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» Les Calahan, tome I


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Dresseur Kalos

C-GEAR
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Mar 9 Jan 2018 - 12:43
Quel merdier.

Tout ce bordel de Mozheim commence à me gonfler. La ville a beau être aussi jolie que d'habitude – si ce n'est plus, admettant que les décorations s'éloignent du kitsch – la foule a de quoi faire perdre son sang-froid à un Blizzi. Elle a beau avancer, elle reste trop opaque à certains endroits, comme ce stand devant lequel j'attends depuis déjà une demi-heure. Tout ça pour un verre de vin chaud et une bonne bière. Gackel m'a laissé en plan pour l'attente : il est parti avec les jumelles faire un concours de bouffe. Encore une occasion pour prouver qu'entre les Calahan et la nourriture c'est une longue histoire d'amour.

J'obtiens finalement les verres tant attendus et me remet en route vers le stand en question. Je découvre après quelques minutes de marche une estrade qui met bien en évidence les concurrents. Contrairement à Pâques il n'y a pas d'animateur timbré qui commente le tout en hurlant : il n'y a que des arbitres avec leurs chronomètres en mains. Aucun de mes cadets ne semble éprouver de difficultés ; pourtant il ne reste déjà que huit concurrents.

Cette fois les jumelles échouent. Elles cèdent leur place à une concurrente acharnée ; une rousse aux boucles folles, tout comme son regard lorsqu'on lui ramène la dernière barbe à papa qu'elle a en retard. Elle la dévore sans cérémonie mais mon frère ne se laisse pas intimider : il met les bouchées doubles, ouvre grand la bouche, mâche, avale, recommence. Il finit d'ailleurs par gagner : son rythme est meilleur que celui de sa concurrente.

Lui ne rend pas le tout sur l'arbitre qui lui lève le bras et qui n'en demande pas tant.
Il descend de la scène, finit par me rejoindre dans la foule – les jumelles se sont écroulées sur un banc – et attrape le vin chaud : il le siffle d'une traite sous mon regard ébahi. « T'es alcoolique maintenant ? » Je ne l'avais jamais vu boire si vite. Il sourit mais je vois bien qu'il est tout crispé : l'indigestion le menace. Il met finalement une main sur mon épaule pour marcher ; on rejoint les filles, déçues de leur défaite mais pas vraiment découragées. Elles ont englouti moins que le frère aîné : elles ont d'autant plus d'énergie à revendre. Là où la chance me sourit, c'est que Gackel hors-circuit, il sera moins difficile de convaincre tout ce beau monde de rentrer à Flusselles.

Cela dit, il ne faut jamais sous-estimer les jumelles Calahan. Car ce qu'on décide pour elles, elles le remettent en cause. Automatiquement. Il ne s'agit pas de malice, ni de mauvaise volonté : elles détestent simplement toute autorité et aiment n'en faire qu'à leur tête. A ce moment précis, leurs têtes leur a dit de continuer à foncer dans les allées du marché pour trouver des cadeaux de noël.
« Z'auriez pu acheter vos cadeaux avant quand même » dès qu'elles m'entendent râler, elles me répondent que je suis mal placée pour donner des leçons dans ce domaine. Elles marquent un point bien sûr, ces pestes ont notamment du essuyer la terrible déception de ne pas avoir de cadeaux de ma part à noël, trois ans plus tôt, suite à une erreur de logistique – autrement dit la flemme, mais j'ai gardé ça secret.

Mon égoïsme aurait tôt fait de les dégouter de ma personnalité mais ce n'est pas ce que je souhaite pour nous. J'aime mes jumelles, même si ce sont les plus casse-couilles qu'il soit. Je n'ai pas eu pour elles autant d'attentions que j'en ai eu pour Gackel : en fait, je n'ai simplement pas eu à m'en occuper de la même manière. Gackel avait été laissé à ma charge mais à la naissance des filles ma mère avait comprit qu'elle ne voulait plus avoir deux métiers à temps plein : elle était donc passée en mi-temps sur son contrat à la mairie. Durant plusieurs années, jusqu'au cm2 environ, elle s'occupa de Maria et Fanny, me laissant l'opportunité de partir à Fort-Vanitas faire ma formation.

Je leur achète donc deux petites conneries qu'elles trouvent mignonnes à un stand, à leur insu. Deux heures plus tard, alors que Gackel reprend enfin des couleurs normales, j'arrive à les faire monter dans le bus de retour. Soulagée d'arriver à Flusselles, on retrouve tous notre mère qui s'est affairée à faire les courses.

Deux jours plus tard, noël est là.
Une fête qui ne signifie rien pour notre famille, si ce n'est l'amour de la bouffe. On va faire comme à notre habitude : se gaver puis rouler jusque dans notre lit, tout cela sur un fond sonore confus et bruyant. Il y a bien de la musique en fond mais on entend seulement le bruit des conversations. Les jumelles ont un débit sonore très élevé qui couvre toute douce mélodie : à la place, tout le monde beugle à table pour se faire entendre. Nous ne sommes que cinq jusque vingt-deux heures, c'est-à-dire le foie gras environ, jusqu'à ce que enfin, nous soyons au complet. Le sixième membre de la famille Calahan, le plus revêche et le plus sauvage, entre enfin dans le salon. Pour se faire pardonner, il amène avec lui une chaussette rouge géante, remplie de plusieurs paquets.

Les jumelles exultent. Moi je me délecte du bonheur qu'on voit sur leur visage. Gackel aussi. On a tous les deux plus souvent eu l'occasion de fréquenter notre père et nous le croisons encore davantage aujourd'hui maintenant que nous faisons des métiers plus proches du sien. Les filles, par contre, ne le voient que rarement. Il leur manque tellement qu'elles sont toujours en colère après lui mais le voir ce soir-là les réconcilie avec toutes leurs frustrations passées. On ne peut pas en dire autant de la mère ou de moi-même mais ce n'est pas le bon moment pour en discuter.
Rorick embrasse sa femme avec tendresse, il nous ébouriffe les cheveux à Gackel et moi puis enfin s'installe à table après s'être servi. Les jumelles n'en peuvent plus : elles veulent ouvrir les cadeaux maintenant. Personne n'a le cœur de leur refuser : leur sourire est si franc qu'il redessine leurs visages et les fait rayonner.

« TROP CHOU » je m'esclaffe à table, surprenant ma mère qui manque de se beurrer le bras plutôt que la tartine. Un Hippopotas bébé vient de sortir d'une pokeball que les jumelles ont lancé. Il est minuscule, avec déjà un énorme nez – taille relative par rapport à l'adulte – et c'est à peine s'il parvient pour l'instant à tenir debout sans avoir d'équilibre trop précaire. Les jumelles le couvrent déjà de papouilles et fondent sur la bouille du bébé. Je les rejoins aussitôt pour craquer avec elles et gagatiser toutes ensemble.

Ma mère lance un regard assassin à mon père : mais là encore, une discussion désagréable doit rester latente pour ne pas assombrir tout le repas. Rorick fait de son mieux pour se faire pardonner et promet de repasser plus souvent à la maison ; il a certes offert un pokemon aux jumelles – ce qui était proscrit – mais il a aussi réussi à se faire muter dans une toute nouvelle structure ranger de Kalos, dont les locaux ne seront pas très éloignés d'Illumis, lui permettant d'avoir un vrai pied à terre dans la région cette fois. Cette discussion échappe aux oreilles des enfants : Gackel comprit maintenant, on est tous collés au petit Hippopotas.

Ses yeux sont encore clos ; il n'arrive pas à les ouvrir entièrement et voit toujours très flou. Il est si léger et menu qu'il tient sans peine dans une main. Il respire tranquillement alors que les filles le prennent à tour de rôle dans les bras pour l'embrasser et le caresser. C'est à ce moment-là que mon père s'approche d'elles pour leur présenter la bête et expliquer son fonctionnement. Elles écoutent attentivement : le cadeau les a tant touchées qu'elles promettent d'ailleurs d'en prendre grand soin.

Ce qui serait une première pour les cadettes de la famille.
Je ne fais cependant aucun commentaire sournois et me contente de me réinstaller à table pour continuer ce repas qui promet d'être plus festif que les années précédentes.
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C-GEAR
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Région : Kalos
Mer 10 Jan 2018 - 11:33
L'amour est une chose étrange.

Je me demande si parfois, il n'est pas fait de faux-semblant. Quand je vois ma mère se retenir de divorcer, je perds espoir. Est-ce réellement possible d'aimer la même personne toute une vie ? La déception ne finit-elle pas par nous rattraper tôt ou tard ? Je vois l'humain trop égocentrique pour aimer quelqu'un d'autre que lui-même le temps de toute une vie. Évidemment, nous croisons divers amours sur notre route : des plus ou moins intenses et longs. Nous nous en remettons tous cependant. Certains gardent ces sentiments en eux : on va chérir des souvenirs, des objets ou peut-être même l'être que l'on était aux côtés de la personne choisie. Malgré tout, le temps efface l'envie et le cœur se remet en quête d'un autre objet de fascination.

Je ne crois pas en l'amour, du moins plus maintenant. Mes parents ont toujours été ce couple sur la sellette, bien assorti mais constitué de deux êtres peut-être trop indépendants. Je n'aurai jamais cru que l'on puisse être trop indépendant mais à voir les papiers du divorce sur la commode dans la chambre des parents, je me suis visiblement trompée.

Rorick s'est toujours comporté comme un vagabond : il en a d'ailleurs été un à Johto dans sa jeunesse. Un des rares événements dont il se souvient encore. Il déambule parmi les différentes régions avec son équipe ranger depuis des années et des années, délaissant ainsi son couple dans des moments parfois critiques. Ma mère elle-même commence à ne plus savoir comment l'aimer encore, comment l'accueillir et supporter l'attente. Sa patience a été trop rarement récompensée : elle est aujourd'hui obsolète.

