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» Deux soeurs

Sanae Rainsfeather

Sanae Rainsfeather
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Mar 30 Jan - 0:53
Sanae, 13 ans.

C'est insupportable. Ça fait maintenant trois ans que maman est morte, mais je n'arrive pas à m'en remettre. Tenter de vivre normalement est impossible. Comment je dois faire ? Qu'est-ce que je dois faire ou penser pour que la douleur s'en aille ? Je ne veux plus y penser, je n'en peux plus. Cette douleur, ces souvenirs, tout me hante et j'ai l'impression de devenir folle. Eclat est là, avec moi, mais elle ne parvient pas à me calmer ni me changer les idées. Elon n'est pas repassé depuis un bon moment, sûrement dans la nature à jouer avec d'autres Lixy... Ce pincement au cœur est toujours présent même quand je pense à autre chose. Cette gêne globale, ce sentiment d'impuissance, tout. Je sais que je ne peux pas oublier comme ça cet événement, que les émotions ne cesseront jamais d'affluer comme ça, de me rendre complètement faible et impuissante.

Pendant ces trois années, papa n'a pas dit un mot. Il a souvent été absent auparavant avec son travail, mais avec son silence et le fait qu'il soit plongé dans ses recherches, j'ai l'impression qu'il n'existe plus. Comme s'il était parti avec maman. A chaque fois que je descends le voir à son laboratoire, il ne m'adresse pas un seul regard. Et, peut-être la seule chose qu'il veuille bien me dire, c'est de sortir. Le ton violent, sec et rien d'autre. Comme un ordre. Comme s'il parlait à une nuisance. Et ça, c'est difficile. C'est dur. Il a autant besoin de soutien que moi, et j'ai autant besoin d'être rassurée que lui. Cette tragédie, on la vit ensemble, ce n'est pas rien, ce n'est pas comme s'il avait été seul à supporter tout le poids. Je n'ai pas été présente lors de sa mort, et je pense que je m'en voudrai encore longtemps de ne pas avoir été à son chevet pour ses derniers instants à l'hôpital... Mais je sais que je peux encore avancer, quelque part. Je veux faire quelque chose de ma vie, je ne veux pas la jeter et faire comme si mon existence n'avait plus aucune utilité, plus lieu d'être. Maman m'a toujours dit de rester positive, de ne jamais baisser les bras et de croire en nous. Ce n'est pas vraiment le moment idéal pour y penser parce que je sens de nouveau mes larmes aux coins des yeux, mais si j'arrête de penser à elle, va-t-elle disparaître ? Est-ce que je suis quelqu'un de capable, comme elle ? Est-ce que c'est la bonne méthode que j'ai avec papa ? Qu'est-ce que je dois faire ?

Je décide que ce n'est pas le bon moment pour aller le voir et monte à l'étage pour voir comment vont les sœurs. Je croise Leafia qui s'approche tout de suite de moi, demandant des caresses. Je m'agenouille et pose ma main sur sa tête pour faire ce qu'elle me demande. C'est toujours agréable de la revoir, de sentir que ma présence est encore utile et voulue dans cette maison. Que quelqu'un a encore besoin de moi.

Lorsque j'entends du bruit dans l'une des pièces de l'étage, je lève la tête pour voir Sylphe qui jette un coup d’œil discret pour voir ce qui s'y passe. Quand je croise son regard, elle recule et disparaît de mon champ de vision. Je me pensais fragile et faible, mais la Nymphali l'est encore plus que moi. Elle l'a toujours été et a besoin de réconfort et de tendresse, d'être rassurée sur le fait qu'elle peut encore croire aux gens, qu'il lui est possible d'aimer et d'être aimée, une nouvelle fois. Je sais que c'est difficile pour elle, tout comme ça l'a été pour sa sœur ou pour moi-même. Mais justement, dans cette souffrance commune, nous pouvons nous comprendre et réussir à s'en sortir comme l'aurait aimé ma mère. Seulement, je ne suis pas maman. Et Sylphe n'arrive pas à me faire confiance ni à se laisser aller à venir vers moi. Lorsque j'étais plus petite, je jouais beaucoup avec les deux sœurs, mais cette perte a complètement séparé Sylphe de moi. Leafia a moins de mal et parvient à se relaxer à mes côtés, à m'écouter et accepter mes caresses. La Nymphali, c'est encore une autre histoire.

« Sylphe, si jamais tu as besoin de quelque chose, je suis là. Tu le sais, n'est-ce pas ? » Je n'entends rien en retour, mais je n'en attends pas. Je sais qu'elle reste silencieuse, depuis tout ce temps. La seule avec qui elle communique, c'est sa sœur et personne d'autre, pas même Eclat. « Je veux être là pour toi et t'aider à aller mieux. » Je sais que le temps n'est pas le même pour tout le monde et qu'il en faudra encore pour un moment.


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Mar 6 Fév - 19:22
Il y a des jours où je ne passe pas au laboratoire. Ça ne me demande pas beaucoup de temps ni d'énergie d'aller au sous-sol, physiquement parlant. Mentalement, je ne peux pas. Je n'ai pas envie. Vouloir aider mon père, tenter de lui rendre le sourire, mais se retrouver devant une expression de colère remplie de tristesse n'est pas quelque chose de sain. Je ne compte pas tomber dans la même folie que lui et encore moins rester là sans rien faire. De temps en temps, je vais chez la voisine, la mère de Jun. Jun est mon ami d'enfance et on s'entend toujours très bien. Depuis la mort de maman, la mère de Jun, Emilia, est beaucoup plus attentionnée envers notre famille – enfin, envers moi plutôt, étant donné que mon père a ce comportement avec tout le monde. Elle passe parfois pour voir comment on va, les pokémons et moi, mais ne reste jamais longtemps car on ne sait comment, mais mon père débarque pour lui crier que ce n'est pas chez elle et qu'elle n'a pas à y poser les pieds. Chose vraiment étrange puisque lorsque maman était encore en vie, il accueillait Emilia avec plaisir et les trois adultes se sont toujours bien entendus.

