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» Killing Strangers (feat Béatrice Grandt)


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Modo CDT & Coordinateur

C-GEAR
Inscrit le : 13/12/2013
Messages : 2540

Région : Unys - Johto - Sinnoh
Dim 13 Aoû - 10:22

Chère Béatrice Grandt,

Avant tout, je vous remercie encore pour le défi que vous m'avez donné à l'Elite. Je ne suis peut-être pas un spécialiste des Pokémon et de la Coordination, mais vous affronter a pour moi été une expérience enrichissante que je n'hésiterai pas à refaire, puisque votre collègue Dominic Hazel m'a parlé des différents paliers que constituait l'Elite Trois, tout comme la Ligue Pokémon. En attendant ce jour, conformément à notre entretien suite à notre duel de prestation, je vous propose de venir assister à mon prochain concert à Vaguelone, au Wicked Siren, qui se tiendra dans deux semaines, à vingt heures trente (ou vingt heures si vous tenez à voir le groupe qui jouera notre première partie). Vous aurez bien entendu, si vous acceptez, un accès VIP vous permettant d'accéder aux coulisses dans leur totalité (loges, régie, etc.) ainsi que des boissons à volonté et autres privilèges qui vont avec ce titre.

Dans l'attente de votre réponse, je vous souhaite une agréable journée et vous prie d'agréer, madame, à l'expression de mes plus sincères salutations.

Tony Schwärtzwind.


Le message terminé, il appuya sur « envoyer » et ferma son ordinateur. Voilà longtemps qu'il n'avait pas envoyé un message aussi formel, pas depuis qu'il avait rencontré Kwakson, en tout cas. Autant dire que cela commençait à remonter, maintenant, et qu'il n'était pas vraiment très à l'aise avec ça. Mais bon, au moins il avait respecté sa parole, à voir maintenant si elle acceptait.

Finalement, la réponse ne tarda pas autant qu'il l'avait cru : il avait envoyé son mail dans la matinée et le Maître Coordinateur lui avait répondu quelques heures plus tard, aux alentours de la pause de midi. Ce fut pour lui à la fois surprenant et plaisant. Il était vrai que Béatrice avait vu sa curiosité piquée lors de son passage à l'Elite, mais il ne s'était pas attendu à ce que ce soit à ce point-là. En fait, il s'était davantage attendu à ce que soit plus par politesse que par réel intérêt, ce qu'il aurait parfaitement compris étant donné que son style de musique, même s'il touchait un public de plus en plus important et touchant un peu plus que la communauté metal qui était toujours très attachée à lui, ne plaisait pas à tout le monde et qu'il n'avait jamais eu la prétention de le faire. Aussitôt, la rockstar s'empara de son smartphone et la nouvelle fit le tour du groupe à la vitesse de l'éclair.

« Oh putain t'es sérieux ? » s'écria Kerry quand il l'apprit. « Merde, on va être avec la crème de la crème et j'ai toujours pas acheté de costard ! »

« Tu sais ce que t'as à faire maintenant. »
plaisanta le frontman.

« Et bien, je savais pas que tu étais attentionné avec nous au point d'amener des femmes aussi irrésistibles. » blagua sa bassiste quand ce fut son tour. « Rassure-moi, Kerry est pas invité, pas vrai ? »

« Si, mais il m'a pas dit quoi que ce soit sur elle, donc bon… Il est peut-être au courant, si ça se trouve. »

« Parfait. Le premier qui y touche, je lui coupe les couilles ou les miches, et j'en fais mon prochain barbecue. »


Les réactions des deux autres furent moins démesurées. Évidemment, connaissant le potentiel artistique de leur invitée, Ivy fut ravie de savoir qu'un membre de l'Elite se joindrait à eux à l'intérieur des coulisses, mais il comprit vite que cela aurait pu être n'importe qui d'autre parmi les Maîtres Coordinateurs, cela aurait très certainement été la même chose. Et Toki… restait fidèle à lui-même : aucune réaction, si ce n'est un grognement, suivi d'un succinct mais concis « Brutal ». Classique, mais qui présentait une légère satisfaction tout de même. Il fallait dire qu'il se fichait un peu de ce genre de choses. Il n'y avait que jouer de la musique qui comptait pour lui, rien de plus, rien de moins. Mais au moins, il était prévenu, et c'était surtout ça dont Tony voulait s'assurer, en ce qui le concernait.