J'ai la tête pleine de ces réflexions alors que je déambule au hasard dans Flusselles, seule. Je suis rentrée il y a peu offrir des chocolats de pâques aux jumelles et voir comment se porte l'Hippopotas de noël. Je ne m'attendais pas à trouver ces papiers, à la vue de tous, dans la chambre des vieux alors que j'y déposais des chocolats dans un coin pour faire une blague.
J'étais sortie de là muette. Avant de sortir en toute hâte, les jumelles ont le temps de me voir livide, les yeux fuyants. Je ne leur adresse pas la parole alors qu'elles me pressent pour savoir où je vais et claque la porte derrière moi, secouée. Je m'éloigne le plus loin possible de la maison.

La ville est triste, ou peut-être est-ce simplement mon état d'esprit qui me maltraite. Flusselles ne me déplaît pas, j'y ai vécu trop longtemps pour ne pas lui trouver quelques qualités parmi ses défauts. Le simple fait de ne pas être une capitale bruyante, sale et grise est son plus gros avantage. D'habitude ce charme suffit à lui seul à m'hypnotiser : mais là, le divorce qui flotte dans ma tête est contre-productif, voire désenvoutant : j'erre dans les rues sans même m'arrêter à mes traditionnelles boutiques préférées. Mon libraire s'étonne à travers la vitrine : je passe devant sans même contempler ses nouveautés ou lui dire bonjour, ce que je prends toujours soin de faire en rentrant au bercail. La mine maussade que j'affiche l'a dissuadé de m'interpeller : il se dit qu'il pourra toujours me demander à une autre occasion.

D'habitude les merveilleux au chocolat de la boulangerie préférée de ma mère me font toujours craquer malgré leur prix exorbitant. La boulangère est une amie de la famille, elle s'étonne donc elle aussi de me voir déambuler sans m'arrêter comme je le fais toujours pour la saluer. Mes cheveux verts sont bien connus ici et attirent l'attention de tous les commerçants que l'on connaît : la famille Calahan est fidèle à ses habitudes, aussi plusieurs s'étonnent de me voir toute morose. Seul le buraliste du coin a l'occasion de s'en rendre compte de près : j'ai soudainement eu envie de cigarettes. Il me voit ressortir avec un rictus faible en guise de sourire et particulièrement forcé.

Au parc l'ambiance de la ville ne s'est en rien améliorée.
Je me rends bien compte de ma déprime cette fois, elle est palpable. Un divorce c'est surmontable mais c'est toute une part de ma vie qui va se réécrire quand ils auront signé les papiers et mon cœur se serre alors que mes pensées dérivent vers mes cadettes.
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C-GEAR
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Sam 13 Jan 2018 - 14:41
Quel dommage d'être muté à Kalos après tant d'années de baroudages divers pour se faire jeter par sa femme.

Du moins c'est ainsi que je vois la chose désormais.
Depuis l'épisode des papiers de divorce trouvés sur la commode dans la chambre, cinq mois se sont écoulés. La déprime du parc a depuis longtemps laissé place à une toute nouvelle colère. Encore une. Comme si elles ne s'accumulaient déjà pas assez. Heureusement la reprise du travail a été plus que bénéfique pour oublier cette contrariété. Mieux encore, les jumelles semblent nerveuses à l'idée de cette séparation mais elles sont moins déboussolées que ce que j'avais prédit. Gackel avait été plus optimiste sur ce coup : il avait toujours eu foi en elles et leur grande capacité d'adaptation.

En cinq mois les jumelles avaient fêté leur majorité.
A grands renforts d'alcool et de paillettes, elles avaient une dernière fois pourri le domicile familial. Celui-ci serait remit en vente quelques mois plus tard. Pour l'instant, elles vivaient encore avec la mère : mais elles avaient terminé le lycée et toutes deux comptaient bien sortir de ce trou perdu qu'est Flusselles. La ville a beau être agréable, elle ne comprend aucune licence ou école qui les intéresse. C'est ainsi que je découvrais leurs projets de vie. A mon insu (dans ma jeunesse du moins), elles ne se voyaient pas entamer des carrières en lien avec les pokemons. Maria comme Fanny tenaient à voyager elles aussi, mais elles avaient réfléchi aux autres moyens de pouvoir le faire, en-dehors des métiers liés aux bestioles et aux baroudages qu'ils imposent ne serait-ce que pour les concours ou les arènes.

Maria voulait être interprète et Fanny s'intéressait aux carrières de l'import et l'export. Elle avait envie de travailler dans les arts de la table. Je tombais à la renverse en entendant ça : jamais je ne m'étais douté un instant des goûts et des ambitions de mes cadettes.

Dans les mois qui suivirent la séparation, je remettais en question mes talents de médiateur. D'habitude je parvenais sans mal à ne pas prendre position, à ne pas juger et seulement prêter une oreille attentive. Le cas du divorce était différent. En colère après mon père depuis des années, je ne pouvais pas m'empêcher de penser que ce qui lui tombait dessus était mérité. De plus son flegme apparent et son calme face à la situation m'irritait au plus haut point et m'empêchait de me montrer raisonnable : chaque fois qu'il tentait de m'inviter, je me défilais aussitôt, prétextant des excuses bidons qu'il ne pouvait pas ignorer. Gackel était plus malin. Il soutenait la mère dans sa peine et sa décision ; apparemment, elle vacillait et avait besoin de soutien. Elle aimait toujours Rorick, tel qu'il était mais se sentait si lasse qu'elle avait perdu goût à de nombreuses choses. Fatiguée, elle comptait désormais se reposer et pensait à déménager pour s'éloigner de tous les souvenirs de la maison. Son fils restait attentif à ses besoins mais ne mettait pas son père à l'écart pour autant.

Cette idée de vente me déchirait le cœur.
Tout comme mon Feunnec, cette maison était à mes yeux un repère solide dans ma vie. Si mon pokemon faisait office de doudou et me rattachait à ma jeunesse, la maison elle contenait tous mes souvenirs, les meilleurs comme les mauvais ainsi qu'une bonne tranche de ma vie. Je n'étais pas matérialiste mais nostalgique. Malgré tout la décision n'était pas de mon ressort et je ne voulais en aucun cas compliquer la situation. Ma priorité restait le bien-être de mes cadettes.

J'avais toujours été bien plus présente et responsable pour Gackel que je ne l'avais jamais été avec les jumelles. Je ne voyais pas là une occasion de me racheter mais un tournant décisif pour plutôt me rapprocher d'elles. Les filles souhaitaient toutes les deux partir vivre à Illumis pour faire des études supérieures : Fanny visait l'école de commerce, Maria la fac des langues. Elles n'avaient aucune intention de se séparer. Leurs parents pouvaient le faire mais rien ne les éloignerait l'une de l'autre tant qu'elles ne l'aurait pas décidé.

Je faisais donc tout mon possible pour leur trouver une situation idéale dans la capitale. Avec ses loyers excessifs et les demandes farfelues des propriétaires, il y avait de quoi faire. Cependant nous ne nous découragions pas : il fallait que l'on s'unisse face à cette rupture au sein de notre famille. Du moins était-ce là le réflexe spontané que nous avions eu : si le couple que formait nos parents était un échec retentissant, la fratrie qu'ils avaient mis au monde était elle, une réussite.



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C-GEAR
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Dim 14 Jan 2018 - 10:00
Fanny – Tu crois que maman aime encore papa ?
Maria – Jme demande plutôt l'inverse moi.
Fanny – Sinon il reviendrait pas à chaque fois.
Maria – Peut-être qu'il se force.
Fanny – Peut-être qu'elle se force.
Jill – Laissez tomber les filles, vous saurez jamais.

Je venais de surprendre les jumelles en pleine discussion alors qu'elles pensaient être seules.
Elles se trouvaient dans une petite cuisine équipée simplement, illuminée par une grande baie vitrée qui donnait sur un petit balcon. Elles avaient trouvé un appartement d'un loyer raisonnable à une vingtaine de minutes de là où vivait mon ami Sam. Illumis, nous revoilà. Cette fois c'est mes jumelles que tu prends avec toi en plus d'un frère de substitution.

C'est la rentrée de septembre dans une semaine et les parents ne se sont pas réconciliés. En fait ils n'ont pas non plus divorcé, la mère est restée à la maison de Flusselles pour l'instant et n'a pas revu le paternel depuis l'annonce de la séparation sept mois plus tôt. Les jumelles se posent mille et une questions et je peine à leur faire comprendre qu'il est impossible, de l'extérieur, de comprendre ce qu'il peut se passer dans l'intimité de deux personnes. Elles ont beau être majeures désormais, elles sortent à peine de leur adolescence et ne voient pas encore leurs parents comme des êtres humains à part entière. Pour l'instant elles estiment qu'ils démissionnent de leur travail, elles oublient qu'ils ont jadis existé en tant que personne à part entière, bien en-dehors de leur couple. Je tente en vain de leur faire comprendre : pas qu'elles soient trop cons pour piger, juste qu'elles refusent. Visiblement je ne suis pas la seule des Calahan à avoir du mal à gérer mes excès de colère.

Elles jettent le dernier carton à déménager sans cérémonie.
C'est qu'elles en ont eu marre de tous ces allers-retours au troisième d'un immeuble sans ascenseur. Gackel et Sam ont fini de monter les lits et se sont occupés de brancher tout ce qu'il faut brancher dans un nouveau lieu de vie. Les jumelles ont dégoté un appart pas trop dégueulasse qui a l'avantage d'avoir un grand salon assez lumineux. Les parents les aident mais elles doivent au plus vite trouver un taf pour la rentrée. Je ne suis pas sûre qu'elles soient bien motivées dans ce sens : à voir leur excitation, elles sont plutôt parties pour une année sabbatique.

