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» [OS] Le froid de la solitude


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Dresseur Unys

C-GEAR
Inscrit le : 16/09/2017
Messages : 1294

Région : Unys
Dim 7 Jan - 23:27
- Bonne année encore, ma toute belle. Prends bien soin de toi, sois sage, et bon courage avec tes Pokémons. Je suis fière de toi. Je te rappellerai dès que ton père rentrera de sa mission pour qu’il puisse te le souhaiter en bonne et due forme, mais il te transmet ses vœux !

- Merci, maman, bonne année à toi aussi. Ça m’a fait plaisir de te parler. Je te passe Elaïra.

Et sur ces paroles, la rose prit la place de Solara sur la chaise, devant l’écran de l’ordinateur. Malgré une habituelle curiosité qui pousserait normalement la brunette à rester pour s’assurer qu’on ne parle pas d’elle comme d’un chiot compliqué à gérer, elle s’empressa de sortir de la pièce. Son ruban se noua fermement autour de son cou, elle enfila son habit de neige, sa tuque, ses gants, ses grosses bottes et se rua finalement à l’extérieur.

Le froid glacial la prit en plein visage dans le temps de le dire.

Elle ne stoppa pas sa course pour autant, marchant à grands pas vers le solide arbre au fond de la cours de leur auberge du moment. Solara s’appuya contre le tronc en fermant les yeux, soufflant un bon coup. Malgré ses habits, elle tremblait de tout son long. Ce genre de température, elle détestait ça. Alors que faisait-elle dehors, elle qui pouvait bien, si elle le désirait, rester à l’intérieur de la chambre, au chaud?

Le froid, c’était un refuge lorsque l’on devait s’éloigner de toute forme de vie pour un besoin honteux. Un espace enneigé semblait souvent hors du temps, loin de toute société, de tout intrus. Un endroit magique et figé, dont nous seul aurions accès en cas de besoin. Tout ça si on n’était pas forcés de s’y aventurer, bien sûr, là c’était une autre histoire. Mais dans ce cas précis, l’horrible froid de janvier et sa neige offrait à Solara un endroit sécuritaire et plein d’excuses. Cette gorge qui tremblait de façon incontrôlable ? C’était son écharpe trop mince, voyons. Les gouttes salées qui perlaient à ses cils ? Des flocons de neige fondus. Il neigeait, après tout, pas vrai ? Il neigeait constamment, en janvier. Sinon, elle devait simplement s’être passé un gant trop humide près des yeux pour replacer une mèche rebelle. Le rouge de son visage ? Le froid. Tout était la faute du froid. Et pourtant, elle s’y refugiait, dans une solitude rassurante.

La boule dans sa gorge sortait tranquillement, par petites bouffées et autres gémissements, par des larmes brûlantes contre sa peau glacée. Le froid, c’était la représentation parfaite de la solitude qui la rongeait peu à peu. Un espace rassurant, utile pour se cacher, certes, mais loin, tellement loin de tout, loin de l’amour, loin de la famille, loin de ses habitudes. Chez elle, elle n’avait jamais eu froid. Cette sensation désagréable n’était là que pour lui rappeler à quel point elle s’était éloignée, trop, même, pour pouvoir rentrer fêter le nouvel an à la maison. Elle aurait bien voulu, bien sûr, mais c’était cette terrible froideur qui lui avait répondu, cette froideur incontestable et vénérée, celle qui résonnait dans ses rêves et dans ses cauchemars sans réelle distinction.

- Ne viens pas cette année. Tu as beaucoup plus important à faire. Tu dois t’entrainer, si tu veux devenir Ranger bientôt.

Pourquoi avoir refusé de la voir? Ses mains se serrèrent contre sa tuque. Les éclats du soleil scintillant contre la neige étaient toujours aussi charmants. La neige était douce, la neige était belle, la neige était féérique, blanche, pure. Mais le froid… Le froid, c’était la solitude. Le froid, c’était le reflet pas du tout féérique, lui, dans les prunelles de son père lorsqu’il la regardait s’entrainer encore et encore, lorsqu’il ne pouvait que constater sa faiblesse et sa féminité. Le froid, c’était ce sentiment qui se glissait dans son cœur à chaque fois qu’elle se rappelait cette terrible phrase, ce « J’aurais voulu un garçon, pour en faire un Ranger » qui ne pouvait que faire voler en éclat n’importe quel enfant.

