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» L'être faible, qui attend malgré tout.


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Agent Kantô

C-GEAR
Inscrit le : 18/09/2013
Messages : 988

Région : Kantô
Lun 1 Jan - 23:57
Parfois, il se déteste. Souvent, même. Il aimerait être solide comme un Racaillou. Dans son corps et dans son esprit. Ne pas faiblir. Ne pas faillir. Avoir la même droiture que son personnage de sorcier sur l’un de ses jeux vidéos. Le genre à s’en tenir à ses principes, infaillible, et qui ne revient jamais sur ses propos. Oui, voilà. Il aimerait être aussi fort que ça.

Il ne l’est pas. Ça n’a rien de nouveau, vous me direz. Parfois, dans le feu de l’action, dans la pression d’une mission, dans l’urgence d’une infiltration, il sait être l’homme doué sur lequel tout repose et qui fait preuve d’un sang-froid sans faille. Oui, ça il sait faire. Mais dans la vie de tous les jours, c’est comme s’il perdait son masque de génie informatique pour n’être que lui. Frêle et gringalet, myope comme un Rototaupe et naïf sur le plan social comme nul ne saurait l’être. Et pourtant, la vie le force à s’endurcir, il le sait. En lui faisant subir de plein fouet des expériences dont il se serait bien passé. Non sans une grande honte, d’ailleurs, il se rend compte que ce n’est pas forcément la violence et la mort dont il a le plus de mal à se remettre. Là-dessus, le suivi psychologique qu’il a depuis le Ciel noir aide beaucoup. Nombreux sont les agents de Police, rangers et autres volontaires s’étant retrouvés au cœur des choses qui participent aux groupes de discussion. Ce n’est pas qu’il soit spécialement à l’aise avec tout ça, mais écouter ce que disent les autres, et se retrouver dedans, ça l’aide.

Sur ce plan, même s’il n’est pas complètement « remis », il sait qu’il avance. Le reste cependant… il n’y arrive pas. Il essaie, pourtant. Les semaines se sont succédé, et avec elles le silence. Ce silence toujours plus envahissant. La preuve criante que oui, Ezekiel avait décidé pour deux. Alors pourquoi… pourquoi avait-il récemment tenté de reprendre le contact ? Pourquoi ce SMS ? Et surtout… pourquoi, bien qu’il l'ait supprimé il y a quelques jours, Nathanael est parfaitement incapable d’en oublier le contenu ? Sans avoir une mémoire de Donphan, il se souvient de chaque mot, et surtout de l’idée générale : l’autre jeune homme lui proposait de se revoir. En face à face. De venir à Kantô, même.

Comme quoi, le SMS est supprimé, certes, mais cela n’empêche en rien les souvenirs bien trop vifs du jeune homme en bleu de rester gravés dans son esprit. Si seulement il avait pu les faire disparaître aussi facilement que le message sur son téléphone… l’aurait-il fait ? Ces pensées tournent et retournent dans son esprit depuis, et son sommeil en est d’autant plus perturbé, lui qui dort la plupart du temps comme un Keunotor, quand tout va bien. Les cartes sont dans ses mains désormais, c’est une décision des plus importantes qui se joue là. Il a résisté pourtant, trois jours de plus… dix, depuis la réception du SMS en vérité.

Mais il est faible. Preuve en est qu’il n’a jamais eu le courage de supprimer le numéro du coordinateur, ce qui aurait été bien plus radical. Et tout en maudissant le pouvoir qu’Ezekiel exerce sur lui, il a fini par répondre, au milieu de la nuit :

à : Ezekiel
… D’accord. J’imagine que si tu te souviens enfin de mon existence, c’est qu’il doit y avoir une raison. Alors j’accepte. Fin de semaine prochaine, à compter de jeudi, je serais disponible. On peut se voir vers Safrania. A toi de me dire si ça te va.


Dix jours sans réponse, peut-être qu’Ezekiel a abandonné, d’ailleurs ? Nathanael n’en sait rien. Il a tenté une réponse sèche, mais il se retrouve tout de même à être conciliant, car c’est dans sa nature. Il ne sait pas où ils vont, ainsi. Il se demande bien ce qui peut être à ce point important que le kalosien veuille le voir, jusqu’à venir à Kanto. Il aurait préféré continuer à feindre l’indifférence, mais c’est impossible pour lui de fermer définitivement son cœur, même pour un souvenir éphémère. Il est naïf, certes, mais il essaie de se protéger, un peu. Alors ce n’est pas à Céladopole qu’il le convie, mais à Safrania, ville voisine, et dans laquelle il ne risquera pas d’être reconnu ou, pire, d’assimiler un lieu à Ezekiel.

Et maintenant qu’il a répondu, c’est une autre angoisse qui lui prend aux tripes… l’attente. Une attente qui va certainement le rendre Chevroum, lui qui, un peu plus tôt dans la semaine, arrivait à se convaincre que non, définitivement non, il ne réagirait pas.

Un échec.


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Retraité

C-GEAR
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Mar 2 Jan - 5:00

L'être faible, qui attend malgré tout.




L’attente avait été insoutenable. Si, pendant les premières heures, les premiers jours, tu n’avais pas quitté ton portable des yeux, tu t’étais néanmoins vite fait à l’idée qu’il ne répondrait jamais. Tu ne pouvais pas lui en vouloir, tu aurais sans doute fait exactement la même chose si les rôles avaient été inversés… Après tout, Nathanael n’était pas con: s’accrocher à quelqu’un d’aussi toxique que toi était une grossière erreur qu’il valait mieux ne pas répéter. Tu l’avais déjà trop fait souffrir et le recontacter après tous ces efforts pour l’oublier était un geste qui manquait cruellement de considération. Tu l’avais fait par égoïsme, parce que tu avais besoin de lui… Mais quand t’étais-tu arrêté à ce que lui pouvait ressentir ? Sans le vouloir, sans le savoir, tu venais sans doute de le faire replonger dans ce qu’il avait eu tant de mal à oublier… Car tu savais que Nath’ n’avait pas accepté systématiquement la froideur de tes mots ni ton invitation à tourner la page. Tu en avais eu la preuve au tournois primaire lorsqu’il avait à nouveau tenté l’impossible pour te rejoindre… Lorsqu’il avait prouvé que ta décision unilatérale ne lui plaisait pas. Fidèle à tes habitudes, tu avais minutieusement ignoré chacun de ses messages et chacun de ses appels… Et voilà que tu ressurgissais d’entre les morts, espérant qu’il te réponde après lui avoir fait cadeau d’un silence radio.

C’était tout toi ça.

Tu avais décidé de relever la tête et de réparer les pots que tu avais sciemment cassés, mais jamais tu ne te t’étais demandé si les autres avaient, eux aussi, envie de recoller les morceaux. Le mutisme de Nathanael avait été une réponse claire devant laquelle tu ne pouvais protester. Tu l’avais définitivement perdu et tu devais l’accepter si tu ne voulais pas trébucher une fois de plus. La vie ne devait pas s’arrêter cette fois-ci et tu le savais. Même si c’était difficile. Même s’il te fallait encore t’enivrer ou fumer pour réussir à passer au travers du quotidien. Même si tu étais loin d’être guéri.

Quarante-neuf. C’était le nombre de jours qui s’étaient écoulés depuis ta sortie de l’hôpital lorsque tu avais décidé d’user de toute l’aide médicamenteuse et psychologique à ta portée… Avancer te permettait d’oublier. Consulter et soigner ce qui avait dilapidé ta vie était le meilleur moyen que tu possédais pour ne plus y penser. Tu lui avais fait beaucoup de mal… Sans doute plus que tu ne l’imaginais même et tu ne voulais pas réitérer cette erreur une fois de plus. Reprendre le contrôle de ta vie malgré le mal qui te rongeait et qui te gardait éveillé la nuit était ton seul moyen pour boitiller vers l’avenir.

Enfin c’était ce que tu croyais. Certains mauvais plis étaient restés : l’appétit n’était pas réapparu et l’éclat dans tes yeux restait éteinte. Il te manquait quelque chose d’essentiel pour que le monde reprenne ses couleurs et de sa saveur. Tu tentais d’en faire abstraction lorsque ton esprit était occupé à autre chose… Mais le soir, seul dans la pénombre de ta chambre, l’absence occupait toute la pièce. Même si tu avais reteint ta chevelure en bleu et que tu t’étais rasé de près, même si tu avais récupéré une apparence qui se voulait acceptable malgré ta maigreur inquiétante, le mal que personne ne voyait persistait à s’accrocher. Lorsque tu avais décuvé dans la matinée suivant le sms, tout ton courage s’était dissipé et dès cet instant, tu avais compris que tu ne pourrais pas le contacter à nouveau.

Puis au moment où tu t’y attendais le moins, l'écran de ton portable, faiblement éclairé par la lune, s'était allumé.

Vous avez 1 nouveau message:
 

Ce n’était pas tout à fait ce à quoi tu t’attendais… Mais quel genre de réponse espérais-tu vraiment obtenir ? Qu’il t’en ait donné une était déjà incroyable et tu savais que tu devais te considérer chanceux. Tu allais le revoir. Même si les retrouvailles ne seraient pas agréables, savoir qu’il restait une lueur d’espoir t’apaisait un peu.

Mais étais-tu prêt, cette fois-ci, à surmonter les épreuves sans prendre la fuite ?

Le message donnait le ton : tu allais devoir piocher longtemps pour expier tes fautes… Tu savais qu’au moindre mensonge ou erreur de ta part, il ne resterait pas. Comment lui expliquer ? Quelles blessures encore saignantes allais-tu devoir rouvrir pour vous donner une chance d’exister ? Et dire que tout avait commencé avec un échec dans un concours de coordination. En y repensant, cette épreuve, pourtant dévastatrice il y a quelques mois, te semblait profondément futile à côté du reste. À quel point t’avait-on bourré le crâne de conneries pour qu’un si petit échec t’amènes tout droit en enfer ? La scène n’était plus qu’un souvenir embrumé et lointain à côté de la sensation de leurs mains sur ton corps. Ta quête de perfection et de reconnaissance avait atteint des proportions démesurées. C’était normal de ne pas toujours réussir… Ce l’était bien moins de tout détruire par honte. Tu avais voulu l’éloigner de toi, car tu avais la certitude qu’il méritait beaucoup mieux… Mais était-ce à toi d’en décider ? Tu savais que beaucoup de vérité tomberaient lorsque vous seriez face à face. Cette fois pas de fuite et pas de poudre aux yeux pour l’impressionner, tu devrais parler à cœur ouvert comme un tombeau…

Comme si ce rendez-vous n’était pas déjà assez difficile ainsi, il se devait en plus d’être effrayant. Et s’il ne voulait pas t’écouter ? Et si, au fond, il n’en avait rien à faire de tes explications et de tes excuses ? Cette idée t’avait serré le cœur sans pour autant te convaincre d’abandonner la seule chose de bien que tu n’aies jamais fait… Même si ce face à face était votre dernier, même s’il décidait de ne pas t’accorder son pardon alors tu repartirais au moins avec le cœur un peu plus léger. Même si la valeur de tes cartes était ridicule, tu te devais de jouer tout ce qu’il te restait avant de renoncer. Tu ne pourrais te le pardonner autrement. Et dans tous les cas, Nathanael méritait de savoir ce qui s’était passé. Il méritait de connaître la vérité, les raisons pour lesquelles tu avais coupé aussi brusquement les ponts alors que la fin du monde avait éveillé en toi de véritables sentiments.

Le cœur battant et les doigts tremblants, tu avais alors cessé de fixer bêtement son message et tu avais commencé à écrire ta réponse.

à : Nathanael
Ça me convient.
Vendredi prochain dans les environs de 13h00 ? Je ne connais pas Safrania alors je te laisse choisir le lieu de rencontre. De préférence, un endroit où il n’y a pas foule…


Tu ne comptais pas raconter ta vie devant tout un auditoire. Tu ne connaissais que trop bien la curiosité malsaine de l’être humain et tu ne voulais que des oreilles indiscrètes vous entendent. Parano ou non, certaines choses devaient se dire à l’écart des gens et votre futur échange était de ceux-là. En envoyant ta réponse, tu avais ressenti comme un grand soulagement. Tu savais que ce n’était pas fini, mais tu avais désormais une étincelle à laquelle t’accrocher de toutes tes forces…



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Agent Kantô

C-GEAR
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Dim 21 Jan - 23:53
Après son propre message, ce n’est pas un soulagement que ressent Nathanael, bien au contraire. Il avait réussi à se dire que tant pis, Ezekiel était venu comme une bourrasque dans sa vie et en était ressorti avec tout autant de fracas. Et finalement… non. Ce message, il ne l’avait pas vu venir. Le fait qu’il soit trop faible et qu’il y réponde, il aurait préféré éviter, aussi. Et bien entendu, va venir la confirmation du kalosien, si celui-ci n’a pas lâché l’affaire bien sûr.

Ce qui n’est pas le cas, vu la réponse extrêmement rapide qui suit. Ainsi, Nathanael n’est pas le seul à ne pas dormir, cette nuit-là. Sans même regarder la réponse, simplement la notification d’un nouveau SMS, il imagine Ezekiel, quelque part, à consulter son portable… la nuit est-elle aussi claire que celle qu’il voit à travers sa fenêtre ? Et surtout, qu’est-ce qui le pousse à vouloir reprendre contact, lui qui a si farouchement coupé les ponts ? Le geek soupire, il sent que leurs retrouvailles vont être difficiles. Il ne sait pas s’il est réellement préparé à ça. Il lit donc le nouveau message, et ne peut s’empêcher de froncer les sourcils. Dans cette réponse autant que dans le SMS précédent, il a la sensation d’un Ezekiel… différent. Mais il peut parfaitement se tromper. N’est-ce pas risible de le voir accorder tant d’importance à quelques mots sur un écran ?


