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» [Solo] lol (Tout ceci n'est qu'une sombre farce)


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Dresseur Johto

C-GEAR
Inscrit le : 26/09/2015
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Région : Johto
Mer 11 Oct - 4:38
la suite de Hydrogen



Entre hier et aujourd’hui, il y avait une coupure. Suffisamment longue pour qu’on tende à l’oublier. Suffisamment regrettable pour qu’on cherche à l’enterrer. Hier n’était pas à l’image d’aujourd’hui, il va de soi. Dans la logique, il y avait progression. Dans son cas aussi. S’il pouvait tenter d’argumenter que ce n’était pas tout à fait le cas, il ne ferait que se mentir à lui-même. Chaque journée apportait son lot de nouveau et même si l’on pouvait considérer cette progression comme inerte, il ne s’agissait rien de plus qu’une vulgaire généralisation. Or, entre hier et aujourd’hui, il y avait une vaste progression. Un cheminement qui l’a amené à être la personne qu’il était en ce jour. Fier, mais humble. Astucieux, mais honnête. Déterminé, mais fidèle à lui-même. Si hier était son âge d’or, aujourd’hui s’entamait une période de révolution tranquille où le style s’épurait sans diluer la substance. Il pouvait être quelqu’un de meilleur sans perdre de sa rage de vaincre et de s’élever au-dessus des autres dans un milieu sursaturé. Les talents étaient nombreux et divers, se faire une place était quasiment un tour de force. Ceci dit, il avait la foi. Son amie l’avait aidé à progresser et de faire de ses erreurs une leçon. Désormais, il ne pouvait qu’avancer. Hier demeurait loin dans le passé, hors de portée des souvenirs.

Il avait remarqué que quelque chose clochait bien avant le début de la soirée. L’invitation en elle-même ne semblait pas s’adresser à lui. Ce n’était rien de concret, juste un sentiment qui le prenait au fond des tripes. La sensation qu’on le regardait de temps à autre, sournoisement. Le genre de truc qui n’était pas fondé, mais qui prenait d’assaut, surtout lorsqu’on ne se sent pas forcément à sa place. Qui frôle si doucement la paranoïa que l’on n’ose pas trop s’interroger sur sa santé mentale. Et pour cause, il s’était volontairement tenu loin des feux de la rampe, alors baigner dedans en cette soirée faisait appel à des habitudes qu’il avait reniées depuis longtemps. Puis, il n’était pas seul dans cette histoire. Sasha, celle qui l’avait invité, ancienne rivale (l’était-elle toujours?). Au détour d’une soirée surchargée d’émotions, ils avaient fait la promesse que ce qui s’était passé entre eux n’était qu’un point dans le temps, figé à jamais. Que rien n’allait naître de cette soirée, et pourtant. Depuis, ils discutaient souvent et sans doute qu’il se faisait des films, mais il pouvait sentir une attirance venant d’elle. Attirance qui, comme de fait, fonctionnait sur lui. Même s’il tentait de convaincre du contraire, une partie de lui ne pouvait s’empêcher d’imaginer une potentielle relation. Il se savait dans le tort, mais c’était plus fort que lui. Cette simple idée l’alimentait, le faisait sourire si innocemment (même s’il faisait tout en son possible pour ne pas le faire en public). C’était une vraie mine de joie, un côté naïf qu’il cultivait en silence, juste à côté du jardin secret.

Au fil du repas, le jeune dresseur s’interrogeait. Son passé trouble d’étudiant semblait suffisamment loin dans son esprit, sans doute parce que tant de choses s’étaient déroulées entre temps. De ses anciennes idées de grandeur flétries étaient nées des ambitions plus humbles en apparence. Il souhaitait toujours trôner au-dessus des autres, mais il ne voulait pas le faire en écrasant systématiquement tout le monde osant l’affronter. Il l’avait compris, après plusieurs personnes blessées au travers de sa route avant qu’on ne le blesse finalement à son tour.

Un regard vers sa compagne. Elle était sur son téléphone, l’air distraite, préoccupée? Elle écrivait rapidement. Quant à lui, sa cravate lui serrait le cou comme d’une laisse, même s’il l’avait détachée un peu. Il n’aimait pas ça. Il n’aimait pas beaucoup la soirée. Trop formelle. Des gens de son âge qui agissent comme si c’était la plus grande convention élitiste de l’année. Un autre regard à l’extérieur donnait sur un lampadaire exposant de sa lumière la pluie qui tombait. Il devait avoir un don pour attirer la mauvaise température. Pas qu’il s’en plaignait, le mauvais temps était le meilleur prétexte pour se la couler douce au chaud. La tête penchée vers son assiette, il masquait un sourire. Pour rien en particulier, juste une succession de petites choses. Même avec ce malaise le grugeant doucement de l’intérieur. Le bonheur dans les petites choses, même dans celles qui n’existaient pas, mais qui pourraient. Ce serait dommage que quelque chose arrive soudainement.

Entre en scène la mystérieuse inconnue. La météo avait joué un numéro sur elle et des vêtements qu’elle essorait, elle ne montrait aucune gène ou indisposition face au chic de la soirée. Même qu’un serveur se dirigea pour lui parler et ne fit que rire en lui adressant la parole à son tour. Un personnage. Il se voyait un peu dans son laisser-aller, ce manque cruel de tact alors que la séance appelait aux meilleures manières. De son entrée et de ses excuses lancées à demi-ton, on devinait qu’elle s’en foutait. Était-ce vraiment Adam? Non, parce que ce qu’il voyait ne correspondait en rien à lui. Timide, nerveux même, il n’avait presque rien touché de son assiette. Mais il se reconnaissait dans sa dégaine ou plutôt, il reconnaissait ce qu’il voulait être, ce qu’il avait déjà été. Étrange hasard, elle s’approchait de leur table, malgré l’absence de chaise supplémentaire. Connaissait-elle quelqu’un? Apparemment si. De plus près, il remarquait son maquillage qui avait tenu bon, ses cheveux d’un roux presque orange, gardés courts, les taches de rousseurs saupoudrées sur son nez et ses pommettes mises de l’avant par son large sourire et cet air faussement désolé. Elle ne le regardait pas. Au lieu, elle s’était dirigée d’un trait vers la personne à côté de lui et…

«Huh?»

Cet air complice n’avait rien de banal, mais il n’avait pas eu le temps de l’analyser qu’elle se penchait déjà au-dessus du visage de Sasha pour lui voler un baiser, les enveloppant dans une bulle à eux l’espace d’un instant. À la surprise générale, bien que les autres réactions étaient marquées par de l’affection à cette…réunion? Il ne put détourner les yeux de la scène. Sa surprise était telle qu’il avait laissé s’échapper un son de sa bouche, marquant sa stupéfaction. Des sueurs froides qui lui montaient jusqu’à la nuque, sa vision périphérique s’étant rétrécie jusqu’à ne pouvoir encadrer que les deux femmes face à lui. Inconsciemment, il exprimait un rictus contrastant étrangement avec la neutralité de ses traits. Ce devait être une blague, évidemment. Il cherchait les autres du regard, espérant une validation à son hypothèse, son expression changeant pour la troisième fois en cinq secondes. La lueur paniquée au fond de ses prunelles, ses mouvements secs et vifs tandis qu’il regardait autour. Sauf que presque personne ne lui portait attention -et qu’il faisait un effort de rester au moins subtile-. Non parce que c’était n’importe quoi. Y’a pas une semaine, c’était toujours lui, non? Elle lui avait dit que cette soirée n’avait jamais existé, mais ce n’était pas au sens littéraire, hein? Parce que…parce que non. C’était elle qui n’assumait pas trop ses sentiments. D’ailleurs, juste après le repas, il devait lui demander. Il s’était préparé. Un beau discours, finement travaillé. Qui serait sorti de sa bouche totalement de travers, mais le côté timide l’aurait fait sourire. Elle aurait pu demander d’attendre, il s’en foutait. Parce qu’il n’avait pas oublié cette soirée. Parce que ça avait été la force qui le poussait à se lever chaque matin. Il s’était convaincu que c’était une bonne idée. Elle l’avait laissé espérer. Est-ce qu’il s’était fait avoir? Est-ce que c’était un dîner de con? Pourquoi tout le monde l’observait depuis le début de la soirée? L’anxiété montait, rampante et malsaine. Son champ de vision rétrécit tellement qu’il ne se voit que lui-même, en introspection. Non, non. Non!

