravagé par les émotions terribles qui le traversent « C’est comme ça, je n’y peux rien hein ? Quand ça me prend, ça sort mal et dans le mélodrame… » Il le regarda, avec des yeux nouveaux. Il était mieux sans tous ses apparats. « Excuse moi » Il s’accroupit et enfouis sa tête dans ses bras, incapable de quoi que ce soit.


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