Je ne sais pas ce qu'il lui arrive. Trois ans, c'est beaucoup. Trois ans, il y a de quoi faire au moins un gros parcours autour de la région. Mais je ne suis jamais partie. Je n'en ai pas l'envie en réalité. Laisser papa et les sœurs Eevee, ça ne m'enchante pas. Je peux emmener les deux pokémons avec moi bien sûr, sans oublier Eclat, mais... Aller où ? Vers quel but, à treize ans ? Personne ne laisse une pauvre fille de treize ans courir dans les rues de Sinnoh seule avec ses pokémons pour seule compagnie. Et puis... Je sais que je n'ai pas encore l'expérience pour, ni même les connaissances qu'il faut pour voyager en toute sérénité. J'en ai parlé à Emilia, et elle pense la même chose, même si elle veut me sortir de cet environnement néfaste qui était pourtant ma maison. Elle m'a d'ailleurs proposé d'aller habiter chez elle le temps que tout se calme, mais papa a encore été celui qui s'est mis sur notre chemin. Il ne veut pas que je parte, mais refuse ma présence... Qu'est-ce qu'il veut exactement ? C'est... Frustrant. Énervant. Mais par-dessus tout, je suis désemparée. Je ne sais pas quoi faire.

Sylphe continue d'être têtue tandis que Leafia et moi, nous parvenons à bien nous entendre et nous devenons mêmes de bonnes amies. Eclat et elle jouent de temps en temps ensemble. En général ça attise la curiosité de la Nymphali, mais celle-ci ne sort jamais de sa cachette. Il lui arrive de laisser la Charmillon chromatique entrer dans la chambre – celle qui appartenait à ma mère – mais la plupart du temps personne ne s'y trouve. Je m'inquiète pour Sylphe. Ce n'est pas bon de rester aussi longtemps seule, enfermée dans une pièce qui ne fait que lui rappeler sa défunte maîtresse... Je la comprends, mais ce n'est vraiment pas le meilleur moyen de l'aider à surmonter cette perte.

« Sylphe... Il faut que tu sortes. Au moins dans le jardin, ça te fera du bien ! N'est-ce pas Leafia ? » Je lui demande avec un sourire et la Phyllali me répond joyeusement par l'affirmative. « Tu vois, même ta sœur pense comme ça. Tu verras, un bon bol d'air frais et tu te sentiras un peu mieux ! » Aucune réponse, pas même un bruit. Leafia reste immobile un instant, puis décide d'entrer sans rien dire en laissant la porte entrouverte. J'entends de l'autre côté de petits murmures et, quelques minutes plus tard, le pokémon plante ressort et me regarde avec un sourire. Sur le coup je ne comprends pas et ouvre la bouche pour lui poser la question, mais avant que je ne puisse produire un quelconque son, je vois une masse rose émerger de la chambre ; Sylphe accepte de sortir. Dans l'étonnement, je reste sans voix et ne bouge pas d'un pouce, la voyant mettre doucement un pas devant l'autre pour, au final, être parfaitement en dehors de la pièce, les yeux observant tous les recoins de la maison comme si elle la découvrait pour la première fois.

C'est à cet instant que j'ai compris une chose ; les pokémons ont besoin de nous. Tout comme nous avons besoin d'eux. Ils sont nos amis, notre famille. Ils sont là pour nous réconforter et devenir quelqu'un de meilleur, et nous sommes là pour les aider à grandir et s'épanouir. C'est comme si Sylphe était encore une toute petite fille qui s'est renfermée du monde parce qu'il ne lui fait que du mal, alors que ça n'est pas tout à fait le cas. Le monde est cruel, la vie l'est aussi, mais il y a tellement de merveilleuses choses à découvrir et voir qu'elle ne peut pas passer à côté. Maman n'aurait jamais voulu ça pour elle.


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Lun 19 Mar - 15:59
Voir Sylphe poser une patte dehors et sourire face aux rayons du soleil est une vue que je n'aurais jamais pensé possible. Ça a été un long chemin difficile, mais on y est ; la Nymphali est là, dans le jardin à sourire. Chose qu'elle n'avait encore jamais fait en ma présence. Peut-être qu'elle est plus ouverte avec sa sœur, ce qui ne m'étonne pas, mais Leafia ne m'a pas semblé être très heureuse de voir Sylphe dans cet état. Je pense qu'elle a gardé espoir et qu'elle tente tant bien que mal de rester souriante et positive, mais Leafia comme Sylphe sont certainement fatiguées. L'environnement est mauvais, l'atmosphère aussi, on ne peut pas rester là. Mais je ne vois pas comment on pourrait partir comme ça, en laissant papa derrière... Et où est-ce qu'on irait ? Je n'ai pas... Je n'ai pas envie de partir ni de voyager. Je n'ai pas cette prétention ni la capacité de le faire. Et les sœurs Eevee n'ont peut-être pas envie de venir avec moi. Je peux toujours leur en parler et leur demander ce qu'elles veulent, mais... Peut-on réellement s'en sortir de cette manière ? N'y a-t-il donc pas de solution pour que papa redevienne comme avant ?

Je les regarde s'amuser et gambader un peu dans le jardin. Rien que de les voir ainsi me redonne le sourire. J'en profite pour m'asseoir dans l'herbe, dans un coin où le soleil est présent. C'est comme si le temps suivait le rythme de l'humeur de Sylphe. Je n'ai pas l'impression d'avoir eu un si beau temps depuis un bon moment, et le jour où l'on arrive enfin à la faire sortir, c'est sous un beau soleil. On pourrait parler de coïncidence, mais je n'y crois pas trop ; je pense que les coïncidences n'existent pas. Qu'il y a des choses qui sont faites pour arriver, tôt ou tard dans notre vie. Peut-être même que cette passe, cet événement que je vis en ce moment avec papa devait être quelque chose qui devait arriver, peu importe la façon dont maman serait rentrée ce jour-là, ni le moment ; cet accident se serait produit. Comme les rencontres, on se dit que c'est une bonne chose de rencontrer telle et telle personne, mais si ça trouve, c'est décidé depuis le début. Qu'au moment où l'on a posé un pied sur cette planète, certains événements sont là et nous arriverons droit dessus à condition que l'on avance, qu'ils soient bons ou mauvais. Et ce n'est donc pas le bon moyen de rester là, à ne rien faire et penser que tout ira bien. Parce que tout ne va pas toujours bien. Que les choses mauvaises ne deviennent pas forcément bonnes.