Le déménagement ne les a pas totalement épuisées : elles veulent à tout prix sortir dans les bars de la ville ce soir, je parviens à détourner leur attention en commandant des pizzas. Les jumelles en boîte ou dans les bars c'est le début de la fin, je redoute ça, plus encore que les plus dangereuses des missions rangers. Elles ne savent nullement se tenir et font toujours passer leur amusement en priorité, parfois même au détriment de leur propre sécurité. Bref, je suis ravie de couper court à une soirée de beuverie incontrôlable. Les garçons me soutiennent sur ce coup et commencent à aménager des places dans le salon plutôt vide pour l'instant.

On passe la soirée avec elles puis on les quitte suffisamment tard pour s'assurer qu'elles ne sortiront pas en douce de l'appart pour se retrouver au sordide macumba : Gackel a vérifié qu'elles dormaient avant de bouger de là. Je finis la nuit chez Sam avec lui, on préfère laisser les jumelles respirer ; après tout, qui aurait envie d'avoir ses aînés sur le dos son premier jour de liberté ?
Sur la route Sam nous demande des nouvelles de la famille.

Sam – Entendu dire les jumelles qu'ils avaient pas encore divorcé, c'est vrai ?
Gackel – Maman a rempli mais jamais signé.
Jill – Tu les as vu ?
Gackel – Papa me les a montrés.

Il se tait d'un coup. Il aurait voulu me dire que je les aurai vus également si je ne m'amusais pas à me défiler chaque fois que mon père recherchait ma compagnie. Je me sentais suffisamment lâche sur ce point et le frangin était assez malin pour s'en douter : il ne pouvait se permettre de créer une énième dispute en présence de Sam. Bien que pour lui aussi, Samuel était comme un frère, il ne comptait pas assombrir la soirée. Il se tut donc et répondit à la question suivante de l'ami Sam : à quel bar allions-nous nous arrêter pour discuter.



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C-GEAR
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Lun 15 Jan 2018 - 9:10
Nous y voici. Les jumelles commencent leurs études supérieures ce mois-ci et moi je rencontre mon père depuis tout ce temps. J'ignore comment j'ai fait pour l'esquiver aussi longtemps mais je ne peux plus me défiler désormais : il débarque à Illumis.

Une semaine à peine après la rentrée scolaire (et le déménagement), je suis de retour dans la capitale pour suivre des sessions d'entraînement dispensées par Spencer. Ce dernier m'a inscrite notamment à un tournoi du métro de combat dans deux semaines à Unys, sans me prévenir : depuis il exige ma présence lors de ses petites séances de torture. Autant le dire, il exige beaucoup des pokemons comme de leurs dresseurs et j'ai rarement été autant épuisée. Même les séjours en compagnie de mon père sont plus cléments.

Quoiqu'il en soit je suis bloquée dans la capitale pendant sept jours complets. Je crèche à la fois chez les jumelles, qui détestent ça, et Sam, ravi de me voir mais très occupé par son travail. Le mardi, je reçois un coup de fil d'un numéro que je ne connais pas : ne reconnaissant pas l'indicatif des classiques opérations marketing, je décroche sans méfiance mais avec curiosité. "C'est moi." Je reconnais aussitôt la voix de mon père et le fait qu'il m'a eue. Je soupire, en silence pour ne pas qu'il m'entende.

Rorick - Tu vas continuer à m'éviter pendant longtemps ?
Jill - ...
Rorick - Je suis à Illumis pendant quelques jours. Les jumelles m'ont dit que tu y étais aussi.
Jill - Je vois d'où vient l'info.

Les pestes ont du me balancer pour se venger du squattage de leur canapé. Pas la peine de rager cela dit : ce qui est fait est fait et je ne peux éviter éternellement mon paternel. Je suis bien obligée de me confronter à lui à un moment ou un autre ; j'aurai juste aimé pouvoir repousser ce moment encore et encore. Je ne me sens pas prête. La colère qui ronge mes entrailles depuis si longtemps risque de lui exploser à la gueule. Je ne veux pas faire de scandale, ni même le juger sur sa relation avec ma mère ; j'en ai juste assez de le voir se défiler à chaque fois. Comme il l'a souvent fait dans ma jeunesse. Je réalise alors que cela fait des années que je traîne cette rancœur et ça finit par me dégouter.

Rorick - Jill ?
Jill - Je suis là. Tu proposes quoi ?
Rorick - Viens au brock ce soir pour 19h ?

Le brock est un restaurant de spécialités fromagères bien connu d'Illumis ; c'est aussi celui qu'il préfère. J'accepte l'invitation en admettant qu'elle est généreuse pour une fille aussi ingrate et raccroche en prenant en compte une chose ; quelque soit ses raisons, je dois d'abord garder à l'esprit que je dois l'écouter.

Il a fallu que je le répète cent fois dans ma tête avant d'arriver au restaurant.

Mon père est en avance puisque je suis à l'heure ; il est déjà attablé, on me conduit à lui. Il me fait son traditionnel clin d’œil et sa tentative de bise mais je le rejette, pour la millième fois : je ne suis pas tactile, même avec ma propre famille. J'ai horreur qu'on me touche. Il s'assoit et sourit. Ça m'irrite mais je fais de mon mieux pour rester détendue.

Jill - Alors, quoi de neuf ?
Rorick - A part la séparation et la mutation, rien. Quoique si : ta mère n'a pas signé les papiers du divorce qu'elle m'a donné. Je vais en profiter.
Jill - Tu veux dire, la reconquérir ?

Il hoche la tête. J'ai bien envie de la lui plonger dans sa stupide soupe à l'oignon que le serveur vient de nous ramener en guise d'entrée offerte aux clients.

Jill - Super idée. Je veux dire, c'est sûr que c'est plus simple de la reconquérir maintenant qu'elle en a marre, plutôt que d'en avoir prit soin avant.

L'ironie et l'agressivité de ma remarque ne lui échappent pas : il reste calme et moi pas. J'aurai tenu à peine plus de cinq minutes. Son regard pétille et il me scrute avec attention, un sourire en coin. Il ressent toute ma colère, depuis des années déjà mais prend soin de ne pas en rajouter une couche : il trouve mon comportement à la fois impulsif et légitime.

Rorick - Je ne renoncerai pas. J'aime ta mère.
Jill - Elle est bien au courant ?
Rorick - Elle le sait. Je comprends sa lassitude.

Je souris d'une horrible manière. La tension descend cependant ; je n'ai aucune envie de faire un règlement de compte plus poussé au milieu du restaurant. De plus je n'ai pas vu mon père depuis des mois et en-dehors de la colère, j'ai aussi beaucoup d'amour pour lui. Il m'a manqué et je me suis souvent demandé comment il allait sous ses apparences stoïques et imperturbables. Je décide de changer de sujet mais mon père me coupe l'herbe sous le pied.

Rorick - J'ai parlé de toi à un collègue du Pokewood. Ils cherchent des caméramans en ce moment.
Jill - C'est la boîte d'Unys c'est ça ?
Rorick - C'est ça. Déjà allée ?
Je fais non de la tête.
Rorick - A Ondes-sur-Mer, au Nord de la ville. Dur de rater le bâtiment, il est énorme. Tiens.

Il sort une brochure de sa poche, froissée et pliée n'importe comment. Je l'ouvre et y découvre un texte imposant expliquant le fonctionnement et le principe de la chose.

Le Pokewood est en réalité un studio de cinéma entièrement dédié au septième art. Il est producteur des licences les plus populaires, notamment les Chasseurs de Fantômes ou encore les Full Metal Cop, les différentes versions de King Monaflemit etc. J'ai déjà entendu le nom mais n'y suis jamais allée. Sur le dépliant, on voit un plan qui montre un grand bâtiment gris clair, plus large que haut, imposant. Il trône dans une zone industrielle ; le quartier nord de la ville est connu pour ses nombreux bureaux et les usines qui y traînent.

Rorick - J'ai un ami qui y travaille en ce moment. J'lui ai parlé de toi.

Il me montre sur le papier que l'endroit est spécialisé aussi pour une chose ; l'ouverture au public. A priori, à en croire les horaires indiqués, les studios ouvrent leurs portes, mais pas toutes, pour accueillir les gens du public et leur proposer diverses activités. Pour les plus créatifs d'entre eux certains auront même l'occasion de proposer un scénario et de voir si celui-ci recevra un financement. En attendant, il parait que le prêt d'un certain matériel est alloué au public, ce qui me semble complètement irresponsable vu sa valeur, et lui permet ainsi de faire quelques ébauches si le cœur leur en dit.

Jill - Jvois pas le principe, c'est complètement débile. Qui s'emmerderait à payer un matos à des prix exorbitants pour les laisser traîner dans les mains de nœuds-noeuds qui n'ont même jamais manipulé une caméra ?
Rorick - Chacun son avis.

Il faisait le malin mais je savais bien qu'il partageait le mien aussi.

Rorick - C'est pas l'important : ce qui compte, c'est mon contact.

Il s'explique enfin plus en détails : la personne qu'il connaît travaille actuellement pour ces studios. Ils sont suffisamment grands pour recueillir des décors gigantesques et quelques centaines de figurants. Il explique que certaines pièces sont entièrement dédiées à la confection des costumes, des décors et même des maquettes pour le façonnage des effets spéciaux. En bref si je comprends bien, il s'agit d'un véritable musée du cinéma, d'autant que mon père affirme y avoir déjà vu des costumes de films bien connus exposés et précieusement conservés dans des pièces particulières. Tout cela plus les archives de tous les scénarios jamais envoyés là-bas, il s'agit d'un lieu que l'on se doit de fréquenter au moins une fois dans sa vie lorsque l'on est un apprenti monteur en herbe, tel que moi. Je commence à peine mes premiers travaux dans le domaine, jusqu'à présent j'ai surtout aidé mon père : cette fois il me propose de faire mon propre reportage sur les coulisses du studio, ce qui serait faisable avec son soi-disant ami qui recherche un dernier caméraman pour le projet.
Il achève de me dire que l'endroit regroupe également des engins susceptibles de me plaire dans un de leur hangar : les voitures des films James Bond. Voilà l'argument décisif, qui me fait dire que j'accepte d'être mise en relation avec son contact.

