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» Jamais trois sans quatre


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Dresseur Johto

C-GEAR
Inscrit le : 18/08/2013
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Région : Johto
Dim 29 Oct - 17:43
En retard... C'était vraiment pas un truc qui lui ressemblait. Dire qu'il était mal à l'aise à cette idée était un euphémisme et ça le faisait courir plus vite encore dans les rues de la ville portuaire, évitant tant bien que mal les passants sur son chemin, pour rejoindre la plage où le foodtruck avait pris domicile dans le cadre d'un petit marché. On lui avait dit d'être là pour onze heures et demi, histoire d'assurer un service rapide durant le rush de midi, mais midi, il l'était déjà. A proximité de sa destination, il sauta au-dessus des chaînes empêchant le passage des vélos et atterrit avec moins d'agilité que prévu dans le sable. Sous-entendu : il manqua de s'étaler en beauté parce qu'un pied s'était plus enfoncé que l'autre et qu'il avait perdu l'équilibre. Heureusement, quelques pas rapides lui permirent de se rattraper et il se sentit comme un champion olympique après de jolies acrobaties aux barres durant quelques secondes. Il en avait même l'allure, les deux bras tendus tel un funambule, sans en avoir la crédibilité vu qu'il était...sur le sol ? Bref ! Dans un sursaut, il se souvint de la raison qui l'avait conduit à cet exact moment et se remit à courir. C'est un peu en sueur et tout débraillé qu'il ouvrit enfin la porte latérale de la remorque, une grimace désolée tordant déjà ses traits.

- Désolé, désolé, longue histoire-
- Tu nous parleras de ta panne d'oreiller plus tard, grouille !

Stupidement, il regarda Oz par en-dessous, impressionné par sa capacité à garder un sourire radieux pour le client pendant qu'il le grondait méchamment sous son souffle. Xeff, de son côté, lui offrit un regard plus chaleureux et, d'un geste de la main discret, l'invita à se dépêcher quand même.

Dans le tout petit réduit à l'abri des regards, Sidney s'octroya quelques secondes pour retrouver un faciès moins rouge. Il calma sa respiration tout en se débarrassant de ses affaires pour ne plus arborer que le t-shirt estampillé de la marque et un filet fort peu seyant au sommet de sa tête. C'était dans ces moments là qu'il détestait sa longue tignasse qu'il peinait toujours à coincer sous cette horreur. Un passage final à l'évier pour se laver correctement les mains et, enfin, il était prêt pour son service. Sourire faux aux lèvres, agissant comme si sa matinée n'avait absolument pas été un enchaînement d'emmerdes, il entreprit de servir le premier client.

- Bonjour, qu'est-ce que je peux vous-

Et là, le blanc. La suite de la phrase générique n'était pas le soucis. Le client ne l'était pas non plus. Par contre, celle qui l'accompagnait... Voilà un visage qu'il n'avait pas cru revoir de si tôt. Psychologiquement, ça lui avait fait un choc et son cerveau avait fait un arrêt momentané avant de redémarrer péniblement. La journée n'était pas finie, il ne fallait qu'il l'oublie. Des embrouilles, il pouvait encore en avoir durant ce laps de temps karmique particulièrement mauvais qu'il traversait tel un bateau dans une tempête.

- T'aurais pas grandi un peu..?

Meilleure punchline du monde. Il avait juste envie de se faire cuire la joue comme un steak haché sur le grill.


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Agent Johto

C-GEAR
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Lun 30 Oct - 13:55
- C’était fatigant , dis-je en étirant mes bras le plus possible pour en faire disparaître la lourdeur.
- C’est fou quand même que ce soit les missions où on bougent le moins qui donnent le plus l’impression d’épuisement.

J’approuve la remarque de Thomas, me disant que, définitivement, le corps est bien faible et influençable par l’esprit qui lui fatigue de ne rien faire. La chaleur du soleil d’Oliville me désengourdit cependant bien vite et cette ennuyeuse mission ne devient rien de plus qu’un souvenir ennuyeux.

Mon partenaire me propose d’aller manger et j’accepte, bien qu’il soit déjà midi passé depuis quelques heures. Notre mission ne nous a pas permis de nous restaurer avant et je me mets d’ors et déjà à réfléchir aux différents restaurants d’Oliville que je connais et dans lesquels je pourrais prendre plaisir à aller manger. « Viens on va là ! », me fait Thomas, coupant ma réflexion. Tournant la tête pour voir ce qu’il me désigne, je ne peux retenir un énorme soupir de fatigue, comme si tout me retombait dessus d’un seul coup.

- Thomas… Je sais que notre relation est dans la provocation, s’embêter mutuellement et tout ce qui va avec, mais là je suis fatiguée alors si tu pouvais t’abstenir ça m’arrangerait.
- Je ne plaisante pas. J’en ai entendu parler par un pote, il m’a dit que c’était super.
- Thomas, c’est un food-truck ! Il est hors de question que j’avale quoi que se soit qui sorte de cette mini-usine à malbouffe !, je m’apprête à élaborer en long et en large sur la question pour essayer de l’en dégoûter, mais il me coupe.
- Soyons pragmatiques deux secondes : t’as vu l’heure qu’il est ? Plus aucun restau ne sert quoi que se soit, ils ont fini. Donc soit tu manges pas, soit tu finis avec de la malbouffe ou du surgelé, ma grimace est éloquente. Comme tu veux. Tu m’accompagnes au moins ?