Inspiration. Poumons remplis.
Expiration.


Évidemment, c’était ridicule. Il devait y avoir une explication logique derrière ça. Il regardait en direction de la principale concernée, jusqu’à ce que leurs regards se croisent immanquablement après le baiser. Sa réaction traduisait un mélange de malaise et de surprise. Elle semblait ne pas s’attendre à ce qu’elle arrive. Sauf qu’elle assumait. Et il comprenait. Que ce n’était pas quelque chose qu’il devait savoir, parce que leur relation n’exigeait pas cet échange d’information. Il n’avait pas à être au courant parce qu’il ne devait pas être là lorsque cet événement devait se produire. Par conséquent, à partir de ce soir, ils ne devaient plus se voir. Un seul regard avait suffi à lui faire comprendre qu’il n’était rien pour elle. Autrefois un rival, sans doute. L’était-il encore? Après tout, elle avait tout fait en son pouvoir pour qu’il le redevienne. Un seul regard pour se faire rejeter. Le moment exact où tout ce qui existait entre eux s’effondra, ce qu’il s’était imaginé et ce qu’elle avait tenté de ressusciter chez lui. Travail de maître, mais il ne l’admettrait que bien plus tard, en rétrospective. Et sa compagne, debout derrière elle, les deux mains posées sur les épaules de Sasha, s’adressait enfin au groupe. "Enfin", mais il ne devait s’être écoulé qu’une vingtaine de secondes, tout au plus.

«Bonsoir tout le monde! Désolé de l’arrivée impromptue, mon vol a été devancé d’un jour et comme je n’ai pas pu résister à l’envie de vous revoir, je suis venue aussi vite que j’ai pu…»

Elle remarqua le nouveau à la table. Elle connaissait tout le monde à cette table, de vue au moins, mais visiblement, le visage d’Adam ne lui disait absolument rien. Une drôle de coïncidence, tiens. Elle s’empressa donc de passer aux présentations.

«Un nouveau visage! Félicitations pour t’être fait ami avec cette bande de grincheux pédants. Tu vas voir, on s’habitue! Mackenzie, manager à temps plein et fiancée à temps perdu de notre championne internationale. Et toi?»

Une main tendue, prête à être crachée dedans. "Enchanté, Mackenzie. Je suis Adam, celui avec qui ton adorable fiancée t’a trompé y’a moins d’une semaine. Passé un beau voyage? Nous c’était sympa, bien qu’un peu étrange au début. Connasse." Et l’envie le brûlait de l’intérieur, de tout lui déballer cette merde juste pour voir l’autre se confondre en explications. Mais non, ça n’arriverait pas, hein? Pas avec toi, Sasha. Tu l’assumerais, juste pour lui enlever ce plaisir. Tu trouverais une raison et comme toujours, tu t’en sortirais. Parce que t’es une gagnante, pas vrai? Comme tu as gagné sa confiance et que là t’es prise entre deux feux. Tu appréhendes, t’es nerveuse malgré l’air calme. Sauf que tu ne peux pas t’excuser un moment, t’es prise entre les deux mains de ta fiancée, prise sur ton fauteuil. Et Adam le sait. Et Adam sourit. Non, il n’est pas soudainement devenu confiant. Après tout, il vient de tomber de son nuage. Sauf qu’il voit ce qu’il y a en dessous de lui et s’il est pour brûler, aussi bien le faire en bonne compagnie. T’entraîner avec lui et te faire regretter. Chaque. Seconde. Tu peux compter là-dessus.

Il saisit donc la main. Souris à son interlocutrice du sourire le plus glacial jamais enregistré. À cet instant, il n’était qu’une coquille vide. En lui serrant la main, il songeait à mourir. De manière assez ironique pour ne pas l’envisager sérieusement, mais quitte à vivre cette sombre farce, autant le faire jusqu’au bout. Et l’assumer. Et enfin, disparaître. Car il ne pataugeait pas dans l’incompréhension, désormais. Au contraire, il était extrêmement lucide. Il se savait en colère, blasé, hilare. Il riait de lui-même, de toute cette merde qui s’empilait. On le mettait au sol pour le relever et juste au moment où il commençait à y croire, on le mettait au sol à nouveau. Quelle attitude pouvait-il adopter? À croire qu’on le faisait exprès. Il attendait qu’on se pointe derrière lui, le canon d’un fusil sur la tempe. De grâce, offrez-lui la chance de choisir sa propre mort! Sauf que voilà, il en faisait trop. Ce n’était pas la fin du monde. Il exagérait, bien sûr.

«Adam. Enchanté. C’est d’ailleurs Sasha qui m’a traîné ici, ce soir. Drôle de hasard, non?»

Il avait mis de l’emphase sur sa dernière phrase, si peu, juste assez pour que ça ne semble pas naturel. Mackenzie n’en tint pas rigueur, mais Sasha le compris trop bien et il baissa le regard, pour la confronter. Avec ce même sourire duquel on ne devine aucune intention claire, mais un regard qui lui semblait demander si elle était prête.

«Ahah, oui! Dans quelles circonstances, tiens?»

Et cet instant, le moment idéal pour l’abîme. Sauf que…

«Nous sommes allés à l’académie ensemble, fût un temps. C'est tout.»

Il aurait pu être cette personne. Il aurait aimé être cette personne. Sauf que ça n’aurait pas été juste. Car tout n’était-il pas de sa faute? La tension retomba, la table était devenue un paysage lunaire, vide de toute conversation. Personne ne parlait. Lui se contenait. Il voulait hurler, il voulait rire, il voulait –une fois de plus- damner tout ce qui était damnable. Il aurait aimé ne pas considérer l’intégralité de sa pharmacie comme un petit-déjeuner adéquat. Il ne savait pas quoi faire. Il n’était pas triste, mais il était loin d’être heureux. Déçu? Pas tout à fait. Non, vide. Il ne pensait à rien. Blank state. Alors il souriait et répondait un peu à la manière d’un automate. Il voulait partir. Il n’était pas le bienvenu, ici.

« Hmm, quelque chose me dit pourtant que tu n’es pas un dresseur ordinaire. Sinon Sasha n’aurait pas cherché à te recontacter. Tu caches quelque chose, dis~»

L’air taquin et complice lui hérissait les poils sur les bras, possiblement sur les jambes aussi. Il la frapperait. Mais ce n’était pas de sa faute.

«Je me demande. Peut-être que la principale concernée serait à même de nous dire ce qu’elle a bien pu voir en moi après tout ce temps?»