Il promet de s'en occuper et achève de me tenter sur un point : les studios proposent également de prêter du matériel à leurs employés. Un matériel bien plus cher et à la pointe de la technologie que ce qui est proposé au grand public. De plus les studios Wood développent eux-mêmes une marque d'audiovisuel et proposent depuis un peu plus de trois ans des caméras, des micros et diverses machines de bonne qualité, avec une durée de vie plus qu'intéressante et une qualité qui n'a rien à envier à ses concurrents. Rorick ajoute qu'il serait bénéfique d'hériter de l'une de leurs caméras ou pourquoi pas de leur racheter en interne, permettant de voir les prix se dégonfler un peu.


Non seulement il a réussi à détourner la conversation mais il a également réussi à me trouver une opportunité intéressante pour mes futurs projets. Je souris et ne reste pas longtemps fâchée alors que l'on nous amène enfin l'apéritif : l'alcool détendra sans doute un peu plus l'atmosphère avant de revenir sur des sujets plus brûlants.



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Dresseur Kalos

C-GEAR
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Jeu 18 Jan 2018 - 16:49
L'ambiance changeait de ton au restaurant. Une fois la raclette servie, on finit par de nouveau partager avec mon père comme de coutume.

Il se trouve que sa dernière mission l'a amené à retrouver le fameux gang dont il m'avait parlé il y a déjà deux ans. Ils s'appelaient pompeusement l'Opale Noire. Je n'oublierai jamais le cadavre du Passerouge de ce jour-là, sous le banc de l'abri de forêt. Minutieusement dépecé, un travail précis, tout avait été pompé ; les yeux, le foie, les intestins, les pattes. Aucune plume. Je m'en souvenais si clairement que j'avais l'impression d'être revenue dans le temps.

Je me raccrochais à la conversation. Maintenant que j'étais ranger moi aussi, mon père se confiait librement à propos de ses missions désormais : le Polygone étendait son influence jusque dans nos échanges. Pour la première fois depuis le début de cette carrière, du départ, je comprenais davantage les tenants et les aboutissants.

L'organisation sévissait et prospérait depuis six ans. Bien avant mon départ avec Gackel donc. Mon père les avait rencontrés la première fois alors que nous venions à peine de se lancer sur les routes : ils avaient déjà deux ans d'activité. L'équipe de ranger à laquelle appartient Rorick a trouvé leur piste alors qu'ils fouillaient les environs de Port-Tempères pour braconnage. Je l'ignorais mais le Minidraco que je connaissais, toujours chez Miwako, avait été sauvé par l'action menée par l'équipe. Ces derniers avaient repoussé un groupe de braconniers pour aider la police locale sur la demande du commissariat et au hasard de leur balade, des traces de voitures les interpellaient. Curieux, ils avaient suivi et remonté la piste. Elle donna sur les restes d'une famille de Cradopaud, quelques Carabings et des os. L'affaire était sérieuse.

L'essentiel, pour la police mise au courant des effets à l'occasion, est de trouver les responsables. Les enquêteurs et certains rangers, comme mon père et son équipe, tentent également de découvrir à quelles fins ils se servent des organes prélevés. Au détour de notre discussion alors que l'on se dispute le fromage à grands renforts de vin, il admet qu'il n'a jamais rencontré ce genre de pratiques durant toute sa carrière. Ses inquiétudes sont sincères et alarmantes : il m'a volontairement tenue à l'écart pour me protéger.

En bref, il a superbement dévié la conversation. Le divorce est passé à la trappe. Il rebondit après une gorgée de vin et me demande si j'en ai entendu parler à la Shepherd. Je lui avoue ne pas y être assez régulièrement et volontairement tenue à l'écart par Spencer pour être dans les petits papiers. Il m'arrête un instant. Il répète le nom de Spencer et me demande s'il ne s'appellerait pas Merton. J'acquiesce, il rit, avoue que ce nom grossier lui revient et me dit l'avoir rencontré quelques années plus tôt. Une brève rencontre, il était alors indépendant et travaillait pour le Polygone sur une mission à Johto, concernant le puits aux Ramoloss. Mon père reconnut son efficacité et les solides défenses de son équipe. Il continue de s'intéresser à ce que je fais à l'association mais je n'ai aucun scoop à lui avouer : je ne fais que m'entraîner, Spencer ne m'a pour l'instant que pousser à participer à des compétitions.

De toutes sortes. Les premières semaines ont été mouvementées : d'abord ce fut la tour de combats comme premier échauffement. Ensuite, ce fut cet événement particulier, cet espèce de fort avec des épreuves toutes plus étranges et physiques les unes que les autres, n'ayant malgré tout aucun rapport avec le métier. Puis ce passage au Mont Sélénite, la deuxième première mission. En bref je n'avais pas été encore plongée au cœur des missions les plus importantes : je lui avouais que je préférais nettement cette place. Je n'avais certes pas besoin d'être au cœur de l'action ; Spencer m'y enverrait une fois prête et j'étais utile même au hangar.

Ravi de me voir ainsi épanouie, il me laissa le dernier bout de fromage.
Ce fut plus que de l'amour qui brillait dans son regard quand il me regardait : il se sentait fier, tandis que je l'ignorais superbement, trop occupée à surveiller la cuisson de mon sésame.



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Sam 20 Jan 2018 - 15:28
Le repas nous avait rapproché.

Rorick gardait tout de même ses distances avec moi : il craignait mes excès de colère, parfois aussi injustifiés que virulents. Mieux valait éviter de discuter divorce. Il avait envie de se racheter auprès de ses enfants, de leur prouver que malgré la distance il nous portait tous avec lui dans son cœur, à chaque pas. Aucun de nous n'en doutait sincèrement, à l'exception de notre mère. Fatiguée, usée par les caprices de cet homme, elle n'était aujourd'hui plus que l'ombre d'elle-même.

Autrefois active, pleine d'énergie, elle avait vu sa joie de vivre la quitter au fil des ans. Observatrice passive, elle la laissait lui filer entre les doigts sans se ressourcer. Elle continuait de travailler, de nous aimer, puis d'attendre son amour. Elle se savait chérie mais ne se sentait plus liée à lui. Comment pouvait-il passer tant de temps loin d'elle quand autant d'absences la torturaient ? Au fur et à mesure, je ne lui voyais plus le même sourire. Il avait changé. Je m'en souvenais comme si c'était hier ; il y a au moins cinq ans de cela, au nouvel an. J'avais été profondément choquée : ma mère avait toujours été une héroïne à mes yeux. Elle avait tout supporté : des heures de travail à n'en plus compter, l'éducation de quatre enfants aussi turbulents qu'en demande, le temps d'aimer et chérir son époux. Dans tout cela, elle s'était complètement oubliée.

Pauvre Anne.
Si fatiguée, si lasse. Si forte à la fois : aucun d'entre nous n'aurait pu supporter tout cet accablement aussi bien qu'elle ne le faisait. Elle avait beau avoir le cœur brisé, elle continuait. Ne faiblissant jamais. Chaque jour, elle pointait à la mairie. Chaque fois, elle offrait son sourire à celui qui la dévisageait. Chaque jour elle nous aimait et nous rassurait depuis sa séparation. Chaque fois qu'il le demandait, elle répondait à Rorick. Toute l'admiration que je ressentais pour elle m'empêchait de fraterniser avec la situation de mon père. Je l'écoutais d'une oreille distraite parler de ses futurs projets de rangers, regrettant au fond de moi ce temps que nous aurions tous pu passer à six, maintenant qu'il était de retour dans la région.

Il me menait à son appartement : celui qu'il louait depuis que ma mère lui avait poliment fermé la porte du domicile familiale au nez. Je le découvrais après tout le monde : il était assez spacieux, un salon, une chambre à part. Un canapé qu'il me proposa pour la soirée déjà bien avancée. Voyant là une occasion de soulager les jumelles de ma présence, j'acceptais, presque aussitôt avec des regrets. Passer du temps avec mon père m'apparaissait comme une trahison en quelques sortes. Je compatissais avec ma mère bien plus qu'avec lui : de manière inconsciente, ses douleurs me renvoyaient aux miennes. Depuis combien d'années n'avais-je plus été capable d'aimer ? Six, peut-être sept depuis l'abandon de ce que j'avais dans le cœur. Je n'avais jamais oublié Peter. Ni même le fait que ses absences avaient troué mon cœur, le pourrissant des années durant. Je n'avais depuis jamais accordé ma confiance à personne d'autre.

Je sentais que les blocages de ma mère ressemblaient aux miens. La solitude m'allait si bien que j'espérais qu'il en soit de même pour elle : mais je ne me leurrais pas, car chaque fois que je rentrais à Flusselles, son sourire dépérissait un peu plus. Elle n'avait plus ce rire franc non plus. Ses yeux fixaient le vide plus longtemps que de coutume. Elle soupirait tellement qu'elle en ponctuait presque chacune de ses phrases. Elle n'avait pas encore vendu la maison. Était-ce tous ces souvenirs qui la hantaient, ou était-ce le fait de s'en séparer pour toujours qui la rendait anxieuse ?

Posée sur le canapé pendant que mon père discutait, je prenais le verre de bière qu'il me tendait sans l'écouter. Mes yeux fixaient sa télé éteinte, mon esprit était à Flusselles auprès de ma mère. Je tolérais bien plus mal mes absences auprès d'elle depuis leur séparation mais je fus ramenée chez les vivants par mon père qui agitait sa main devant mes yeux.

Rorick – Jill ?

Je restais silencieuse : n'ayant aucune envie de lui avouer toute la peine que j'avais sur le cœur, je prenais une gorgée et souriait avec beaucoup d'hypocrisie. La joie m'avait quittée elle aussi, me laissant coquille vide sur le fauteuil. Mon silence ne trompait personne cependant.

Rorick – Je ne te parlerai plus d'elle. Mais...