Et janvier, c’était le froid, c’était aussi le nouvel an où on pouvait tenter de se convaincre que tout irait bien, maintenant. Nouvelle année, nouvelle vie, toutes ces balivernes. Janvier, c’était ce terrible bilan que son père faisait avec elle, ce bilan qui ne se concluait jamais sur une belle note, ce bilan qui brillait par sa froideur. Janvier, c’était le mois qu’elle redoutait toujours. Décembre, c’était Noël et la féérie ; janvier, le brutal retour à la réalité. Là où la neige devenait grise, parce que tout le monde reprenait son rythme de vie normal et piétinait les étendues douces et brillantes. La neige passait d’incarnation de la magie à incarnation de cette froideur qui la dévorait de l’intérieur. Wake me up when january ends ?

Il n’avait même pas pu trouver le temps de lui souhaiter la bonne année de lui-même.

Il allait forcément bientôt la contacter pour ce bilan. En attendant, elle devrait continuer d’avancer avec ses Pokémons dans ce froid horrible, envahissant. Après quelques instants seulement contre cet arbre, elle se sentait geler doucement sur place. Pourtant, son visage et sa gorge brûlaient atrocement, consumés par l’eau bouillante qui s’écoulait de ses yeux. Elle tremblait. Elle avait froid.

Elle était seule.

Elle n’avait toujours pas les mots pour mettre ses émotions en mots d’une telle façon. Ce n’était qu’une gamine vulnérable dans le froid, prête à lâcher, à hurler. Un jour, elle comprendrait, elle parviendrait à comprendre pourquoi elle se sentait plus fragile, en janvier. Mais pour le moment, elle ne pouvait que subir sa solitude.

Soudain, une chaleur bien plus rassurante se fit sentir à sa jambe. L’enfant sursauta, se sécha les yeux rapidement avant de les baisser vers la petite balle de verdure qui venait de se blottir contre elle, emmitouflée dans sa couverture comme la dresseuse lui avait appris à faire. Rôz. Son visage se frottait contre le pantalon de Solara, avant qu’il ne se relève vers elle. Derrière le petit Pokémon, une longue trainée profonde témoignait des efforts qu’il avait dû déployer pour la rejoindre là. Ses courtes jambes ne lui offraient pas la moindre aide pour franchir la neige.

La brunette se baissa et ramassa la boule de couvertures, serrant le Pokémon contre elle. Ses muscles s’étaient détendus d’un coup. Les larmes n’avaient pas cessé de couler, mais elles lui semblaient moins brûlantes, moins amères. Elle cacha son nez contre un pli humide du tissu.

- Merci, Rôz. Rentrons… souffla-t-elle avant de reprendre le chemin vers le bâtiment.

Le froid de janvier lui était insupportable.

Mais au moins, elle s’entourait peu à peu de chaleur.



     
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Dresseur Unys

C-GEAR
Inscrit le : 16/09/2017
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Région : Unys
Mar 9 Jan - 23:37
- Qu’est-ce que tu veux, Li ? J’étais au téléphone…

À peine arrivée dans le cadre de porte, son bourgeon contre elle, Solara vit Elaïra se faire tirer par la manche par un Vipélierre à l’air inquiet et pressé. Les prunelles émeraude de la coordinatrice se posèrent sur les épaisses bottes couvertes de neige de sa protégée, avant de se lever vers le reste du corps tremblant, vers le visage rougi et enflé de l’enfant. Celle-ci, soudainement gênée, détourna rapidement les yeux, se mordant la lèvre.

- Il… Il y avait un Chacripan, dehors, j’ai crû qu’il était perdu… Mais quand je suis allez voir, il n’était pas là, alors j’ai cherché… Et il faisait froid…
- Je vois… Viens, je vais te préparer un bain chaud.