Je hoche la tête, puisque de toute façon je n’ai rien de mieux à faire maintenant que j’ai été mise face à la réalité de la fainéantise des restaurateurs. Tandis que nous faisons la queue, Thomas tente de m’expliquer qu’il existe des food-truck qui font de la bonne nourriture, même gastronomique, mais je n’écoute ses bêtises que d’une oreille, concentrée sur le fait de faire taire mon estomac qui crie famine. Tout ce qui sort de ma bouche est une mise en garde : s’il m’enfonce encore une frite dans la bouche comme la dernière fois que j’ai accepté de le suivre près d’un de ces bouis-bouis infernal, ça va très mal se passer pour lui. Quand il demande mal à quel point, je lui réponds Giratina, et ça a l’air de le convaincre.

A mesure que nous avançons dans la file, nous pouvons voir de mieux en mieux le comptoir auquel je commence à prêter attention, pour me mettre au courant des prix et essayer de calculer à quel point ces établissement sont du vol et, dans une certaine mesure, du bioterrorisme. Mes yeux parcourent les panneaux de prix jusqu’à croiser le serveur qui est en train de se mettre en place et qui devra servir Thomas. Et c’est peut-être la pire personne du monde à voir de l’autre côté du comptoir.

Mon pas se fait mécanique tandis que je suis Thomas qui va passer sa commande, ne pouvant pas détacher mes yeux du serveur. Qu’est-ce qu’il fait là ? Pourquoi il est là ? Comment ose-t-il être là ?... Tant de questionnements qui tourbillonnent dans ma tête, bien que l’agressivité du dernier ait tendance à prendre le dessus. Si ce type ose me servir un sourire, je ne répondrais plus de rien.

Il s’arrête en plein milieu de sa phrase commerciale, ce qui surprend un peu Thomas. Il vient de me remarquer, et comme je parviens encore à maintenir une certaine neutralité faciale, sûrement qu’il ne voit pas que je lui mettrais bien ma main en travers de la figure. Ou Thomas. Ou le food-truck tant qu’on y est. Et ça m’agace, parce que ce n’est pas dans mes habitudes d’être bassement violente sans torture psychologique intentionnée derrière, mais très franchement c’est tout ce qu’il mérite… « T’aurais pas grandi un peu… ? », je confirme, c’est tout ce qu’il mérite !

- Et toi tu serais pas devenu encore plus misérable ?, dis-je avec un large sourire plein de rancœur.

Thomas me lance un regard surpris et je vois qu’il hésite pour savoir s’il devrait s’exprimer ou non. Il finit cependant par parler, réajustant ses mèches rouges dans un geste d’embarras.

- Vous… Vous connaissez ?
- Passe ta commande, je t’attends à côté.

Je fais quelques pas pour m’écarter de la file, quand soudainement je commence à avoir envie de faire demi-tour. Mais je ne dois pas le faire, parce que tout est de sa faute après tout. On s’était donnés nos numéros de téléphones, il aurait pu me recontacter, mais rien du tout. Pendant des mois. Et là, pouf, food-truck, c’est vraiment n’importe quoi. Certes moi aussi j’aurais pu, mais ce n’est pas moi la subordonnée !

Je fais demi-tour.

- Je peux avoir un burger végétarien ?, Thomas fait une tête inédite, mais je l’ignore. Et hum… Tu as une pause ? A un moment ?

Je fais de mon mieux pour afficher une mine désolée qui pourrait faire office d’excuse pour mes précédentes paroles agressives. Mais en même temps il le mérite, et sa réplique n’a pas du tout bien entamé l’interaction. Tout ce que je sais, c’est que je ne sais pas trop ce que je lui veux, sûrement évacuer ma frustration, mais que je ne veux pas attendre une autre rencontre hasardeuse pour savoir.



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Dresseur Johto

C-GEAR
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Région : Johto
Lun 30 Oct - 15:22
La gaffe. Assurément, il y aurait eu un truc mieux à dire dans cette situation, mais le cerveau de Sidney n'avait décidément aucun talent pour assurer en cas de vol turbulent sans pilote. Le peu de filtre verbal qu'il avait s'était littéralement envolé et ce n'est qu'après que les réparties plus intelligentes se multiplièrent dans son esprit. Ah ça, il en avait des choses à dire pendant qu'il fixait anxieusement le sommet de la tête de Praline pour éviter de lui faire face. Le courage n'était bon qu'à fuir en cet instant. Toujours dans cet optique, il fixa un instant le client, probable ami qu'elle accompagnait. Il était en train d'ignorer un consommateur - summum de l'attitude que ne devait pas avoir un travailleur selon le guide-, mais ce dernier ne semblait pas pressé de commander. Sid n'avait aucun reproche à lui faire, il s'en voulait limite de lui imposer ce malaise palpable.

Le couperet tomba. Décapitation directe. Sidney grimaça, presque physiquement heurté par cette réaction parfaitement justifiée. Il avait beau le savoir, ça restait dur à encaisser. Au côté de son sentiment de l'avoir mérité monta néanmoins une pointe de confusion. Encore plus misérable ? Les mots étaient prononcés pour blesser, certes, mais pour qu'il le soit plus, il avait fallu qu'elle le considère au départ comme misérable. Leurs débuts avaient été assez rocailleux, mais, par la suite, il avait cru... Qu'avait-il cru, au final ? Qu'ils étaient sur le chemin d'une potentielle amitié ? Quelque chose au moins. Amicales, ils l'étaient en tout cas la dernière fois qu'ils s'étaient croisés, par un curieux hasard, comme toujours. D'accord, il avait déconné ensuite, mais ça ne changeait rien. Misérable. Il fronça les sourcils, pas bien certain des mots qui s'apprêtaient à jaillir de sa bouche, mais l'idiot qui accompagnait Praline choisit cet exact moment pour s'en mêler. Stop. Avec tout ça, il s'emportait. Ce gars n'avait rien fait de mal et il ne méritait certainement pas que son coup de sang le choisisse pour cible.