La flèche atteignit sa cible. Lui était satisfait. Et sans doute que quelqu’un, quelque part, devait en rire à en perdre le souffle. Parce que c’était la seule chose qu’il restait à faire, au final.


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Dresseur Johto

C-GEAR
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Lun 16 Oct - 5:31
Qu’est-ce qui fait que la vie joue contre une personne? À l’inverse, qu’est-ce qui fait qu’elle peut être merveilleuse et qu’elle ne fait que pousser quelqu’un de l’avant? Il semblerait que ce soit une question de choix et de perspective. Simple? Ce l’est, vraiment. Ce qui ne l’est pas, c’est de ne pas assumer ces décisions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Dans le pire des cas, les gens vont juger. Ceci dit, existe-t-il un moment où les gens ne jugent pas? Ils jugeront le bon comme ils jugeront le mauvais. Le vrai juge est soi-même. Lorsqu’on commence à douter de soi par le biais de ce que les gens pensent, on se perd dans la collectivité. En se perdant dans la collectivité, on s’oublie. On veut faire les bons choix, prendre les bonnes décisions. On veut l’appui du public. À partir de là, on devient un produit de l’inconscient collectif, un amalgame représentant le beau, le bon et l’idéal.
Et on devient tellement, mais tellement misérable.

L’idée n’est pas de faire la sourde oreille, mais de ne pas arrêter le processus de réflexion là, tout simplement. S’en inspirer peut être très bénéfique et l’esprit averti tendra à ne pas tomber dans les pièges faciles tout en se permettant de flirter si dangereusement sur la "ligne". Alors, on le félicitera pour son audace. Autre possibilité, il foncera tête baissée dans chaque obstacle, décimant tout sur son passage en imposant sa vision. Que les gens en parlent en bien ou en mal, cela lui est égal puisqu’il sera déjà trop tard. Il aura toujours une longueur d’avance. Alors, on se fera un plaisir de le détester, lui et tous ceux ayant choisi de le suivre. Ceci dit, aucune de ces trois catégories n’est un absolu et il y existe une certaine fluidité.

Le cas d’Adam est particulièrement intéressant à cet égard. Il n’évoque que très peu son passé et pour cause : il était l’exemple même de ceux qui dévastent tout sur leur passage, semant haine, envie et passion. De bien belles émotions qui ne trouvaient jamais leur cible; les règles étaient mises en place et les gens étaient forcés de s’y plier. Il n’était pas gentil, loin de là. Il possédait un grand nombre de victimes à son actif, pour des raisons variables, mais qui pourraient se réunir sous la bannière de l’humiliation. Non pas qu’il se faisait une mission de blesser les gens, mais il possédait un réel dédain de ce qui n’était pas sur la même longueur d’onde que lui et n’hésitait pas à mettre de côté ce qui mettait un réel frein à sa progression. Son charisme indéniable attirait malgré tout, jeunes impressionnables en quête de reconnaissance. Puis arriva le moment où il s’est vu confronté à ses actions. Où il a décidé de changer, pour le mieux espérait-il. Où il tentait de s’adapter, de s’ouvrir au monde.
Et là était son erreur.

Un changement de vitesse trop brusque allait forcément permettre aux autres de le rattraper, de le dépasser, même. Malgré ses bonnes intentions, le mal était déjà fait. La situation avec Sasha en démontrait déjà les effets. Totalement inerte, il avait voulu se rattacher à la seule bouée qu’il pensait avoir et était incapable de lâcher prise. Il pensait connaître Sasha, pour avoir vécu un parcours relativement similaire et inconsciemment, il avait cru à tort qu’elle pouvait le remettre sur ses rails. Au mieux, leur précédente soirée avait été un exutoire pour les deux, une occasion d’exorciser le mal qui les rongeait. Adam avait saisi la chance de prendre les événements comme ils venaient, sans se soucier du passé ni du futur. Vivre au jour le jour en quelque sorte, s’isolant du monde qu’il avait tant cherché à plaire. Il était devenu une version molle et fade de lui-même. Peut-être aurait-il pu vivre ainsi s’il s’était coupé du monde, avec ses petites ambitions auxquelles il ne croyait pas trop lui-même. Il le vivait bien, pour sa part. Son anxiété était pratiquement disparue et il pouvait prétendre à laisser le passé derrière lui pour s’absoudre de la culpabilité. Sauf que sa deuxième erreur était là. Ce n’est pas parce que lui oublie que les autres allaient le faire.

Ironiquement, la rencontre avec Mackenzie relevait de la pure coïncidence. Sasha elle-même n’était pas au courant et devait avouer qu’elle ne savait pas trop comment gérer la situation. Elle savait pour Adam, n’avait jamais adressé la question de ses sentiments de peur qu’il en vienne justement à ça. Même s’il feignait, elle pouvait sentir que quelque chose clochait dans son attitude. En ce qui la concernait, elle avait fait son travail. Pour le reste, ce serait à elle de jouer. De quoi faire tomber la tension un peu, espérait-elle.

Advient un moment où à force de subir le poids de ses erreurs, les suivantes n’ont pas le même impact. Elles glissent sur le dos pour s’ajouter au reste, mais n’ont pas la même force que les premières. Sans doute l’effet de surprise. Adam en était à ce stade. Il n’avait pas terminé d’assimiler le précédent choc que son corps entier s’était mis dans une rigidité précadavérique. Imperméable à tout le reste, sa vision elle-même était opaque. Son fade to black, en d’autres termes. Peut-être était-ce ce qui l’avait sauvé du reste, en rétrospective?

Entre en scène l’hôte de la soirée, celle venue lui offrir sa bouteille de champagne, si facilement remportée face à celui qui ne méritait même pas qu’on le considère comme un adversaire. Quittant sa table, elle était grimpée sur la scène pour prendre la parole au micro, s’adressant au reste de l’audience. Adam n’écoutait même pas.

«Bonsoir à tous, j’ai dans l’espoir que cette soirée correspond à vos attentes. Bienvenue officiellement à cette soirée annuelle organisée et sponsorisée par Janowitz Enterprise. Je suis ravie de vous informer que cette année a été des plus fructueuses et que les dernières percées permettront la sortie très prochaine de suppléments pour vous assister dans l’entraînement de vos Pokémons. Par ailleurs, en exclusivité, nous avons préparé à l’avance un cadeau pour tous incluant des échantillons de notre nouvelle gamme de produits…»

Applaudissement général. Oskar Janowitz, fille aînée et héritière de l’entreprise familiale. Leur truc, c’était les suppléments d’entraînement pour Pokémon, un peu à l’image des produits utilisés par les humains... mais pour les Pokémon. De plus en plus en vogue, ils étaient néanmoins critiqués de part et d’autre pour leurs effets secondaires. Diverses formules existaient, mais toutes ont le désavantage de surtaxer le Pokémon en énergie, rendant l’utilisation répétitive très dangereuse pour leur santé. Par ailleurs, il semblerait que le goût soit très désagréable pour ceux-ci. Mais bon, qui sont-ils pour se plaindre, n’est-ce pas? Cette fille était étudiante à la même académie qu’Adam. Un an plus jeune que celui-ci. Voilà pour l’historique.