Les deux semaines passèrent rapidement tandis que le groupe se rendit enfin sur les plages de Vaguelone, aidant les roadies à transporter leurs affaires afin de pouvoir effectuer les balances plus facilement et éventuellement passer plus de temps dessus, en fonction de l'ingé son qui s'occuperait d'eux. La routine, en somme. Enfin, si on pouvait appeler la moindre activité d'une star inter-régionale « la routine », ce serait ce genre d'activités dont il parlerait, selon lui. Ainsi que les interviews et la chasse au paparazzi, évidemment. Heureusement, tout se passa impeccablement bien : les gens connaissaient leur boulot, le personnel était tout ce qu'il y avait de plus charmant et il n'y avait aucun élément malencontreux sur leur route. Autrement dit, tout était nickel pour passer une bonne soirée et, Tony l'espérait, pour que Béatrice, quand elle serait parmi les membres du public, ait une bonne expérience.


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Elite 3

C-GEAR
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Région : Unys / Elite 3
Sam 19 Aoû - 22:25
Elle déteste les journalistes. Non, plus précisément, elle déteste les journalistes people et leurs questions à la con. Qui sont tous ces abrutis qui n'ont rien de mieux à faire que de venir la faire chier avec des questions intrusives qui ne les regardent absolument pas, hein ? Non mais franchement, qui en a quelque chose à faire qu'elle soit en couple ou pas ? Qu'elle voit quelqu'un ou pas, depuis combien de temps, si c'est une célébrité ou pas, et pourquoi pas leur position préférée au lit tant qu'on y est ?
Béatrice ne décolère pas. Son interview de la matinée ne cesse de lui revenir en tête et de peser sur ses nerfs déjà si faciles à titiller. Jamais elle n'aurait dû laisser Danielle lui imposer ce rendez-vous, jamais. C'est ce qui arrive quand on est un peu gentille : on se fait prendre dans un guet-apens avec une journaliste à la noix qui, comble de sa bêtise, pense contenter son public féminin en salissant l'image de la femme. Comme si, tout ça parce qu'elle représente un magazine féminin, elle ne peut pas poser des questions intéressantes ou un peu intellectuelles. Rien sur la lutte LGBT, rien sur la coordination, rien sur tout ce qui fait que Béatrice est ce qu'elle est. Non non, la seule chose que les femmes veulent apparemment savoir, c'est si Béatrice couche avec des gens. A vomir.

Elle s'enferme dans ses appartements, à double tour. Le premier qui vient la déranger, elle l'écrabouille purement et simplement. Là, tout de suite, la seule chose qui pourrait la calmer, c'est un bain.
Elle défait l'attache de ses chaussures, les envoie valser d'un mouvement rageur. Pourquoi faut-il que les gens soient si curieux de sa vie sentimentale, hein ? Est-ce qu'on est obligé de lui renvoyer en permanence à la gueule qu'elle a perdu la seule femme qu'elle eut jamais aimé ? Que contrairement à tous ces gens qui passent d'un partenaire à l'autre après une brève période de tristesse, elle elle n'arrive pas à oublier cette atroce douleur qui lui compresse le cœur depuis trois ans ? Est-ce qu'elle doit vraiment regarder en face l'échec de sa vie sentimentale pour le plaisir de la ménagère de moins de cinquante ans ?
Elle souffle, fort, longuement. Elle retire la pince qui retient ses cheveux, ôte les collants qui étouffent ses jambes. Tous ces artifices parce qu'elle est célèbre et qu'elle doit être belle. Être belle pour qui hein, elle se le demande bien. Pas pour elle-même en tout cas : son reflet lui renvoie simplement qu'elle n'était pas assez bien pour Camille.