Solara n’eut même pas l’envie de protester, de défendre le fait qu’elle pouvait bien le faire toute seule. La douceur encore plus présente que normalement dans la voix d’Elaïra ramenait les larmes au coin des yeux de la jeune fille, qui cacha son visage derrière le bourgeon toujours blottit dans ses bras. Elle acquiesça ensuite doucement, mais attendit que la nounou se détourne pour enlever son attirail, ses protections. Le petit groupe monta ensuite à la chambre, où un bain chaud – avec du lait de Chevroum, quel luxe ! – fut versé. Elaïra la laissa ensuite seule avec ses Pokémons, et l’enfant profita d’une longue baignade dans la chaleur. Peu à peu, la boule fondit dans sa gorge et passa par le reste de l’eau dans le drain.

Lorsqu’elle sortit avec ses deux petits partenaires, la jeune fille fut confrontée par une pièce vide, un petit mot, une robe rouge, trois bonnets de Noël et une cape bordée de fausse fourrure blanche. Surprise, Solara se plia aux consignes écrites et enfila les vêtements, aidant ses Pokémons à mettre leur bonnet, avant de descendre à la salle commune.

Ses prunelles scintillèrent face au spectacle qui s’offrait à elle. Un immense sapin avait été érigé dans un coin de la pièce, autrement richement décorée de banderoles et autres chandelles. Diverses décorations glacées, de faux Pokémons de neiges aux incontournables babioles de Cadoizo, trainaient dans tous les recoins. Un feu brûlait en beauté dans la cheminé, et tous les Pokémons d’Elaïra – y compris la timide Cocotine – se baladaient librement en finissaient les derniers préparatifs. Tous portaient des bonnets comme les leurs. Elaïra, pour sa part, était en train de finir de mettre la table avec l’aide de Grâce, disposant une dernière assiette de porcelaine blanche sur la nappe dorée brodée d’émeraude. L’enfant figea complètement, prise par surprise par tant de préparatifs. Elaïra lui avait pourtant glissé, innocemment, que la propriétaire, malgré l’absence quasi-totale de clients partis fêtés dans leur famille, avait refusé de les laisser organiser une petite fête privée dans cette salle. Si elle avait su ton état, elle n’aurait pas dit un mensonge pareil pour te faire une surprise.

- Joyeux Noël et bonne année !

Tous les Pokémons, Li et Rôz compris, se joignirent joyeusement à cette acclamation aussi bien que leurs capacités respectives le leur permettaient. Une nouvelle boule se forma dans la gorge de Solara, qui sentit ses yeux se mouiller de nouveau. Mais, pour une fois, c’était agréable. Elle ne voulait pas que ce sentiment cesse. Un sourire timide, puis beaucoup plus franc, se dessina sur son visage.

- Joyeux Noël…!

À ce moment, la sonnerie retentit, et ce fut au tour du visage d’Elaïra de s’éclairer. Elle alla vite ouvrir, mais l’enfant ne put pas voir qui était de l’autre côté de la porte. La rose remerciait copieusement son vis-à-vis. Pourtant, elle était toujours seule lorsqu’elle revint après quelques instants, une immense pile de plats divers dans les bras.

- Chaque fois que je passe à Flocombe, un ami se fait un devoir de me faire à manger. Et comme c’était Noël, et que j’étais accompagnée, il s’est vraiment surpassé ! Ses prunelles brillèrent de gourmandise à l’idée de découvrir ce que les précieux plats contenaient. À table, tout le monde ! Il y a des tabourets pour les plus petits !

Le soudain brouhaha prit Solara par surprise. Elle qui avait l’habitude de la grâce et de l’élégance des Pokémons d’Elaïra, les voilà qui s’excitaient avec empressement, enjoués, se bousculant pour avoir les meilleurs places autour de la table richement décorée. Celle qu’elle devina être la sienne demeura intouchée, et la jeune fille s’assit donc aux côtés d’Elaïra, Vipélierre de l’autre côté et Rozbouton sur ses genoux. Les plats étaient déballés et disposés avec des regards salivant d’envie. Bientôt, on se disputa d’importantes portions et Solara ne parvint pas à se débarasser de son sourire. On aurait dit une assemblés de frères et sœurs impatients. Cocotine, d’un naturel si timide et effacé, était la plus féroce de tous, la nourriture formant une petite butte dans son assiette.