Il me demanda alors si je le croyais sincère. C'était la première fois de ma vie que mon père me parlait de lui, directement, de ses sentiments. Je fus extrêmement mal à l'aise à la seconde où il prononça ces paroles d'un ton hésitant. Il prenait des précautions extrêmes, aussi je le laissais finir sa phrase avant de répondre.

Jill – J'imagine que tu l'aimes mais on dirait que tu as du mal à l'exprimer ?

L'interrogation était fausse : je n'avais pas le choix, il ne s'agissait pas de l'agresser. Je voulais fuir cette discussion mais là, au beau milieu d'Illumis, bloquée dans son appartement, je n'avais pas le choix. J'écoutais donc ce qu'il avait à me dire à ce propos mais je n'avais qu'une chose en tête tout le long de la discussion : la silhouette amincie, émaciée et si mélancolique de ma mère, devenue son propre fantôme, bercée par la douleur et les regrets à longueur de journées.

Les pires souvenirs de ma vie me revinrent en rêve cette nuit-là : je sentais de nouveau ce poids terrible tenter de m'écraser le cœur, comme lorsque Peter disait m'aimer, pour ensuite me laisser derrière lui durant des mois. Les femmes de la famille étaient-elles condamnées à toujours courir derrière leurs amours sans jamais pouvoir les rattraper ? Je me retournais péniblement sur l'étroit canapé du salon de mon père et ne parvenais plus à trouver le sommeil ; tout cela me tourmentait.



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C-GEAR
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Mar 23 Jan 2018 - 11:50
Le mois d'octobre arrivait, tout en laissant ma colère s'en aller.

Divorce ou pas, je ne me préoccupais plus de l'affaire désormais. La flagellation ne m'allait pas bien longtemps : l'apathie n'avait rien à voir avec mon caractère, ce qui me permit de la chasser en fin de compte. Je ne pouvais de toute façon me permettre d'avoir des pensées aussi toxiques plus longtemps : j'estimais que désormais, tout cela n'avait plus rien à voir avec moi. Les jumelles étaient majeures et vaccinées et les histoires de cœur comme de cul de mes parents ne concernaient qu'eux-mêmes. Mon frère me reprocha ma froideur à leur égard un samedi pluvieux : il me taxa même d'iceberg pour décrire la situation. Je n'avais en effet pas maintenu mes relations avec eux : je prenais de la distance et plongeait dans le travail. Après tout, si mon père s'est fait larguer, c'est son problème. Inutile de s'occuper des affaires d'un gaillard âgé d'une cinquantaine d'années.

L'hiver arriva vite et les tâches ingrates de la Shepherd aussi.
Je refusais toujours de m'engager politiquement, contrairement à nombre de mes collègues. Je me demandais même pourquoi je ne m'étais pas encore fait expulser de l'association : mes opinions différaient clairement des leurs. Certains avaient le tact de m'allouer mon libre-arbitre : d'autres me regardaient de travers lorsque j'esquivais des débats aussi vifs qu'inintéressant. Je constatais, au bout de plusieurs mois, que beaucoup agissaient par colère. Ils semblaient motivés par des griefs parfois bien légers: certes tous ces braconniers étaient des ordures, ils n'en restaient pas moins humains et je ne partageais pas le goût général pour la destruction du matériel d'autrui. Les bateaux ne m'intéressaient pas outre mesure mais j'avais la tête sur les épaules, suffisamment pour comprendre que ceux que l'on croisait le plus souvent n'étaient jamais que les pions de l'échiquier. Les gros bonnets montraient rarement le bout de leur nez dans ces affaires, laissant les trous de balle qu'ils trouvaient sur leur route se mettre en première ligne. Ces charognards restaient bien à l'abri sur leurs yachts ou dans leurs immenses demeures, gardant leurs mains bien propres. Aller taper sur des abrutis oubliant le moindre principe au premier billet agité sous leur nez n'avait aucun sens à mes yeux.

Je ne m'étais pas engagée pour cela. Bien que je n'avais pas pu, à loisir, l'avouer lors de mon embauche, je ne me privais désormais plus. Au bout de six mois, j'estimais que mon avis avait plus que le droit d'être exprimé, n'en déplaise à d'autres. Edith me soutenait, tout comme Spencer qui ne me reprochait pas mon attitude totalement apolitique et hermétique au climat de haine général. Tout ce qui l'intéressait, c'était mes disponibilités : quant à Edith, nous nous étions en réalité attachés l'une à l'autre, si bien que nous passions de plus en plus de temps ensemble.
D'autres par contre, se demandaient bien pourquoi je m'étais rapprochée de la Shepherd. Ils avaient visiblement du mal à comprendre que l'on pouvait s'engager avant tout pour la nature et les pokemons et non pour rêver d'un monde politique parfait de manière collective. Parfois, l'asso avait des allures de secte. Une secte dont j'étais un membre clandestin, faisant des allers-retours réguliers et s'occupant d'autres choses à la fois. Pour les plus engagés – ou plutôt enragés – mon attitude ne faisait pas sens.

Avec toutes les emmerdes qui m'étaient tombées dessus ces derniers mois, je me foutais de leurs avis. Heureusement cela ne créait pas d'animosité particulière ; nous étions trop nombreux et toujours en vagabondage entre missions ou diverses activités. Cela dit, cette différence créa un certain clivage. J'étais ravie de consacrer un peu de mon temps à l'environnement, auquel j'attachais une importance primordiale, ainsi qu'aux pokemons – j'adorais nettoyer les plages polluées – mais je n'avais aucune envie de me retrouver embarquée dans une mission aveugle et susceptible de casser soit du matériel, soit des gueules pour rien. La colère comme l'agressivité avaient toujours guidé mes réactions : cette fois elles m'avaient à l'usure et je décidais de les laisser couler. Qu'elles fassent grand bien aux autres ; quant à moi, qu'elles laissent mes entrailles en paix. Depuis l'annonce du divorce, j'avais développé un ulcère ; il était temps pour moi de me calmer. Il me fallait désormais déterminer ce que l'association pouvait encore m'apporter : puis m'en aller et continuer ma route seule, une fois rassasiée.



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Lun 29 Jan 2018 - 12:24
Malgré mes nouvelles résolutions mon humeur ne cesse pas de jouer au yoyo. Elle continue de varier dramatiquement de jour en jour : je ne suis pas enceinte mais ça y ressemble beaucoup. C'est d'ailleurs pour ces raisons que je m'isole désormais complètement de la famille. Mes allers-retours à Illumis me laissent bien assez d'occasion de passer voir les jumelles ou mon père mais rien n'y fait : chaque fois que je suis appelée à revenir à l'association, je finis par creuser mon trou chez Samuel. A l'inverse des jumelles, je n'entends pas de hurlements lorsque je loge chez lui, signe qu'il tolère bien mieux ma présence.

Il reste discret sur les sujets sensibles du moment.
Il sait qu'il prend des risques à me demander des nouvelles. Je ne lui en donne même pas à propos de mon ulcère, cela dit je suis bien moins malade maintenant que je me soigne. Olivia a prit les choses en main à l'association et s'est rendue compte la première de ma baisse évidente de moral. Tant mieux, puisque je n'ai plus de médecin traitant depuis des années. Elle a aussitôt avisé puis m'a auscultée et hospitalisée.

Samuel – Une chance qu'il y ait un médecin compétent dans l'équipe.

J'opine du chef.

Jill – Je peux me reposer un peu ici ? Une quinzaine, pas plus.

Je fais mon regard suppliant.
Sam n'a jamais su y résister ; il nous aime trop Leya et moi. Il accepte mais ronchonne un peu quand même : son petit ami devait venir passer quelques jours à son appartement. Il n'a pas le cœur de me mettre dehors ou me forcer à aller chez mes sœurs vu nos échanges musclés ; il finit par repousser sa petite semaine de rêve mais ne perd pas le sourire pour autant. Sa générosité n'a d'égale que sa sympathie naturelle envers autrui. Son altruisme panse mes plaies à une vitesse déconcertante. Lorsque je me trouve en sa compagnie je suis calme et apaisée. Mes nuits sont bien moins agitées depuis que je crèche sur son canapé.

Jill – Ah quel dommage que la reloue squatte en ce moment, sinon Marc aurait pu te faire grimper aux rideaux.
Sam – Heureusement que la reloue reste pas plus de deux semaines, sinon elle aurait pu les nettoyer ces rideaux et le reste, aussi.

On finit par se chamailler gentiment et j'essaie de glaner quelques informations sur son couple. Sam est la personne la plus secrète que je connaisse. Pour preuve, j'ai appris l'existence de sa petite sœur il y a à peine quatre ans alors que je le connais depuis dix-sept longues années. Étant donné que sa famille vit dans une autre région rien ne m'aurait permit de le deviner. Je suis donc satisfaite de l'entendre me parler de ce fameux Marc. Un journaliste.

Jill – Je considère que c'est un hommage Samy. Il est dans quoi ?
Samuel – Mets le 102.8 demain vers 18h et tu verras.

Ce sont là les seules informations qu'il donne avant de se lever et de lancer une pizza.
On finit par se demander lequel de nous deux a vu Leya en dernier et force est de constater que cela fait déjà bien trop longtemps que l'on a pas croisé sa route. Un concours de coordination approche, nous décidons de la contacter pour savoir si elle y participe.

Je me sens bien dans cette bulle avec ma seconde famille, celle qui n'éclate pas en morceaux, et finit par m'endormir comme un bébé plus tard dans la soirée.



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Mer 31 Jan 2018 - 6:23
Les vacances d'hiver approchent et le temps file toujours plus.

Peu importe le divorce, la famille, je suis empêtrée dans le travail. Pas celui de l'association. J'ai bien compris désormais que je ne pourrai pas y consacrer ma vie. Certains de leurs combats mériteront toujours qu'on leur consacre du temps mais je ne peux rester prisonnière à vie de la colère qui régit leurs actions. Il faut que je respire.