à : Ezekiel
Vendredi, 13h, ça me va. Pour l’endroit… en face du Centre pokémon de Safrania il y a un petit square, avec des bancs de mémoire, si tu veux on peut s’attendre là. S’il ne pleut pas, ça me semble être le bon endroit pour discuter.


Rien de bien intense dans cet échange, mais Nathanael est complètement perdu, dans sa tête. Il ne sait pas ce qu’il doit – peut ? - attendre de cette entrevue. Il ne sait pas quelles sont les intentions d’Ezekiel, et il ne sait pas lui-même ce qu’il désire en vérité. Il n’est pas un pantin qu’on manipule à loisir, il espère sincèrement que le kalosien s’en rendra compte… et il espère au fond de lui qu’il aura la force de ne pas se laisser attendrir. Parce que… parce que ça fait mal, de croire en vain. Parce qu’il ne se fera pas avoir deux fois. Parce que mince, il est naïf, c’est vrai, mais il apprend de ses erreurs !



Le vendredi suivant, 12h55, Safrania.

Comme convenu, Nathanael a son vendredi de libre. Les jours de repos sont assez aléatoires dans son travail, mais il est toujours ravi de pouvoir en profiter. Même si là, depuis une semaine, il a le ventre tiraillé par l’angoisse, et le nœud qui s’est formé depuis la réception du SMS d’Ezekiel n’a eu de cesse de grossir, grossir, grossir… au point de lui couper l’appétit, et d’inquiéter sa collègue Cassandra, plus perspicace que les autres. Il a fait mine de rien, mais autant dire qu’il avait l’esprit à tout sauf à son travail. Sans cesse revenaient en lui les mêmes questions. Pourquoi Ezekiel souhaite le voir ? De quoi vont-ils parler ? Comment doit-il se comporter ? La colère ou le pardon ? Il n’a jamais fait ça, aussi grotesque que cela peut paraître, Ezekiel a été sa première « pseudo » relation, aussi éphémère et éloignée soit-elle. Alors oui, il ne sait rien de ce qu’il va advenir, et de comment il doit réagir.

Alors il a peur. Il angoisse. Il serre inconsciemment la manche de son manteau bleu clair, un peu épais, qui convient bien pour la saison. Il a une écharpe rouge que lui a offert sa mère et qui met en valeur ses cheveux que le vent décoiffe à loisir. Sur ses oreilles, son casque audio bluetooth, rouge, lui aussi, diffuse de la musique électro, suffisamment fort pour lui permettre de s’en imprégner et d’oublier un peu son stress, mais pas trop non plus pour rester conscient de ce qui l’entoure. Il est venu en bus, une grosse demi-heure de trajet, et s’est arrêté pile devant le Centre Pokémon. Il a scruté les environs, puis est allé se poser dans le square en question, tout en regardant autour de lui s’il voyait les cheveux bleus caractéristiques d’Ezekiel. Il n’a aucune idée de ce qu’il va dire lorsqu’ils vont se voir. Il sent que quoi qu’il advienne, il va être ridicule. Il ne se fait pas confiance pour expulser sa colère ou son ressenti. Il ne veut pas être faible.

Il secoue la tête et augmente légèrement le son dans son casque, il a cinq minutes d’avance, il faut qu’il parvienne à se calmer quelque peu. Inspirer, expirer, inspirer, expirer… Oui voilà.

Ça va aller.


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Retraité

C-GEAR
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Lun 22 Jan - 6:14

L'être faible, qui attend malgré tout.




Tu ne savais pas pourquoi tu te battais pour quelque chose qui n’avait jamais existé… Tu savais seulement que tu devais le faire. C’était comme une évidence. Tu avais détruit sans ménagement tout ce que vous étiez et tout ce que vous auriez pu être en d’autres circonstances… Tu ne parvenais pas à oublier. Te pardonner l’impardonnable t’était impossible. Nathanael t’avait offert quelque chose de vrai et de sincère… Ça avait été aussi court qu’intense, mais il avait été le premier à le faire. Le premier à se foutre de tes paroles, de ton argent ou de ton influence. Il t’avait pris comme tu étais avec tout ce qu’il y avait de plus mauvais en toi. Il avait vu ce qui était resté invisible à tout le monde, toi y comprit. Tu ne pouvais pas renoncer à la dernière lueur d’espoir qui subsistait contre vents et marées… Tu savais qu’en faisant cela, tu prenais le risque de le blesser de nouveau alors qu’il n’en avait pas besoin, mais ton égoïsme le réclamait tant que tu considérais que le risque en valait la chandelle. Qu’il te pardonne si jamais ce n’était pas le cas…

Installé dans le taxi censé te mener jusqu’à ton destin, tu fixes ton reflet dans la vitre. Tu sais que tu as changé… Que ton visage est plus creux, plus laid. Que les ravages de l’alcool et de la cigarette souillent la beauté que t’as offert mère nature… Mais que peux-tu y faire ? Tes cheveux plus longs et plus clairs ne suffissent pas à corriger le portrait décevant qu’elle te renvoie. Tu regrettais de ne pas avoir repoussé votre rencontre de quelques semaines, le temps que ce corps affamé reprenne des formes plus vivantes… Mais aurais-tu eu le courage de te présenter si tu avais pris le temps d’y réfléchir ? Toi-même tu le reconnaissais : tu étais passé maître dans l’art de fuir tes responsabilités. Si ce n’était pas maintenant, qui sait quand ce serait ? Sans doute jamais. Au fond, cet instant de courage t’avait soustrait à une fuite inévitable. Devais-tu lui en être reconnaissant ? Seul l’avenir te le dirait.

La veille, tu avais pris le bateau vers la ville portuaire la plus proche de Safrania afin d’avoir le temps nécessaire pour te préparer à votre rencontre. Même si tu paraissais calme en apparence, la vérité était toute autre. La plus jeune des Bluebell te l’avait d’ailleurs fait remarquer et ton empressement à tout nier ne t’avait pas aidé. C’était la raison pour laquelle tu étais parti très tôt ce matin-là, profitant de son sommeil pour fuir l’hôtel de Rosalia dans laquelle vous logiez. Tu avais besoin d’un peu de temps seul… C’était la première fois depuis longtemps que tu devais faire le point sur tes pensées et tu ne voulais pas accuser les questions indiscrètes de Noah ou silencieuses d’Eden. Ils avaient donc dû se contenter d’un mémo lâchement glissé sous leur porte puis d’un téléphone éteint qui ne réceptionnait ni les appels, ni les SMS. Ce qui s’apprêtait à se produire devait être vécu entre privé sans aucun apport extérieur… C’était entre toi et lui. Tu n’étais pas prêt à en parler à la fratrie qui t’accompagnait. C’était une partie de ton jardin secret que tu gardais dûment cadenassé et à l’abri de tous les regards indiscrets.

Incapable de manger le moindre morceau, tu avais passé la matinée à attendre l’heure de ton départ. Tu avais minutieusement calculé le temps de transport entre Carmin sur Mer et Safrania de manière à arriver juste à l’heure. Tu ne voulais pas attendre. Tu ne voulais pas être pris au milieu de tous ces gens, à fixer d’un air morne le vide dans l’espoir nerveux de voir apparaître sa chevelure châtaine au travers celles des autres passants. Tu sentais que ton cœur ne le supporterait pas, que les secondes passées à craindre son arrivé seraient douloureuses et que tu chercherais immanquablement à fuir… Parce que c’était tellement plus facile de prendre ses jambes à son cou que d’affronter ses responsabilités.

Parce que, au fond de toi, tu étais tellement effrayé à l’idée que tout ceci soit vain.

Il y a comme un flottement dans l’air au moment où le taxi termine sa course face au Centre Pokémon de la ville. Tu tentes de te convaincre que ce n’est rien, que cette rencontre se déroulera bien… Mais comment peux-tu en voir la certitude ? Nerveux, tu tends machinalement le montant de ton voyage au chauffeur sans t’inquiéter des billets en trop. Aujourd’hui, l’argent, tu t’en fous complètement. Ce que tu t’apprêtes à vivre n’a pas de prix et aucun pokédollars ne pourra rattraper les erreurs commises… Baissant les yeux, tu ouvres la portière arrière de la voiture puis pose enfin un pied à l’extérieur. Ta respiration saccadée trahit tes sentiments désordonnés. Rien ne va plus. Au moment de quitter Nath’, tu n’avais aucune autre excuse que le poids de la honte… Or, il s’était passé tellement de choses depuis que tu ignorais ce que tu serais forcé de dire ou de taire. Dans un cas comme dans l’autre, tu étais prêt à tout lui raconter s’il te le demandait… Tu lui devais au moins ça.

Caressant machinalement la cicatrice encore rosée à ton poignet, tu attrapes finalement ton portable pour vérifier l’heure. 12h59. Il est sans doute déjà arrivé. Il te faut du courage, beaucoup de courage. En possèdes-tu seulement assez pour te retourner ? Rangeant l’objet dans la poche de ton manteau, tu resserres d’instinct ton écharpe autour de ton cou puis sors ton paquet de clopes pour en glisser une entre tes lèvres. La nicotine te détend autant qu’elle t’est nocive. Tu sais que tu devrais arrêter et, pourtant, tu ne parviens à te convaincre d’y mettre un terme. Tirant quelques bouffées peu espacées, tu ne tardes pas à la jeter sur le sol pour l’écraser de ton pied. Difficile de dire si tu te sens vraiment mieux, si tout ceci a vraiment eu du sens, mais tu dois le faire désormais. Il est insensé que tu ais pu faire tout ce chemin pour finalement prendre la fuite au moment fatidique. Même toi, tu n’es pas assez idiot pour faire ça.

N’est-ce pas ?

Convaincu par l’orgueil et l’importance de cette rencontre, tu finis par redresser la tête pour scruter les alentours à la recherche du square. Tes yeux ne tardent pas à trouver l’endroit en question et, en son sein, la chevelure châtaine que tu attendais. Il est trop loin pour que tu puisses certifier qu’il s’agit bien de lui, mais ton instinct n’a pas l’habitude de te tromper. Malheureusement. T’a-t-il remarqué déjà ? Inquiet, tu te tournes vers votre lieu de rencontre pour le regarder plus longuement. À l’intérieur de toi, les sentiments se bousculent avec force et violence. L’appréhension, le stress, la joie, l’affection, la honte, la tristesse… Tu ne sais pas comment démêler ce flot d’humanité qui te serre à la gorge. Tu voudrais disparaître, mais tu sais que ce n’est pas aussi facile. Aussi, tes pieds se mettent-ils à marcher dans sa direction avec la certitude de n'avoir aucun autre choix. Le revoir te fait plus d’effet que tu ne l’imaginais… Au fur et à mesure que tu franchis les mètres vous séparant, les traits de son visage se détaillent et un soulagement inexplicable parvient à se faire une place au travers la guerre qui fait rage : il n’a pas changé. Il est toujours le même. C’est bien le Nathanael que tu as connu… Et ça te fait plaisir.

Arrivé à sa hauteur, toutefois, les choses sont bien différentes. Même si tes yeux cherchent les siens avec crainte, tu ressens malgré tout l’étendu des changements. Ce n’est pas comme la dernière fois… Ni comme la fois d’avant. Tu le savais déjà, bien entendu, mais le vivre est une toute autre histoire. Tout est beaucoup plus réel et tangible lorsqu’on est à portée de main. Ce ne sont plus que des mots sur un écran… Ce sont aussi des mimiques, des expressions, des regards, des impressions… Le corps humain trahit beaucoup plus de choses que les lettres et les chiffres. Et si tu avais déjà du mal à ramasser ton courage pour taper sur un clavier, alors à quoi peux-tu ressembler désormais ? « Euh, je… Salut. » Tu n’avais pas bu la moindre goutte aujourd’hui. Tu voulais être présentable devant lui… Mais le manque se faisait ressentir. L’alcool avait beaucoup de défauts, mais elle avait au moins le mérite de donner un peu de courage à ceux qui n’en avaient pas. « Je te remercie d’être venu… » C’est tout ? Agacé par le caractère pitoyable de tes paroles, tu baisses naturellement les yeux en pinçant tes lèvres. L’ancienne version de toi était, certes, détestable et minable, mais elle, au moins, possédait de l’assurance. Ce n’est plus du tout comme ça désormais… Et si ça le décevait ? Et si l’homme que tu étais devenu le dégoûtait ? L’idée ne t’avait jamais traversé l’esprit et, pourtant, elle t’effraie désormais. « Je peux m’asseoir ? On risque d’en avoir pour un moment… Si tu ne m’envoies pas sur les roses. » La touche d’humour que tu avais tenté d’ajouter à la fin de ta phrase était plus triste qu’autre chose et tu le savais. Toujours sans lever les yeux, tu attends malgré tout sa réponse. Tu voulais disparaître. Abandonner définitivement cette rencontre et ne plus jamais le revoir. Au fond, il avait eu raison de t’oublier.

Il n’avait rien perdu… Rien du tout.