Elle laisse tomber sa veste sur le canapé, y récupérant seulement son portable. Elle envoie un SMS à Danielle pour lui dire de ne pas la déranger pour l'heure à venir, sans explication. Ce n'est pas nécessaire de toute façon, Danielle la connait suffisamment bien pour savoir que Béatrice parlera quand elle voudra parler et pas avant. Tout en se dirigeant vers la salle de bain, elle commence à défaire les bretelles de sa salopette et retire le t-shirt qu'elle portait en dessous. Vite, l'eau chaude. Elle prend le temps d'ajuster la température pour qu'elle soit à la limite du supportable, puis bouche la baignoire et la laisse se remplir le temps de se déshabiller totalement. Adieu salopette, adieu soutien-gorge aussi salvateur que contraignant, adieu culotte assortie. Débarrassée de tout ce qui l'encombre, Béatrice pousse un profond soupir et s'adosse au lavabo.
Ça y est, elle n'est plus en colère. Ou non, elle n'est plus surtout en colère. Un autre sentiment qu'elle connait bien a pris le pas, ce même sentiment qu'elle fuit à tout prix en refusant de s'accorder du temps pour elle-même. Elle est malheureuse.
Elle repense à ce jour où elle a trouvé la lettre de Camille sur la table de la cuisine, à ce jour où elle a compris que la femme qu'elle aimait n'avait même pas assez de considération pour la quitter en face. Elle repense aux efforts désespérés qu'elle a fourni pour tenter de la faire revenir, à ces suppliques humiliantes qu'elle lui a adressées, à ces larmes qu'elle a versées. Même aujourd'hui, ça lui fait mal. Pas autant qu'avant, mais assez pour l'empêcher d'oublier. Assez aussi pour qu'une pauvre journaliste à la con réussisse à la faire sortir de ses gonds.

Béa se glisse dans le bain et s'allonge de tout son long. Elle se mord la lèvre pour résister à la chaleur qui lui mord la peau, puis après quelques secondes finit par s'y habituer. A quand remonte la dernière fois qu'elle a pris un peu de temps pour se détendre ? Prendre soin d'elle, c'est quelque chose qu'elle ne fait quasiment plus. De manière générale, elle évite au maximum de rester seule car c'est souvent dans ces moments-là que sa carapace de hargne se transforme en chagrin. D'ailleurs, il ne faut pas qu'elle s'attarde sur ses propres pensées si elle ne veut pas sombrer dans l'amertume : elle profite d'avoir gardé les mains sèches pour saisir son portable et trouver quelque chose pour la distraire. Tiens, justement, elle a quelques mails en attente. Elle jette un coup d'oeil rapide aux destinataires pour évaluer leur degré de priorité et son attention est captée par le nom de l'un d'entre eux. Tony Schwärtzwind. Tiens tiens.
Elle sort une jambe de l'eau, la déplie sur le rebord de la baignoire et se met à lire. Elle a un petit sourire moqueur en constatant le ton si formel de monsieur le grand rockeur. L'intimiderait-elle tant que ça ? "Conformément à notre entretien", c'est d'un drôle. Elle se souvient juste avoir glissé que ça pourrait être sympa de se revoir à l'un de ses concerts, de là à appeler ça un entretien... Non vraiment, c'est amusant. Mais malgré cet enrobage un peu décalé, l'invitation qu'elle n'espérait pas est bel et bien là : un concert dans deux semaines à Vaguelone, sa ville natale. Tout le bordel VIP elle s'en fiche, mais par contre assister à l'un des concerts de Schwärtzwind l'intéresse. Elle aime bien sa musique, elle a trouvé l'homme assez intriguant, donc pourquoi p... olala, elle devrait faire encadrer ce "dans l'attente de votre réponse, je vous souhaite une agréable journée et vous prie d'agréer, madame, à l'expression de mes plus sincères salutations", c'est l'une des choses les plus hilarantes qu'elle a lues depuis un moment.

Béatrice pianote sa réponse, un léger sourire aux lèvres. Oui, elle sera là. Elle peut au moins s'accorder ce plaisir-là.

***

A vingt-heures dix, Béatrice se présente à l'entrée des artistes où on attend sa venue. Elle porte une casquette plate en tissu gris sombre sous laquelle elle a caché ses cheveux tenus par une pince. Comme elle est à un concert de métal elle n'a pas besoin d'être bien habillée et c'est tant mieux : elle porte un t-shirt qui dévoile ses épaules et sur le devant duquel on peut lire "No guts no glory" ainsi qu'un jean taille haute. Tout ce qu'il faut pour passer une bonne soirée incognito.
La femme qui l'accueille l'entraine dans les coulisses pour rejoindre la zone VIP, et plus elles approchent de la scène plus Béa perçoit les riffs de guitare et les cris de la foule. Il ne s'agit encore que de la première partie mais l'ambiance a déjà l'air assez survoltée, ce qui augure du très bon pour la suite de la soirée.