Dans cette optique, je suis désormais inscrite au Polygone. Je me suis finalement décidé après quelques mois passés à la Shepherd. Il me faut un avenir en tant que ranger et des possibilités de voyages. Mon but est le même que le jour de mon départ : traverser les régions. Si possible avec mes caméras. Ce métier est idéal pour vivre ainsi. Les missions indépendantes du qg des rangers me mèneront à travers toutes les régions, plutôt que de me concentrer sur les eaux internationales. L'utilité de ma caméra ne servira pas à filmer sans autorisation des pêches illégales : il ne s'agira plus de choisir lequel sera incarcéré les six prochains mois le temps que l'asso ne réunisse l'argent de la caution. Plus besoin de prendre part à une guerre violente, non déclarée et d'en payer les frais par des séjours en prison : on peut aussi aider la nature et ceux qui vivent dedans d'autres manières.

Parlant d'autres manières de vivre son engagement et sa vie, il y en a une qui a percuté ma vision des choses au sens figuré, tout comme mon visage au sens propre.
Non loin d'Auffrac, cette ville de merde complètement glaciale, je me prends un super coup de pied exécuté comme le mawashi geri d'un Kicklee. Sonnée, je m'étale de tout mon long contre le sol gelé et incroyablement dur. J'étais paisiblement en route vers la ville pour faire quelques repérages au sujet de l'arène et du champion, quand, sur un chemin forestier avoisinant directement le quartier sud de l'endroit, je finis étalée par terre. J'entends précipitamment une voix féminine s'excuser gauchement puis me relever.

« Désolée, on s'entraînait avec Popeye, le coup est parti et je vous avais pas vue ! »

Elle me retourne comme une crêpe et je finis par reprendre un peu mes esprits.
Sa beauté me laisse con dès que mes yeux s'ouvrent suffisamment pour la constater. Si j'avais été un homme, j'aurai été amoureuse. Cette fille est splendide : elle a de longs cheveux blonds et une peau mate à faire pâlir les habitants d'Alola. C'est à se demander comment elle peut être si bronzée. Sa peau a un teint hâlé et respire la santé. Dans un tel décor, si sec, glacial, elle détonne beaucoup et je me laisse distraire par ses grands yeux particuliers.

« Venez, on va s'abriter un peu ! »

Elle est costaud ; elle soulève mon bras pour le mettre sur ses épaules et m'appuie contre elle. Comme je ne suis pas à l'article de la mort je finis par me débarasser de son étreinte en la remerciant ; je marche seule jusqu'à une petite cabane en bois où elle me conduit. A l'intérieur il y a un feu et un Roussil. J'en reste baba, me pose sur le siège qu'elle m'indique et contemple la bête avec envie. Boogie déteste le froid et a refusé de sortir jusqu'à présent mais l'occasion est trop belle.

« C'est ton pokemon ? »

Je lui demande timidement, elle acquiesce.
Vu comment elle m'a dégommé avec son coup de pied, nous n'en sommes plus au vouvoiement. Elle me pouponne, vérifie que je vais bien et me propose même une petite pommade pour l'énorme bosse qui pousse sur mon front. Elle présente aussi son compagnon bipède que je trouve étrangement calme. Je n'ai pas l'habitude avec le mien et lui raconte.

« Il a jamais vu d'autres compères depuis que je l'ai adopté... tu permets ? »
La jeune femme me confirme qu'il n'y a pas de risques et je laisse sortir le mien de sa pokeball. Aussitôt il s'agite comme je l'avais prévu mais pas autant que je ne l'avais imaginé : il s'intéresse rapidement au Roussil, comprenant par là qu'il s'agit de sa propre espèce, évoluée. Pendant qu'ils font connaissance, nous en sommes au même stade entre être humains. Gênée, la demoiselle finit par se présenter en bonne et due forme.

« Sofia Johns, appelle-moi Sofia. »
« Moi c'est Jill. Je venais voir l'arène du coin. »
« Dresseuse ? »
« Ranger. Et reporter, quand j'ai le temps. »

Son regard s'illumine d'un coup. Elle se relève vite, comme nerveuse et me laisse constater la longueur interminable de ses hanches ainsi que sa parfaite chute de reins. Comment elle fait pour être si peu vêtue ? Ses vêtements sont près du corps et elle semble ne porter aucune couche supplémentaire quand j'en suis à trois pulls en tout et pour tout.

« Reporter hein ? Le genre de métier qui a besoin d'un perchiste ça, non ? »

Elle m'adresse un clin d’œil et désigne le coin droit de la pièce que j'ignorais totalement jusqu'à présent (elle est trop jolie, cette fille attire trop l'attention) ; je reconnais sans mal le matériel typique du métier de perchiste, puis me retourne vers le visage de Sofia, très lumineux. Une lueur est arrivée dans son regard et son sourire est assez éclatant : elle a quelque chose en tête.



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Sam 3 Fév 2018 - 16:24
Une discussion inattendue et complètement saugrenue s'entame.
Je ne m'étais certes pas attendue à un tel résultat en venant à Auffrac. L'accueil était très différent de celui escompté : j'étais là, le crâne douloureux, observant une nana débordant d'énergie, en mini-jupe de surcroît dans cette ère glacière, toute occupée à rugir dans tous les sens.

Le contraste avec son pokemon était d'autant plus retentissant.
Mon Feunnec faisait autant de bruit qu'elle : Sofia faisait les cent pas et parlait très vite d'un job qu'elle était venue réaliser à l'arène du coin. Prenant la conversation en route, peinant avec ses raccourcis monstrueux, j'assistais en réalité à un monologue hyperactif d'une rapidité impressionnante. Au stade actuel, je devais probablement n'en comprendre que la moitié. A priori la jeune perchiste ne s'en rendait pas compte puisqu'elle me regardait, d'un air déterminé et le pouce levé en l'air de surcroît. Une nouvelle idée brillante traversait son petit crâne.

Le charme s'escomptait un peu. Elle était fatigante, trop pleine d'énergie. J'avais déjà un frère et deux sœurs tout aussi pénibles, je ne pouvais décidément pas me laisser envahir. Alors que je cherchais un moyen de m'introduire dans la discussion, Sofia se retourna brusquement vers moi, me surprenant.


« Et donc, ce sera ton combat d'arène que je vais recommander à Toph ! »
« Oui... de, quoi, pardon ? »

Je restais muette.
Visiblement le sens de la conversation m'échappait bien plus que je ne l'imaginais. D'un coup un certain stress se mit à m'envahir.


« Comment ça, recommander ? » demandai-je avec prudence
Pour toute réponse j'eus d'abord un sourire lumineux, quoique vicieux sur les bords. Son sourire en disait long ; à tel point que j'avais la désagréable sensation de me faire manipuler. J'ignorais d'où sortait cette nana une heure plus tôt et voilà que je me fais recruter fissa dans une cabane perdue pas loin de l'entrée de la ville des glaces. La vague impression de se faire recruter par un commando armé pour finir chez les militaires m'envahissait soudain. Pourquoi faut-il encore que cela tombe sur moi ?

Elle me rassure vite cependant.


« Je suis venue avec mon équipe de tournage. On doit faire un reportage sur les arènes de Kalos et on cherchait justement à filmer un match du champion d'ici. Tu serais la candidate idéale ! » disait-elle avec un grand sourire. D'un coup mon stress revint et je ressentis des picotements dans l'estomac.

Gênée par ce débordement d'enthousiasme, je ne parvenais pas à le maîtriser cependant. Sofia était vive et énergique, autant que son Roussil était calme. Mon Feunnec qui s'agitait un peu finit par aller jouer avec la perchiste qui sautillait dans la pièce tant elle semblait en liesse.


« Une minute, j'ai pas vraiment envie de me faire filmer. Y'a bien d'autres dresseurs qui passeront par là. » D'un coup elle s'arrête et me dévisage, la joie quittant ses traits. Ce revirement soudain m'emmerde. « Désolée mais je peux vraiment pas me faire à l'idée de ne pas être derrière une caméra. Vous cherchez pas plutôt des caméramans ? »

Je finis par tourner le tout en plaisanterie. Je n'ai pas spécialement envie de la blesser mais il n'est pas question qu'une inconnue m'embarque dans un plan impossible. Ce n'est ni le lieu ni l'endroit pour s'embarquer dans une énième galère. Après avoir donc poliment décliné la demoiselle finit par se calmer un peu et s'excuse, amusée, de ses débordements d'énergie dont elle semble plus que coutumière. Elle m'explique aussi plus en détails ce qu'ils sont venus faire ici : avec des amis, ils ont fondé ensemble une boîte de production et ils se déplacent au rythme des contrats qui leur sont proposés. Alors qu'on finit par sortir de la cabane et qu'elle décide de m'accompagner jusqu'à la ville, j'apprends que plusieurs d'entre eux sont des rangers également indépendants et reliés au Polygone.

Cette fois c'est chez moi qu'un déclic se produit et finalement, après une bosse et une séance d'hyperactivité intense, je me laisse tenter par la seconde proposition de Sofia : un petit verre en terrasse pour poliment prolonger notre discussion.



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Mer 7 Fév 2018 - 12:00
Difficile de se concentrer quand Sofia vous parle.

Nous nous sommes installées dans un petit bar propre, avec du bois partout, bien au chaud. L'idée d'une terrasse n'effrayait pas la demoiselle que j'accompagnais, ce qui n'était pas mon cas. Après un caprice souriant, nous entrons pour nous abriter du froid mordant.

On s'installe rapidement avec des verres et elle m'explique que plusieurs de ses amis vont nous rejoindre le temps de tailler une bavette. Pourquoi pas. Trois années à traîner sur les routes sans sociabiliser ; mon carnet d'adresses est vide. J'ai malheureusement besoin de le remplir si je veux avoir une activité professionnelle, malgré mon peu de motivation à cet égard durant les nombreux mois passés. Il s'agit peut-être d'une chance, autant vérifier.