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Agent Kantô

C-GEAR
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Mar 23 Jan - 9:52
Assis sur son banc, la tête baissée, essayant de se calmer à travers la musique qui envahit ses oreilles, Nathanael essaie de faire abstraction à ce qui l’entoure. Il se doute que quand Ezekiel sera là, il ne parviendra pas à se détacher de sa personne, de ce qu’il représente bon gré mal gré. Alors oui, il se prépare, autant que possible, à ce qui va suivre. Parce qu’il sait que tout cela est imminent, que l’autre jeune homme, trop bleu, va faire son apparition d’une seconde à l’autre, que…

Il ne réalise pas de suite la silhouette qui s’approche sur le côté, ce sont les jambes qui entrent dans son champ de vision qui le font légèrement sursauter tout d’abord, il se redresse et s’empresse de couper sa musique et glisser son casque autour de son cou, reposant sur l'écharpe. Ezekiel. Ezekiel est là, et même si c’était prévu, sa présence le prend aux tripes, de même que les effluves de nicotine qui s’en dégagent. Alors que le coordinateur prend la parole le premier, Nathanael l’observe. Parce qu’il y a de quoi observer. Cet Ezekiel n’est clairement pas « son » Ezekiel. Celui qu’il a rencontré à Frimapic, pour la première fois. Ni même celui qu’il a revu au Mont Couronné et qu’il a tant maudit.

Non. Le kalosien paraît clairement affaibli, il n’a plus cette posture prétentieuse qui était la sienne, ni même l’assurance ou le charisme qu’il avait alors. Non. Il a les épaules voûtées et le corps amaigri. Ce n’est pas – plus ? - le jeune homme déterminé et railleur qu’il a connu jusque-là. A moins que ce ne soit qu’une impression ? Et déjà, Nathanael ne peut retenir un froncement de sourcils, sans réaliser qu’Ezekiel attend une réponse. Qu’il s’empresse alors, maladroitement, à lui donner.

« Oh euh, oui oui, assieds-toi. » Il se décale légèrement sur le banc pour lui faire de la place. « Et salut. »

Voilà, il fait les choses à l’envers. C’était clairement ce qu’il ne voulait pas, passer pour un idiot. C’est raté. Il prend une grande inspiration et secoue la tête, tant pis si Ezekiel comprend ou ressent son stress, son incertitude. Peut-être d’ailleurs partage-t-il une émotion commune ? S’il est venu jusque-là, c’est tout de même qu’il considère le McKoy.

« Je… Ton SMS, j’ai presque cru que c’était une blague, mais j’ai espéré quand même que ce ne soit pas le cas. » Il faut qu’il organise un peu sa pensée. « Tu es venu jusqu’à Kanto, donc je vais t’écouter. Je peux faire ça. »

En vérité, le geek le sait bien, peu importe les circonstances, il l’écouterait.

« Mais avant… ça va ? »

La question passe ses lèvres d’une petite voix. Il n’ose pas formuler forcément tout ce qu’il ressent à la vue de cet Ezekiel affaibli, bien différent de l’image qu’il en avait. Et voilà que cela parvient presque à le culpabiliser. Peut-être en a-t-il voulu au Fitzgerald alors que celui-ci n’était pas bien ? Peut-être…

Non. Cesse de te sentir responsable du malheur de ceux qui te blessent, Nathanael.


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Retraité

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Mer 24 Jan - 4:29

L'être faible, qui attend malgré tout.




Tu aurais préféré qu’il ne te voit jamais dans cet état et qu’il garde indéfiniment l’image prétentieuse et fausse qu’il avait de toi. À défaut d’être réelle, cette vision désuète avait au moins le mérite d’être plus belle que ce que tu étais en train de lui offrir… Tu te sentais mal. Plus les secondes s’égrenaient, plus tu commençais à croire que cette prise de contact était une très mauvaise idée. Il n’aurait jamais dû admirer cette vision d’horreur émanant de toi. Jamais. Tu étais là, au plus bas de l’échelle humaine, incapable de prendre correctement soin de toi et malgré tout désireux de corriger les erreurs que tu avais commises. Mais était-ce vraiment le bon moment ? La dernière fois que vous vous étiez vu, tu avais trouvé en toi la force de jouer la comédie et de lui faire croire que tout allait bien… Cette fois, c’était impossible. Ton corps en entier trahissait l’impitoyable combat que tu avais mené. C’était quelque chose que les mots ne pouvaient pas effacer. Tu avais choisi d’être complètement transparent et honnête avec lui, mais tu aurais sans doute pu le faire en de meilleures circonstances… Ça aurait été mieux à la fois pour lui et pour toi. Mais c’était trop tard désormais. Regretter ou imaginer d’autres alternatives ne te permettrait pas de faire machine arrière. Les dés avaient été lancés et le malus que tu devais accuser ne devait surtout pas te faire échouer.

« Merci… » murmures-tu lorsqu’il se décale légèrement pour te permettre de prendre place à côté de lui. Veillant à laisser un espace respectueux entre lui et toi, tu respires un bon coup en tentant de mettre de l’ordre dans tes idées. Tu constates désormais l’ampleur du manque qui s’était creusé en son absence… Le son de sa voix, la couleur noisette de ses yeux, la finesse de ses traits. Au creux de ton ventre naît le désir irrationnel de le toucher à nouveau tout en sachant que c’est un droit que tu ne possèdes plus. C’est difficile de l’accepter. Existe-t-il encore une chance que tu puisses réparer les pots cassés ? Et si sa décision était déjà prise à votre sujet ? Cette idée, comme bien d’autres, t’effraie. Tu ne veux pas être condamné avant même d’avoir pu plaidoyer… Venir à Kantô pour essuyer un refus dont l’existence datait serait un énième coup de grâce que tu n’étais pas prêt à accuser. Te fallait-il mettre les choses au clair dès maintenant ?

Non… Bien sûr que non. En réalité, tu ne voulais pas savoir. L’espoir était la dernière chose qui t’était permis et tu n’étais pas prêt à le sacrifier.

Un sourire discret s’étire sur tes lèvres lorsqu’il reprend la parole. Tu le comprenais d’avoir cru à une blague. Pendant près de quatre mois, tu étais resté complètement sourd à ses appels. Tu avais ignoré chacun de ses SMS et n’avait jamais décroché à un seul de ses coups de fils… Après un tel silence radio, de quel droit te permettais-tu de revenir vers lui ? À sa place, tu aurais sans doute été en colère… Peut-être l’avait-il été. Si c’était le cas, tu ne pouvais pas le lui reprocher. Tu avais agi égoïstement. Sur toute la ligne. Cette rencontre elle-même n’était rien de plus que le fruit de ton égocentrisme. Quand t’étais-tu soucié de ses sentiments aux moments de lui envoyer ton message ? Tu pouvais toujours te défendre, cela ne changeait rien. Il ne te restait plus qu’à espérer qu’il y trouverait également son compte…

Qu’il s’interroge par la suite sur tes sentiments t’étonne. Ça n’a rien de surprenant pourtant… Nathanael n’est pas du genre à se foutre des autres, contrairement à toi. Pourtant, tu étais parvenu à te convaincre que la rancune serait capable de le rendre un peu moins… Lui ? Mais non. Il est toujours le même. C’est « ton » Nathanael. Aussi parfait qu’au jour de votre rencontre. « Mieux, merci… Et toi ? » Tu ne peux toujours pas dire que tu vas bien… Même si tu fais des efforts pour t’en sortir, tu n’es malgré tout rien de plus qu’un pauvre dépressif paumé qui ignore quoi faire de sa vie. Les médicaments et les rencontres chez le psychologue ne sont pas des remèdes miracles, malheureusement. La blessure est plus profonde que ça. « C’est gentil de bien vouloir m’écouter. » Tu aimerais lui dire que ça compte beaucoup pour toi, mais les mots se bloquent dans ta gorge. Être parfaitement honnête est une épreuve. Mettre des mots sur tous tes sentiments est impossible. La vie t’a peut-être détruit, oui, mais le fond reste intact. Ezekiel Fitzgerald n’est pas un grand sentimental… Dans les moments importants, il ressent plus qu’il n’exprime.

Te mordillant la lèvre inférieure, tu hésites un instant sur les mots à utiliser. C’est une épreuve d’un tout autre niveau que ce que tu as connu jusqu’à présent. Te confier à un parfait inconnu qui ne sait rien de toi était déjà compliqué… Alors comment peux-tu prononcer ces mêmes mots à quelqu’un qui a été aussi proche de toi ? Son jugement serait insupportable. Tu es encore trop fragile. « Tu m’en veux beaucoup ? » Sitôt, tu regrettes les mots qui viennent de s’échapper de ta bouche. Honteux, tu enfonces légèrement tes dents dans ta lèvre puis tu t’empresses de secouer la tête négativement. « Laisse tomber… Oublie ça. » Mais pourra-t-il le faire ? Tu l’ignores. À sa place, tu n’aurais pas été capable de passer l’éponge sur une telle question. C’était beaucoup trop direct. Tu t’en veux. Cette demande n’aurait pas dû exister. Pas comme ça, pas maintenant. Tu as été stupide… Mais tu ne peux plus ravaler tes mots désormais. Il est trop tard pour ça. Il ne te reste plus qu’à avancer sur le terrain que tu as maladroitement tâté. Si tu peux t’enfoncer davantage, alors pourquoi t’en priver ?

« J’ai vraiment été odieux envers toi… Je suis désolé pour tout ça. Je sais que ce n’est pas suffisant pour réparer mes erreurs, mais je voulais au moins que tu le saches. » Tu as le sentiment que tes excuses paraissent presque vulgaires à côté de l’horreur que tu lui as fait subir. Tu sais qu’un petit « désolé » ne sera jamais suffisant pour vraiment te faire pardonner. Il va falloir plus… Beaucoup plus que ça. « J’ignorais comment réagir. Il s’est passé tellement de choses et j’avais tellement peur que tu sois impliqué dans ça que j’ai préféré… J’ai préféré t’épargner. Je me disais qu’en prenant mes distances tout irait mieux. » Tu ne sais pas par où commencer… Alors tu commences au beau milieu de nulle part. Tu te contentes de prononcer des paroles qui, bien quelles soient sincères, ne font aucun sens dans l’état actuel des choses. La vérité, c’est que parler t’effraie. Tu sens la peur qui circule dans ton corps comme le sang dans tes veines et tu ignores comment y faire face. Raconter les quatre derniers mois, c’est sauter à pied joints dans les sentiments qui t’ont habité à chacun de ces instants maudits… Et c’est aussi accepter d’être vulnérable, d’inclure quelqu’un dans ta souffrance alors qu’Eden elle-même ignore tout des événements qui t’ont traîné jusqu’à… ça.

Tu sais qu’il le mérite, que le jeu en vaut la chandelle, que c’est ce qu’il y a de mieux à faire… Mais ça ne suffit pas à rendre l’épreuve plus douce et plus facile.



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Agent Kantô

C-GEAR
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Lun 29 Jan - 0:32
A peine Ezekiel s’assied à côté de lui que Nathanael se met à réaliser pleinement ce qui se passe. Ezekiel Fitzgerald, qu’il a tant souhaité revoir se trouve là, à côté de lui, à distance raisonnable et courtoise, sur ce même banc. Ezekiel, qui lui ai arrivé à de nombreuses reprises de visualiser, dans son sommeil, dans ses rêveries, dans ses regrets aussi… les moments de mélancolie amère qui l’ont frappé, parfois, aussi. Il ne sait toujours pas bien comment il doit réagir et ce qu’il doit faire, le nœud qui n’a fait que grossir et grossir encore ces derniers jours est encore bien là, dans son estomac. Et pour ne pas aider, son cœur bat progressivement de plus en plus vite, sous l’emprise de ce yoyo affectif qu’il ressent, entre joie et amertume. Parce qu’il se sent incertain, tout autant que l’autre jeune homme, qui semble lui aussi conscient de ne pas être dans son bon droit et dont l’apparence presque malade accroît cette impression. C’est déjà une bonne chose, me direz-vous. Tout dans l’attitude du coordinateur, au-delà même de son aspect physique, traduit une certaine forme de regret.

Nathanael aurait pu s’en réjouir… mais paradoxalement, ce n’est pas le cas. Concrètement, il ne savait pas quoi attendre d’une telle rencontre, et maintenant qu’elle a lieu, il est tout aussi perdu qu’il l’envisageait. Quelle posture adopter ? Il n’en sait rien, alors il se contente déjà de hocher doucement la tête au petit « merci » murmuré par son vis-à-vis. L’agent se tourne d’ailleurs légèrement pour mieux voir Ezekiel, ne rien perdre des traits de son visage, du bleu de ses yeux, et de cette attitude, pourtant si différente de celle qu’il avait à l’esprit jusque-là. Aussi, quand ce dernier lui dit aller « mieux », les sourcils de Nathanael se froncent à nouveau. « Mieux » ? Mais encore ? Il a quand même la sensation que derrière cette réponse se cache un mystère que le kalosien est venu lui expliquer. Il l’espère, en tout cas.