«…Cette année, nous avons l’honneur d’avoir un invité spécial. Comme la plupart de vous le savent sans doute, l’académie dans laquelle j’ai fait mes études est très réputée pour permettre aux talents de se développer davantage. D’ailleurs, plusieurs de nos membres ici présents ce soir ont fait leurs études à cet endroit. Malgré la nature pour ainsi dire élitiste de l’établissement, certains talents plus humbles réussissent à se frayer un chemin jusqu’à cette prestigieuse école. Plus rare encore, certains de ceux-ci arrivent même à se hisser au-delà des autres. Il semblerait que nous ayons l’honneur ce soir d’avoir un de ceux-ci. Même si j’ai pour habitude de peser mes mots, je suis prête à admettre que nous sommes en présence d’une réelle légende. Mesdames et messieurs, c’est par la bonté d’une très chère et dévouée collègue, Sasha Dubrovnik, que nous accueillons ce soir Adam Keith.»

Applaudissement répété. Entendant son nom, il leva le visage vers la scène, comprenant que sa venue ici n’était pas seulement l’objet d’une invitation banale. Il ne prit pas le temps de regarder Sasha –il ne voulait même la regarder-, mais se concentrait sur la personne sur la scène et ce qu’elle avait à dire. Il faisait des allers-retours entre la curiosité et la crainte, tendait invariablement vers la seconde option.

«Il y a quelques années, pour ceux qui se souviennent, Adam était un peu un phare pour les élèves plus jeunes. Champion incontesté, littéralement. Tout le monde plaçait ses espoirs en lui, en sa combativité et en ses innombrables succès. Il faisait l’envie de tous, surtout dans un microcosme d’individus naturellement fortunés pour la plupart. De voir un jeune homme tout droit sortit des masses se hisser au-dessus de tous et leur tourner le dos avait un aspect totalement surréaliste. Une légende était en train de s’écrire et pour nous tous forcés de vivre dans l’ombre de son potentiel, il y avait quelque chose de si frustrant, mais tout aussi attirant à la fois. Nous voulions tous faire partie de son cercle, nous espérions tous avoir la reconnaissance d’Adam. Il nous poussait à notre limite, même inconsciemment. À nous surpasser jour après jour dans l’espoir d’arriver à lui tenir tête. Puis, du jour au lendemain, il disparut. J’aimerais donc porter un toast à la personne qui a fait de plusieurs d’entre nous ce que nous sommes aujourd’hui!»

De nouveaux applaudissements. Adam, lui, ne souriait pas. Comment pouvait-il le faire? Tout son discours, son si beau discours n’était qu’une demi-vérité, un côté de la médaille. Il ne pouvait pas être reconnaissant, encore moins fier. Tout ceci s’était effectué aux dépens d’autre chose. C’était rare, mais il avait peur. Peur? Non, effrayé. Il se calait sur sa chaise, se faisant petit. Les applaudissements, ces bourdonnements incessants dans ses oreilles. Il regardait autour de lui, yeux écarquillés. Comment pouvaient-ils applaudir? Ils ne savaient rien. S’ils savaient. Ce n’était qu’une question de temps, pas vrai? Il pouvait fuir, il avait encore le temps. C’est ce qu’il fit, d’ailleurs. Se levant de sa chaise, les yeux rivés vers lui, une faiblesse soudaine dans les jambes lui fait perdre l’équilibre, tombant à genoux sur le sol, fixant la porte devant lui. Encore un effort. Les applaudissements se transformaient en murmures. Une voix, plus forte que les autres s’éleva à nouveau dans le micro. Elle n’avait pas fini. Chacun le savait, il était trop tard. Que pouvait-il faire? Plein de choses. Mais il choisit de se tourner pour lui faire face, toujours à genoux au sol, au milieu de la salle. La tête relevée vers son bourreau, il attendait son exécution. Aussi fier qu’il le pouvait, un nœud si dense dans la gorge qu’il n’arrivait même pas à déglutir. Un cœur qui battait si fortement contre sa cage thoracique que les vibrations pouvaient se sentir dans son corps en entier. Et du haut de son piédestal, Oskar ne pouvait que sourire. Un sourire trahissant tout le dédain du monde alors qu’elle le regardait de haut, prête à savourer chaque seconde de ce qui allait se produire. Évidemment, son plan était demeuré secret jusqu’à maintenant. Sinon, Sasha aurait refusé de s’impliquer. Elle savait pour la première partie, mais pas la deuxième.

«Ceci étant dit, il serait audacieux de ma part de glorifier la légende sans mentionner le secret de son succès, n’est-ce pas? Laissez-moi partager avec vous une pointe de sagesse. Adam était bel et bien un redoutable dresseur, un avant-gardiste, même. À quel prix? Pour tracer sa propre voie, tout était acceptable. En humiliant les autres, les faisant douter systématiquement de leur valeur. Il n’était pas étranger à la violence psychologique, ni même à la violence physique, quoi qu’il en dise. Pas envers ses propres Pokémon, il va de soi. À ses yeux, la dignité des autres passait après celle de ses compagnons. Il n’était pas bête, non plus. Il savait doser si habilement ses belles paroles qu’on finissait par le croire, pour qu’ensuite il puisse tout reprendre pour distribuer à d’autres, le sol se dérobant carrément sous nos pieds. Il n’avait que tant de sympathie à accorder, après tout. Il savait s’acharner sur ceux qu’il méprisait, avec tant de véhémence qu’il les acculait juste aux pieds du gouffre avant de leur suggérer de faire le grand saut. Si les menaces ne fonctionnaient pas, il montrait l’exemple. Si on lui refusait un match, alors toute notre crédibilité s’envolait, signant notre arrêt de mort. Il avait le charisme nécessaire pour nous faire suivre sa voie, l’autorité nécessaire pour forcer les gens à se taire et la puissance nécessaire pour éliminer tous ceux s’opposant à lui. N’est-ce pas ridicule, en rétrospective? Un tyran de cour de récréation. Puis, un jour, il est disparu. Sans jamais revenir. Laissant des rêves brisés, des individus dont la confiance a été détruite et qui ne pourraient jamais demander compensation. J’en viens à une autre triste nouvelle et sans doute comprendrez-vous le lien entre les deux. La semaine dernière, il s’agissait du cinquième anniversaire de la mort de Daren, qui s’est enlevé la vie après un avoir succombé à un épisode de dépression. Un compagnon qui, pour beaucoup d’entre nous était très cher, un ami, un amoureux aussi. Il nous avait fait part de ses problèmes, qu’il vivait de l’intimidation, mais ne savait trop à qui en parler. Avant même que nous puissions lui venir en aide, il était trop tard.»