Sofia met à l'aise. Elle parle beaucoup, ce qui est pratique pour meubler la conversation. Cela l'est encore plus quand votre interlocuteur s'en occupe à votre place et prend les devants. Je sirote donc tranquillement mon verre pendant qu'elle déblate sur son équipe de production. J'apprends qu'ils s'appellent Cell Productions et que le créateur de cette boîte n'est autre que le fameux Toph dont elle parlait plus tôt. Ils sont sept dans l'équipe, tous ne connaissent pas le fondateur de longue date. Ils ont rejoint l'équipe à des époques différentes mais beaucoup sont originaires de Kalos. La boîte existe officiellement depuis dix ans mais est restée totalement inactive pendant ses cinq premières années ; pendant lesquelles le fondateur gérait sa barque seul, muni de ses quelques relations.

Le baroudage et les reportages l'ont amené à faire grandir l'entreprise, y injecter de véritables fonds. Il est donc parti sur les routes avec quelques amis et a répondu à certains contrats. Au fil des ans, le groupe s'est agrandi, au hasard des rencontres opportunes. J'en déduis qu'ils se promènent donc sur les routes selon les contrats qu'ils acceptent ou qu'on leur propose et qu'ils s'entendent réciproquement sur une sorte de feeling, au détour d'une rencontre impromptue. L'originalité de cette boîte m'amuse : je souris sans m'en rendre compte jusqu'à ce que trois personnes arrivent à la table. Ils saluent Sofia qui, débordante de vie, se jette pratiquement à leur cou pour les saluer. Puis ils me tendent une main et se présentent à tour de rôle.


- « Toph. »
- « Mathieu. »
- « Mary. »

Le premier est le plus âgé sans aucun doute : il est grand. Assez digne aussi, avec une voix calme et profonde. Un peu comme le Comte Dashwood dans un certain sens. Sa poignée de mains me vrille les os. Le second a l'air timide et a le regard un peu fuyant. Il fait aussitôt demi-tour et va chercher des bières au bar. La dernière est souriante, sans raison apparente, avec un visage enfantin. Elle semble douce.

Toph – « Alors, Jill, que pouvons-nous faire pour toi ? »
Jill – « Pardon ? »
Toph – « Sofia me dit que l'on pourrait aider. »
Sofia – « Ah ! A ce propos j'ai oublié de te dire ; ça l'intéresse pas en fait ! »
Toph – « Ah. »
Sofia – « Oui. »
Toph – « Bon. »
Sofia – « Oui. Par contre elle est reporter elle aussi ! »
Toph – « Voyez-vous ça ! »
Sofia – « Eh oui ! »
Toph – « Et ça aussi tu as oublié de me le dire ? »

L'échange est cocasse ; la scène a de faux airs paternels. Dans un sens comme dans l'autre le rôle est bien tenu : le dénommé Toph est adorable, avec une voix tranquille et amusée. Il semble se régaler de l'échange et affiche un joli sourire. Sofia quant à elle se comporte comme une petite fille, s'agitant sur sa chaise, gloussant parfois lorsque Toph la regarde avec insistance et riant de ses oublis. Ils semblent bien s'entendre et j'assiste à une sorte de pièce de théâtre lorsque Mathieu revient vers nous avec les boissons.

Sofia – « Tu t'es trompée, je voulais un jus de goyave. »
Mathieu – « Z'en ont pas. Bois ta mangue. »
Sofia – « Mais je n'aime pas la mangue ! »
Mathieu – « Bois, c'est bon pour la santé. »
Toph – « Excusez-nous pour cette scène. Sofia est trop approximative, est-ce que vous auriez l'amabilité de nous en dire plus sur votre activité Jill ? »

Je retire ce que j'ai dis ; il me fait vraiment penser au Comte.

Jill – « Pas grand chose, juste des dépannages pour mon ancienne rédac en chef pour le Flambusard. Les reportages et les montages vidéos ça a toujours été une activité que j'ai fait avec mon père, rien de ma poche pour l'instant. »

Il comprend ce que j'entends.

Toph – « Dur pour les jeunes de se lancer seuls. Vous avez travaillé longtemps en presse écrite ? »
Jill – « Pendant les formations, les stages et deux ans après le diplôme. Et vous ? »
Toph, souriant – « Bonne question. Quinze ans, avant de basculer derrière l'objectif. Vous savez donc gérer le montage ? »
Jill – « J'ai appris avant ma formation avec mon père et j'ai continué pour ne pas perdre les acquis. »
Toph – « Je vois. »
Sofia – « Bah alors, tu lui proposes pas ? »
Toph – « Chaque chose en son temps Sofia. »
Mathieu – « Temps Sofia, temps. Ça veut dire attendre. »
Sofia – « Je ne suis pas idiote, merci. »

Je souris car ils sont amusants.
Le dénommé Toph continue de poser quelques questions, notamment ce que j'ai fait jusque là avec mon père. La conversation dévie pas mal : tous finissent par parler un peu de leurs expériences passées. Elles sont vastes. Certains ont bossé pour la radio et la télé aussi mais tous en sont revenus à un point commun ; choisir ses contrats, dépendre de sa propre production pour avoir plus de choix et de libertés. En définitive, le projet est assez efficace et tourne suffisamment pour embaucher une personne de plus. Cette proposition semble sortir de nulle part mais il ne s'agit pas en réalité d'une promesse d'embauche ; ils me demandent simplement de les accompagner pendant le tournage de l'arène d'Auffrac. Ils me proposent donc d'échanger nos coordonnées ; une fois la cible choisie ils me préviennent et m'invitent à prendre part à leur travail pour faire un essai.

C'est à ce moment-là que j'hésite.
L'opportunité est plus que sympathique ; elle tombe de plus à un bon moment. Une fois la quête des badges finie il faudra compter sur une autre source de revenus. Ils m'assurent que tous se servent des missions rangers du Polygone pour financer le matériel dont ils ont besoin pour les contrats, voire plus encore selon les rallonges. Quant à la question la plus importante ; « pourquoi moi » ils répondent « pourquoi pas » avec le sourire et insistent pour faire cet essai. Il s'agit avant tout d'étendre l'équipe pour pouvoir se dédoubler et être encore plus actifs. Sur ce point, il faut effectivement recruter et pourquoi pas, proposer.



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Ven 9 Fév 2018 - 7:18
Et nous y voici.
Enfin presque.

Cette putain d'arène d'Auffrac se la joue patinoire : comme si ce n'était pas déjà suffisamment pénible dans ce coin de la région. Je n'ai jamais vu le champion de mes yeux mais l'envie de le gifler se fait sentir quand j'aperçois sa demeure ; le con a visiblement trouvé l'idée bonne de la placer en-dessous du niveau de la ville. Il faut descendre des marches de glace pour l'atteindre.
Ce manque évident de logique me donne des envies de napalm : il suffirait d'un lance-flamme de mon Ronflex, juste un.

J'entre très énervée dans le hall d'accueil où l'on me demande aussitôt de décliner mon identité. Une fois les banalités administratives faites et les affaires déposées au vestiaire, j'attends, mon blouson sur le dos, mon écharpe couvrant plus de la moitié de mon visage et la caméra sur l'épaule. J'avais pris rendez-vous ici deux semaines plus tôt : pas avec Urup mais avec les membres de Cell Productions. Toph fut le premier arrivé.
Rapidement Mathieu et Sofia suivirent. Nous étions assez pour filmer le combat d'une demoiselle qu'aucun d'entre nous ne connaissait : Esther Leal allait affronter le champion du type glace. C'était Sofia qui avait croisé sa route et qui lui avait demandé la permission de filmer son match, ce qui fut accepté sans trop de difficultés.

La dresseuse est une jeune femme blonde aux cheveux courts et à l'allure sportive et dynamique. Elle est assez grande et élancée. Aucun de nous ne la trouve nerveuse pour l'occasion ; elle nous salue avec un naturel agréable et pose quelques questions sur notre façon de faire. Toph prend les devants et explique à la dresseuse que nous serons positionnés à différents endroits dans les gradins. Le champion a également accepté d'être filmé – ce qui entre bien plus dans ses habitudes – et a préféré que nos caméras soient suffisamment à l'abri des chocs des pokemons pour éviter les poursuites. Après un bref blabla sans plus d'importance, la dresseuse va prendre place et file dans un couloir qui la mènera droit au terrain.

Les préparatifs ne seront pas longs : on nous annonce une petite attente, d'à peine vingt minutes avant le début des hostilités. Il n'en faudra pas plus pour s'installer. Toph est rapide : il identifie très vite les meilleurs coins. Sofia restera avec lui pour enregistrer le son tandis que Mathieu et moi nous filmerons d'un autre point de vue et avec l'audio de notre matériel, sans perchiste.


Toph – On fera un mix des films post-montage.
Mathieu – Tiens, le cinglé arrive.

Il fait référence à l'arrivée d'Urup dans l'arène qui vient saluer son challenger du jour, bras nus. Visiblement c'est le seul être humain du coin à ne pas se les geler - quoique Sofia aussi est légèrement vêtue mais visiblement elle s'en moque profondément. Maintenant que le champion est là on en profite aussitôt pour se placer. Visiblement c'est à notre guise : personne ne me dit rien lorsque je me place sur les bancs un peu plus bas que les autres, pour voir de près. Nous aurons ainsi plusieurs points de vue pour le montage et j'en profite pour voir mes futurs adversaires de près.
Une fois la caméra sortie et lancée, je la pose sur un trépied pour commencer. Le début du combat sera probablement plus calme, le temps que les deux opposants apprennent à connaître l'autre. Ils nous font encore poireauter quelques minutes après la poignée de mains. Ils se lancent enfin : ce sera en un contre un et le champion ouvre le bal avec un Dimoret. Je reconnais immédiatement que ce n'est pas un spécimen shiney pour avoir déjà croisé la route de celui de Worick. Il a l'air lui aussi robuste cependant et cela promet un combat acharné. Peut-être celui-ci n'a-t-il pas le même caractère ou la même hargne mais il doit aussi disposer de grandes ressources.