C’était probablement parce qu’ils savaient à quel point c’était délicieux.

Solara avait l’habitude de la nourriture maladroite de sa mère. Mais celle qui se trouvait devant elle et dans leurs assiettes… Wow. La viande fondait en bouche, les légumes débordaient de saveur et les épices étaient choisies avec soins. Alors que la gamine se goinfrait, de plus en plus soulagée, ne réalisant pas vraiment que sa nounou avait compris son désarroi et avait organisé tout cela pour la consoler, une pensée lui vint en tête.

- Dis, Elaïra… Je ne t’empêche pas d’aller fêter avec ta famille, quand même…?

Un silence gêné arrêta tout le monde dans ses gestes, et les regards se dirigèrent vers la principale concernée. Surprise, la dresseuse chercha une bonne raison à cette réaction soudaine, surtout vu l’air calme et maîtrisé de la coordinatrice, mais elle n’en trouva pas. Oh, si tu savais.

- Ne t’en fais pas pour ça. On ne fête jamais. Alors disons que c’est au contraire une très belle occasion de ne pas nous retrouver seuls entre nous !

Ainsi, Elaïra aussi sentait ce froid. Le sourire de Solara la reprit et le reste de l’assemblée reprit ses mouvements, riant et fredonnant comme avant. Tout de même, la petite n’avait pas été sans noter ce détail. La famille de sa nounou serait-elle un sujet sensible? Peut-être que ses proches ne célébraient simplement pas les mêmes fêtes? Ce n’était pas impossible. Le petit malaise qui persistait malgré tout, lui, lui échappa complètement. Puis, soudainement, la voix de la coordinatrice s’éleva de nouveau.

- Je suis trop impatiente pour attendre ! Solara, j’ai un petit cadeau pour toi.

L’enfant leva un regard surpris vers sa nounou. Un cadeau? Quand l’avait-elle acheté? Au marché, peut-être? Une excitation enfantine finit par la prendre. Qu’est-ce que c’était? Elaïra sortit un tout petit paquet de sa poche, finement emballé. Lorsqu’elle le posa dans les mains de la jeune fille, celle-ci ne put que constater qu’il était léger, très léger. La brunette ne se fit pas prier pour déchirer le papier avec empressement, prenant tout de même garde à ne pas abîmer le ruban coloré. Elle ne comprit pas tout de suite ce qu’elle avait en main, observant avec surprise le rectangle de faux cuir. La demoiselle ouvrir enfin le cadeau en deux, à la manière d’un porte-monnaie, et sa gorge se serra.

- Tu l’as probablement deviné, mais c’est pour ranger tes badges. Tu pourras les accrocher à la surface du haut, ils devraient être bien alignés. La pochette transparente du milieu est à la fois pour ta carte de dresseuse et pour ta carte de Ranger, et la dernière surface serait pour tes blades. Je me suis dit que ça serait plus pratique pour toi. Si tu savais comme j’ai eu du mal à coudre ça pendant que tu dormais, j’avais toujours peur de te réveiller !

Solara n’écoutait déjà plus. De chaudes larmes roulaient sur ses joues sans qu’elle ne puisse réellement se les expliquer. C’est simple, pourtant. Elaïra croit suffisamment en toi pour passer des heures à t’assembler de quoi stocker les preuves de tes futures réussites. Vraiment, elle te connait bien. Elle ne parvint pas à la remercier. Elle dût donc se lever et serrer la coordinatrice surprise dans ses bras, avec force, avant de reprendre place.

- De rien, cocotte…

Et la fête reprit.

Mais cette douce chaleur dans la poitrine de Solara résisterait à l’horrible froid de janvier pendant au moins quelques jours encore. Et ça, c’était un cadeau tout aussi inestimable que la confiance démontrée par le porte-badges.



     
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