Je sors de mes pensées lorsque j'entends du bruit non loin. Tournant la tête, je vois une petite masse bleue et noire s’approcher joyeusement vers moi. En le voyant, un sourire naît sur mes lèvres et je l'accueille à bras ouverts pour l'embrasser. « Contente de te revoir Elon ! Comment tu vas ? » Il me répond par un petit cri enjoué et saute de mes bras sur le sol pour sautiller sur place, heureux de nous retrouver. Juste quelques secondes après, Sylphe et Leafia nous rejoignent et les trois pokémons se retrouvent jouant tous ensemble comme ils en ont l'habitude lorsqu'Elon vient nous rendre visite.

Cela fait à peu près deux ans que j'ai rencontré Elon. Il s'était perdu dans notre jardin et je lui ai donné de quoi se nourrir, parfois même l'inviter à l'intérieur pour qu'il s'abrite du mauvais temps. Et au bout d'un moment, il est devenu une part importante de ma vie. Je ne l'ai pas capturé pour autant, c'est un ami avant tout et il est sauvage, il est libre d'aller et venir comme il en a envie. Il n'a aucune attache précise, et ne vient pas régulièrement ; cela peut-être une fois par jour tout comme une seule fois dans le mois. Et c'est ce que j'aime dans la liberté que possède un pokémon sauvage. En revanche, un pokémon domestiqué aura du mal à partir en vie sauvage.

Je me décide à aller chercher quelques friandises pour les pokémons, et je leur dis que je reviens de suite. Sylphe n'a pas l'air d'être trop perturbée par ça, alors je prends ça comme une belle avancée pour elle. Je me dépêche tout de même, n'aimant pas les laisser seuls. J'emporte un petit paquet de friandises et des gamelles d'eau avant de ressortir dans le jardin. Mais ce qui m'effrayait se passe sous mes yeux ; mon père est là. Il se tient devant les pokémons, ces derniers s'étant reculés et sur la défensive, prêts à attaque l'homme en cas de danger.


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Mer 28 Mar - 22:59
Sur le coup, je reste paralysée, ne sachant que faire. Je veux protéger les pokémons avant tout, mais je n'ai pas envie de me retourner contre mon propre père malgré toutes les choses qu'il a faite... Je sais qu'il est devenu quelqu'un d'horrible, qui ne pense plus qu'à lui et qu'il ne se soucie plus des pokémons ni du bien-être de sa famille ou de ses amis. Je sais que ce n'est pas la même personne d'il y a trois ans. Mais... J'ai envie d'y croire. De croire qu'il est encore là, quelque part dans son être. C'est peut-être futile, ridicule même de penser à une chose aussi utopique après les trois années passées à ses côtés sans y voir aucune amélioration, mais je veux garder espoir. L'espoir a été ce à quoi je me suis raccrochée depuis tout ce temps, sans quoi je ne serai déjà plus ici mais bien loin, ailleurs dans la région. Il est toujours mon père, j'ai grandi avec lui à mes côtés ; il m'a appris tout ce qu'il savait sur les pokémons qu'il étudiait tendrement et délicatement à l'époque, il m'a transmis sa passion pour l'observation et l'étude de ces créatures qui peuplent notre planète, il m'a appris que le sourire est le meilleur mécanisme de défense contre tout ce qui nous rend vulnérable, il m'a montré qu'il y avait encore beaucoup de choses à apprendre de ce monde et de la vie, il m'a éduquée de façon à ce que je sois polie et compréhensive, il... C'est mon père. Il m'a tout appris. Il m'a donné son amour. Comment pourrais-je le détester... ?

Je sors de mon état figée lorsqu'il s'approche des pokémons, toujours en retrait et ne bougeant pas d'un poil, attentifs aux gestes de l'homme. Ça doit être dur pour Leafia et Sylphe, car leur maîtresse aimait cet homme. En échange, mon père les aimait aussi. Mais aujourd'hui c'est une personne totalement différente qui se présente devant elles, même Elon en a peur et ne veut pas du tout s'approcher de lui. A sa place, je serais dans le même état.

Avalant difficilement ma salive, je me décide enfin à agir. Laissant tomber toutes les choses que j'ai en main, je cours vers mon père et me place entre lui et les pokémons. J'ai la gorge nouée et mes larmes menacent de couler, mais je tiens bon. Je ne veux pas craquer devant lui, je veux être forte pour qu'il comprenne qu'il n'a pas à faire à quelqu'un de fragile. Il m'a appris à être forte et être une meilleure personne. Mais pourquoi ne l'est-il plus... ?

Un moment de silence s'installe entre nous. J'en profite pour l'observer, et je remarque qu'il a des cernes tombantes sous ses yeux, bien plus visibles maintenant avec les rayons du soleil par rapport aux lumières artificielles du laboratoire. Sa blouse blanche est recouverte de tâches, entre les expériences de potions et, très certainement, des marques d'attaques de pokémons et de griffures. Il n'est plus tendre avec les pokémons, son âme n'est plus ici. C'est comme s'il n'était plus qu'une coquille vide, se laissant manipuler par une sorte de regret qui ne veut pas s'en aller et qui le ronge. Sa posture semble si faible, avec ses épaules basses et son regard à la fois sombre et vide. Mon cœur se serre à la vue de mon père dans un tel état. Comment ai-je pu le laisser se laisser aller ainsi ? Malgré toutes mes tentatives de le rendre plus heureux, de le faire oublier la perte de maman, rien n'a marché. Il s'est renfermé sur lui-même encore et encore jusqu'à piétiner sa propre existence en miettes, ne laissant que son ombre et son obsession pour les pokémons devenue malsaine et mauvaise.

Je me sens tremblante et complètement vulnérable entre vouloir lui rendre la raison mais ne voulant pas lui faire de mal, mentalement ou physiquement. Je sais que je peux tenter quelque chose avec des paroles, mais cela renforcera sa colère sur le monde bien plus qu'il n'en sera guéri. Quant à l'attaquer avec des pokémons... Ce n'est certainement pas la meilleure solution. Il a l'habitude de se faire attaquer par des pokémons tous les jours, parfois il a l'air de les chercher même, comme s'il voulait les mettre à l'épreuve.

Ou alors a-t-il envie de se punir de quelque chose ?