L'abandon pur et simple du champs de mine de Praline le refroidit d'un coup. Après tout ça - pas grand chose au final, il fallait vraiment qu'il sorte de sa tête -, elle se tirait sans lui laisser l'occasion d'en placer une ? Passer à autre chose, c'était la solution la plus mature, il le sentait aux regards lourds de sens de Xeff et Oz dans son dos. Il y avait des clients et il était en train de se donner en spectacle. Baissant les yeux, il se força à prendre une longue inspiration pour calmer son agitation. Il tenta de chasser le tremblement de ses mains en les frottant vivement sur le bas de son polo, sans succès. Son propre silence le tuait.

La voix de Praline, un peu différente cette fois, le poussa à relever les yeux, éberlué. Un burger végétarien ? Une pause ? Il se retrouvait encore plus confus et il lui fallut un temps ridicule pour comprendre le sous-entendu. Discuter. Elle voulait discuter. C'était quelque chose qu'il pouvait faire. Il n'était pas certain d'en avoir envie, mais il pouvait. Encore que... Quelque part, il le voulait aussi. Il n'allait pas nier qu'il appréciait Praline, aussi tordu que soit le fil de leurs interactions. C'était tout le problème.

Silencieux, il jeta un regard derrière son épaule à Xeff qui avait déjà entamé la préparation du burger. Avec son retard, il n'était pas certain d'avoir droit à une pause à un quelconque moment de son service. Surtout qu'on ne pouvait pas dire qu'il s'était rendu très utile depuis qu'il était ici. Ce fut Oz qui lui offrit une réponse, bien qu'il aurait préféré qu'il s'abstienne.

- Occupe-toi de la commande du jeune homme puis barre-toi. Tu nous gênes et ça risque pas de s'arranger.

Dur, mais vrai. Si ça s'ébruitait, ça ferait tache sur son dossier, mais il n'avait pas envisagé de faire carrière ici. S'il se faisait virer, au moins, Warren en serait ravi. Mouais, voir le positif, ça lui plaisait pas trop, surtout quand ça impliquait son crétin de frère.

- Euh. Donc, j'arrive.

Encore une fois, il évita de trop la regarder, pas désireux de déclencher une nouvelle vague de sentiments confus. Il se concentra plutôt sur l'ami, plaçant un soin plus important dans la préparation de sa commande pour s'excuser d'avoir été désagréable avec lui, même si ce n'était que mentalement. Une fois le tout terminé et les plateaux passés par-dessus le comptoir, il s'esquiva sur le côté, pensant juste à temps à se débarrasser du stupide filet. Quand il fut dehors, seul, caché à l'ombre du food-truck, il s'offrit quelques secondes de répit. Il était bien tenté de préparer un discours pour le moment où il aurait à faire face à Praline, mais il se doutait que l'exercice était voué à l'échec. L'expérience avait prouvé qu'il avait toujours en sa présence des réactions imprévues et, souvent, improbables.

Comme pour prouver cette théorie, lorsqu'il contourna la remorque pour rejoindre le duo, les mains fourrées dans ses poches de pantalon histoire cacher le léger tremblement encore présent, il relança la conversation avec un peu de hargne dans la voix. Et après ça, il voulait discuter. Intelligent.

- Tu veux qu'on se trouve un coin discret ? Je voudrais pas que le misérable que je suis blesse ta réputation.


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Agent Johto

C-GEAR
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Ven 3 Nov - 19:43
J’aurais certainement dû me sentir un peu coupable suite à la remarque que lui fait le collègue de Sidney, mais ce n’est pas le cas, car je suis peu capable de me sentir coupable de quoi que ce soit. J’ai vaguement l’idée que ce sera gênant pour lui, mais ne m’en soucie pas outre mesure. Tout ce qui compte, c’est que suite à ça et maintenant qu’il me dit qu’il va arriver, je vais pouvoir discuter avec lui. De quoi, je n’en ai pas grande idée, mais au moins j’obtiens ce que je veux.

En attendant qu’il nous rejoigne, nous nous éloignons du food-truck, moi et Thomas. M’éloigner de cette supposée antre de malbouffe me fait le plus grand bien, puis je réalise que j’ai actuellement dans les bras un burger que j’ai demandé sur un coup de tête et dont je n’ai absolument aucune envie de le manger. Je fixe donc la nourriture d’un air perplexe, tentant de me souvenir l’enchaînement d’idée qui m’a fait demander ça plutôt que de simplement demander à Sidney s’il allait avoir une pause sans parvenir à m’en souvenir. Cette incompréhension de moi-même doit d’ailleurs sa voir car au bout de quelques secondes seulement, Thomas me dit :

- Très franchement, je savais que t’étais bizarre, mais à ce point…
- Je ne savais pas non plus, tu vois, admis-je sans réfléchir, non sans un peu de honte dans la voix. Et pour répondre à ta question sur laquelle je n’ai pu m’exprimer plus tôt tant sa vivacité et son intelligence m’ont clouée sur place : oui, je le connais.
- Je sais que ma question était con, hein… T’es pas obligée de l’appuyer par-dessus.

Je lui réponds par un sourire qui en dit long sur le plaisir que je peux éprouver à l’enfoncer dans la flaque boueuse dans laquelle il s’enfonce déjà bien assez lui-même par moments. Une seconde plus tard je me dis que je devrais peut-être élaborer sur Sidney afin de le présenter à Thomas, mais considère très vite que ce n’est pas la peine. Je ne compte pas à ce qu’il reste avec nous pendant que nous discutons ; parce qu’il serait certainement gênant à faire des remarquer ou raconter des choses sur moi que je ne veux pas forcément raconter. Comme cette fois où nous étions en mission dans une résidence bourgeoise avec des rideaux qui descendent jusqu’au sol et qu’au détour d’un virage trop serré que je négociais en courant, je me suis allègrement empêtré les pieds dedans et ait dû me débattre comme un petit miaouss pour me débarrasser du tissus… Ce qui a eu pour effet de me faire tomber tout le rideau dessus. J’en ai entendu parler pendant des jours et, encore aujourd’hui, lorsqu’il veut me mettre sous pression, Thomas n’hésite pas une seule seconde à proposer de raconter le coup de la mission où il y avait les rideaux. Et qu’il le raconte à des êtres aussi signifiants que des grains de poussière comme nos camarades de classe, pourquoi pas, ça me donne un petit côté vulnérable et peut me rendre attachante pour certains. Mais à Sidney, c’est hors de question. Parce qu’avec lui il y a déjà eu la fois où il m’a soulevé le t-shirt pour une raison qui m’échappe toujours, et c’est bien suffisant.