« … Ça n’a pas été simple. Rien n’a été simple. » Parce que s’il a gardé une certaine forme physique, Nathanael ne peut nier que depuis la dernière fois qu’ils se sont vus, lui aussi a eu son lot de galères et de difficultés. A commencer par le fait qu’il a frôlé la mort une fois de plus, le lendemain seulement de leur dernière discussion en face-à-face, avec l’explosion du commissariat de Bonville. Le bruit et les hurlements des blessés, l’odeur, les éclats de verre et le bus soufflé devant lui, qui l’a protégé de la déflagration, autant de choses qui lui reviennent en mémoire, au-delà même de la douleur infligée par Ezekiel et sa soudaine disparition… oui, ce cocktail là ne l’a pas aidé, mais il réussit, progressivement, à le surmonter. Avec sa famille, avec le suivi psychologique qui lui a été imposé, avec ses amis et collègues aussi. Et quitte à choisir, il préfère une vie à essayer de grimper hors du trou dans lequel la déprime nous enferme, qu’une vie à subir. « Mais là, ça va. » Pour le moment, en tout cas.

Il y a quelque chose de pas évident, dans cet échange. Comme s’ils étaient à nouveau devenus deux chacripans sauvages cherchant à s’apprivoiser. Comme si le passé était plus fort que l’instant présent. Sans doute est-ce bien le cas, après tout. Alors Nathanael ne dit rien quand Ezekiel le remercie de l’écouter, et il attend, avec un fin sourire tout de même, comme pour l’inviter à poursuivre. Il sent sans aucune difficulté que la communication va être difficile. Comme si chacun avait beaucoup à dire sans oser le dire, en vérité. Lui-même, d’ailleurs, ne sait absolument pas quels seront les prochains mots à sortir de sa bouche, ni même les reproches qu’il pourra adresser au Fitzgerald. C’est d’ailleurs ce dernier qui met les pieds dans le plat le premier avant de se rattraper très vite, presque aussi vite que Nathanael, qui pourtant souffle, au tac-au-tac : « Oui. »

Bien sûr qu’il lui en veut ! Beaucoup ! Parce que ça a été difficile. Il n’y avait pas que l’incompréhension et la douleur de ce départ, il y avait aussi tout le contexte, déjà bien difficile en soi. Avoir survécu à la folie des hommes et la vengeance d’une entité que personne n’avait souhaité voir incarnée et d’avoir frôlé à nouveau la mort, le lendemain. Son passage à l’hôpital pour se rétablir. Il y avait le fait d’avoir l’esprit ailleurs, de se sentir responsable, même, de ce qui lui arrivait. Croire que c’était à cause de son inexpérience ou son manque de tact. De ne pas avoir su déceler quand parler et quand se taire, d’avoir amené bien trop maladroitement la question sur ce SMS, et ces mots qu’il avait pu lire dessus… ce SMS qu’il a supprimé depuis, l’estimant – en partie – cause de tout cela. Tellement de choses qu’il aurait aimé partager avec lui, ne serait-ce qu’avoir une oreille attentive, et discuter, tout simplement, comme ils l’ont fait pendant un temps, par appels et SMS… mais non, c’était fini sans qu’il ne puisse rien y faire. Sans même que, lorsque le Tournoi Primaire les a rassemblé en un même lieu, par le plus grand des hasards, Ezekiel accepte de reprendre, même furtivement, contact.

Il ne va certainement pas oublier cette question, mais il sent à la manière dont le coordinateur se rattrape que celui-ci à plus à dire, alors il l’écoute. Petit à petit, Nathanael sent sa respiration s’alourdir, alors qu’Ezekiel s’excuse, mettant des mots sur ce que lui-même a ressenti comme une injustice ou une méchanceté gratuite à son égard. Sans jamais comprendre pourquoi. Et quand son interlocuteur poursuit, le McKoy ne sait toujours pas bien quoi en penser… n’est-ce pas comme dans les films ? Le méchant qui veut amadouer le héros en lui disant « c’est pour ton bien » ? Mais ils ne sont pas dans un film, et ce sont de ses sentiments, bien réels, dont il est question. Il y a un mystère bien palpable dans ce que raconte l’autre jeune homme, et le geek ne sait pas de quoi il s’agit, mais l’apparence d’Ezekiel, elle, ne trompe pas. Il s’est bien passé quelque chose d’important dans sa vie, pour qu’il en arrive là. Qu’il change, comme ça. Est-ce une raison pour tout pardonner ? Certainement pas. Mais Nathanael sait, et savait de toute façon en répondant au SMS d’Ezekiel, qu’il ne saurait pas lui tourner le dos. Il en est incapable. Ce n’est même pas ce qu’il souhaite. Il espère juste ne pas souffrir une seconde fois, et apprendre de sa naïveté. De ses erreurs. Car il a certainement du en faire, lui aussi, dans cette histoire, même s’il ne sait toujours pas lesquelles.

« … Merci de l’admettre, c’est déjà ça. » Il soupire, il ne sait pas bien comment s’exprimer, en de telles circonstances. « Ça m’a fait mal. Tu es la première personne à qui j’ai… j’ai dévoilé mes sentiments. Et voilà qu’en plein chaos, tu les as pris et tu les as jetés. Et tu m’as laissé comme ça, sans mode d’emploi, sans clé de décryptage, sans savoir comment agir ou comprendre. » Il sait que ses yeux se mettent à briller rien qu’en y repensant, mais il sera plus fort que ça. Oui. « Je n’ai rien compris. Tu m’as laissé là, tu es parti. »

Il s’en souvient comme si c’était hier, avec cet infirmier dont il n’a jamais su le nom comme seule épaule pour ne pas se laisser tomber au sol, décontenancé comme jamais. Puis le flot de la vie, de la victoire de l’humanité, a été plus importante que « le départ d‘Ezekiel Fitzgerald », mais ça n’a rien enlevé à la douleur de l’instant. « Je vois bien qu’il s’est passé des choses de ton côté… mais du mien aussi. Tu peux très bien t’excuser, mais comme tu dis, ça ne suffira pas. »

Sans oser l’approcher plus, toujours bien droit sur sa propre partie du banc, Nathanael s’arrête et se met à fixer droit devant lui, avant de reprendre : « En quoi m’abandonner et ne me laisser aucune explication, en refusant tous mes messages ou mes appels, m’a épargné ? Épargné de quoi, d’ailleurs ? » Dans un tic inconscient, il serre à nouveau le pan de son manteau, sur ses genoux, avant de reprendre : « Tu aurais pu me parler. Rien n'excuse ça. »


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Retraité

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Mar 30 Jan - 21:21

L'être faible, qui attend malgré tout.




Tu comprends désormais le faussé qui sépare les doutes et les certitudes. Entendre ce « oui » prononcé au tac-tac sans l’ombre d’une hésitation est douloureux. Tu connaissais pourtant la réponse depuis longtemps… et c’était sans doute la raison pour laquelle tu ne voulais pas l’entendre. Tu te nourrissais désespérément de chaque doute, chaque incertitude pour tenter de t’insuffler le courage qui te faisait cruellement défaut. Tu savais que c’était un comportement lâche et dégradant, mais la vérité t’effrayait plus que le pire des scénarios que ton esprit vicieux s’était amusé à imaginer. Tu savais au fond de toi que tu n’avais aucun contrôle sur la situation et cela créait un inexplicable stress qui désarticulait à la fois tes gestes et tes pensées. C’était difficile. Très difficile. Pendant d’interminables jours, tu avais imaginé cette rencontre et repasser en revu toutes les manières dont elle pouvait se dérouler… Mais rien de ce que tu avais pu créer n’avait de semblable dans la réalité. Tu étais complètement démuni face à l’adversité avec pour seule arme tes sentiments et ta sincérité… Face à des enjeux qui te dépassaient, tu te sentais incapable de surmonter tes craintes. Après tout, y gagneriez-vous vraiment quelque chose ? Tu pouvais bien te vider le cœur et tout lui expliquer… Mais serait-ce suffisant ? Il venait tout juste de confirmer sa rancœur envers toi. Ce n’était pas une surprise en soit, mais l’entendre de sa propre bouche était douloureux.

La seule chose à laquelle tu pouvais te rattacher, c’était sa présence. Non seulement il avait répondu à ton SMS, mais il avait en plus prit le temps et fait l’effort de venir jusqu’ici… C’était peut-être un signe ?

Désespérément agrippé à cet espoir risible, tu accuses le choc des reproches sans baisser les yeux. Tu sais qu’il a parfaitement raison. Tu ne peux même pas prétendre au plaisir de le contredire ou de minimiser la gravité de tes actes… Tout ce qu’il dit est vrai. L’entendre parler de sentiments t’avait effrayé. Tu croyais fermement qu’il méritait mieux… Du moins, c’était ce que tu t’étais répété en boucle pendant plusieurs semaines avant que la vérité n’émerge du cœur de ces inventions. Le monde avait survécu, vous en étiez la preuve… Mais ça ne s’arrêtait pas là. Il y avait plus, beaucoup plus. Pour toi qui avait tant espéré qu’Arceus serait sans pitié, c’était un choc difficile à encaisser. L’idée d’un demain engendrait une suite à la douleur qui commençait graduellement à te gruger à cet instant… Tu savais que les longs doigts noueux de la faiblesse continueraient de se refermer autour de ta gorge et, dans toute ta miséricorde, tu ne voulais lui infliger les conséquences de ton impotence. Tu n’étais pas prêt à assumer sa présence dans une vie qui n’en était pas une… Tu l’avais fait pour lui, en partie, mais surtout pour toi. Parce que tu étais lâche et incapable d’ouvrir ton cœur sans prendre la fuite. Tu avais vite compris l’ampleur de ton erreur, mais il était trop tard pour revenir en arrière… Alors tu avais continué à t’enfoncer. C’était tout ce que tu savais faire après tout.

Le regardant, bien droit sur sa partie du banc, tu esquisses un rictus coupable puis cesses de le fixer pour ramener ton attention vers le ciel. Dans toute cette histoire, tu ne t’étais jamais montré juste envers lui… Pas une seule fois tu avais pensé à ses sentiments ou à la manière dont il pourrait vivre votre séparation. Tu te disais qu’une fois le choc passé, il tournerait la page sans trop de difficulté… Tu t’étais lourdement trompé, une fois de plus. Ses accusations sont fondées. Lui parler aurait été une meilleure alternative. Dans le meilleur des cas, il t’aurait permis de devenir quelqu’un de meilleur et dans le pire, il serait parti. La finalité ne pouvait être pire que la vôtre. « Oui, tu as raison. Je crois même que ça aurait été plus simple si je l'avais fait... » Admets-tu avec sincérité. Tu comprenais désormais l’importance que Nath’ avait pris dans ton cœur. Tu avais besoin de lui… C’était grotesque, complètement inédit venant d’un solitaire comme toi, mais surtout criant de vérité. Depuis le premier jour, il t’était devenu indispensable. Les efforts monstres que tu faisais pour te racheter, tu ne les ferais pour personne d’autre. C’était lui, c’était comme une évidence.

« Je crois que je te dois des explications… » Soupires-tu en abandonnant ta contemplation du ciel pour reporter ton regard azuré sur sa personne. Tu aurais envie de le serrer contre toi et de lui demander pardon pour l’horreur que tu lui avais fait vivre… Mais de quel droit te permettais-tu d’effleurer cette idée ? Il t’en voulait. Tu sentais l’émotion dans sa voix, dans son regard brillant et dans cet orgueil qu’il consacrait à être fort… La distance entre vous n’était pas un luxe, mais une nécessité. Tu ne voulais pas prendre le risque de tout gâcher pour un mouvement trop hâtif. « Mais promets de ne pas te moquer d’accord ? » Tu savais que la clé qui t’avait anéantie était ridicule. Le concours de coordination qui t’avait ouvert la porte vers l’enfer te paraissais être une blague à côté de la suite. Pourtant, les sentiments qui s’étaient nichés en toi lors de cet échec, eux, avaient été bien réels et ravageurs…

« Pendant toute mon enfance, mes parents m’ont élevé dans le bien paraître… » Tu ne savais pas par où commencer. Alors tu te disais qu’une mise en contexte était au moins nécessaire. Tu ne pouvais pas débarquer avec rien de plus que des faits : j’ai échoué à un concours de coordination du coup je m’en suis mal remis et j’ai sombré dans une dépression grave. C’était plus complexe que ça. « L’excellence a toujours été un facteur de renommé pour notre famille. J’ai grandi dans l’idée que l’échec était absolument inacceptable pour quelqu’un de ma stature, surtout lorsqu’il y avait des témoins… Pendant toute ma vie, j’ai donc acheté la réussite pour masquer mes erreurs et garder la tête haute devant eux tous. » C’était quelque chose que tu avais été forcé de faire en arrivant à Johto et ces années de faux semblant t’avaient vite rattrapé. « J’ai voulu faire ce voyage initiatique hors de Kalos pour prouver que je n’étais pas qu’un petit gosse de riche égocentrique et que j’étais aussi méritant que ma sœur… C’était prétentieux de ma part. Je n’étais clairement pas à la hauteur. » Baissant légèrement les yeux pour ne plus supporter les siens, tu prends une grande inspiration. Attaquer le vif du sujet inclut une transparence qui t’es inconnue. Tu n’as jamais fait ça et c’est une exploration effrayante, paralysante.