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Jeu 29 Mar - 23:20
Alors que je pensais que rien n'allait se produire, qu'il tournerait les talons pour repartir dans son laboratoire, il prend la parole. Mais ce n'est pas ce à quoi je m'attendais. « Qu'est-ce que tu fais encore là ? Je croyais t'avoir déjà dit de quitter ces lieux. » Son regard noir me fait froid dans le dos, mais je n'abandonne pas mon poste et je reste fermement debout, lui bloquant le passage. Je sais qu'il n'est pas dans son état normal et qu'il faut quelque chose, un déclic pour le réveiller, le remettre dans le droit chemin. En pensant être sa famille la plus proche – étant tout de même sa fille – je pensais trouver quelque chose, réussir dans cette mission... Mais non. Et lorsque j'ai pensé à demander à ses amis, je n'ai reçu aucune réponse, ou alors c'est son ami ranger qui est venu, mais cela a empiré la situation et il est devenu encore plus renfermé dans ses idéaux. En même temps, ce ranger n'a aucune valeur d'un vrai ranger ; c'est un homme malsain qui adore torturer tout être vivant, humain ou pokémon, et qui prend un malin plaisir à utiliser des méthodes très peu orthodoxes voire pas du conventionnels. Je me demande toujours comment il a fait pour entrer chez les rangers, mais mentir fait probablement parti de sa personnalité.

Je sens mon cœur battre à cent à l'heure. Je ne sais pas quoi lui répondre, je n'ai pas envie qu'il se fâche encore une fois, mais en même temps je ne peux pas le laisser faire ce qu'il veut avec les pokémons derrière moi. « J-Je... Je ne veux pas que tu leur fasses du mal... » Au lieu de répondre à sa question, je dévie le sujet de mes craintes. Je ne suis pas sûre que cela soit la meilleure des solutions, mais qu'importe. C'est mieux ainsi. J'ai déjà évoqué le fait que nous soyons une famille et que nous devions nous entraider par le passé, durant la première année après la mort de maman. Mais papa n'a rien voulu entendre et s'est tellement énervé que je me suis retrouvée avec quelques bandages à la fin.

Ma réplique ne semble pas lui plaire non plus. Et la gifle qu'il me donne me le fait bien comprendre. Cela s'accompagne d'un autre coup qui, cette fois, me fait perdre l'équilibre et je tombe lamentablement par terre, ma main contre ma joue douloureuse. J'entends derrière des étouffements de cri, de peur ou d'étonnement je ne sais pas. Mais je ne me retourne pas pour les voir, car je dois être déjà bien assez pathétique. « Je ne t'ai pas demandé ton avis. » Et avant même que qui que ce soit comprenne, son Carchacrock débarque et commence à attaque les trois pokémons. Je regarde avec horreur la scène, complètement impuissante. Cette fois-ci, mes larmes coulent. Je ne connais que trop bien la puissance de son pokémon, et même en me mettant en travers de son chemin, je ne pourrai rien y faire car Carchacrock n'est sensible à rien ; il ne connaît pas d'émotions. Avec tout ce bruit, Eclat arrive et souhaite aider, mais elle n'est pas assez forte pour lutter et se fait rapidement battre. Sylphe et Leafia résistent plus longtemps, mais elles ne font pas le poids non plus ; combien de temps s'est écoulé depuis leur dernier combat ? Pas étonnant qu'elles ne soient plus en mesure de combattre pleinement après ce qui s'est passé... Quant à Elon, il n'est pas taillé pour le combat – du moins pas contre un aussi gros poisson. Il est combatif, mais il n'a pas l'âme d'un combattant hors pair capable de rivaliser face à un Carchacrock.

Tenant Eclat dans mes bras, je murmure. « S'il te plaît, papa... Arrête. Arrête ce massacre... » S'il continue, ils vont tous finir par avoir de graves blessures. Non, si ça ne s'arrête pas, certains d'entre eux peuvent même en mourir et-

Mon sang ne fait qu'un tour. Repenser à la mort et à tout ce que cela entraîne est beaucoup trop dur à supporter. Je ne peux pas le laisser reproduire la même chose, volontairement ou involontairement. « STOP ! »


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Sam 16 Fév - 23:52
Penser à toute cette violence ne peut me rappeler que maman. Après toutes ces années, comment peut-il encore penser à ça sans penser aux conséquences que ses actes peuvent entraîner ? Je ne comprends pas. Je ne le reconnais plus...

Alors que je pensais que tout espoir était perdu, qu'aucun des pokémons ici présent ne s'en sortirait indemne – ou vivant – un cri strident plein de rage et de tristesse retenti dans le jardin. Avalant difficilement ma salive, j'ose à peine tourner le regard, sans bouger le reste de mon corps, pour voir d'où provient ce son. Et je ne suis finalement qu'à moitié surprise en voyant Drakhaus dans le jardin, qui se dresse face au Carchacrock et mon père. Je reprends alors ma respiration – plus ou moins normalement, avec mon cœur qui bat frénétiquement dans ma poitrine – et je lève complètement la tête pour le voir, Eclat toujours inconsciente dans mes bras. « Tu penses qu'un avorton comme toi peut faire la différence ? » Suite aux paroles de son maître, Carchacrock n'hésite pas une seconde et lui envoie une attaque dracogriffe. L'autre dragon se prend l'attaque de plein fouet, et j'ai tout simplement envie d'aller l'aider mais...

Je ne peux pas.
Je suis faible.
Je ne sers à rien.
Comme mon père me l'avais dit trois ans plus tôt.

Que puis-je faire ? Qu'est-ce que je suis censée faire ? Ai-je seulement la possibilité d'aider quelqu'un ? En parcourant tout le jardin, voyant Eclat dans mes bras, Elon au sol et les deux sœurs Eevees à terre tentant désespérément de se relever, je me dis que c'est peine perdue. Que nous ne sommes pas de taille face à lui. Que nous sommes impuissants. Même si je souhaite devenir plus forte, pouvoir combattre aux côtés de mes pokémons, réussir à nous sortir de ce pétrin... Comment suis-je censée faire tout ça, toute seule ? Enfin, techniquement je ne suis pas seule avec tous les pokémons avec moi, mais... ils ne sont pas de taille face à mon père et son pokémon. Et si je ne fais rien... Rien ne va s'améliorer.

J'entends encore les coups qui résonnent dans l'air. Je sens aussi l'impact dans l'air. Les larmes coulent d'elles-mêmes alors que je fais face à la réalité ; le Drakhaus, au nom d'Alastor, est à terre. Mais cela ne suffit pas, non, il continue de subir les coups de l'autre dragon alors qu'il ne peut plus rien faire pour se défendre. Pourquoi continuer cette violence insensée alors qu'il ne peut même pas riposter ?