Sidney finit par nous rejoindre et, à peine est-il arrivé, qu’il me gratifie d’une réplique que je n’identifie pas comme de la grande sympathie. Je grimace intérieurement, me disant que j’y suis peut-être allée un peu fort avec le mot « misérable » et qu’il va falloir que je trouve une bonne justification si je ne veux pas avoir à admettre que le genre humain est misérable à mes yeux de toute façon. Seulement je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche que Thomas, avec un sourire qui me dit qu’il va tout faire pour me pourrir la vie sur le visage, prend la parole :

- Ah non mais faut pas vous inquiéter, c’est comme ça qu’elle traite tous ses amis. Je passe ma vie à m’en prendre plein la face. Faut juste lui rendre, elle aime ça.

… … Est-ce qu’il vient d’essayer de faire passer un message comme quoi j’aimerais me faire parler mal ? Saleté. Je lui lance un regard noir, me jurant intérieurement que la prochaine fois qu’il se fait poignarder, je le laisserais agoniser plus longtemps. Je décide que la meilleure chose à faire est de l’ignorer et répond à Sidney comme si je n’avais même pas entendu la remarque de mon partenaire :

- Je hm… Excuse-moi pour ça, c’était réflexe, faut dire que, bon, en me parlant comme à une petite fille, c’était mal engagé, je tente un sourire maladroit, pour essayer de détendre les choses. Et les circonstances extérieures étaient mauvaises aussi. Je t’ai déjà dit que mon père est chef de son propre restaurant je crois ? Ce n’est pas le genre de cadre familial qui donne une bonne opinion des food-truck, alors te retrouver là-dedans…

Je ne termine pas ma phrase, espérant que le message est passé, car la finir impliquerait de dire que j’avais une haute opinion de lui avant, ce qui n’est, je pense, pas le cas. Et puis s’il est agacé, lui dire que le peu d’estime que j’avais pour lui a volé en éclat à cause d’un cadre de travail qu’il n’a pas choisi ne me semble pas le plus judicieux.

- Mais je veux bien trouver un endroit discret. Ou au moins que cet endroit soit rendu discret…, je lance un regard qui tente d’en dire long à Thomas.
- Plait-il ?, son sourire vicieux est revenu sur son visage.
- , j’insiste du regard.
- Si tu crois que je vais vous laisser tranquille juste parce que tu me sous-entends de dégager en essayant de faire la mignonne, tu rêves ma pauvre fille. T’as accepté de m’accompagner manger, donc je reste. En plus maintenant t’as de la bouffe aussi et je veux ab-so-lu-ment voir ta tête quand tu croqueras là-dedans, il se tourne vers Sidney. Un coup je l’ai forcée à manger une frite sortie d’un snack, on aurait dit que c’était la fin du monde !

Une sorte de panique commence à s’emparer de moi lorsque je me rends compte que Thomas a beaucoup plus de dossiers compromettants à mon propos que je ne l’imaginais. L’idée de devoir être en train de danser dans sa paume pour garder mon honneur sauf et intact m’est insupportable. Il faut que je fasse quelque chose. Je commence par m’adresser à Sidney :

- Excuse le comportement de mon partenaire, il semble avoir fait son sport préféré de m’empoisonner l’existence aujourd’hui et je ne voudrais pas que ça t’atteigne également, puis je me tourne vers Thomas et m’avance vers lui pour pouvoir lui dire doucement, tentant de faire en sorte que Sidney n’entende pas : Giratina.
- Bon bah moi je vais y aller hein ! Bon appétit !, s’exclame-t-il en tournant les talons et marchant vite en direction de la plage.

J’enrage. Il m’aura vraiment pourrie jusqu’au bout : avec sa réaction, on dirait que je viens de le menacer de mort. Ce qui en soit n’est pas forcément faux, vu la nature de la créature dont j’ai invoqué le nom, mais maintenant… Pour quoi est-ce que je passe moi ?!



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Dresseur Johto

C-GEAR
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Région : Johto
Lun 16 Avr - 11:51
L'ami était trop guilleret. Vraiment. Il s'incrustait comme une tache d'huile sur du tissu et Sidney ne savait pas trop comment le prendre. Qu'il soit familier avec Praline, c'était normal puisqu'ils étaient visiblement amis – drôle de paire quand même –, mais il n'était pas trop d'humeur à faire des efforts avec un inconnu jouasse. Il avait bien envie de lui répliquer qu'il savait tout ça – enfin pas tout, juste qu'il avait déjà tenté de rabattre son caquet à la blonde et que ça avait été vraiment bizarre –, mais les mots restèrent calés dans sa gorge. En plus, il n'était pas certain qu'elle prendrait si bien que ça ses vacheries après son attitude de crétin. Lui n'était pas son ami. Il n'avait pas le droit de se comporter n'importe comment et de lui claquer des remarques au visage. Encore qu'il ne savait foutrement pas ce qu'il était avant et ça ne l'avait pas empêché de le faire, mais, à l'époque, elle n'était qu'une gamine capricieuse qui lui avait quand même laissé une marque de dentition sur le bras.