Parler des premières semaines est une chose, expliquer comment tu t’es rendu jusqu’ici en est une autre… Et Arceus sait qu’il y a un monde entre les deux. « Ça a commencé avec un échec à un concours de coordination et un SMS de ma soeur qui n’a pas manqué d’assister à toute la scène en direct… » soupires-tu en te rappelant de cet événement essentiel à ta chute. « Je sais que ça peut paraître superflu, mais les sentiments d’un premier échec irréparable lorsque l’on vient d’une famille comme la mienne sont inqualifiables... » Pendant des années entières, tu avais tout fait pour être parfait... Et la manière dont avaient été couronnés tes efforts n’avait pas été à la hauteur. « Alors quand Anya m’a qualifié de poison pour notre sang et de honte pour la maison, j’y ai fermement cru… » Tu le croyais encore. Tu tentais seulement de minimiser les impacts de ce déshonneur pour te recentrer sur toi-même. C’était ce que ton psychologue t’avait conseillé de faire… « J’étais vraiment heureux de te revoir tu sais. » Tu marques une pause, tentant de calmer les battements de ton cœur qui s’accélèrent. « Ce SMS, il était sincère… Je le pensais vraiment. » Le dire en sachant que ce message marque le début de la fin est douloureux. Ces mots, tu aurais dû les prononcer des mois plus tôt. « Mais je croyais aussi que ma famille avait raison et que je n’étais qu’un bon à rien… Alors je t’ai repoussé pour ne t’attaches pas à un raté, mais aussi pour me protéger de ces sentiments sur lesquels je n’avais aucune emprise. » L’idée d’aimer t’avait effrayé. Tu ne le méritais pas. « C’est cliché, j’en ai bien conscience, mais je croyais vraiment que tu méritais mieux… Je n’avais rien de bien à t’offrir. Je n’étais qu’un raté et un idiot inapte à réussir quoi que ce soit. » Ta confiance en toi n’est clairement qu’un souvenir qu’il te faudra remodeler. Mais pas aujourd’hui. Le cœur écorché, à vif, tu prends une grande inspiration puis force un sourire à prendre vie sur tes lèvres. Surtout, ne pas penser au reste, à la suite de l’histoire… Malheureusement, tu sais que ce prologue était la moins importante de tes péripéties et aussi la plus facile à raconter. « Ridicule n’est-ce pas ? » Tu devais faire une pause. Déballer ton sac après un tel silence était un exercice pénible et émotionnellement insupportable…

Tu avais l’impression de ressentir les choses comme au premier jour.



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Agent Kantô

C-GEAR
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Lun 19 Fév - 23:06
Il est énervé. En parlant, il sent bien la rancœur accumulée qui cherche à s’expulser. Sans doute qu’il en a besoin, c’est un poids qu’il porte en lui depuis tout ce temps. Il faut que ça sorte. Peut-être pas tout d’un coup, car la dualité de ses émotions reste toujours aussi forte, entre la colère et la joie… oui, mais il n’arrive pas forcément à contrôler son ressenti. Il ne sait pas comment cette discussion va se terminer, il craint d’ailleurs, intérieurement, de regretter… et en même temps, il sent qu’il en a besoin. Lui comme Ezekiel, peut-être. Remettre les points sur les i n’a jamais été plus nécessaire qu’en ce moment, s’ils veulent avancer.

Pourtant, l’attitude passive d’Ezekiel le déstabilise. Ce n’est pas ce qu’il veut, ce n’est pas ce qu’il attendait… - qu’attendait-il, en vérité ? Il ne le sait pas lui-même – mais cette réaction du coordinateur le dérange clairement. Parce que ce n’est pas le Fitzgerald tel qu’il l’a connu, et cela ne fait que renforcer la boule de stress qu’il ressent en son for intérieur. Il ne sait pas gérer son ressenti, et il sait qu’il ne gagnera rien à accabler son vis-à-vis. Ce n’est pas ce qu’il recherche. Il veut comprendre, surtout, et il espère que les prochaines paroles du Kalosien l’aideront en ce sens. Parce qu’il va rapidement culpabiliser, sinon. Un silence s’installe qui prend le McKoy aux tripes, et il torture le tissu de son manteau, dans l’attente. Il a dit ce qu’il avait à dire, ou du moins une partie. Ce n’est plus à lui de parler, pour le moment.

Une légère surprise se lit sur le visage de Nathanael en entendant la réponse qui lui est faite. Ezekiel lui dit sans détour ni humour qu’il a raison. Et l’agent le croit, car dans sa manière de s’exprimer, tout trahit son sérieux, et l’attention qu’il porte dans les choix de ses mots. « Je pense aussi. », se permet de ponctuer le Parmanien. Rien que le fait que le coordinateur l’admette provoque presque un soulagement chez le geek. Il sait alors que cette discussion ne sera pas anodine. Que oui, Ezekiel veut corriger ses erreurs, et si ça ne gomme rien, ça aura le mérite de donner un semblant d’explication. Un fin sourire naît sur le visage de Nathanael et il tourne la tête. « Ne t’en fais pas, ce n’est pas mon genre. » Non pas qu’il soit un ange, mais clairement, si Ezekiel accepte de se livrer, ne serait-ce qu’un peu, il ne se permettrait aucunement d’en rire, et son cœur se serre en constatant combien l’autre est incertain, à son égard, mais aussi envers lui-même apparemment. Ce manque de confiance tranche radicalement avec l’image que le McKoy en a, et il se demande bien ce qui a pu lui arriver pour changer ainsi.

Et ça y’est, le Kalosien se met à parler et Nathanael se sent presque privilégié. Il a clairement la sensation – peut-être fausse – qu’il doit être l’une des rares personnes à écorcher ainsi la surface du Fitzgerald, l’un des rares envers qui il se livre. Une émotion le prend, et il se rend compte, alors, qu’Ezekiel a véritablement envie de renouer le lien, le contact, sans faux-semblant. Chaque mot qui va suivre est important, et il s’en fait le récepteur le plus attentif possible. Il hoche la tête quand cela lui semble opportun, pour que l’autre jeune homme soit assuré qu’il l’écoute. Car c’est ce qu’il fait, il écoute. Une personne qui se live ainsi, qui évoque son enfance et ce qui l’a mené jusque-là, on l’écoute.

Leurs familles, les frères de Nathanael, la sœur d’Ezekiel, ils l’avaient déjà abordé dans leurs conversations, avant. C’était survolé, évoqué en surface, et le geek ne s’était jamais figuré comment pouvait être Anya, mais à entendre ce qu’elle a dit à Ezekiel, il est convaincu qu’il ne l’apprécierait pas. Comment peut-on dire cela à son frère ? Même sous le coup de la colère… L’agent ne sait pas s’il peut l’interrompre, alors il n’en fait rien. Il écoute jusqu’au bout. D’autant que c’est maintenant de « ce » SMS dont il est question. Celui à l’origine de tout, peut-être. Le début de la fin.

Sans que Nath’ s’en rende compte, d’ailleurs, il a arrêté d’abîmer le tissu dans ses mains, son attention, autant que son visage, toute tournée en direction du coordinateur. Car les choses se sont inversées d’une manière qu’il n’aurait jamais pu prévoir. C’est lui le roc, sur ce banc, c’est de lui qu’on attend les mots qui pourront permettre à Ezekiel de relever la tête. L’agent ne supporte pas le voir ainsi, et il ne sait pas bien ce qu’il doit dire. Il secoue la tête, et se lance : « Je ne peux pas juger. Tu t’en doutes, je n’ai pas grandi dans le même milieu que toi, je ne sais pas ce que ça fait d’avoir une telle pression sur ses épaules… ça ne devrait pas être possible, pas avant même d’avoir trouvé ta voie. » Il n’est pas là pour faire la morale, mais c’est vrai qu’à entendre son interlocuteur, il ne changerait son enfance pour rien au monde.

« J’aurais aimé que tu m’expliques avant… plutôt que de jouer les fiers, tu aurais pu me dire, le poids de cette défaite, le message de ta sœur… personne n’a le droit de te dire ça. Tout le monde connaît l’échec d’une façon ou d’une autre. Très franchement, je ne compte pas le nombre de fois où je me suis ridiculisé, où je n’ai pas réussi à égaler mes frères… rien qu’en sport, tu n’as pas idée ! » Il a un fin sourire à cette évocation, car il est vrai qu’en comparaison ses frères sont deux jeunes hommes bien mieux bâtis que lui et quand il a suivi leurs traces à l’école publique de Parmanie, autant dire qu’il faisait un peu « tâche » en comparaison : asthmatique, aucune confiance en lui, une timidité qui le bouffait systématiquement dès qu’il devait prendre la parole et un bégaiement qui n’arrangeait rien. Heureusement sur ce dernier point il a bien évolué, grâce à de nombreuses heures passées auprès d’un orthophoniste. Maintenant c’est sous le coup du stress, de la fatigue ou de l’émotion que ça ressurgit, il s’y est fait. « … Moi c’est le vrai Ezekiel que je veux connaître, pas une image fausse de toi. Pas l’idée que tu penses que j’attends. Tu as le droit d’avoir des faiblesses, de mauvaises passes, tu n’es pas une machine. Quand on s’est rencontré, j’ai très vite compris que tu avais du caractère, et qu’on était bien différents. Cette différence est importante, on est comme on est, et la manière dont on a grandi joue beaucoup. Mais… on n’est pas que ça. Tu as le droit de changer, de te construire ta propre vie, par des erreurs, des essais, des changements d’avis. »

Nathanael ne sait pas s’il formule bien les choses, mais il y a un point qu’il compte bien mettre au clair. « Et tu n’as pas à deviner ce que j’attends de toi, l’image que je veux avoir de toi… je-je n’en sais rien moi-même. Nul n’est parfait, et je te préfère imparfait que faux. »


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Mer 25 Avr - 3:01

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Tu aurais pu mieux faire… Si tu ne t’étais pas laissé désarmé par l’échec et si tu n’avais pas courbé l’échine devant la honte, tu aurais pu surmonter les paroles d’Anya sans provoquer autant de ravages sur ton passage. Souvent, tu te surprenais encore à penser que tu étais le moteur de cette douleur destructrice qui avait fait plus de victimes que de rescapés. Qu’importe le nombre de fois où ton psychiatre t’avait rappelé ton humanité et ton impuissance face aux obstacles… La culpabilité qui te rongeait lorsque tu admirais le visage de Nathanael ne voulait pas s’effacer. Tu savais que les choses se seraient déroulées différemment si tu ne l’avais pas éloigné pour vous protéger. Si tu avais eu ses bras en guise de remparts et son cœur pour étancher ta peine, l’enfer n’aurait jamais englouti ta vie de cette manière… Tu l’avais compris avant même que leurs mains ne touchent ton corps et que cette vie ne perde entièrement de sa saveur. Tu le savais depuis toujours, mais tu étais à la fois trop borné et trop con pour le reconnaître.

Et maintenant ? Était-ce trop tard pour espérer trouver ta place près de lui… ?

Le voir ouvrir la bouche te fait serrer les dents imperceptiblement. Tu es terrifié à l’idée d’entendre ses paroles. Nathanael avait été une oreille exemplaire. Il t’avait écouté sans t’interrompre, acquiesçant lorsque c’était nécessaire et sans jamais esquisser l’ombre d’un rictus moqueur… Tu savais donc que tu pouvais avoir une confiance aveugle en lui, mais sa réponse demeurait quand même imprévisible. Après tout, jamais encore tu n’avais parlé de cette épreuve à quelqu’un d’autre que ton psychiatre. C’était nouveau… Et terrorisant.

D’instinct, ton souffle se coupe lorsque les premiers mots s’extirpent de sa gorge. Il ne reprend son court normal que quelques secondes plus tard, lorsque tu comprends enfin qu’il n’y a aucune hostilité dans sa voix et le choix de ses mots… Nathanael ne peut pas comprendre. Lui et toi n’êtes pas nés dans le même monde et tu es reconnaissant à qui de droit qu’il ait été épargné. Malheureusement, cette différence qui vous qualifie l’empêche de se mettre à ta place… Mais cela ne le rend pas idiot pour autant. L’empathie du jeune McKoy était sans doute la première chose qui t’avait charmé lors de votre rencontre à Frimapic… Et cette part de lui continuait encore de te prendre aux tripes aujourd’hui. « J’aurais dû oui… » Abandonnant définitivement l’orgueil derrière-toi, tu admets enfin les fautes dont tu es le coupable. « Je ne savais pas comment réagir autrement… Je ne connais que cette existence-là. J’ignore tout de la vraie vie et de ses obstacles… J’espérais seulement que les gens soient fiers de moi et que je puisse enfin sortir de l’ombre d’Anya. » Soupires-tu doucement. Malgré tout, l’idée d’un Nathanael en cours de sport est suffisamment attendrissante pour qu’un sourire en coin vienne s’installer sur ton visage meurtri. C’est vrai que le binoclard n’est pas impressionnant à voir : il n’a pas la carrure d’un sportif et il n’en a sans doute pas les capacités également… Mais qu’en as-tu à faire ? Même si tu t’imagines sans mal le genre d’homme que doivent être ses frères, tu restes malgré tout convaincu qu’aucun d’eux n’a son charme, sa compréhension ou sa perspicacité.

Ton châtain est beaucoup plus qu’un vulgaire score sur un tableau.

Tu t’apprêtes d’ailleurs à reprendre la parole pour compléter sa réponse lorsqu’il te coupe pour reprendre sa tirade… Et, de toute évidence, tu n’es pas prêt à réaliser ce qu’il a à te dire.