« Papa, arrête... » Ce n'est qu'un murmure, faible et inaudible. Mais je vois Alastor qui tourne son regard vers moi. Je sens son désespoir, son impuissance et sa tristesse, le tout entouré par un océan de rage. Mais il ne peut que le contenir sans pouvoir le déverser sur son agresseur. A ce moment-là, je ne peux plus rester sans rien faire. Même si je ne suis qu'un être humain faible, même si je n'ai rien de spécial ni aucune puissance par moi-même, je ne peux pas rester là à regarder cette horrible scène. Je pose alors Eclat sur le sol en lui disant que tout ira bien, puis je me lève et cours vers Alastor qui écarquille des yeux – c'est très discret, mais je le vois. On se connaît si bien, lui et moi, depuis le temps qu'on est ensemble et qu'on joue ensemble... Il a toujours été là. Juste après la naissance d'Eclat, Alastor a fait parti de la famille après sa rencontre avec papa.

Je ne sais pas ce qui a changé entre lui et papa, mais... Je me doute que cela a à voir avec Carchacrock. Ce dragon est surpuissant et est déjà à son stade final tandis qu'Alastor n'est qu'à son deuxième stade. Et papa a toujours voulu la puissance plus qu'autre chose. Mais tout ça, je m'en fiche ; je veux juste que l'on retrouve la famille qu'on avait avant. Pourquoi ne peut-il pas comprendre ça ? Sans maman, c'est évidemment difficile de sourire à nouveau et de pouvoir vivre, simplement, mais à nous deux, c'est possible. Malgré toutes les fois où je lui ai parlé, où j'ai tenté de lui montrer, rien n'a marché.

Et c'est non sans désespoir que je m'élance vers le Carchacrock. J'ai essayé tellement de fois de le raisonner, mais peut-être que je n'avais pas la bonne méthode.


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Jeu 5 Déc - 23:12
**

Lorsque je me réveille, c'est dans un lit. Tout est très blanc. Sur le coup, je ne sais pas où je suis ni ce que je fais là. Pourtant, je ne laisse pas la panique prendre le dessus ; je me laisse du temps pour récupérer, laisse du temps à mon esprit de reprendre pleinement conscience. C'est étrange, car dans des conditions normales je me serais réveillée en sursaut et voudrais tout de suite savoir ce qu'il s'est passé. Mais là non. C'est très certainement parce que mon cerveau sait, au fond, que je n'ai rien à craindre. Moins mon esprit est embrumé et plus mes souvenirs reviennent. Malgré un mal de tête, je parviens à rester concentrée et me souviens de tout : de papa, d'Alastor, de mes pokémons, de Sylphe et Leafia, et de Carchacrock. Inconsciemment, je porte ma main au niveau de ma clavicule gauche où se trouve un gros bandage. Ce dernier cache tout, et les médicaments doivent aider à neutraliser la douleur, mais je suis persuadée qu'une énorme cicatrice s'y trouve, allant de mon épaule vers l'intérieur de ma clavicule. Peut-être même jusqu'à atteindre ma clavicule droite, pas sûre.

Je tente de me lever doucement, mais tout mon bras gauche semble engourdie et une gêne vient se loger dans ma blessure. Gardant ma main droite sur le bandage, je parviens enfin à m'asseoir après quelques secondes de combat où je me disais qu'il valait peut-être mieux rester allongée. Mais je n'ai pas envie de rester là à ne rien faire. Je veux savoir comment vont les pokémons, comment va papa, et aussi comment je suis arrivée là ? Est-ce papa qui m'a amenée à l’hôpital ?

Je veux Éclat à mes côtés.
Est-ce que Sylphe et Leafia vont bien ?
Comment va Alastor ?

Je ne sais pas pourquoi est-ce que papa a eu une réaction aussi violente alors que nous ne faisions rien de mal. On jouait simplement. Et, pour la première fois depuis si longtemps, Sylphe avait enfin réussi à surmonter une de ses peurs et était sortie avec nous. Ça m'attriste de savoir qu'un tel jour où on aurait du fêter ça s'est fini par une catastrophe. Je voulais lui donner de meilleurs souvenirs à Nymphali et à sa sœur. Elles qui ont perdu maman, elles étaient si déboussolées et désemparées... J'ai voulu les aider, les protéger, mais rien. Comment suis-je censée m'occuper des pokémons de maman si je ne suis même pas capable de les rendre un minimum heureuses ? Si papa reste en travers de mon chemin ?

Mes yeux picotent, je sens des larmes qui montent et qui risquent de couler. Je ne veux pas pleurer, pas maintenant, parce que tout n'est pas terminé, il y a encore des choses que je peux faire. Je dois être forte, je ne peux pas me laisser abattre comme ça... Et...

Je ne sais plus. Est-ce que je suis vraiment celle que je crois être ? Est-ce qu'au fond, je n'ai pas juste envie d'être dans les bras de maman une nouvelle fois ?

Toute cette histoire me fatigue. Tous ces soucis me pèsent. Tous ces efforts en vain m'épuisent.

Je ne sais pas si je tiendrai encore longtemps comme ça. Ça fait déjà trois ans que maman n'est plus là, pourtant j'ai l'impression que ça fait une éternité. Je ne veux plus de ces problèmes, je ne veux plus que papa se comporte comme ça... Je veux que tout redevienne comme avant, que tout le monde soit heureux. Alors pourquoi est-ce que rien ne change ? Rien ne s'améliore ?


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Sanae Rainsfeather

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Dim 8 Déc - 16:32
Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé depuis mon réveil, mais cela m'importe peu. Ce n'est plus quelque chose qui compte pour moi. Si je ne parviens même pas à améliorer la situation, c'est comme si tout ne servait à rien. Je veux vraiment continuer et ne pas abandonner comme l'aurait voulu maman, mais comment est-ce que je peux continuer à me battre et trouver le moyen de tout arranger lorsque j'ai épuisé toutes mes forces ? C'est... sans fin. Comme si tout ce que je faisais ne servait à rien, que mes efforts étaient inutiles. Je ne sais plus quoi faire.