Visiblement, l'avis était partagé quant à l'attention à accorder au fameux ami. Elle le snoba d'une façon qui lui ressemblait bien. Les excuses, par contre, semblaient moins familières. Il se sentit un peu bête après parce que ses raisons étaient bonnes. L'adolescence était un sale âge et il était venu frapper directement un point communément sensible. Mais que pouvait-il dire ? Pour lui aussi ça avait été un réflexe et il n'avait vraiment pas voulu la blesser. La suite, il ne le vu pas trop venir. Il se souvenait du fameux restaurant à Ebenelle. Comment aurait-il pu oublier ? Bon, d'accord, c'était moins convainquant venant d'un amnésique. Dans tous les cas, il n'aurait jamais cru que bosser dans un food-truck lui ferait faire perdre des points. S'il avait bien compris. Il se passa la main sur la nuque, un peu paumé, et resta finalement silencieux sur ce point. Il se voyait mal commencer la défense de son lieu de travail. Certes, ça restait du fast-food, mais on était loin de la malbouffe. Les produits étaient cleans, frais et les préparations plus équilibrées qu'il n'y paraissait.

- C'est bon, on ne va pas en faire toute une histoire. Je n'ai pas été très fin, je l'admet.

On en revenait toujours au même point : il y avait quelqu'un de trop dans le paysage. Les yeux plissés, il observa la dynamique avec une pointe d'envie. Leurs chamailleries prouvaient une familiarité qu'elle acceptait quand même, malgré tout ce qu'elle pouvait dire. C'était bien la dernière chose qu'il aurait cru penser, mais il les trouvait amusants. Le petit gars lui était soudain plus sympathique maintenant qu'il déballait des dossiers juteux. Il se prit à rire légèrement, bien caché derrière sa main pour éviter d'être trop évident. Se moquer trop ouvertement lui aurait attiré des problèmes. Du genre un burger en pleine figure puisqu'elle ne semblait vraiment pas motivée à le manger. C'était une utilité comme une autre.

- Te dérange pas pour-

Il n'avait même pas eu le temps de finir que déjà elle murmurait un truc à son fameux partenaire. Na ? Ina ? Tina ? Sid n'avait pas tout compris, mais il supposait que ça devait être une sorte de menace car l'adolescent décampa sans plus insister.

- Tu l'as menacé de balancer un truc à son crush ? Tina ? C'est vrai que ça marche toujours sur les mecs trop timides pour se déclarer.

Il faisait genre avec ses airs d'expert, mais, en réalité, il ne connaissait pas grand chose à tout ça. Les mystères de l'amour plus lui, ça donnait un chiffre avec beaucoup, beaucoup de zéros. Demi-sourire aux lèvres, il s'installa sur l'une des chaises pliantes à proximité, une jambe croisée sur l'autre.

- Désolé pour... Tu sais. M'être barré. J'ai dû disparaître des radars pendant un petit temps pour des raisons dont vaut mieux pas que je te parle, vu ce que tu fais. Je suis plus Ranger, comme tu t'en doutes. Je suis plus grand chose même. En un sens, tu as raison. Je suis misérable. Je me complais dans une vie qui ne m'apporte rien et j'ai pas le courage de changer.

Il soupira, passant nerveusement la main dans ses cheveux.

- J'suis qu'un gamin qui ne veut pas donner raison à son grand frère.

Sid ne savait pas exactement pourquoi il lui disait tout ça, elle s'en fichait probablement de ses explications. Peut-être qu'il cherchait juste à ce qu'elle lui jette tout son dédain au visage. Peut-être que c'était ça dont il avait besoin. Au moins, il était sûr qu'elle ne le maternerait pas. Qu'elle ne lui servirait pas un discours mièvre et trop compréhensif qui vraiment n'aurait pas collé avec cette Praline qu'il avait eu l'occasion de côtoyer. Pas littéralement, mais, si ça se trouvait, il en avait vraiment besoin de ce burger en pleine figure.


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Agent Johto

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Mar 1 Mai - 17:22
Je souris avec amusement lorsque Sidney me parle de la prétendue menace que j’aurais faite à Thomas pour qu’il s’en aille. S’il savait de quoi je venais de menacer Thomas, sûrement ne le prendrait-il pas un ton aussi léger. « Quelque chose comme ça oui. » Son partenaire est habituellement plein d’assurance, mais c’est vrai qu’il a tendance à se décomposer sur place lorsque le sujet vient sur Giratina… Ce qui est normal, après tout, étant donné la nature de cette créature.

Sidney s’assied sur une chaise pliante et je l’imite, posant délicatement mon burger sur mes genoux et me demandant toujours si je vais vraiment finir par croquer dedans. Je prends le temps de l’observer et me rassure en me disant que, au moins, ce n’est pas un de ceux qui dégoulinent dans tous les sens et arrivent entre les mains du client avec un aspect visuel qui pourrait faire penser qu’il est passé sous un camion avant. Pendant que je suis en train d’examiner mon burger parce que je ne suis clairement pas celle qui doit prendre la parole en premier puisque je n’ai rien à me reprocher, Sidney ouvre la bouche et, même si je ne le regarde pas, je l’écoute avec attention.

Au fur et à mesure qu’il parle, je sens mon cœur se mettre à battre plus fort, comme si une partie de moi se mettait profondément en colère, mais mes idées restent claires comme si je me conditionnais pour être emplie d’un calme profond. Deux états contradictoires qui se mêlent et me mettent dans un état que je ne saurais décrire, mais contre lequel je ne peux rien faire. Lorsqu’il a fini de parler, je ne regarde toujours pas Sidney, me contentant de fixer mon burger et, surtout, cherchant à comprendre pourquoi est-ce que je ressens de la colère. En quoi est-ce que, après ce qu’il vient de me dire, Sidney peut-il avoir encore assez d’importance pour que je me mette en colère ? Il est misérable, à l’état d’un être humain que je ne peux même plus qualifier d’être, mais uniquement de chose. Un objet que je ne devrais considérer que comme presque tous les autres êtres humains : un outil à mon ascension. Il n’y a absolument aucune raison de me mettre en colère pour un outil, et pourtant je le suis.