Un moment de silence. Il n’avait pas envie de pleurer. Au contraire, il comprenait. Il l’avait mérité, après tout, non? Lui qui avait cherché à se sauver de son passé, lui qui pensait pouvoir corriger ses torts en devenant une meilleure personne? En laissant le passé loin, à l’abri des souvenirs. Mais les autres, eux, n’avaient pas oublié. Ils voulaient leur exécution publique. Des murmures s’élevaient dans la salle, mais il ne les entendait même pas. Ces murmures s’élevaient en cris, en injures. Ainsi donc, il venait de mourir pour ses crimes. Ce n’était même pas un suicide social, c’était une sentence de mort. Avait-il été idiot de croire qu’il pouvait aspirer à mieux? Une question à laquelle il n’aurait jamais de réponse. Certains le huaient, d’autres l’observaient avec mépris et le reste demeurait plongé dans l’incompréhension. C’était la fin de sa carrière de dresseur. Tout simplement. Comment prendre la nouvelle? En pleurant? En riant? Est-ce que cela avait vraiment de l’importance, au fond? Peu importe ce qu’il ferait, ce serait mal vu. Feindre la folie ou demander le pardon revenait presque au même. Ce qui était le plus blessant, c’était de réaliser qu’on ne lui donnerait jamais la possibilité de changer alors qu’il venait d’avoir le courage d’apporter ce changement. Quant à cette histoire, que pouvait-il bien en dire? Ce Daren était faible. Une mauviette. Irrécupérable. Il avait été admis par l’argent de ses parents, mais ne savait pas s’occuper d’un Pokémon. Au contraire, il préférait faire la fête, fumer et boire. Il avait déjà ce petit air prétentieux alors qu’il n’avait rien à sa fiche, aucun accomplissement. Comment espérait-il devenir un dresseur dans cet état? Le but était de lui faire réaliser à quel point il était une merde. D’abord, en lui retirant toute cette couche superflue de confiance et d’estime, puis en le mettant face aux faits. Le processus était long, mais n’était-ce pas pour son bien? S’il ne le faisait pas lui-même, qui le ferait? Alors il aurait fait comme tous les autres prétendus dresseurs « d’élite » et aurait perdu la face contre n’importe quel gamin de douze ans. Son suicide n’était pas prévu, mais le bienvenu. Comme ça, il n’aurait pas eu à perdre plus de temps avec lui inutilement. Devant le scandale que cela aurait occasionné, Adam aurait dû écoper de beaucoup plus. Sauf que la réalité n’est pas aussi juste. Il était effectivement la figure de proue de l’académie à cette époque. Il remportait des titres nationaux, était vu comme un véritable candidat à la succession des champions de la ligue. Il faisait la fierté de l’endroit et le conseil administratif, face à ce dilemme, lui donna droit à un ultimatum. Il quittait de son plein gré l’académie et eux chercheraient à enterrer l’affaire du mieux possible. Ils savaient comment graisser la patte des bonnes personnes, donc le choix était évident. Adam s’en sortait presque indemne et eux pouvaient conserver leur statut.

Est-ce qu’il regrettait? Bien sûr! Comment ne pouvait-il pas regretter d’avoir mort d’homme sur la conscience? Il pouvait tenter de trouver raison dans la «faiblesse de l’individu», ce n’était rien de plus que des fausses justifications pour tenter de le déculpabiliser. Il s’en voulait, terriblement même. Même en disant que sa mort était méritée, il ne se croyait pas. C’était absurde. Jamais il n’avait imaginé un tel scénario, malgré l’animosité apparente qu’il avait pour lui. Et c’était si frustrant, tellement frustrant, comment la popularité pouvait remplacer le talent. Comment l’argent servait de force motrice pour aller de l’avant. Comment lui, seul contre tous, devait fournir le triple des efforts. À l’époque, il se tuait à petit feu à étudier sans cesse, à pratiquer. Ses Pokémon avaient leurs propres limites qu’il devait respecter et pourtant, il fallait qu’il en demande plus. Parce que sinon, les autres pouvaient le rattraper. Sa place à l’académie dépendait des bourses, il n’avait pas d’argent. Alors oui, il s’isolait des autres, était dur et intransigeant. Il ne voulait pas être méchant, mais il voulait, non, il devait se démarquer. Peu importe ce que ça impliquait. Sauf que voilà ce que ça lui rapportait. Sans doute aurait-il mieux fait d’avoir un rêve qui était à sa portée depuis le départ…

Par la suite, enfin avait-il accepté cette mort comme étant sa faute et uniquement la sienne et cherchait à aller de l’avant qu’on lui remettait sous le nez l’ensemble de ses fautes. Comment pouvait-il, à lui seul, être responsable d’avoir blessé autant de gens. Assez pour qu’ils trouvent nécessaire de tenir cette séance de lynchage public –à ce stade, il était persuadé que tout le monde était dans le coup-. Est-ce qu’Elune était présente? Est-ce qu’elle participait, elle aussi, à cet événement? Pourquoi personne ne comprenait?
Parce qu’ils n’ont pas besoin de comprendre, Adam.
Tu as fait quelque chose de mal et tu dois payer.
Pour le bien de tous.


«…Et c’est donc ce soir que nous retrouvons notre légende à nous, qui s’est bâtie sur le dos des autres. Un Adam, devenu l’ombre de lui-même, peut-être grâce à un effort de conscience? Nous savons tous que des légendes proviennent d’histoires du passé et que parfois, elles sont bien là où elles sont. Mortes et enterrées. Alors cette fois, je vous propose un toast. À nous, à ceux qui devraient être avec nous et à ce qui n’est plus. À ceux qui le méritent. Car nous sommes la future élite, les futurs champions et championnes. Puisse tout le monde aspirer à ses rêves, tout aussi nobles et grandioses soient-ils. Santé!»

À nouveau, les applaudissements. La mort d’Adam fut constatée à vingt et une heure et treize minutes. Il sentait ses pokéballs s’agiter à sa ceinture, mais posa une main dessus, les invitant au calme. C’était ce genre d’histoire après tout, son rôle était écrit d’avance. Maintenant, c’était aux crédits de dérouler. Il la trouva l’abîme, au final. Au même endroit que la morale à la fin d’une fable. Il se laissait bercer par l’ironie d’une situation contre laquelle il luttait si désespérément tout en sachant à quel point c’était futile. Le scénario ne pouvait pas être échangé.
Eux, les bons.
Lui, le méchant.
C’était une histoire avec une belle fin.

Quelqu’un s’approchait de lui. Le bruit des talons sur le plancher donnait un bon indice, la nécessité de se dresser devant lui confirma le soupçon. La tête baissée du défunt se releva pour regarder la personne. C’était donc elle? Qui d’autre, n’est-ce pas? Qui d’autre avait le plus d’animosité envers lui. C’était la scène d’après-crédits. Elle ne parlait pas. Plutôt, ses traits pincés, ses larmes en pleine formation parlaient pour elle. Lui ne pleurait pas. Ne montrait pas d’air désolé non plus. Ce n’était pas dans son rôle, n’est-ce pas? On le lui avait refusé. Il devait jouer le jeu? Qu’est-ce qu’on attendait de lui, maintenant? Ah, comme c’était drôle. Il n’avait jamais pris la peine d’apprendre son nom, même après avoir poussé son copain à s’enlever la vie. C’était ce genre de personne, après tout. Oubliable, inutile. Voici ses trente secondes de gloire, au personnage secondaire.

Pour toute réplique, elle se permit de verser sa coupe de vin sur son visage. Un vin blanc, ridicule. Elle aurait pu faire l’effort de prendre quelque chose qui tache. Ses larmes devinrent sanglots et l’audience compris rapidement pourquoi. Adam lui souriait, le genre de sourire provocateur et méprisant, sans doute le même genre d’air supérieur qu’il avait offert à Daren après l’avoir humilié. Le même sourire imprimé sur son cerveau au fer blanc, celui qu’il vit lorsque la goutte déborda du vase, la dernière chose à laquelle il pensa avant de s’éteindre. Il avait pris sa garantie à l’avance, à bien y penser. S’il était pour partir, ce ne serait pas tout seul. Alors qu’elle lui tournait les talons, lui se redressa et l’attira vers lui pour lui chuchoter tout bas à l’oreille. Quoi, exactement? Qui sait, mais le silence de la salle laissa place à un cri de rage, un crescendo où la douleur était intrinsèquement liée à la rage, suivi du bruit d’une gifle retentissante. Il la laissa partir tandis que les convives le sommaient de la lâcher et il fixa Oskar.

On se dit à l’an prochain?