A ce moment précis, quelqu'un frappe à la porte. D'abord un peu étonnée, le soulagement prend doucement le dessus en me disant que tout espoir n'est peut-être pas perdu et que papa changera avec cet incident. Je réponds par un « entrez ! » et la personne qui ouvre la porte est loin d'être papa...

« Oh Arceus,j'ai eu terriblement peur ! Est-ce que tu vas bien Sanae ? Tu as mal quelque part ? Comment tu te sens ? » La femme arrive très vite à mon niveau et met ses deux mains sur mes joues, me regardant avec inquiétude. Mon cerveau prend un moment pour se remettre en marche, mais ce n'est pas la première fois que je la vois ; c'est la maman de Jun. On s'entend toujours très bien avec Jun, et on joue tout le temps ensemble depuis notre enfance. La maman de Jun et la mienne s'entendent comme des sœurs, il est donc normal pour elle de se sentir aussi concernée par mon état et ma famille. « Tu as mauvaise mine... » Sa voix me fait revenir à la réalité. Je cligne plusieurs fois des yeux, m'ajustant encore un peu à tout ce monde qui m'entoure. Je ne sais pas trop quoi lui dire pour être honnête... Je l'aime beaucoup, elle a été comme une seconde mère pour moi et a toujours été présente, encore plus après la mort de maman. Mais est-ce que j'ai envie de lui dire ce qu'il s'est passé? Est-ce que je veux l’inquiéter encore plus qu'elle ne l'est déjà ?

J'observe son visage, et je comprends alors qu’elle ne veut pas de mensonge. « S'il te plaît, dis-moi la vérité. » Son regard perçant et son ton sérieux, je ne peux pas lui refuser ça. Alors, prenant une grande inspiration, je me décide enfin à parler. « Emilia, je... » Par où commencer ? Que dire ? En attendant, mon interlocutrice est patiente et ne tente pas de me presser.

Alors, je lui dis tout. Je lui parle de Sylphe et Leafia qu'elle connaît très bien, des soucis rencontrés, de la journée qui avait bien commencé mais mal terminé, de l'humeur de papa, du combat – du massacre, plutôt – le tout en lui indiquant bien que papa n'est pas dans son état normal depuis bien trois ans maintenant. Ce dernier fait, elle le sait, mais tout le reste semble la choquer. Ce qui est compréhensible, parce que depuis qu'Emilia connaît maman, elle n'a jamais vu papa être agressif, de mauvaise humeur ou quoi que ce soit d'autre. Pour elle, ils formaient un beau couple que rien ne pouvait entacher. Papa n'est pas quelqu'un comme ça, normalement ; souriant, bienveillant, il n'a jamais levé la main sur qui que ce soit et avait bon cœur.

Le choc passé, Emilia me prend la main ; un geste réconfortant et chaleureux que j'accueille avec grand plaisir. « Merci de m'avoir tout raconté. Ce que je viens d'entendre, c'est... difficile pour moi de l'accepter, parce que je me rends compte que je ne le connaissais pas si bien que cela finalement. » Elle prend une grande inspiration, puis reprend la parole. « Je t'aiderai, Sanae. Je ne peux pas te laisser te battre seule. Heureusement que j'ai pu venir aussitôt que j'ai appris qu'il y a eu un incident... »


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Mer 11 Déc - 22:40
Je reste silencieuse pendant de longues minutes, mais Emilia ne tente pas de le briser et je lui en suis reconnaissante. J'aime ce silence et ce calme entre nous, chose qui est difficile d'obtenir à la maison avec papa dans son laboratoire et... les cris des pokémons qui passent à travers les murs. Je n'ai parlé de ça à personne, car je ne sais même pas comment en parler. Je veux qu'il arrête, mais je ne veux pas que les policiers l'embarquent. Je veux que tout redevienne comme avant, mais je ne veux pas que tout change. C'est extrêmement compliqué, papa reste encore papa et je n'ai plus que lui... Je ne sais plus où donner de la tête, je ne sais pas ce que je peux faire pour arranger les choses. Je peux parler de tout ça à Emilia, mais est-ce qu'elle va pouvoir arranger ça ? Est-ce qu'elle va appeler la police pour arrêter papa ? Tiraillée entre ma famille et mes principes, je n'ai pas su prendre parti et j'ai simplement mis les pieds dans deux plats différents sans jamais choisir. Forcément, rien ne pouvait aller mieux, et tout pouvait s'écrouler.

« Je vais aller chercher un peu d'eau, je reviens. » Je hoche de la tête, regardant la mère de Jun s'en aller et refermer gentiment la porte derrière elle. Elle n'a pas l'air très bien, et c'est normal ; elle qui a côtoyé maman et papa depuis de si longues années – avant même ma naissance apparemment – ça doit lui faire un choc d'apprendre que papa est, au final, pas du tout comme elle le pensait. En réalité, il a toujours été très attentionné et bienveillant, mais avec la perte de maman il est devenu quelqu'un d'autre, c'est vrai. Pour autant, je veux croire qu'il a encore sa part gentille au fond de lui et qu'il faut juste une petite aide pour qu'il redevienne comme avant. Enfin ça, c'est ce que je veux croire, mais au fond, une partie de moi sait que ça ne sert plus à rien d'essayer.

Je n'ai pas envie de perdre espoir. Maman disait toujours de garder le sourire et de garder espoir. C'est l'une des choses les plus difficiles qu'elle n'ait jamais dite. Je ne sais pas comment je peux continuer à être aussi forte quand tout va mal et que tout semble n'être qu'humiliation, tristesse et dépression. Si je ne peux rien faire, peut-être que des amis à papa pourront... Mais je ne les connais même pas et si ça se trouve, ce sera pire.