Afin de me laisser du temps pour réfléchir, je mords dans le burger, déchire les aliments avec mes dents et mastique longuement tout en ayant le regard dans le vague. Il attend une réponse, sûrement. Est-ce que je la lui donne ? A-t-il assez d’importance, dans son état actuel, pour que je prenne la peine de lui répondre ? Dans quatre-vingt-dix-neuf pourcents des cars, la réponse serait non. Je ne prendrais même pas la peine d’exposer mon mépris. Pourtant, ici et maintenant, avec lui, je vais parler sincèrement.

- Qu’est-ce que tu attends que je te réponde, au juste ? Tu as conscience de ce que tu es, tu viens de le dire. Alors quoi ? Tu veux des encouragements ? Tu n’en auras pas. Tu veux que je te plaigne ? Je ne le ferais pas. Du réconfort ? Ne me fait pas rire. Si tu ne sais pas reconnaître quand tu as tort et avoir la force de bouger par toi-même, alors tu n’es rien, je me tourne un peu vers lui, mais toujours sans le regarder. Beaucoup pensent que le soutien des autres peut tirer vers le haut, aider, ce genre d’illusions de camaraderie. Mais que sont les autres alors ? Des béquilles. Que peut bien valoir un être qui avance avec des béquilles dont il ne peut pas s’affranchir ?, avant j’avais des béquilles, beaucoup de béquilles dont je me suis aujourd’hui affranchie. Rien. Il ne vaut rien.

Je prends une pause, me demandant si je n’ai pas été un peu trop sincère. L’idée de garder ma couverture d’adolescente plus ou moins sympathique selon mes interlocuteurs est toujours présente. Mais j’ai envie d’en dire plus, de parler, en toute sincérité. Maintenant que ça a commencé à sortir, dans son état le plus brut, je ne peux plus m’arrêter. Je ne veux plus m’arrêter.

- Tu te souviens de la première fois qu’on s’est rencontré ? Je n’étais qu’une sale gamine qui se pensait plus forte que tout le monde. Tu m’as directement calmée. Et lorsque tu étais amnésique ? Je n’ai été insistante que parce qu’il m’indignait que quelqu’un ait pu m’oublier. A l’évènement de Cimetronelle, j’ai en fait laissé tomber la personne qui m’avait invitée pour passer du temps avec toi, je n’ai jamais compris pourquoi. Et aujourd’hui, je suis là, à ne même pas comprendre pourquoi je te parle… Car je ne parle pas à ce qui n’est rien, cette fois je le regarde, en tentant de garder l’expression la plus calme possible bien que je sente que la colère ne fait que monter graduellement. Envers lui. Envers moi-même, je n’en sais rien. Je me suis affranchie de mes béquilles, de presque toutes mes béquilles. Sidney, tu es une sorte de béquille étrange, un poids sur mon esprit, que je ne comprends pas, qui me donne aujourd’hui toutes les raisons de la jeter, et pourtant je ne le fais pas. Je suis toujours là, je te parle et j’ai même goûté ton burger…, je termine dans une sorte de murmure : Pourquoi ?

Je pousse un soupir et retourne à la contemplation de mon burger. « … Je crois que j’ai trop parlé. », je le dis à voix-haute, bien que se soit plus pour moi-même que pour lui. Si je maintenais peut-être encore l’image d’une personne sympathique à ses yeux, la froideur de mon discours a dû détruire cette image à tout jamais. De plus, je me rends compte que, sans le vouloir, j’ai fini par l’encourager. Peut-être qu’il le comprendra, peut-être qu’il ne le comprendra pas… Je porte à nouveau le burger à ma bouche et en prend une deuxième bouchée. Puisqu’il est là, autant le manger et, même si je ne l’admettrais sûrement jamais de vive voix… Ce n’est pas si mauvais que ça.



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Dim 6 Mai - 22:16
Le silence. Qu'importe la conversation, c'était la pire chose que l'on pouvait entendre. Dans un silence, il y avait toujours une réponse si on savait la chercher. Chaque pause avait un sens, était véhiculée par un sentiment. Dans le silence de Praline, Sidney se sentait mal à l'aise. Il ne comprenait pas et n'était même pas sûr de vouloir l'identifier. Il y avait aussi une pointe de peur vis à vis de ce qui allait suivre. Car quelque chose viendrait toujours. Le pire qui pouvait arriver lui semblait être son départ pur et simple. Il pouvait l'imaginer facilement. Elle se débarrasserait de ce maudit burger et disparaîtrait sans un mot. Aucune explication n'aurait été nécessaire, il ne la méritait pas. Encore moins après ce petit discours pitoyable. Cela ne l'empêchait pas d'espérer une réponse. Il aurait pris n'importe quoi car, au fond, il n'avait pas envie de la voir se volatiliser de façon sûrement définitive de son existence. Fait particulièrement égoïste vu que c'était sa spécialité, à lui, de se volatiliser. Alors, quand elle parla enfin, il fut soulagé. Temporairement.

Il avait beau savoir ce qu'elle lui disait, avoir verbalisé certains éléments lui-même, encaisser n'était pas aisé. C'était parfois compliqué de l'entendre de la bouche des autres parce que cela venait donner l'impression de solidifier des certitudes. Plus elle avait raison, plus la vérité devenait comme une attaque qu'il avait à essuyer sans broncher. Il avait provoqué ce torrent, le moins qu'il pouvait faire était de le supporter sans un mot. Pas qu'il ait été actuellement en état de parler. Comme un idiot, il laissait son regard fuir vers tout élément du décor alors qu'elle ne lui accordait même pas le sien.