Il quitta sous les huées, le corps tendu par l’adrénaline. Son cerveau, un trou noir qui l’empêchait de réfléchir. Tout était si surréaliste. Est-ce que tout ça venait réellement de se passer? Il ramassa le paquet réservé aux invités sur la table –il l’avait bien mérité- et s’enligna vers le couloir. La pluie battante cognait durement contre les carreaux de la fenêtre, lui faisant comprendre que tout était bel et bien réel. Peu après, Sasha sorti de la salle, poussée par sa fiancée.

«Adam! Attend…j-»

Sans se tourner vers elle, il l’interrompit.

«Sasha…tu sais à quoi je pense en ce moment? Si ton accident avait fait plus que de te briser la moitié du corps, si t’étais morte à cet instant. Tout ceci ne serait jamais arrivé. Je serais sans doute venu te rejoindre peu après. On aurait pu être bien, je crois.»

Mackenzie l’apostropha, voulant qu’il arrête immédiatement. Sasha, le souffle coupé par ses propos, ne savait quoi dire. Enfin, il se tourna vers elle, un sourire si candide et franc que les larmes lui montaient immédiatement aux yeux. Adam était brisé. Mais à quel point? Il ne lui laissa pas l’occasion d’y songer davantage.

«Merci, Sasha. Merci. C’était une très belle soirée. Adieu.»

Elle le laissa partir. Elle n’avait jamais voulu de ça. Ce n’était pas vrai. Sauf que le mal était fait et elle se sentait responsable. Une question lui demeurait en tête tandis qu’elle le voyait disparaître au détour d’un couloir, se traînant lamentablement, recouvert de sueur et de vin.

«Ils vont où, les gens qui n’ont plus rien?»

Plus rien à perdre, plus rien à gagner. Il ne leur reste que très peu de choix, n’est-ce pas? Elle urgea Mackenzie de lui prêter son téléphone.


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Dresseur Johto

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Dim 31 Déc - 5:30
Mains dans les poches, le dos voûté, il marche dans la noirceur. Il ne neige pas, il pleut. Malgré le temps de l’année. Peut-être pourrait-il trouver réconfort dans le fait qu’il n’est pas le seul à décevoir en cette soirée, mais il n’est pas d’humeur à se complaire dans sa propre médiocrité. Plutôt, juste à sa droite se trouve une étendue d’herbe qui lui semble plutôt confortable. L’idée n’est pas plus bête qu’une autre. Il se laisse tomber face première. Émets une plainte lorsque son souffle coupe sous le choc. C’était ça où le béton du trottoir et quoi qu’on en dise, Adam savait apprécier son confort. Cette chute, cet instant de laisser-aller complet lui permit de valider deux choses. Premièrement, c’était bel et bien la réalité. Deuxièmement, vu comment il avait mal d’une simple chute, le suicide n’était pas une option.

Une manœuvre quelque peu maladroite l’aida à se positionner sur le dos. Fixant le plafond noir du ciel, un goût métallique le dérangea. S’essuyant du revers de la main le nez, il comprit qu’il s’était également pété le nez. Une réalisation qui ne semblait pourtant pas le déranger tant il avait cette impression de ne plus appartenir à son corps tant il était ailleurs. De toute cette situation ne subsistait que l’absurdité. Tout ceci n’était qu’une sombre farce. Peut-être était-ce un signe, une invitation à suivre une nouvelle voie? Il l’entrevoyait bien, le travail de neuf à cinq. La famille, la stabilité. La retraite anticipée. Ça ne pouvait pas être si mauvais, n’est-ce pas? Sinon, ce ne serait pas le choix de la grande majorité des adultes. C’était sans doute le temps de grandir. Les pokémons, c’était un truc pour les enfants. Des animaux de compagnie, une distraction. Rien de plus. Ça aura été sympathique le temps que ça aura duré. Une fin douce-amère qui aura servi de rappel à la réalité. Mais c’est quand même dommage d’arrêter avant d’avoir commencé.

«Ça va? On dirait que t’as vu un fantôme.»

Et dire qu’il venait tout juste d’avoir une épiphanie. Qu’on le laisse savourer le début de sa nouvelle vie, de grâce. Évidemment, il ne répond pas, mais regarde en direction de l’inconnue, sans pour autant bouger la tête.

«Tu sais, je fais pas de kinkshaming d’ordinaire, mais t’es vraiment maso au point de te laisser humilier comme ça en public? Ça t’a plu au moins? Parce que c’était un peu pathétique. »

Même s’il avait envie de lui morver dessus tout le sang en train de coaguler dans son nez, elle avait un point. Il n’avait même pas essayé –ou alors très peu-, de se défendre. Il avait été pris par surprise, mais au-delà de ça, peut-être avait-il espéré y trouver l’absolution. Ce qu’on ne ferait pas pour faire partie d’un groupe, hein? Mais ce n’était pas lui. Il n’était pas lui-même. Sauf qu’il savait ce que ça faisait d’être lui-même. Une mort d’homme sur la conscience suffisait amplement.

« Tu vas attraper froid si tu restes comme ça. Allez, debout, avant que quelqu’un d’autre te trouve ici. J’habite pas loin. »

C’était quoi son problème, à elle?


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Dresseur Johto

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Mer 3 Jan - 18:34
Interlude

Urgh, une autre journée au boulot. L’automne et l’hiver c’est les grosses saisons pour le travail de lampadaire. Les journées sont plus courtes et comme on dépend beaucoup du cycle du jour et de la nuit, il nous reste que très peu de temps libre. J’ai su aujourd’hui que mon plus jeune, un néon, vient d’être installé dans une grande salle de réception. La fierté de toute la famille, sans aucun doute. Ainsi, après une trop courte nuit étant donné la température, le travail reprend. C’est un boulot routinier, mais il nous permet de regarder de haut les déboires des Créateurs. Ils passent dessous, nous observent parfois ne serait-ce que par pure bravade avant de détourner le regard, éblouis par la prestance de ce qui s’érige au-dessus d’eux. Nous, observateurs et juges silencieux, nous contentons de regarder, parfois de vivre par transposition une vie qui, bien souvent, n’a rien à envier. Peut-être est-ce une caractéristique de la foule de nuit ou peut-être est-ce seulement la période de la journée qui fait ressurgir les émotions néfastes dans le cœur des créateurs. Non, ce serait faux car aux côtés de ceux qui marchent la tête basse coexistent des groupuscules extrêmement festifs. Au point d’en être désagréables.

Ah, un client s’avance. Merci de faire affaire avec lampadaire numéro 1386! Ah, on dirait qu’il a oublié son parapluie. Pas très malin tout ça. La mine déconfite, on ne peut pas vraiment le blâmer. Il doit être détrempé le pauvre. Hmm, il vient de s’arrêter juste en-dessous. Allez, avance, tu vas faire fuir mes autres clients. Me regarde pas comme ça, c’est pas comme si je pouvais t’aider. Oh merde, il vient de se planter sur le sol. Hum…ça va, rien de cassé? Il bouge plus. E-Est-ce qu’il…Non. Il doit être seulement bourré. Ce sera pas le premier. J’espère qu’il n’a rien. Je ne voudrais pas être interrogé au sujet d’un mort retrouvé en-dessous de moi. C’est arrivé à numéro 1784 y’a quelques années. Muté quelque part dans une autre ville. On l’a pas revu depuis.