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Ven 9 Fév 2018 - 7:21
La jeune femme appelle un Boumata.

Un spécimen que je connais mal : aussitôt je lance le pokedex de Gackel pour glaner les infos les plus superficielles et essentielles à la fois. Je prendrai le temps de décortiquer ceux auxquels je suis abonnée dès que j'aurai posé la caméra : je l'ai attrapé dès l'apparition des pokemons des concurrents. A travers l'objectif le pokemon paraît légèrement ratatiné mais sa puissance et sa force restent surprenantes. Il combine le type feu efficace contre le Dimoret et le type dragon, brutal au naturel. Sa lenteur cependant risque d'être un handicap.

Mes prédictions s'avèrent vraies ; le Dimoret prend rapidement le dessus. Ses assauts sont réguliers voire chronométrés. Il attaque en moyenne deux fois par minutes, les cinq premières au moins. Il arrête cependant puisque le Boumata s'est rapidement protégé avec abri et s'est planqué derrière des murs de fers. Les assauts physiques s'avèrent inutiles dorénavant.

Dimoret prend donc le large ; il reste loin et cesse ses assauts répétés.
Il observe. Boumata en profite : il lance un brouillard de puredpois. Il est peut-être gros balourd mais ses attaques sont rapides : la fumée s'étend très vite et atteint le Dimoret qui ne parvient pas à s'abriter et finit empoisonné légèrement. Il sera de moins en moins rapide désormais. Cependant le champion ne se laisse pas impressionner, tout comme son pokemon. Ils reprennent tous deux de leur superbe ; Urup demande à son pokemon de lancer une attaque saisie. La dresseuse se laisse surprendre et la mystérieuse attaque ténèbres fait basculer le match ; le Dimoret s’accapare l'affûtage défensif de son adversaire. Boumata est prit au dépourvu comme sa dresseuse mais alors que le pokemon glace lui fonce dessus, griffes avant, il tente le tout pour le tout : ce gros bourrin balance un lance-flammes à bout portant. Le Dimoret n'était déjà plus qu'à quelques mètres de lui pour tenter une ultime attaque avant de céder face au poison : tentant le tout pour le tout, le pokemon dragon a déclenché la puissance de son attaque feu le plus près possible.

J'enregistre une explosion qui souffle les deux pokemons à l'autre bout du terrain.
Le Dimoret ne se relève pas, trop faible face au type. Le Boumata se relève péniblement : sa peau et sa carapace épaisse l'ont protégé mais il est fatigué. Il s'est littéralement fait absorber ses forces par l'attaque saisie. Il se sent désormais vidé et sa dresseuse le rappelle.

Le match opposant les deux dresseurs est très intéressant ; à haut niveau, c'est bien plus rapide. Chacun sait ce qu'il fait et les liens entre dresseurs et pokemons sont généralement développés arrivés à la dernière arène si l'on s'en tient aux schémas classiques. Si bien que les combattants sont très indépendants et n'ont généralement plus besoin d'ordre, de repères ou même d'encouragements. La dresseuse a des pokemons impressionnants. Face à l'Oniglali, le Blizzaroi et l'Hexagel du champion elle envoie Darumarond, Maganon et un Goupelin. Les trois ont été très efficaces contre leurs adversaires. Les matchs durent en moyenne moins de dix minutes et sont aussi mouvementés que prévu. Mon trépied ne sert à rien, je me déplace avec la caméra, prenant soin de rester le plus immobile possible une fois arrêtée. Pas grand chose ne m'échappe. Parfois les pokemons des combattants atterrissent près des gradins ou s'en approchent pour tenter une attaque. L'Hexagel s'est notamment bien montré à la caméra. Je suis au moins assurée d'avoir une séance productive. Une bonne chose puisque le final arrive vite.

Urup n'a déjà plus qu'un allié en état de combattre.


« Eh bien, vous voilà prête pour la ligue. »

Il doit se sentir à bout pour avouer un truc pareil, ou alors il joue le jeu du champion parfait face aux caméras. Il sourit alors qu'il envoie son dernier pokemon au combat : un Seraclaw. Jamais vu un truc pareil auparavant. A première vue je l'ai confondu avec une plateforme. Il n'a pas sorti la tête immédiatement. Il paraît endormi. Ou alors, il est simplement lent. A le voir bouger dès les premières secondes on se rend compte qu'il est extrêmement lent. Ce sera d'autant plus simple pour l'Arcanin qu'a envoyé la demoiselle aux sept badges.



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Dim 11 Fév 2018 - 13:56
Le Seraclaw est un gros balourd ; dès qu'il apparaît je vois la jeune fille sourire. Je ne peux pas m'en empêcher : la caméra la prend sur le fait. La victoire bascule de son côté, peut-être est-ce pour cela que son regard brille. Son Arcanin est confiant. Depuis qu'il a été appelé il n'a pas bougé d'un pouce, incarnant le parfait exemple du toutou bien élevé. Le pokemon d'Urup quant à lui se déplace lentement mais sûrement ; il fait quelques pas vers le chien de feu, sans déclencher les hostilités.

Le combat ne commence pas tout de suite.
J'en profite pour poser la caméra sur son trépieds lorsque je vois le pokemon glace augmenter ses défenses. Arcanin le laisse faire ; la dresseuse doit avoir une idée.
Les premières minutes du match paraissent longues : les deux adversaires se toisent mais aucun n'attaque franchement. L'Arcanin affûte sa force de frappe tandis que le Seraclaw augmente ses défenses. L'impact promet d'être court mais intense.
Puis, au bout d'un temps qui semble presque interminable, ils entrent enfin en action.

Un blizzard glacial est déclenché ; inutile de préciser par qui. Je prends de nouveau la caméra et zoome sur le brouillard là où se trouvait l'Arcanin quelques secondes plus tôt. Le vent déclenché est certes puissant mais les pokemons des champions ne libèrent jamais tout leur potentiel pour éviter des catastrophes. L'attaque suffit néanmoins à faire chuter l'atmosphère de quelques degrés en plus. Comme si ce n'était pas déjà assez.

Quoiqu'il en soit cela n'a pas fonctionné ; du moins en apparence.
L'Arcanin, trop rapide pour son adversaire, a déclenché son attaque vitesse extrême. Il a esquivé l'attaque avec brio. Urup n'en est cependant pas contrarié : il souhaite attirer le pokemon feu vers lui, quitte à risquer de nouveau une dangereuse proximité. Lui aussi a une idée derrière la tête. Son adversaire prend les devants pour la deuxième salve d'attaques : elle demande à l'Arcanin de lancer une attaque hâte pour augmenter sa rapidité. L'Arcanin se rend ainsi quasiment intouchable. Seules les attaques à distance peuvent désormais l'atteindre ; si Seraclaw est assez rapide pour le surprendre. La dresseuse avait prévu cette croissance de vitesse : elle souhaitait exceller là où le pokemon du champion était mauvais. Il fallait à tout prix percer les défenses de l'iceberg et la rapidité de son chien de feu lui permettait désormais d'enchaîner les attaques.


« Sers-toi des Boutefeu Loyal ! »

L'Arcanin se mit à courir dans tous les sens. Il était à peine visible.
Il devint très difficile de le filmer. Je n'avais plus d'autre choix : je reculais de plusieurs rangées de gradins pour retrouver un peu de hauteur. Il fallait désormais filmer en contre-plongée et cadrer tout le terrain pour espérer comprendre quoique ce soit à l'action.

Le Seraclaw ne bougeait pas d'un pouce : Urup l'avait simplement averti du danger. Pendant ce temps il se renforçait donc avec un mur de fer supplémentaire. L'Arcanin surchauffait quant à lui. Il se servait de sa course pour canaliser son énergie. Ainsi et très rapidement, sa température corporelle s'éleva drastiquement, jusqu'au moment il se transforma en brasier ardent. C'était la première fois qu'il m'était donné d'observer ce genre de spectacle. Le pokemon feu était maintenant à l'arrêt, comme prêt à frapper. Il était enveloppé de feu, n'éprouvant aucun douleur ; il fixait son opposant. Urup de son côté demandait à son pokemon de faire de son mieux pour encaisser. Sa rivale riposta, excitée par le défi. Je capturais à temps l'expression pleine de malice de son visage.


« Ça ne suffira pas j'en ai bien peur... vas-y maintenant ! »

Et son chien se lançait aussitôt, obéissant.
Il était d'une rapidité incroyable. J'avais bien fait de prendre du recul. Il était bien trop rapide pour qu'on l'apercoive à l'oeil nu pendant ses déplacements mais la traînée de flammes qu'il laissait dans son sillage permettait à nos rétines de suivre un peu. A priori, il déclenchait une série de charges enflammées sur le Seraclaw qui, patiemment, encaissait tout. Cela dura presque une minute complète, après quoi l'Arcanin stoppa sa course pour reprendre un peu de son souffle. L'attaque lui demandait quantité d'énergie et chauffait tellement son corps qu'il avait besoin de relâcher la pression quelques instants.

Le Seraclaw était bien amoché.
Ses défenses restent néanmoins impressionnates puisqu'elles lui permettent de se relever. Ainsi que de lancer une attaque à la surprise générale. Urup n'avait pas eu besoin de verbaliser sa demande; son Seraclaw, l'un de ses plus vieux compagnons, savait quoi faire dans un match. Il avait laissé l'Arcanin l'approcher pour atteindre sa faiblesse : une attaque séisme le percutait alors même qu'il se reposait un peu. Il n'eut pas le temps de fuir assez loin et fut secoué. Malheureusement pour le champion en titre et son pokemon il ne fut pas vaincu du premier coup.

Le toutou se relève et reste à distance pour déclencher un joli lance-flammes et vider tout son jus dans ce dernier assaut. Heureusement pour lui comme pour sa dresseuse, il lui en reste assez pour mettre ko le dernier pokemon du champion. La victoire est donc déclarée par l'arbitre pendant que nos caméras capturent les derniers instants de la rencontre.



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