Pour quelqu’un qui a grandi dans le bien paraître et pour qui l’image a plus d’importance que les rêves et les désirs, entendre quelqu’un prononcer de telles paroles paraît presque surréaliste… Tu sais pourtant que Nathanael est sincère. C’est tout lui, ça. Sans t’en rendre compte, tu as détourné tes yeux du Centre Pokémon non loin de vous pour l’observer à nouveau et profiter de ce visage qui t’avait tant manqué. Dire que son monologue t’atteint en plein cœur est un euphémisme. Tu as du mal à croire qu’une telle scène se déroule réellement et que c’est à toi qu’elle est destinée. Pour la première fois de toute ta courte vie, tu as le sentiment déstabilisant que l’on n’attend rien de plus de toi que la vérité. On ne te souhaite ni parfait, ni meilleur que qui que ce soit… La seule chose que l’on désire, c’est que tu cesses de te cacher derrière de faux semblants pour être enfin toi-même.

Ce n’est pas un discours auquel tu es habitué. La gorge serrée par le trop plein d’émotions, tu fixes ce brin d’homme avec étonnement, réalisant encore difficilement le sens de ses mots. Il faut qu’une larme vienne tracer son chemin sur ta joue pour que tu reprennes enfin contenance et que tu cesses de le fixer bêtement. Virant du revers de la main ce traitre à ta faiblesse, tu prends une grande inspiration avant de détourner légèrement le regard pour ne plus confronter celui de Nathanael. Tu n’étais pas prêt à un tel revirement… Tu étais prêt à accuser le coup de sa colère et de sa haine, mais l’objet de tes sentiments n’est pas ce genre de personne. Tu ne sais trop si tu dois le remercier ou te taire… Y a-t-il des paroles justes que tu dois lui offrir en réponse ? Entrouvrant légèrement la bouche, tu t’arrêtes néanmoins pour déposer tes doigts sur la cicatrice à ton poignet. Relevant légèrement la manche de ton manteau, tu baisses légèrement pour regarder la ligne encore rosée qui témoigne de ta lâcheté.

Pendant des semaines, tu avais répété que tu n’hésiterais pas à retenter le grand saut dès que l’occasion se présenterait… Tu t’étais convaincu que cette vie injuste n’avait plus rien à t’offrir, mais ce n’était qu’un vulgaire mensonge. Depuis le premier jour, tu t’étais laissé engloutir par le malheur sans même chercher à te battre… Et si l’enfer t’avait fermé ses portes, c’est qu’il y avait encore quelque chose pour toi sur terre. Non ? Noah t’avait donné le pouvoir d’y croire. Sans lui, tu ne serais pas ici… Tu ne serais pas auprès de lui. Auprès de ce binoclard pour lequel ton cœur semblait vouloir battre. « Je suis désolé pour tout ce que j’ai fait… » Murmures-tu en fixant toujours ton poignet. Ces excuses ne lui sont pas uniquement destiné : au travers lui, c’est aussi à toi-même que tu demandes pardon. « Tu sais, je ne suis même pas certain de savoir exactement ce qui se cache derrière ce véritable Ezekiel… » Tu t’es perdu depuis beaucoup trop longtemps pour pouvoir prétendre le connaître. Pour toi aussi, il n’est que pur inconnu. Cette façade créée pour te protéger l’a étouffé pendant près de quinze ans… Alors qu’en reste-t-il ? Abandonnant la contemplation de ton poignet, tu ramènes ton regard bercé de larmes vers ton vis-à-vis. « Mais si tu souhaites vraiment le connaître… Je serais vraiment très heureux de t’avoir à mes côtés pour le découvrir. » Gêné par tes propres paroles, ta voix n’est qu’un murmure incertain qui espère être entendue sans toutefois oser s’exprimer franchement.

Tout est à refaire… Tu le sais bien. Tu n’es que l’ombre d’un homme, d’un être humain. Tu as peut-être remué ciel et terre pour retrouver le goût de vivre, mais le combat n’est pas terminé. Ce sont quinze années de certitudes qui s’effondrent sans laisser de traces… Et si tu n’y gagnais rien finalement ? Balayant ces pensées du revers de la main, tu te fais violence pour ne pas pousser plus loin cette sinistre prédiction.

Après cet enfer sans nom, rien ne peut plus être pire…



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Agent Kantô

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Lun 7 Mai - 0:30
Nathanael ne réalise même pas qu’il parle beaucoup. Sans doute trop. En vérité, rien dans ce qu’il dit n’est calculé. Il n’a rien préparé en venant ici, en vérité il n’avait aucune idée de ce qui pouvait bien l’attendre, en retrouvant Ezekiel en face à face. Et maintenant qu’il le vit… il n’est qu’une boule d’émotion. Il écoute, il assimile, et il renvoie la même naïveté, certainement, qui est la sienne. Il n’a pas de filtre, et il essaie de traduire ce qu’il pense, avec les meilleurs mots possibles. Il est conscient qu’ils ne pourront pas retourner dans le passé, faire comme si rien ne s’était passé, comme si Ezekiel ne s’était pas enfermé dans une bulle au point de s’isoler, de rompre les ponts et de laisser Nathanael seul face à ses interrogations et son incompréhension.

Non. S’ils veulent avoir une histoire, à deux, cela en fera forcément parti. Le McKoy ne le réalise pas ainsi, c’est certain, trop pris dans l’instant, mais il fait de son mieux pour être entendu du Kalosien. Que ce dernier comprenne que oui, il lui a fait du mal, que oui, il a difficilement vécu cette période, mais qu’en même temps, il lui est reconnaissant d’avoir fait le premier pas pour qu’ils puissent s’expliquer. Pour que Nathanael puisse comprendre. Même si ça relève de l’intime, d’une perception de la vie et des exigences d’une famille que le Parmanien ne connaît pas. Bien sûr qu’il y a un peu de reproches dans la voix du geek, car il aurait aimé qu’on lui laisse le choix, qu’on lui permette d’être là, même à distance, pour aider son ami (? petit-ami ? … il n’est pas bien doué pour les étiquettes, d’autant que c’est la première fois), pour l’accompagner et le soutenir quand ça n’allait pas.

Nathanael fait de son mieux pour assimiler les informations qu’Ezekiel a pu lui donner, et il lui répond avec un entrain des plus sincères. Il veut… il veut faire passer son ressenti autant que le fait que le coordinateur n’est pas seul. Même s’il l’a blessé, même s’il n’attendait rien de cette journée, en vérité, le jeune geek reste incapable de se fermer à l’encontre du Fitzgerald et de lui tourner le dos. Non, bien sûr que non. L’apparence autant que l’attitude de l’autre jeune homme lui provoquent bien trop d’inquiétude pour qu’il puisse être indifférent, et qu’il se laisse simplement ronger par la colère. Le McKoy, c’est une boule d’empathie qui se lit comme un livre ouvert. Sans doute est-ce pour cela qu’il n’est réellement doué qu’à travers un écran, au moins, là, rien ne reflète ses émotions. Il ne sait pas s’il vise juste avec ses mots, mais il est clair qu’il fait de son mieux pour qu’Ezekiel ressente son soutien.

Apparemment… ça marche. Il voit le Kalosien tourner finalement la tête dans sa direction et le détailler avec attention. Ses joues rosissent quelque peu, mais il ne s’arrête pas pour autant, bien déterminé à aller au bout de sa pensée. Et lorsqu’il s’arrête de parler, il y a un moment d’une intensité pure, entre les deux jeunes hommes. Nathanael est incapable de détourner le regard et fixe les prunelles claires rivées sur lui. Il croit y lire de nombreuses émotions, et ne s’attend pas à ce qu’une larme, finalement, coule le long de la joue d’Ezekiel. « Ezekiel ? Je… je suis me suis laissé emporter, je... »

Il n’arrive pas bien à savoir pourquoi cette larme que déjà celle-ci est rapidement essuyée. Ezekiel tourne finalement la tête, et une nouvelle inquiétude s’élève dans l’esprit du jeune agent. Peut-être a-t-il dépassé les limites ? Son vis-à-vis s’est livré intimement, mais ce n’était peu être pas la porte ouverte à d’aussi grandes déclarations ? Qui est-il pour se lancer dans de telles tirades ? Lui qui n’est qu’erreurs et hésitations. L’entrain du McKoy s’effrite quelque peu, mais il n’a pas le temps de s’en questionner car son cœur manque un battement, en suivant du regard les mouvements du coordinateur, jusqu’à apercevoir… une cicatrice au poignet qu’Ezekiel semble observer dans une profonde réflexion.

« Qu’est-ce… ? » L’émotion, sous toute ses formes, est trop forte pour Nathanael, au point qu’il a du mal à finir ses phrases. Il ne sait pas bien où se positionner, mais l’inquiétude le reprend de plein fouet. Il n’est pas expert, mais cette trace rose, bien trop nette… cela laisse assez peu de doute. Il n’ose pas aller plus loin cependant, et écoute les mots qui s’écoulent avec parcimonie, à ses côtés. Des excuses. Des excuses qui font trembler Nathanael. Lui, il était en colère. Bêtement. Mais jamais il n’avait imaginé que l’état de celui à qui il en voulait pouvait être aussi grave. Non, il était égoïste, sans doute. Car il ne savait rien. Il n’avait pas compris. Il ne pouvait pas comprendre.

Il prend une grande respiration alors qu’Ezekiel formule clairement ce qui ressemble à une proposition pour un nouveau départ. Nathanael ose à peine lever les yeux, et lorsqu’il le fait c’est pour voir à quel point le coordinateur est lui-même dépassé par tout ce qui se joue entre eux, sur ce banc. Il a les yeux noyés de larmes, et Nathanael sent qu’il va en être de même de son côté d’ici une poignée de secondes. Il ne sait pas quoi répondre tant son ressenti est confus. Ce qui est certain c’est que la colère s’est dissipée, laissant place à un espoir et une reconnaissance.

Alors, il essaie de calmer sa respiration, avant de poser sa main, sans un mot, sur celle d’Ezekiel. Il glisse ses doigts pour les mêler aux siens, et finit par murmurer : « Tu… tu peux compter sur moi. Je serai à tes côtés, et je compte bien en découvrir d’avantage sur cet Ezekiel. J’aime déjà beaucoup celui qui est à mes côtés, en cet instant. »

Quelques larmes finissent par couler sur ses propres joues, mais ça ne l’empêche pas d’ajouter : « Je pense qu’il ne m’a pas tout dit. » Inconsciemment, il a les yeux qui glissent sur la cicatrice au poignet. « Mais ce n’est pas grave, je suis déjà content d’en savoir plus, et de comprendre… ne sautons pas les étapes. »

A nouveau, Nath a l’impression d’avoir un pouvoir fou entre les mains, dont il a à peine conscience. L’homme à côté de lui repose sur son bon vouloir, sur ses décisions, il lui accorde sa confiance et… sans doute bien plus. Les sentiments ressentis au fil des mois pour le Kalosien remontent à la surface, plus fort que jamais, et sans s’en rendre forcément compte, il serre d’autant plus fort la main dans la sienne. « Si… si on recommence, pour un nouveau départ. S’il te plaît… sois honnête avec moi, d’accord ? »

Parce qu’il n’y connaît rien à tout ça, parce qu’Ezekiel est le premier à qui il donne ainsi son cœur, il ne veut pas être à nouveau blessé. Il ne veut pas avoir la sensation d’être le gentil naïf que l’on peut manipuler à loisir. Il a besoin d’être rassuré.


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Ven 11 Mai - 2:21

L'être faible, qui attend malgré tout.




Tu n’avais jamais été un fragile. L’idée de montrer tes faiblesses et les innombrables fissures qui ornaient ta carapace te répugnait avec tant de force que tu avais tout fait pour enjoliver la chose à l’extrême. Tu ne voulais connaître ni les larmes, ni les doutes et tu étais prêt à faire l’impossible pour dissimuler au monde entier le lâche qui se cachait derrière les paroles acerbes et le venin craché. Pendant des années, tu n’avais jamais baissé la tête devant qui que ce soit.

Malheureusement, tu avais finalement été frappé de plein fouet par la réalité… Sans considération pour le monde dans lequel tu avais grandi et les exigences qui étaient les siennes, elle t’avait confronté au mur de la honte sans la moindre pitié. Et voilà jusqu’où son sadisme vous avait menés. Tu aurais aimé être à la hauteur de Nathanael… Son apparition soudaine dans ta vie avait été un cadeau d’une valeur inestimable et tu n’avais pas été capable de l’apprécier à sa juste valeur. Tu l’avais pris pour acquis, exigeant sa présence lorsque tu en ressentais le besoin et te dispensant de lui dès que la situation t’échappait… Mais qui étais-tu pour agir ainsi ? À quel point croyais-tu être une personne importante pour te jouer d’un être vivant ? Tu aurais aimé trouver les mots pour lui demander pardon, mais les faibles excuses qui s’échappaient douloureusement de ta gorge ne rendaient pas justice aux remords qui te grugeaient. Nathanael, dans toute sa splendeur, méritait tellement mieux que ça… Tu aurais dû t’effacer et espérer qu’il finisse par oublier ce quelque chose qui vous avait uni. Ça aurait été le geste le plus humain que tu n’aies jamais fais. Oui, sauf que tu avais désespérément besoin de lui.