Des béquilles. Cette façon qu'elle avait de voir les autres étaient un peu crue, mais pouvait-il vraiment lui donner tort ? Qu'avait-il recherché auprès de toutes ces personnes dont il s'était rapproché durant son voyage ? Avant tout ça, alors qu'il était encore à Ebenelle en proie à ce père abusif, il avait été réellement seul. Dès que Warren avait disparu, tout du moins. Avant ce moment, il n'aurait jamais songé au fait de s'extraire de sa condition, mais la solitude l'avait contraint à bouger. C'était seul qu'il avait pris la décision de s'enfuir. Il y avait bien eu Zane, mais, aussi fidèle qu'il soit, il n'avait pas vraiment été un soutien psychologique. Même s'il en revenait à Warren, il était l'exemple même de ce que Praline lui décrivait. Il s'était arraché à une vie qu'il détestait en faisant cramer tous les ponts derrière lui. C'était douloureux à admettre, mais peut-être comprenait-il enfin un peu mieux les motivations de son frère. Il lui en avait tellement voulu parce qu'il avait trahi sa confiance et qu'il avait vécu le moment comme un abandon, mais, depuis le début, l'histoire avait été écrite autrement. Où serait-il si Warren l'avait entraîné avec lui ? Personne ne pouvait le dire, mais Sidney ne serait sûrement pas passé par toutes ces étapes qui lui avaient permises de grandir.

Trop pris dans toutes ces pensées, il ne remarqua la pause prise par Praline que trop tard. Elle s'était déjà remise à parler et il eut bien du mal à replacer son attention au bon endroit. Son esprit s'affolait tellement qu'il dû se forcer à poser les yeux sur elle pour s'ancrer dans le moment. Il était simplement trop bouleversé pour ressentir encore la gêne qu'il avait éprouvé un peu plus tôt. Trop perturbé pour comprendre qu'il affrontait désormais plus que lors des dernières minutes.

La suite était presque étrange dans l'ensemble. Elle avait cette emprunte nostalgique qui faisait tache à ses yeux dans tout ce qu'elle lui avait dit. Comme si le sujet avait lentement mué pour devenir autre. Et, pour cause, c'était d'elle-même que Praline parlait maintenant. Sid ne s'était jamais demandé pourquoi. Depuis le début, il lui avait manqué des pièces pour avoir à se poser cette question ou peut-être avait-il juste été trop aveugle. Dans le présent de leurs rencontres, tout avait semblé logique. Mais Praline lui offrait désormais une infime portion de son ressenti, juste un coup d’œil dans sa face du miroir de leur relation, et il ne savait plus trop quoi penser. Sûrement qu'il aurait dû être un peu blessé par les échos qu'elle lui envoyait, mais ce n'était pas son ressenti. Il retenait le résultat plutôt que le calcul.

Au final, elle était toujours là et c'était probablement le plus important. Qu'elle comprenne pourquoi ou non.

Rire. Ce fut la première chose qu'il fit après tout ça. Dans le sérieux de la conversation, parler du burger et songer qu'elle avait trop parlé avaient détonné. Ce n'était pas de la moquerie ou particulièrement drôle, Sidney avait juste les nerfs qui lâchaient et il se permit de rire aux éclats quelques instants avant de se laisser peser plus lourdement sur le dossier de sa chaise pliante qui émit une légère plainte. Il s'était calmé aussi sec et, maintenant, il fixait le ciel, la tête penchée en arrière. Sa main passa sur son visage, chassant les cheveux invasifs, avant qu'il ne lâche un très long soupir. Quelques minutes avec elle et il se sentait épuisé.

- Je pense que tu as raison quelque part. Une réussite n'a pas le même goût si on t'a tiré pour que tu passes la ligne d'arrivée ou qu'on t'a soufflé les réponses. En plus, si tu te relèves avec l'aide de quelqu'un sans être prêt, tu retomberas plus difficilement encore à moins qu'il ne te soutienne tout le long. Dans ce cas-là, c'est littéralement ce que tu dis.

C'était quelque chose qu'il n'avait jamais voulu. Être un poids pour les autres, être trop dépendant. Leurs raisons n'étaient pas les mêmes, mais, encore une fois, c'était la finalité qui comptait. Le fait.

- Mais les autres peuvent être autre chose que des béquilles. Même lorsqu'ils t'aident. Parfois, on a juste besoin qu'on nous offre un autre regard. Non, c'est pas tellement ça. Plutôt un autre angle de vue. Par ce qu'il pense, quelqu'un peut t'offrir ça sans que tu deviennes dépendant de lui. Il peut juste te montrer un élément que tu aurais manqué et ça peut changer toute ta perspective. Est-ce que c'est forcément un mal ?

Cette fois-ci, il bougea plus lentement, se redressant pour aller appuyer ses coudes contre ses cuisses. Il en était revenu à son incapacité à la regarder et fixait à la place ses mains croisées, bougeant légèrement les doigts pour créer des interstices par lesquels la lumière filtrait, dessinant dans l'ombre de ses paumes.

- Sûrement que tu ne le voulais pas particulièrement, mais c'est ce que tu as fait. Et ça ne veut pas dire que tu vas devenir une béquille pour moi. T'es toujours Praline, même si, maintenant que tu le dis, je ne sais pas vraiment non plus ce que ça signifie.