Ça suffit la sieste, debout. Ah, il bouge. Dieu merci. Il saigne du nez. Bon ça va, y’a pire. J’espère juste qu’il n’a pas fait de commotion avec cette chute. Il a l’air de s’en foutre un peu. Sauf que… ce serait trop te demander d’arrêter de me fixer. J’ai pas forcément l’habitude et ça me fait me sentir objectifié. Je pourrais faire vaciller la lumière pour l’effrayer. Ils ont l’habitude de croire aux fantômes à chaque fois qu’on fait ça. Ces idiots. Ah..euh. Désolé, je ne voulais pas te traiter d’idiot. Maintenant tu peux arrêter?

Quelqu’un d’autre arrive. Se penche vers lui. Enfin! Sort-le de là, de grâce. Jolie jeune femme, chevelure brune. Elle semblait plus vieille. D’ailleurs, on dirait qu’elle se moque de lui? Est-ce qu’elle vient de le traiter de pathétique? C’est pas très gentil. Elle n’a pas trot ceci dit. Il ressemble un peu à une loque. J’ai rarement vu quelqu’un avec aussi peu de d’amour-propre. Il ne semble pas être très enchanté parce qu’elle lui dit. Sauf qu’il termine par se lever et il marche en direction inverse. Elle le suit. Est-ce qu’il essaie de se sauver? Au moins, il est parti.

Ah, d’autres clients! Richement habillés, quel honneur! Ils rient et semblent plutôt heureux. ÇA, ça fait plaisir. Beaucoup plus charismatiques que l’autre. C’est pas pour être méchant, mais les gens souriant sont tellement plus agréables. Bonsoir, merci d’avoir choisi le lampadaire numéro 1386!


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Dresseur Johto

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Ven 5 Jan - 7:19
C’est une suite d’événements pour le moins étranges qui ont poussé Adam à se retrouver chez une inconnue suite à cette aventure. Inconnue qui, jusqu’à présent, n’avait fait rien de plus que de le tourner en ridicule. Son cerveau épuisé avait cessé de chercher réponse à ce qui lui échappait. Une méthode de survie; il serait bien dommage que son cerveau n’implose suite à une réflexion trop intense sur des agissements qui se passaient de logique.

Il se trouvait donc au milieu d’une cuisine d’un condo, un luminaire éclairant un îlot de cuisine d’une lumière grise, presque bleutée. De ce qui était éclairé, il remarquait que la pièce était blanche, le marbre (ou imitation de) noir de la table sur laquelle il reposait le haut de son corps était d’un froid réconfortant. Il était assis sur un tabouret, mais s’était échoué sur l’îlot, fermé à toute discussion. Quant à elle, elle semblait remuer le contenu de son frigo; il n’y prêtait pas vraiment attention. Outre le bruit du réfrigérateur, il n’entendait rien d’autre que le courant passant dans les appareils et le tic-tac régulier de l’horloge. Il n’avait pas la tête à discuter.

Le bruit d’une assiette cognant contre le marbre lui fit relever la tête. Une curiosité relevant presque du réflexe. Une part de gâteau au chocolat –trop grosse pour que ce soit raisonnable de la manger seul- se présentait à lui dans toute sa cadence. Un verre de lait meumeu suivait de près. Finalement, deux fourchettes terminaient ce portrait de fin de soirée et elle prenait place face à lui. « Elle », car il ne connaissait même pas son nom.

« Mange. Ça va te faire du bien. »

Il maugréa.

« J’ai pas faim. »

Un sourcil arqué, elle semblait presque prendre offense face à son refus.

« Peut-être. Mais t’es chez moi et chez moi je décide. »

Il se redressa, prêt à partir. Il semblait irrité, avait raison de l’être. Même si passer sa colère sur la seule personne qui ne lui a pas littéralement craché à la figure n’était peut-être pas l’idée la plus sage.

« Alors je vais partir, c’est simple. »

Elle répond dans la seconde.

« Pour aller où? »

Il s’arrête net, se force à la regarder dans les yeux, ce qu’il avait évité de faire jusqu’à maintenant. Il irait sans doute chez lui. C’était logique. Sur la route jusqu’à chez lui, il y avait deux viaducs et un chemin de fer à traverser. D’y penser lui donna des sueurs froides. Ce serait invitant, il regarderait sans doute en bas. Pour y faire quoi? Une bêtise? Non, il n’en avait pas envie. N’est-ce pas? Pas à ce point. Et pourtant. S’il pouvait lâcher prise. Non, c’est ridicule. Il s’en veut que l’idée lui ait traversé l’esprit et il serre les dents; il est sur la défensive.

« Je crois que ça me regarde. »

Elle prend sa fourchette, la plante presque avec grâce au niveau de la pointe. Elle soupire.

« J’ai l’impression que si je te laisse partir tout seul, tu vas te perdre. Je me trompe? »

Elle confirme ses pensées et ça l’irrite davantage. Son poing se serre autant que sa mâchoire. Une colère qui n’utilise rien d’autre que sa propre misère comme charbon. Il cherche des yeux, quelque chose à casser. Sauf qu’Adam sait se contrôler, même quand vient le temps de tout laisser sortir. Au point de se faire souffrance. Alors il laisse tout ça macérer au fond de lui, cette putride rancœur envers le monde entier.

« Pourquoi… » il ferme les yeux, marque une pause visant à aligner les mots de sa phrase. « …tu parles comme si tu me connaissais »

La curiosité dans son visage en est presque candide et elle mange sa bouchée, fourchette pointée vers lui pour le tenir en haleine.

« Hmm… Justement, j’en sais rien. » Elle hausse les épaules. « Enfin, j’en sais assez pour savoir que tu n’es pas la personne dont ils se sont foutus. Au mieux, t’es une merde fragile. »

L’insulte est inattendue, tellement qu’il en baisse sa garde momentanément.

« Alors pourquoi tu fais tout ça, si j’en vaux pas la peine? »

« Parce que ce que je trouve pire qu’un pleurnichard qui ne peut pas se défendre, c’est un type qui se force à aller contre sa personnalité pour plaire à la masse. Et je me demande si t’es vraiment à l’aise avec ça. Je crois pas que tu en viendrais à souhaiter ta propre mort, mais est-ce que tu vas laisser tout ça se terminer alors que t’es à ton plus bas? Alors qu’à toutes fins pratiques, tu n’as rien à ton actif tandis qu’à côté on vantait tes mérites? Je suis curieuse. Comme je t’ai dit, je ne sais à peu près rien de toi, sinon ton nom et le fait qu’aucun autre dresseur ne pourra te regarder dans les yeux sans se moquer au moins un peu de toi. Ce qui est ironique, puisque t’auras jamais été aussi libre que maintenant. »

Il la regarde, d’un air dubitatif, un peu comme on regarde un vieux fou qui raconte ses histoires de conspiration. Pourtant, il y avait cette flamme inquisitrice au fond de ses yeux. Elle avait gagné son attention.


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Dresseur Johto

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Ven 5 Jan - 22:12
Sans doute qu’ils n’avaient pas été présents à la même représentation. Libre? Il avait été con de croire qu’elle pouvait faire du sens de cette situation. Peut-être même qu’elle avait été engagée par les autres pour lui donner un faux sentiment d’espoir avant de le foutre au tapis à nouveau. Il sourit, n’empêche. Détourne le regard. Il s’est fait avoir. Sa main tombe à plat sur la table, sa langue vient taquiner l’arrière de sa lèvre inférieure dans sa bouche, un tic qui servait à dissiper sa frustration.

