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» Scènes de crime


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Dresseur Alola

C-GEAR
Inscrit le : 25/02/2017
Messages : 80

Région : Alola
Mer 3 Jan - 22:06
————————— Juin 2014 —————————

Elle me m’avait pas quitté depuis trois longs jours. Il ne fallait pas se méprendre : ce n’était pas que je n’aimais pas l’attention qu’elle me portait soudainement, bien au contraire. Ces derniers mois, elle ne me fréquentait presque plus. C’était alarmant. Je ne savais plus quoi comment me comporter pour la faire revenir à moi. Certes, j’avais conscience que ce n’était pas vraiment de ma faute. Le problème se trouvait ailleurs. J’aurais quand même voulu trouver un moyen de lui montrer que rien n’avait changé. J’étais toujours le même havre de paix qu’elle avait connu, cet endroit où elle pouvait se replier quand les choses allaient mal ou qu’elle avait tout simplement besoin de se reposer. Mais elle continuait à me fuir et à avoir peur de moi. Si peur que je crois que ça m’aurait brisé le cœur si j’en avais eu un.

Ça avait eu raison de ma forme à la place. La poussière s’était accumulée dans mes draps, j’étais devenu plus droit, de moins en moins adapté à elle, et ça se continuait en un interminable cercle vicieux. Elle redoutait les moments avec moi, et ceux où elle daignait passer du temps en mon sein n’étaient plus comme avant. Elle ne m’en évitait que plus.

Puis, quelque chose avait cliqué en elle. Son attitude avait changé. Elle s'était mise à se comporter de façon complètement contraire maintenant. Elle ne se lassait plus de passer du temps avec moi. J’aurais aimé dire qu’il s’agissait d’une bonne chose, qu’elle canalisait toutes ses forces pour mieux repartir. Ça m’aurait fait plus plaisir que de la voir ainsi.

Toutes les nuits, elle s’enfonçait dans mes couvertures, immobile. Ça ne durait que quelques heures. Après, quelque chose se réveillait en elle et elle se mettait à bouger dans tous les sens. Ses muscles se tendaient et elle se débattait avec mes draps, mes oreillers, comme si elle essayait d’échapper à une entité imperceptible sans y parvenir. Elle finissait toujours par se réveiller brusquement, d’un coup qui envoyait mes habillements valser sur le sol, la respiration haletante. Elle ne se levait plus pour ramasser ce qu’elle jetait par terre, dans l’espoir de se rendormir confortablement. Elle laissait tout là, comme s’il s’agissait de pièces à conviction dont elle n’avait que faire. C’était sa mère, au matin, qui me redonnait une apparence à peu près normale.

Je crois que ce n’était pas vraiment à moi qu’elle voulait redonner forme.

Après ces incidents, la petite restait éveillée une bonne partie de la nuit. Sa respiration finissait se calmer, mais elle restait baignée de sueur. J’aurais voulu être plus chaud pour l’envelopper, la protéger, mais les courants d’air se glissaient dans mes draps souillés, humides. Je n’étais jamais parvenu à la réchauffer comme je ne doute pas qu'elle aurait voulu l’être.

Ça avait été sa routine pendant quelque temps encore, jusqu’à ce qu’elle en aille assez. J’avais eu espoir à ce moment-là. Elle s’était levée une journée, très tôt, dans ces heures incertaines entre le matin et la nuit, elle m’avait contemplé quelques instants. Ses doigts avaient tracé les plis de mes draps, délicatement, juste avant de me mettre complètement à nu. Elle avait tout arraché, mes couvertures comme mes draps les plus minces, et elle avait tout jeté par terre. J’aurais aimé croire qu’il s’agissait d’un moment intime. Un véritable renouement avec moi. Mais la violence de ses gestes supposait que ce n’était pas ce qui se déroulait là, dans sa chambre à peine éclairée, sans que je ne puisse faire quoi que ce soit.

J’étais resté là à la sentir m’amener, morceau par morceau, à l’évier. Elle avait passé mes recouvrements sous l’eau pendant des heures. Elle avait lavé frénétiquement mes draps jusqu’à ce qu’ils se déchirent dans ses mains. Je me demande encore si c’est qu’elle avait visé, au fond.

M’effacer jusqu’à en faire disparaître les preuves.



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Dresseur Alola

C-GEAR
Inscrit le : 25/02/2017
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Région : Alola
Jeu 1 Mar - 18:31
————————— Février 2014 —————————

Ils s'étaient fait un point d'honneur à prendre de tes nouvelles tout le long de ta convalescence, du bloc opératoire au retour graduel à la maison. Ta mère t'en avait fait part à quelques reprises dans l'espoir incertain de susciter une quelconque réaction de ta part, mais tu ne parvenais lui offrir rien de plus qu'un hochement de tête, désintéressé. Elle avait finalement cessé de te partager leurs visites et leurs appels, se rangeant du côté du corps médical qui considérait que c'était trop de pression pour toi que de faire face à ton agence.

Les médecins avaient renoncé à un rétablissement complet avant même que tu aies pu constater l'ampleur des dégâts. Ils ne te l'avaient pas dit, évidemment, mais tu avais compris que c'était la raison pour laquelle ils étaient si catégoriques dans leurs recommandations de passer silence cet aspect essentiel de ton identité. Les résistances de ta mère avaient été ardentes, mais elles s'étaient éteintes plus les jours passaient dans l'immobilité du décor hospitalier.