Ce sujet aurait sûrement mérité réflexion. Qu'était Praline pour lui ? Il n'en avait pas l'ombre d'une idée car il n'aurait su la rattacher à aucune catégorie. Sa seule certitude était qu'elle avait de l'importance. Pour lui, elle comptait de cette drôle de façon. Il avait à chaque fois été heureux de la voir sans attendre plus. Il n'aurait pas refusé plus, mais il n'en avait pas eu le besoin. Si on réfléchissait logiquement, cela signifiait qu'elle n'était pas forcément importante, sauf qu'elle l'était, justement car il n'y avait pas cette notion de besoin. D'envie. Elle était un morceau de présent pur.


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Agent Johto

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Mar 22 Mai - 19:47
Me retenant de lancer un regard noir à Sidney en constatant que sa première réaction à mes encouragements involontaires et de rire, je me concentre sur ce burger qu’il faudra bien que je finisse car sinon je n’aurais rien à manger. A la réflexion, qu’il rit était sûrement mieux qu’il s’effondre à mes pieds en pleurant ou en s’apitoyant sur son sort. Déjà parce que je ne le voyais clairement pas faire ça et ensuite parce que j’aurais été extrêmement déçue. Le rire fut heureusement de courte durée avant que le silence n’envahisse à nouveau l’espace, uniquement perturbé par des bruits extérieurs que je n’entendais presque pas tant j’étais concentrée sur ses paroles à venir. Je voulais connaître sa réaction, je voulais savoir ce qu’il allait répondre à cette petite portion de moi, de la vraie moi, que j’ai laissé échapper.

Je l’écoute, j’écoute attentivement tout ce qu’il dit. La première chose que je remarque, c’est qu’il ne semble pas me juger. Dire que les autres sont des béquilles, des instruments que l’on rattache généralement à une position handicapante, indésirable, ne me semble pas être mal pris. La plupart des gens me trouveraient certainement « horrible » ou « méchante » de dire des choses pareilles. C’est surtout pour cette raison que je prends la peine d’écouter Sidney. Je sais que ce que je peux lui révéler n’ira certainement jamais loin, que je ne pourrais jamais être moi-même, car ce que je suis est un « monstre » pour tous ceux que l’on dit un minimum sain d’esprit, mais avoir le droit de dire que les autres sont des béquilles sans me faire taxer d’un qualificatif péjoratif, c’est déjà un petit quelque chose.

Il poursuit en me disant que les autres ne sont peut-être pas que des béquilles. Ce à quoi je réponds en mordant dans mon sandwich. Ce n’est pas que je ne veux pas l’écouter, c’est que je n’ai jamais eu de preuve du contraire. Toutes les personnes sur qui je me suis reposée se sont avérées en être, et toutes les personnes dont je m’encombre aujourd’hui en sont également. Leur nombre est beaucoup plus restreint, bien sûr, car je ne peux pas encore me permettre de marcher seule parmi les hommes, mais je m’en débarrasserais un jour, sûrement. Même de Giratina, je m’en débarrasserais. Et sûrement même de Sidney. Mais pas aujourd’hui.

Ces derniers mots retiennent particulièrement mon attention. Qu’est-ce que ça veut dire, qu’il ne sache pas ce que je signifie ? Serait-il dans le même cas que moi, c’est-à-dire face à un être impossible à comprendre ? Non, sûrement que Sidney ne se pose pas ce genre de questions. Je ne peux pas appliquer les référentiels que j’utilise pour juger les gens à quelqu’un d’autre. Sidney ne doit certainement pas classer les gens en fonction de leur utilité, comme on le ferait avec des outils. Sidney est humain, lui.

Je me contente d’abord de répondre avec un sourire accompagné d’un petit rire qui n’est presque pas forcé :

- Et bien, nous sommes deux comme ça.

Ce que Sidney est pour moi… Impossible de mettre des mots dessus. Tout aussi impossible de mettre des concepts. Je ne devrais plus être là, je devrais déjà être partie, loin, avoir laissé cet être misérable derrière moi. A ses dilemmes que je ne connais pas et qui ne devrais pas m’intéresser. Les problèmes d’une vie pitoyables ne sont que tout aussi pitoyable qu’elle.

- Je t’avoue que pour le reste, je ne sais pas trop quoi te répondre, c’est rare ! Tu m’as bien coincée en m’incluant dans ton argumentation… J’ai envie de te contredire, tu sais, très envie… Mais se serait malhonnête, intellectuellement parlant. Je pourrais te dire que je n’ai pas de contre-exemple, mais c’est peut-être faux. Je veux dire, si je ne suis pas capable de déterminer ce que, ne serait-ce qu’une personne est, employer des termes absolus est malhonnête.

J’espère que ce que je dis est compréhensible, j’ai l’impression de réfléchir à voix haute. Je me demande si, avec ce que j’ai dit précédemment, il va comprendre que je parle de lui et de personne d’autre. Je l’ai traité de béquille, mais ce mot n’est pas approprié, finalement, car j’ai reconnu ensuite que je n’avais aucune idée de ce que je faisais encore là, à lui parler. Tant que je n’aurais pas éclaircit ce point, alors il me sera impossible de dire en tout honnêteté qu’il en est une. Je suis peut-être complètement tordue, mais je tiens à ma rigueur intellectuelle.

Je me lève de la chaise sur laquelle je me suis assise et fait face à Sidney, mon burger toujours à la main.

- Par rapport à ton boulot… Tu es juste en pause, c’est ça ? A quelle heure est-ce que tu termines ? Si tu n’as rien d’autre de prévu, j’aimerais qu’on passe du temps ensemble, je lui adresse un sourire. J’ai un mystère à élucider et je ne voudrais pas que tu disparaisses encore avant que j’ai ma réponse.

Thomas comprendra bien, et puis je fais bien ce que je veux. Maintenant que notre mission est terminée, nous n’avons aucune obligation de rester ensemble.



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