La porte s'ouvre à nouveau et Emilia revient avec deux verres d'eau. J'en prends un et l'avale d'une traite, ne sachant même pas que j'avais autant soif, ce qui extirpe un petit rire d'Emilia. « Doucement, il ne faudrait pas que tu t'étouffes. » Elle prends une serviette et essuie ma bouche. Ce geste si maternel me rappel maman. Puis, une question qui me brûlait les lèvres depuis tout à l'heure sort enfin de ma gorge. « Au fait... Co-Comment tu as su pour cet incident ? »

Cette question semble l'arrêter net. Le sourire qu'elle arborait fini par s'effacer, laissant place à une expression sérieuse. Ouvrant puis fermant la bouche, elle ne semble pas savoir quoi dire. Plus j'attends, plus mon cœur bat. Est-ce que je vais encore découvrir quelque chose que j'aurais aimé ne pas savoir... ? Finalement, lorsqu'elle parle enfin, c'est un soulagement. Enfin, presque. « C'est... C'est Jun, qui a tout vu. » Mes yeux s'écarquillent. Je ne savais pas qu'il y avait Jun juste... là. « Il voulait venir jouer avec tes pokémons et toi, et en arrivant personne ne répondait. Alors, il a voulu faire un détour par le jardin, parce que tu joues souvent dans le jardin quand tu ne peux pas sortir. Et c'est là qu'il a vu. » Elle prend une pause dans son histoire, et je la laisse. Moi aussi, j'ai besoin de temps pour comprendre. « Puis, il est venu me chercher, complètement paniqué. Je ne comprenais rien à ses mots, il n'arrivait plus à parler clairement. Alors au lieu de mots il m'a montré ; il m'a tirée jusque chez vous et quand j'ai vu ton père, complètement paralysé devant t-ton corps inerte au sol, j'ai cru paniquer aussi. »

Pendant tout ce temps elle a baissé la tête, ne regardant que ses mains, comme si ces derniers lui rappelaient tout. Puis, elle relève sa tête et remets ses deux mains sur mes joues comme précédemment. « J'ai cru que toi aussi, on t'avait perdue. Je ne pensais à rien d'autre que de t'emmener à l'hôpital, que de penser à ta mère qu'on n'a pas pu sauver à temps... Je ne me serais jamais pardonnée s'il t'était arrivé la même chose... » Avalant difficilement ma salive, je la regarde droit dans ses yeux qui versent déjà des larmes. J'y lis beaucoup de regret, mais surtout de la tristesse et du désespoir.

Maman est morte dans un accident de voiture.
J'aurais pu mourir tranchée par un pokémon.


Comme si toutes ces informations n'étaient pas encore engrainées dans mon cerveau, tout tombe et arrive à une vitesse folle, m’écrasant sous tout son poids. C'est à ce moment-là que je comprends toute la peine et la tristesse de la mère de Jun. C'est aussi là que je comprends qu'une vie n'est rien, qu'elle est misérable et peut être perdue n'importe quand et à n'importe quel moment. J'ai eu la chance que maman n'a pas eue.


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Mer 8 Jan - 16:16
Nous restons un long moment ensemble, sans rien se dire, juste à s'enlacer et rester dans les bras l'une de l'autre. La présence d'Emilia est rassurante, son aura ressemble à celle de maman et ça me procure un apaisement dont je ne pensais pas un jour retrouver. C'est calmant, aussi, et réconfortant. Tout ce qui m'a manqué pendant ces trois années et qui vont très certainement continuer à me manquer pendant les années à venir. Mais je savoure cet instant présent, je ne veux pas penser au futur et à autre chose car ce qui est encore à venir fait peur. Après ce qu'il s'est passé aujourd'hui – ou hier ? – je ne suis pas sûre de vouloir continuer sur une pente glissante. C'est normal de ressentir tout ça après un tel choc, une telle blessure, mais est-ce que je serai capable de me relever ? D'avancer ? Emilia est là, et je sais que je peux compter sur elle, mais ne serai-je pas un poids pour elle émotionnellement ?

Je ferme les yeux et m'enfonce un peu plus dans les bras de la mère de Jun, sentant son doux parfum de lavande. Je ne sais pas ce que je ferai sans elle, et je lui en suis reconnaissante de rester à mes côtés et m'épauler. Pour le moment, c'est le plus important. Je ne dois pas penser à autre chose, même si, inévitablement, ça risque d'arriver assez souvent. Seulement... Il y a bien une chose dont je ne peux m'empêcher de penser. Restant quelques secondes de plus ainsi, je finis par relever doucement la tête et sortir de l'étreinte d'Emilia, sans pour autant trop m'éloigner. « Dis, Emilia... Tu sais où sont les pokémons ? » J'ai peur de la réponse, j'ai peur de ce qu'il leur est arrivé, mais il faut que je sache. Peu importe combien de temps je dois rester dans cet hôpital, que cette cicatrice restera à jamais ou que je ne verrai plus jamais mon père ; j'ai besoin de savoir comment vont tous les pokémons qui étaient présents.

A l'entente du mot « Pokémon », Emilia semble se figer, les yeux écarquillés. J'attends sa réponse, et plus les secondes passent, plus je m'impatiente. Je ne veux pas qu'elle prenne des pincettes avec ses mots, je veux qu'elle me dise tout et qu'elle dise la vérité. Même si c'est quelque chose de difficile à dire et à entendre, je ne souhaite pas rester dans le noir. « S'il te plaît, dis-moi. Dis-moi la vérité. » Son regard est si désemparé que j'ai envie de retirer mes mots. Mais il ne faut pas. Ce serait fuir et ce n'est pas la meilleure option actuellement.

Prenant une grande inspiration et levant les yeux vers le plafond, la jeune femme finit par abandonner l'idée de tout garder pour elle. Baissant la tête et me regardant dans les yeux, elle m'annonce tout. « Ok, si tu veux vraiment tout savoir... » Je prends une grand inspiration, moi aussi, mais cela n'empêche en rien mon cœur de battre à cent à l'heure. « D'abord, le petit Drackhaus ; il a été grièvement blessé comme tu dois déjà le savoir, alors il a été transporté au Centre Pokémon le plus rapidement possible. Pour Sylphe et Leafia, et le Lixy qui était présent, pas d'inquiétude, ils sont aussi au Centre, mais n'ont pas de graves blessures. Et, je pense que c'est ce qui te travaille le plus... Eclat est aussi au Centre, mais en soins intensifs. » J'ai déjà du mal à encaisser toutes ces informations, alors entendre que ma Charmillon est si mal en point me fend littéralement le cœur. Je sens déjà les larmes venir aux coins de mes yeux. « Jun m'a dit qu'il l'a vue se frotter au pokémon de ton père après que tu ais été blessée... Mais il n'a pas vu jusqu'où c'est allé puisqu'il est venu directement me chercher. »

Eclat... Malgré les apparences, elle n'est pas fragile. Elle est forte, courageuse, et n'hésite pas à venir en aide aux autres. Elle fonce et croit en ce qui est juste selon ses propres principes, tout comme je le fais moi-même. En réalité, ça ne m'étonne qu'à moitié qu'elle ait foncé sur Carchacrock pour tenter de l'arrêter ou pour lui donner un coup avant qu'il ne m'en donne probablement un autre, je ne sais pas. Quelque part je suis touchée de son geste, et de l'autre je trouve ça complètement stupide parce que, évidemment qu'elle ne fait pas le poids face à ce pokémon monstrueux ! Évidemment qu'il est plus fort qu'elle ! Comment a-t-elle pu penser un seul instant qu'elle pouvait rivaliser avec une créature ayant au moins dix ans d'expériences de plus qu'elle ? Je sens de tout, entre la colère, la tristesse, la peur... Mais j'ai juste vraiment envie de la voir. Je veux m'assurer qu'elle est présente, qu'elle est et non pas ailleurs.