« Ok, c’était con de te suivre jusqu’ici. En quoi je suis libre, au juste? J’ai toutes les starlettes et les gosses de riches qui achètent leur talent au cul, maintenant. Je peux pas participer à des conventions, à des compétitions ou même me présenter dans des événements publics. Dans ce milieu, si t’as pas de nom, t’es rien. Tu le comprends, ça? Ils parlent tous dans mon dos depuis cette histoire, m’ont traîné dans la boue devant tout le monde, ça se retrouvera sans doute sur un putain de site de vidéos et, comme t’as bien fait de me le rappeler, j’ai pas été foutu de me défendre. Et toi, l’imbécile qui bouffe du gâteau, tu viens dire que je suis libre?»

Il regardait autour de manière nerveuse, cherchait la validation d’individus qui n’existaient pas, cette chaleur persistante dans sa poitrine qui lui faisait serrer des dents. La veine près de la tempe, si tout ceci n’était pas assez, il devait expliquer aux autres pourquoi il était dans la merde. Sauf qu’elle ne réagit pas ou alors très peu. Elle mange une autre bouchée.


« En quoi ça change de l’époque où t’étais étudiant? »

« Pardon? »

« Je veux dire, quand t’étais dans ta bulle, tu crois que personne ne parlait dans ton dos? Qu’ils te tenaient en respect? Ce soir, y’avait pas que des gens qui te détestaient. Y’en a qui te craignaient –bien que j’ai du mal à voir pourquoi-, d’autres qui te jalousaient –là aussi j’ai du mal, pardonne-moi -. La seule chose qui a changé, c’est toi. Tu les as laissé te faire ça. T’es une victime parce que tu as voulu en être une. »

« Et tu dis que tu ne me connais pas… Si t’es si brillante que ça, je devrais faire quoi? »

« J’sais pas moi, t’as envie de faire quoi? »

« …Comment tu veux que je le sache? C’était ma question. »

« Tu sais pas ou tu ne veux pas le savoir? Faut que tu t’aides un peu quand même. Réfléchis-y et tu m’en reparleras demain. T’as mon canapé et le reste du gâteau. Fais-en bon usage. »

Il n’avait pas vraiment envie d’être seul, ce soir.

«Tu me laisserais pas dormir avec toi, plutôt? »

C’était étrange à dire, presque comme une plainte, une supplication. Elle leva les bras en baillant, puis tout sourire.

« Berk non. Je dors pas avec des perdants. Imagine si je choppais ton attitude de loser. »

Il leva les yeux au ciel. Un petit rire lui traversa la gorge. C’était dur de répondre à ça, surtout qu’elle avait raison. Une nuit passa et à son réveil, il dormait à poings fermés. Sur la table, une assiette vide, pleine de miettes de chocolat. Au sol, ses vêtements détrempés et puants. Elle se demandait à quoi il avait bien pu réfléchir durant la nuit, sauf qu’elle avait un bon feeling.


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Dresseur Johto

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Sam 6 Jan - 7:21
Il s’était réveillé peu après. Forcément, elle faisait du bruit. La nuit avait été courte, entrecoupée d’instants de questionnement, de lui qui ressasse les derniers mois, de ce qu’elle lui avait dit. Il avait cherché la source de toute cette affaire, l’avait trouvé assez vite. Il y avait une part de légitimité ancrée dans son malaise, mais cette culpabilité s’était métamorphosé en besoin d’acceptation et de validation de la part de ses collègues et « amis ». À partir de cet instant, il avait arrêté de vivre pour lui. C’est beau un moment, mais était-ce un rythme qu’il pouvait endosser jusqu’à sa retraite? Jusqu’à la fin de ses jours. Il était incroyablement épuisé. On l’avait accusé, que ce soit par ressentiment, jalousie ou crainte, quelle importance? Il ne pouvait pas arrêter de vivre pour ça, pour quelque chose dont il n’avait que très peu d’implications. Il y avait réfléchi, s’était retourné le cerveau à force de chercher, mais il avait oublié son visage. Celui de sa victime. De quoi se sentait-il coupable dans ce cas? Il ne pouvait pas laisser cet événement le définir. S’empêcher d’avancer et accuser toute cette haine qu’on lui jetait à la gueule. On jette des trucs à la gueule des catins, pas à lui. Et puis, ils en font un peu trop, non?
Après tout, il n’y avait qu’une seule mort d’homme.

Sauf qu’il était las et fatigué. Il comprenait un peu mieux ce qu’il devait faire. Aller de l’avant. C’était si simple qu’il n’était pas plus surpris que ça d’avoir tant galéré à trouver cette réponse. Simple en théorie, mais comment en pratique? C’est bien beau de vouloir appuyer sur le bouton reset, mais c’est une autre histoire que de recommencer à neuf, tout seul. Surtout que ce putain de jeu gardait en mémoire en mémoire les relations précédentes. Et c’est facile d’insulter la mère de n’importe quel gosse de riche, de soi-disant vedette montante. Sauf qu’il faut en avoir envie. Et maintenant, ce dont Adam aurait bien envie, c’est de faire le vide. D’accepter que tout soit à recommencer, parce que ça non plus il le réalise pas trop. Il le comprend, mais sans plus. Alors ça lui coûterait quoi, quelques semaines, voire quelques mois loin de cet environnement hostile? Sûrement pas plus qu’un verre de vin à la gueule.

Elle le rejoignit après mis l’assiette dans le lave-vaisselle. Elle portait un t-shirt, mais ne s’était pas sentie obligée de porter un pantalon. Pas qu’il s’en plaigne. Lui-même était quasiment nu. Pas qu’elle s’en plaigne non plus. Peut-être que ça aurait été un peu plus invitant s’il n’y avait pas tant de questions en plan.

« Alors, t’as réfléchi un peu à ce que tu comptais faire? »

Il était assis, le dos courbé et ses mains se rejoignant derrière sa tête, massant ses tempes avec le bas de ses paumes.

« J’ai juste mal à la tête. Et tu vas bien me dire ton nom finalement?»

Elle eut un rire franc. Aigüe, pas trop désagréable, quoique trop enjoué. Moqueur? S’il l’avait regardée en face, son expression se serait changée en un simple sourire.

« Sasha »

Il plisse les yeux et lève la tête vers elle. Blasé, un brin de dégoût aussi. Elle éclate de rire. Là, c’est purement moqueur.

« Ahah, ok, c’est Billie. Maintenant tu vas faire quoi?»

« Ce que j’ai envie de faire, qu’est-ce que tu crois. »

Il y avait du progrès, mais c’était pas assez.

« Et ce que tu as envie de faire c’est? »

Il n’aime pas qu’on le force à parler. Il s’énerve un peu. Son ton de voix est plus sec, plus mordant.

« Dresseur. Je veux être un dresseur. »

« Eeeeet, tu vas faire quoi si les gens sont des gros méchants avec toi? »

« Tu me fais vraiment chier, là. J’veux plus m’en faire avec ça. Ils diront ce qu’ils veulent. T’avais raison, rien n’a vraiment changé. J’ai juste à leur fermer la gueule, c’est ça? »

Elle fait mine de songer.

« C’est dans l’esprit, mais faut peaufiner l’idée encore. Tu commences quand? »

Il hausse les épaules, pousse un long soupir libérateur.

« J’en sais rien pas tout de suite. J’ai besoin de vacances, de voir autre chose. Sauf qu’il reste une question à laquelle j’arrive pas à trouver de sens. Pourquoi t’as fait tout ça? Sûrement que tu veux quelque chose en échange. »

Elle hausse les épaules à son tour. Elle semble mystérieuse tout à coup, n’a plus cet éclat si positif qui la caractérisait auparavant.

« Eh bien…puisque t’en parle… »

Il y avait également quelque chose de diablement invitant là-dedans.


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