Cette fois, c’était à lui que revenait la décision finale. Tu le lui devais bien… Après avoir égoïstement fait pour vous deux des choix sur lesquels il n’avait aucune emprise, tu désirais cette fois qu’il ait le dernier mot. Toutes les pièces du puzzle, ou presque, étaient dorénavant bien en évidence sous ses yeux. Il savait tout, il n’avait plus qu’à décider… Ton avenir reposait entre ses mains. Tu ne lui en voudrais pas s’il faisait le choix de tourner la page sur votre histoire. Après tout, tout le monde n’avait pas les épaules et la volonté de jongler avec des problèmes comme les tiens. À bien y repenser, Eden et Noah étaient des exceptions qui ne connaissaient aucun autre semblable dans l’univers… Ils étaient apparus dans ta vie pour soutenir une part de ton fardeau sur leurs épaules et ce n’était pas quelque chose que tu pouvais imposer à qui que ce soit. Tu ne méritais pas que l’on se batte pour toi… Nathanael était extraordinaire, mais il n’était par surhumain. Tu respecterais sa décision quelle qu’elle soit.

Au moment de fixer la ligne rosée à ton poignet, tu sais que ses yeux suivent les tiens. Ce n’était pas l’objectif… Seulement, tu ne peux oublier. Tu ne peux pas faire comme si rien n’était arrivé, comme si tu n’avais pas espéré mettre un terme à ton histoire… Les lignes qui s’écrivaient pour toi n’étaient pas glorieuses et tu ne voulais plus connaître les mots que l’avenir te réservais. Tu étais fatigué de souffrir et de garder secret ce mal être qui ne s’effaçait plus. Ce geste, dans tout son égoïsme et sa splendeur, faisait partie de toi. Il t’avait façonné de ses mains, soufflant loin de ta carcasse les cendres du monstre que tu avais été. Tu savais que tu devrais expliquer à Nathanael les événements qui t’avaient mené jusqu’ici… Tu ne pouvais plus garder pour toi seul l’horreur de cette nuit qui t’avais incité à commettre l’irréparable. Ce n’était plus possible. Combien de temps comptais-tu laisser leurs mains haineuses hanter tes nuits déjà bien trop courtes ?

Regarder Nathanael alors que tes yeux habituellement si fiers sont bercés par les sanglots est une épreuve. Jamais encore tu n’avais pleuré devant qui que ce soit… Que ce soit par orgueil, fierté ou vanité, tu t’étais promis qu’on ne te verrait jamais verser de larmes. Mais les règles que tu t’étais imposé par le passé n’avaient plus de place dans cette existence. Tu voulais être franc avec lui et cela t’engageait à abandonner la carapace qui vous avait tenu éloignés… Ainsi, lorsque ses doigts viennent s’entrelacer aux tiens, tu as du mal à masquer ta surprise. Sentir le contact de ta peau contre la sienne te ramènes des mois en arrière, au jour de cette rencontre qui allait tout bouleverser. Sentant ton cœur s’apaiser, tes lèvres s’ourlent d’un sourire en coin qui trahi sans honte le soulagement qui naît de ce geste en apparence anodin. Tu ne saurais lui être plus reconnaissant qu’à cet instant. « Merci… » Y a-t-il autre chose à dire ? Les mots te semblent soudain superflus. Nathanael te fait le cadeau d’un pardon que tu ne croyais pas mériter et tu ne penses pas que combler le silence de paroles creuses pourra davantage exprimer ta reconnaissance qu’en le remerciant tout simplement. Les gestes portent beaucoup plus loin que les paroles et tu as fini par en prendre conscience… À trop vouloir bien paraître, tu avais perdu de vue l’importance des tes actions.

Le cœur battant, tu regardes les larmes silencieuses qui glissent le long des ses joues alors que ses yeux se posent à nouveau sur ton poignet. Instinctivement, tes doigts saisissent la manche de ton manteau pour recouvrir la cicatrice rosée, mais tu sais que c’est inutile. Il l’a déjà vu, tu en es conscient, alors qu’essaies-tu de sauver ? Le maelström de sentiments qui fait rage en toi n’est pas de ceux que l’on peut contrôler ou comprendre. C’est la honte, le soulagement, la tristesse, l’espoir, la colère, la reconnaissance… C’est trop pour un seul homme. « Promis, je ne te cacherai plus rien… J’ai bien appris ma leçon. Tu mérites mieux que ça… » Tu ne voulais pas prendre le risque de le perdre une fois de plus par orgueil. Tu ne savais pas ce que l’avenir vous réservait ni quel genre d’homme tu deviendrais, mais il n’y avait plus de place pour la fierté aveugle qui avait ravager sans la moindre pitié ta vie et la sienne. À partir d’aujourd’hui, tu serais entièrement transparent avec Nathanael… Par respect, oui, mais surtout par amour.

Glissant ta main sur sa joue, tu passes naturellement ton pouce sous son œil afin d’essuyer les larmes qui ont fait leur chemin sur sa peau. Sentir à nouveau cette proximité entre vous te fait un bien fou dont tu n’avais même pas supposé l’existence. Ces sentiments dont il était l’objet étaient bien plus forts que tu ne l’avais imaginé… Tu n’avais jamais connu un tel attachement pour quelqu’un et tu ne savais pas comment réagir en adéquation avec celui-ci. C’était nouveau, un peu effrayant, mais tu étais vraiment prêt cette fois. Sans accorder d’attention aux regards qui pourraient vous observer, vous juger ou vous maudire, tu attires légèrement le McKoy contre toi pour l’entourer de tes bras et l’enlacer délicatement. Tu as besoin de cette proximité, de cette certitude un peu stupide qu’il ne disparaîtra pas, qu’il est vraiment là et que ce n’est pas qu’un rêve cruel. Déposant tes lèvres sur le haut de son crâne, tu prends une grande inspiration.

« Tu as raison, je ne t’ai pas tout dit… » Soupires-tu en fixant le banc. Le bon moment n’existe pas… Si tu ne le fais pas maintenant, quand trouveras-tu le courage de briser le silence et de te confier ? Nathanael est la seule personne à qui tu peux raconter ton enfer. Si vous voulez construire quelque chose de solide, alors tu dois faire un effort. Même si c’est difficile, même si ça te fait mal d’y repenser et même si mettre tes mots sur ces événements est un supplice. « Il n’y a pas eu que ma famille… Il y a eu autre chose aussi. » Sans t’en rendre compte, tu resserres légèrement ton étreinte autour ses épaules alors que tu creuses en toi pour trouver le courage nécessaire pour surmonter cette épreuve.



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Agent Kantô

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Dim 24 Juin - 23:37
Nathanael a l’impression d’être plongé dans une bulle, hors du temps et de l’espace, tout concentré qu’il est en direction d’Ezekiel. C’est à croire qu’à lui seul le jeune homme aux cheveux bleus aspire tout l’espace vital du McKoy, et ce, dans le bon sens du terme. Car le jeune agent avait besoin de ça. Lui qui a si vainement essayé de se convaincre qu’il pourrait surmonter cette épreuve, mettre le coordinateur définitivement derrière lui, c’est à cet instant, à ses côtés, qu’il se rend bien compte que ce n’était que du vent. Il a tout autant besoin d’Ezekiel que ce dernier a besoin de lui. C’est… c’est comme ça. Leur rencontre, les échanges qui ont suivi, l’admiration – peut-être naïve et faussée – de Nathanael envers l’autre jeune homme, autant de sentiments qu’il n’avait pas senti jusque-là. Même la douleur de la distance et de l’absence, c’est à croire qu’il avait besoin de ça, aussi, pour mûrir.

Pour être celui qu’il est, désormais. Prêt à écouter, à soutenir et à partager le fardeau d’une vie tellement différente de la sienne, mais tellement injuste. Une enfance qu’il n’échangerait pour rien du tout. Sans doute n’a-t-il pas vécu dans les dorures, mais il sait qu’aucun de ses frères n’auraient tenu de tels propos à son égard, uniquement pour le rabaisser. Non. Chez les McKoy, quand quelqu’un va mal, on lui tend le bras, on lui prépare un bon plat, on lui lance une blague et un sourire… on ne le regarde pas se noyer sans rien faire. C’est vraiment cette sensation qu’il a, des quelques échos qu’il a pu avoir de la famille Fitzgerald par Ezekiel, et ce qu’il lui apprend désormais. Il se sent mal pour lui. Au fond, il aimerait pouvoir le rassurer, lui faire comprendre que toute les familles ne sont pas ainsi. Alors il veut jouer les confidents forts et de bon conseil.

Mais il ne sait pas tout et la fragilité de son interlocuteur, en cet instant, le déstabilise au plus haut point. Les larmes d’Ezekiel. Les mots qui passent difficilement les lèvres d’Ezekiel. La fragilité d’Ezekiel et ce poids dont il essaie, petit à petit, de se libérer. Tout en serrant fort sa main dans celle du Kalosien, Nathanael sait que c’est trop tard, désormais. Il est tombé – à nouveau ? - dans ses filets. Qu’il n’a pas envie de le lâcher. Qu’il veut. Qu’il espère déjà une histoire plus belle et plus forte encore. Il y croit, même s’il sait que les obstacles sont nombreux, que leurs vies sont dans deux régions différentes jusque-là et que leurs mondes n’ont rien de semblables… ce n’est pas grave.

« Je te fais confiance, je ne te lâcherai pas. » C’est une deuxième chance. Sans doute ne le sait-il pas, mais c’est peut-être la dernière aussi ? Son cœur si ignorant de l’amour pourrait-il se relever d’un autre abandon ? … Mais il doit ignorer cette petite voix qui ne cherche qu’à l’inquiéter, qui veut le rendre méfiant et le faire douter. Jamais il n’a vu une telle sincérité dans l’attitude autant que dans les mots du bleu, et il ne veut que l’écouter. A nouveau, il sent poindre cette fascination qu’il avait déjà ressenti à Frimapic. Par derrière les larmes brille une lueur d’admiration. Non plus envers la confiance et la détermination d’Ezekiel, mais envers sa franchise et son pardon. Parce que oui, cette fois-ci c’est bien ainsi qu’il se présente à lui. Il a un petit frisson surpris en voyant la main du coordinateur se lever, jusqu’à se poser sur sa joue qui chauffe légèrement à ce contact. Ce mouvement du pouce qui essuie ses larmes lui bloque la respiration l’espace d’un instant, l’intimité du geste le ramène à bien loin en arrière, et il a l’impression d’être une petite adolescente face à son crush.

Il ne sait pas quoi dire, alors il ne dit rien et sent simplement son visage s’enflammer alors que les bras du Fitzgerald l’enlacent soudainement. Cela se fait le plus simplement du monde, et il se rend compte qu’il se moque des regards, qu’il peut se passer n’importe quoi autour d’eux, il n’en aura rien à faire. Ce qui compte, ce n’est que l’émotion qu’il sent monter en lui et le baiser déposé furtivement sur ses cheveux. Comment pourrait-il dire non à Ezekiel en cet instant ? Comment pourrait-il le repousser et ne pas l’écouter ? Impossible. C’est comme si brusquement tout les nœuds qu’il avait fait pour ligoter les souvenirs d’eux, les messages échangés, les appels et cette voix si caractéristique, se défaisaient un à un, pour se libérer en un flot continu. Certainement que son visage doit être rouge d’émotion mais il n’en a rien à faire, il a l’impression de se liquéfier. Il murmure un timide : « Ezekiel... »

Il ne sait pas s’il a été entendu, mais la voix du Kalosien reprend de plus belle, sans masquer un certain trouble. Le geek se fige un instant, attendant la suite. Il sait, il sent que c’est important. Tout dans cette rencontre est important. Comme pour faire comprendre qu’il est à l’écoute, qu’il l’encourage, il se met à caresser doucement le dos de l’autre jeune homme avec sa main. Il sent d’ailleurs l’étreinte se faire plus forte et plonge son visage dans le creux du cou d’Ezekiel pour y prendre une inspiration et sentir son odeur. C’est quelque chose qu’il fait sans même le réaliser, ça aussi, il en a besoin. Il souffle ensuite, à mi-voix : « Tu peux tout me dire. »

Et même si cela l’effraie un peu, Nathanael se rend compte que c’est parfaitement vrai. Il a le sentiment que tant qu’ils sont là, ensemble, tous les deux, il peut tout entendre.


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Retraité

C-GEAR
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Jeu 26 Juil - 6:30

L'être faible, qui attend malgré tout.




« Je te fais confiance. » Ces mots résonnent minute après minute en toi comme une promesse à ne pas trahir. Es-tu vraiment quelqu’un en qui l’on peut placer sa confiance ? Tu avais répandu sur ton passage tellement de haine et de larmes que tu ne parvenais pas à te réjouir de ses paroles… Certes, tu étais heureux qu’il t’accepte à nouveau dans sa vie, mais la crainte omniprésente de lui faire mal une deuxième fois t’empêchait de profiter de cette preuve d’amour exceptionnelle… Il te faudra sans doute du temps pour te pardonner à toi-même l’horreur que tu lui avais fait connaître. Même si, à son contact, tu tentes de te convaincre que cette histoire appartient au passé, tu sais que ce n’est que du vent… Rebâtir quelque chose de solide et de sincère avec Nathanael sera long et fastidieux.

Mais le jeu en vaut la chandelle.

Le sentir si près de toi te ramène des mois en arrière, juste avant que ta vie ne bascule et que l’enfer s’ouvre sous tes pieds. Tu te revois, prêt à tout pour l’impressionner alors que tu n’avais rien de bon à lui offrir… La scène ne date que de quelques mois mais, elle te parait déjà si lointaine qu’une décennie aurait pu s’égrainer sans que tu n’y voies de différence. Tu t’en voulais énormément. Ta psychologue pouvait toujours te répéter des dizaines de fois que porter sur tes frêles épaules tout le poids de ton fardeau ne te rendrait pas plus heureux, cela ne changeait pas le sentiment de culpabilité qui te rongeait au contact de la pureté de Nathanael. Comment avais-tu pu atteindre de tels bas-fonds ? Comment avais-tu pu jouer aussi égoïstement avec les sentiments de quelqu’un d’aussi authentique et sincère ? Souvent, tu te surprenais à penser que tu avais mérité ce qui t’était arrivé. Le karma avait abattu ses cartes et tu avais perdu contre lui.