Tu n'avais pourtant pas peur.
Les représentants de l'agence ne t'avaient jamais impressionnée, même derrière leurs regards hautains et leurs remarques acérées. Qu'ils se forgent l'opinion qu'ils voulaient sur ton état et tes capacités de retourner à l'entraînement, cela t'importait peu. Tu te savais capable de retourner aux studios quand tu le voudrais et de les subjuguer comme tu l'avais toujours fait. Il te suffisait de te lever.

Quelque chose te clouait dans l'impassibilité, pourtant.
C'était l'idée de remettre les pieds là où tout avait commencé, peut-être. Tu parvenais à peine à te voir, devant la façade de l'imposant bâtiment, sans que ton estomac ne se torde violemment. Il avait marqué son territoire. Tu savais que son intention n'avait pas été telle, mais il n'avait pas à le penser pour que ça devienne quelque chose de valide. Le banc sur le terrain avant était son lieu de prédilection pour les siestes d'été, le placard du troisième était sa cachette, le studio du cinquième, son paradis. C'était son monde à lui, et de penser que tu pourrais respirer le même air que lui te retournait de l'intérieur. Comment accepter de montrer dans toute la vulnérabilité de ton art dans de telles circonstances ?

Et les autres.
Tu t'étais toujours tenu la tête bien haute, mais tu entrevoyais déjà le poids de leur regard sur toi et c'était tout ton corps qui se pliait à leurs jugements. Sous les directives des managers, les journaux locaux avaient façonné un drame déchirant et désolant, mais tu savais que la façade s'effondrait derrière les quatre murs de l'agence. Les rumeurs avaient toujours couru plus vite que toi, il était trop tard pour rectifier le tir. Tu sentais déjà les étiquettes collées à ta peau, les remarques des garçons du troisième qui se cacheraient avec et les airs des filles du quatrième qui s'y glisseraient.

Qui savait vraiment ?
Il était là, le problème, et rien de la médication, de la réadaptation ou du temps de convalescence ne pourrait y changer. Pourquoi, alors, ne pas prendre la sortie que t'offraient les médecins avec leurs idées de mobilité réduite ?


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Dresseur Alola

C-GEAR
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Région : Alola
Jeu 14 Juin - 3:51
————————— Avril 2014 —————————

Leur dernier appel avait été envoyé à treize heures tapantes. Tu l’avais écouté retentir à travers les murs de la maison, le front appuyé sur le bois de ta porte de chambre, immobile comme un animal sauvage prêt à bondir à tout moment. De l’autre côté, tu avais senti ta mère s’approcher au même rythme que le son, presque assez près pour entendre ses mains trembler en esquissant un mouvement dans ta direction générale. La sonnerie s’était finalement éloignée avec un soupir, avant de s’arrêter définitivement, plus loin. Tu n’avais pas vraiment entendu ce qu’elle avait dit en répondant. Tu n’étais même pas parvenue à discerner le ton de sa voix. Tout était devenu bruit de fond, grésillement indiscernable.

La discussion avait duré quelques minutes, cinq au maximum. De longues minutes pendant lesquelles aucun son n’était parvenu à franchir la barrière sourde qui s’était érigée autour de toi. Il n’y en avait pas le besoin. Tu savais ce qui se disait, à la lettre près, peut-être. Après les banalités insincères, apprises par cœur et remâchées en fonction du contexte, il y avait une courte pause, un soupir presque inaudible, puis venait la raison de l’appel : ils avaient examiné le dossier et étaient parvenus à une décision commune qu’ils savaient être la meilleure pour la compagnie et la personne concernée. Les raisons qui motivaient leur verdict étaient énoncées, comme si la sentence n’était pas déjà assez claire. Ils n’étaient que des oiseaux de mauvais augure, tout le monde le savait, et le simple fait de les connaître par leurs noms parlait de lui-même. La condamnation finissait néanmoins par tomber, brutale et irrévocable. Le monde s’écroulait et ils continuaient de se justifier plutôt que de s’excuser, comme s’ils ne venaient pas de prononcer ton arrêt de mort. Ils clôturaient avec quelques formalités auxquelles il fallait se plier avant de succomber, puis la ligne se coupait, emportant avec elle toute possibilité d’appel ou de rédemption.

Tu ne t’étais pas relevée immédiatement après l’appel. Il fallait quelque temps pour en trouver la force, pour mobiliser ce corps qui ne t’appartenait plus depuis longtemps. Quelque part en cours de route, ils avaient décidé qu’il était de leur plein droit de s’approprier les plus profonds racoins de ta chair, se les passant à tour de rôle une fois qu’ils avaient fini avec, et tu avais dû les regarder disposer de ce qui te restait de plus intime comme d’un bien public. Tu n’avais plus juridiction sur ce territoire de peau trop grand pour ce qu’il pouvait encore faire, mais tu en écopais tout de même la charge à présent qu’ils l’avaient dépouillé de toutes ses ressources et tu ne savais quoi en faire.

Tu n’avais finalement pas eu à t’en soucier. La porte s’était ouverte d’elle-même, délicatement, et la vision qu’elle avait dévoilée de ta mère avait suffi à alléger ton combat, le temps de t’appuyer sur elle pour supporter cette misérable carcasse que tu traînais comme un boulet. Ses bras étaient venus enlacer ce qui te servait de tronc, enrobant lentement tes membres d’une chaleur maternelle qui ne pouvait te faire penser que peut-être, tu n’avais jamais été tienne.


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