Je sens soudainement Emilia qui m'enlace à nouveau. « Ne t'inquiète pas, je suis sûre qu'elle va guérir et ira mieux. C'est ton pokémon après tout. Elle est forte. » A ce moment précis, je n'ai plus pensé à ce qui doit ou ne doit pas être fait ou dit, j'ai juste pleuré toutes les larmes de mon corps en pensant que je n'étais pas la seule qui aurait pu mourir.

mots = 967


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Lun 17 Fév - 17:53
Le séjour à l'hôpital se déroule sans rien de particulier. Entre les visites des infirmières, les conseils du médecin et le repos obligatoire, je n'ai pas eu beaucoup de choix. Et puis, il y a Emilia qui est passée me rendre visite, plusieurs fois dans une journée parfois. Elle a autorisé Jun à venir me voir uniquement deux jours afin de ne pas le laisser trop perturber l'entièreté de l'hôpital avec ses chahuts. Il ne voulait pas partir au début, mais je lui ai confié la mission de récupérer mes pokémons et de prendre soin d'eux jusqu'à ce que je puisse sortir ; ça a bien marché et il est reparti avec joie et détermination en prenant très au sérieux ma requête. Du coup, le reste de la semaine a été calme.

Ce calme n'a néanmoins pas été bienvenue, car les pensées négatives sont arrivées. Seule, sans rien pour me distraire, je n'ai pas pu résister à la tentation. Comment faire autrement après ces événements ? C'est inévitable. Je m'en suis doutée, et même si j'ai envie de penser à autre chose et d'aller mieux, ce n'est malheureusement pas si facile ni de mon ressort. Enfin, si, c'est à moi de modifier ma façon de penser et faire en sorte que je ne me noie pas dans cette mer d'obscurité. Seulement, c'est bien plus facile à dire qu'à faire. Sans réelle volonté de se battre, je me suis conforté dans l'idée que les idées sombres et une plus mauvaise santé seraient meilleurs. C'est toujours plus facile de se laisser aller, de plonger dans les ténèbres. Comme la tête sous l'eau, comme engouffrée dans les abysses, c'est un moyen efficace même si ce n'est évidemment pas le plus recommandé.

Je ne sais plus si c'est à ce moment-là que j'ai commencé à me dire que je ne méritais pas cette vie. A l'époque, j'avais treize ans. En y repensant, ce n'est pas si anormal qu'à cet âge-là, je sois déjà si bas en matière de confiance en soi et de pensées négatives après tout ça. Je ne pensais pas que ce serait toxique, je ne savais même pas ce que ça voulait dire, en réalité.

La semaine passée et les choses réglées à ma sortie avec Emilia, il est temps de rentrer. Mais ce terme me paraît très inconnu, je ne sais même pas où rentrer tant la maison me fait peur. Je ne suis pas sûre d'être la bienvenue. Je fais d'abord un saut au centre pokémon et j'y revois Jun, tout fier de lui. « Ça y est, j'ai récupéré tes pokémons et je les ai bien gardé et nourri pour toi ! » Il me dit ça avec un grand sourire et me tend mon sac à dos avec les pokéballs à l'intérieur. Avant même que je puisse lui poser la question, il reprend la parole. « Tout le monde va bien ! J'ai même demandé un double-check au cas où ! » Son sourire est éclatant et sa joie me contamine. Sans me poser de question ou me restreindre, je le prends dans mes bras, le cœur à la fois serré et et soulagé. « Merci. » Je ne sais pas quoi dire d'autre... Surtout que, je ne l'ai même pas encore remercié d'avoir été là pour m'aider, et aussi d'avoir pu être présent ce jour-là pour aller prévenir sa maman. Sans lui, peut-être que je n'aurais pas été dans un si bon état – ou que j'aurais simplement pas été là tout court. C'est un ami précieux que je ne veux pas perdre, pour tout le soutien qu'il apporte et toute la joie qu'il dégage.

Mon ami ne semble pas trop comprendre sur le coup pourquoi je le remercie, mais il finit très vite par me prendre dans ses bras aussi. « T'as pas à me remercier, je serai toujours là pour toi. » Ça me rassure énormément et je ne peux qu'être soulagée et heureuse de l'entendre dire ça. Je ne sais pas encore ce que me réserve le futur, et je ne sais pas si un malencontreux souci - ou non – va nous séparer, mais à cet instant, ce qui m'importait le plus, c'était sa présence.

« Bien, maintenant qu'on a tout le monde, rentrons ! » Je me sépare de Jun et regarde Emilia avec un gros regard interrogateur et inquiet. Elle ne semble d'ailleurs pas trop s'en soucier puisqu'elle tourne les talons et mène la marche, Jun courant juste derrière elle pour la rattraper. Sortant de ma stupeur, je les rejoins également à la sortie du centre non sans leur poser la question fatidique. « Euhm, attendez... Je, je vais rentrer seule, ce sera mieux. » La mère de Jun tourne sa tête vers moi avec un regard horrifié. Je n'ai pas le temps de rajouter quelque chose ou de comprendre ce qu'elle veut dire qu'elle prend la parole. « Ah non Sana', tu viens à la maison ce soir ! C'est vrai que je n'ai rien dit avant, mais je pensais que ce serait évident. » Euh, ah bon ? Je n'étais pas au courant. Je n'étais peut-être pas censée l'être jusqu'à maintenant. En tout cas, sa proposition me fait chaud au cœur et je ne peux qu'accepter – de toute façon je ne pense pas avoir le choix. Ce sera bien sûr une meilleure option pour tout le monde.

mots = 960


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