Tu savais malgré tout qu’il fallait parler. Tu ne pouvais pas espérer bâtir une relation solide si les bases de votre amour étaient déjà parsemées de secrets… Les jours ainsi que les semaines à venir seraient sans doute difficiles et Nathanael méritait de savoir pourquoi. C’était non seulement pour toi, mais surtout pour vous que tu cherchais au plus profond de toi le courage de briser le mur du silence. Tu l’aimais… Et tu ne voulais pas laisser les fantômes du passé briser ce que vous tentiez de construire.

« Je ne sais pas par où commencer… » Tu sais qu’il est de tout cœur avec toi… Mais même si le contact de ses doigts caressant ton dos t’insuffle le courage nécessaire pour dénoncer le crime dont tu as été victime, tu ignores malgré tout de quelle manière tu es censé aborder le sujet. Tu es effrayé. À côté de ce que tu t’apprêtes à lui annoncer, la trahison d’Anya te semble ridiculement facile à encaisser… Est-il prêt à entendre ton histoire ? Tu sais que tu ne peux pas lui laisser le souvenir d’une cicatrice à ton poignet sans lui en expliquer l’origine… Tu n’as pas le droit de le priver de la vérité. Pas après tout ce que vous avez vécu ensemble. « C’est difficile, je n’en ai encore jamais parlé à qui que ce soit… » Ni Eden, ni Noah ne connaissent les raisons pour lesquelles ils t’ont rencontré sur ce lit d’hôpital ce jour-là. Ils savent que tu as tenté de t’enlever la vie, mais les jours précédents cette horrible nuit ont été méticuleusement scellés sous silence… Après tout, un homme, ça ne peut pas vivre ça, non ?

Tu pouvais toujours te mentir à toi-même, mais ton cœur hurlait contre cette injustice. Contre cette image surfaite de l’homme fier et invincible. Naître avec cette anatomie t’avait privé du droit de parler et d’être faible…

« C’est arrivé il y a quelques mois… » Tu ne sais pas combien précisément. Tu tentes d’effacer ce souvenir de ta mémoire depuis tellement de jours que la notion du temps s’est effacée… Sans Eden et Noah, tu aurais sans doute déjà perdu la tête. « Après notre rencontre au Mont Couronné, j’ai commencé à boire davantage… » Ça aussi, c’est la première fois que tu l’admets de vive-voix. Tu sais que ton rapport à l’alcool prend doucement le contrôle de ta vie, mais, jusqu’à présent, tu avais toujours refusé d’admettre que ta consommation était problématique… À quel point redevenir maître de ta propre existence sera-t-il difficile ? Depuis des mois, tu te noyais sans te débattre. Depuis le temps, tu t’étais bien enfoncé dans l’océan de noirceur qui engloutissait ton quotidien et nager pour rejoindre à nouveau la surface promettait d’être pénible. Avais-tu la force pour mener à terme un tel combat ? « J’ai commencé à fréquenter les bars plus souvent… Et un soir, j’ai rencontré quelqu’un… » Incapable de taire la culpabilité qui te dévore, tu entends ta voix se briser au moment de terminer ta phrase. D’instinct, tes doigts se crispent sur le vêtement de Nathanael alors que tes lèvres se pincent craintivement. Tu aurais aimé ne pas lui en parler… Mais tu avais besoin de le mettre en contexte. Tu ne pouvais pas lui raconter ton cauchemar sans lui expliquer précisément ce qui c’était passé.

« Je pensais vraiment avoir été discret, tu sais… Mais ça n’a pas été suffisant. Trois hommes m’attendaient lorsque j’ai quitté l’hôtel… » Sitôt, ta respiration se fait plus courte et saccadée. Dans ta tête, les souvenirs de leur sourire carnassier et de la sensation de leurs mains sur ton corps sont encore frais. C’est trop récent. Tu n’as pas encore la force pour être confronté à une telle blessure encore sanguinolente… Tu as l’impression d’étouffer, d’être englouti par le dégoût et par la honte. Tu aurais pu les empêcher. Tu aurais pu te débattre davantage, crier à l’aide, te défendre… Pourquoi les as-tu laisser faire ? Pourquoi… ? Ton souffle irrégulier se perd dans la chevelure de Nathanael et, sitôt, le manque d’air te force à éloigner le jeune McKoy de toi. Tu n’étais pas prêt… C’était comme une évidence. Mais pouvait-on vraiment être préparé à revivre l’enfer ? Déposant tes coudes sur tes genoux, tu t’empresses d’enfouir ton visage dans tes mains afin de masquer ton trouble et les larmes qui coulent désormais sans la moindre modération. Les mots s’étranglent dans ta gorge. Tu suffoques. « Ils m’ont suivi jusqu’à une ruelle et ils ont commencé à m’insulter… Je pensais que je pouvais gérer la situation, mais ils m’ont forcé à m’agenouiller et là… » Tu ne peux plus aller plus loin. Tu es incapable de terminer ton récit. C’est déjà trop. Tu entends encore le son de sa braguette au moment où tu les supplies d’arrêter… Tu ne veux pas revivre ça.

En panique, tu sens tes doigts se refermer brusquement sur ta chevelure bleue alors que tu secoues incessamment la tête. « Je… Je ne sais pas pourquoi ils ont fait ça ! Je te promets que ce n’était pas ce que je voulais… » Murmures-tu. Ce n’était pas ton désir… Tu n’avais jamais demandé à connaître ça. Tu avais toujours été frivole, mais cette nuit-là n’avait rien à voir avec les précédentes.



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Agent Kantô

C-GEAR
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Jeu 26 Juil - 10:48
En règle générale, c’est toujours plus facile d’être celui qui écoute que celui qui se confie. C’est plus facile d’avoir des mots d’encouragement, de se dire prêt à tout entendre, de se croire prêt à tout entendre et à même de réagir de façon adéquate face à tout ce qui pourra être dit. Nathanael n’est pas du genre à surévaluer ses compétences et pourtant, le visage niché dans le cou du coordinateur, il le croit sincèrement. Il sait, bien sûr, que ce ne sera pas une conversation évidente. Il sait qu’il va faillir à un moment ou un autre. Il aurait pu s’agir d’Ezekiel ou de n’importe qui d’autre, une tentative de suicide – car il n’est pas dupe, c’est aussi de ça dont il est question, au final – c’est quelque chose de difficile à entendre, à comprendre aussi, parfois. Rien ne l’a préparé à ça. Mais il croit, bêtement, qu’il saura faire face. Il a envie d’y croire et tous les mots qu’il déclare avec certitude, il les croit. D’autant plus parce qu’il s’agit d’Ezekiel, et il sait qu’il y a un avenir pour eux. Maintenant, il en est convaincu. Si l’homme en question parvient à se livrer, à sortir de sa coquille et à réclamer ainsi de le voir… il y a plus qu’un espoir. Il y a là une réalité.

C’est ce que son cœur de petit naïf veut croire. Son cœur qui bat à mille à l’heure sous le poids de toutes les émotions mélangées depuis que son regard a croisé celui d’Ezekiel, depuis que son corps peut maintenant toucher celui du Kalosien. Sans arrêter la douce caresse de ses doigts dans celui de l’autre jeune homme, Nathanael l’encourage. Il sait que ce que ce dernier porte en lui, ce qu’il veut lui dire, est compliqué et douloureux, sans doute. Cela se voit à la posture qui se crispe, entre ses bras. Nathanael ne dit pas un mot, de crainte que le courage d’Ezekiel disparaisse, il se contente de poursuivre le mouvement de ses doigts, toujours enfoui dans le creux de son cou.

Lorsque les mots résonnent, petit à petit, c’est au tour du McKoy de se crisper un peu. C’est inconscient, mais rien qu’évoquer le Mont Couronné le ramène dans un temps qu’il préférerait oublier. Le Ciel Noir, leur séparation, ce qui a suivi ensuite. Dans l’histoire, il s’est toujours placé en victime (qui peut lui reprocher ?), il s’est beaucoup questionné, il s’est demandé pour quelle raison Ezekiel était ainsi parti, il a tenté de renouer le contact en vain, mais il n’a jamais songé à ce que ce dernier pouvait vivre, de son côté. Même s’il n’y est pour rien, en entendant le Kalosien évoquer l’alcool, il s’en veut… il ne sait pas tout, mais il s’en veut déjà. C’est absurde. Il ne lui viendrait pas une seule seconde de juger. Il regrette simplement de ne pas avoir été présent. Il regrette d’avoir été mis à l’écart. C’est ce qui suit qui lui fait plus mal. Il ne veut rien en montrer, il sent bien sûr le mouvement d’Ezekiel qui serre ses habits, craignant sans doute qu’à l’entendre l’agent veuille s’en aller… non, ça ne marchera pas ainsi. Il n’empêche qu’une douleur sourde s’installe malgré tout dans le cœur du jeune geek à l’évocation de fréquentations nocturnes. Il n’en dira rien mais la carresse de ses doigts s’arrête, sans qu’il le réalise vraiment. Ce n’est pas le moment, ce n’est pas le sujet. Mais… cela fait remonter des craintes en lui. Est-ce à cause de la distance ou de son inexpérience qu’Ezekiel a fait ce choix, alors ? Il faudra qu’ils en parlent, sûrement, mais Nathanael secoue imperceptiblement la tête, c’est le passé. La voix brisée d’Ezekiel prouve déjà qu’il s’en veut, qu’il sait que le Parmanien ne peut pas être ravi d’entendre ça. Mais il l’écoute quand même.

La suite est clairement plus dure à entendre et déjà Nathanael se tend à nouveau, pour une toute autre raison. Il sait que c’est trop tard, mais un léger affolement le prend, à écouter le récit. Les mots et la respiration difficiles du conteur lui font craindre bien des choses, mais il ne peut qu’attendre, écouter jusqu’au bout. Il sent Ezekiel qui se recule légèrement et l’espace d’à peine une seconde, leurs visages se font face, jusqu’à ce que le coordinateur s’affaisse, la tête baissée, enfouie dans ses mains. Le geek reste un instant interdit, une sensation de froid s’abat sur lui alors qu’il n’est plus en contact avec son vis-à-vis. Il ne sait pas ce qui va suivre… Il n’a jamais vu personne dans un tel état, tout dans l’attitude d’Ezekiel traduit sa souffrance et un poids qu’il porte seul depuis trop longtemps, déjà.

Pour Nathanael, une sensation de douche glacée, de colère et de souffrance, aussi. Il ne peut s’empêcher d’imaginer, Ezekiel au sol, ces hommes… ces hommes. Il n’a jamais été du genre violent, mais là, il voudrait… il voudrait qu’ils soient morts, oui. Il voudrait qu’ils souffrent mille tourments avant. Comment peut-on faire ça ? Et pourquoi ? Simplement face à une personne différente ? Si ça les dérange, qu’ils détournent la tête, qu’ils passent leur chemin ! Mais non. La nature humaine est ainsi faite qu’elle aime bien souvent s’en prendre gratuitement à autrui.

Ce qui lui fait d’autant plus mal, c’est d’entendre Ezekiel jurer qu’il n’y est pour rien. Comme si… comme s’il pensait que Nathanael pouvait en douter. Ledit Nathanael qui ne se rend pas compte des larmes, nombreuses, qui coulent désormais de ses joues. Sa respiration est forte, il essaie de calmer la rage qui l’habite et cette tristesse mêlée.

Alors il tend le bras vers la main refermée sur les cheveux bleus d’Ezekiel. Ces cheveux qui l’ont si souvent fasciné. D’un geste ferme, il emprisonne cette main dans la sienne et l’écarte doucement. De l’autre main, il le force à relever la tête. Jusque-là, il n’a encore rien dit. Les yeux voilés de larmes, semblables à ceux qui l’observent, il se penche vers le coordinateur et l’embrasse. Un baiser chaste et rempli de tristesse, de soutien aussi. Il laisse leurs fronts reposer l’un contre l’autre et murmure : « Bien sûr que je te crois, n’en doute pas une seconde. » Sa main qui tient toujours celle d’Ezekiel s’entrelace dans la sienne et il ajoute : « C’est injuste. Des gens… des gens comme ça, c’est horrible. Personne n’a le droit de faire ça. Je.. je suis tellement désolé pour toi Ezekiel. » Les larmes coulent à nouveau de ses yeux, plus fortes encore. « T-tu as subi ça. Tu l’as g-gardé pour toi. Tu… j’aurais aimé être là. T’aider. »

Même s’il ne sait pas comment il aurait pu faire ça. Maintenant également, il n’a aucune idée de comment faire passer un tel traumatisme. Il se doute aussi que les types en question ont du reprendre tranquillement le fil de leur vie sans être inquiéter une seule seconde de leur acte. Ça le rend dingue, rien que d’y penser. « Ils mériteraient… ils mériteraient... » La colère qui l’habite fait qu’il ne sait même pas mettre de mot sur ce ressenti. Faute de mieux, il l’embrasse à nouveau. « Je suis désolé. »


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