« C'est ici Mademoiselle Grandt. » lui intime son accompagnatrice en lui ouvrant la porte. « Profitez bien du concert. »

Béa la remercie d'un mouvement de tête et entre dans la zone qui lui est, apparemment, réservée. Ça y est, elle voit la scène. Schwärtzwind ne s'est pas foutu d'elle, elle a un point de vue imprenable ! Et de quoi boire à disposition, comme il le lui avait promis. En ce qui la concerne ce sera limonade pour l'instant, elle n'a pas l'intention de boire toute seule dans son coin. Elle s'installe dans le fauteuil le plus proche de la rembarre, verre à la main, et commence à profiter du spectacle.
La soirée s'annonce vraiment excellente.


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Modo CDT & Coordinateur

C-GEAR
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Dim 20 Aoû - 17:26

C'était un morceau où les effets de clavier étaient plus proéminents que les guitares d'une manière générale, mais il savait que ça lui plairait davantage. C'était pour ça qu'il avait mis ce morceau en premier. Une façon de lui dire bienvenue, en un sens. La keytar d'Ivy rappelait davantage certains morceaux que l'on retrouvait dans le milieu du rap, du hip-hop et, dans une certaine mesure, dans l'industriel. Les autres instruments restaient dans quelques choses de plus simple, se contentant, pour les guitares et la basse, de marteler des power chords en ré l'espace d'un quart de temps de manière successive, parfois plus longtemps, parfois moins. Le tout était d'être percutant, un peu comme le faisaient certaines musiques de films. La batterie, quant à elle, battait simplement le rythme également, sans artifice aucun. Mais tout ceci servait un but bien précis. Tout ce couplet n'était que le calme face à la tempête qui allait venir. Tony, habillé de ses vêtements de cuir noir davantage travaillés pour l'occasion – trench-coat, chaussures montantes, jean serré et débardeur – s'approcha du micro, comme à son habitude, et modula sa voix de manière à imiter le chant de certaines stars de la pop qu'il avait pu rencontrer dans sa carrière, comme celle de Strykna, par exemple.

Everything's been said before,
Nothing left to say anymore,
When it's all the same
You can ask for it by name.

Les paroles ne donnaient pas encore de véritable signification à ce qu'il se passait, mais la manière dont les membres du groupe jouaient donnaient des indices sur ce qu'ils faisaient. Bien sûr, tous avaient gardé un peu de leur individualité dans leurs choix vestimentaires pour qu'on puisse les reconnaître, – bandana de motard pour Kerry, chapeau de gothic lolita pour Ivy et perfecto en faux cuir pour Lizzy, seul Toki faisait exception à la règle étant donné qu'il était en retrait derrière la batterie – mais eux aussi bougeaient de manière un peu plus lascives, comme certains clips qui passaient aux heures de grandes écoutes sur les chaînes spécialisées. Ils portaient également des vêtements qui rappelaient les artistes de ces mouvances-là : chaînes en or avec des Pokédollars dessus pour le guitariste, décolletés plongeants pour les filles, ainsi qu'une longue paire de collants noirs qui cachaient leurs jambes laissées nues à cause des minishorts en jean qu'elles portaient. La claviériste, et la bassiste dans une moindre mesure, n'étaient franchement pas à l'aise là-dedans, et cela se voyait, mais c'était parfaitement voulu et assumé de leur part et de celle de leur frontman, qui accéléra son débit de paroles à la manière de certains rappeurs bien connus.

Babble, babble, bitch, bitch, rebel, rebel, party, party
Sex, sex, sex, don't forget the violence !
Blah blah blah, got you lovey-dovey sad-and-lonely
Stick your stupid slogan in : Everybody sing along !


En soi, rien n'avait changé au niveau de l'instrumental, si ce n'est la keytar d'Ivy qui avait entonné une petite mélodie à la fois courte et horriblement accrocheuse, dans le mauvais sens du terme. Encore une fois, tout ceci était parfaitement volontaire et la rockstar répétait inlassablement les paroles du pré-refrain, à la manière d'une publicité que l'on jouait à la télévision, jusqu'à ce qu'il use davantage de ses cordes vocales et qu'il hurle les dernières paroles. Le synthé se fit cette fois-ci beaucoup moins présent, cédant sa place aux autres instruments, notamment à la batterie qui martelait le charlestone et la caisse claire sur un rythme entre le lent et le moyennement rapide et en insistant davantage sur la caisse claire sur certains breaks pour donner plus d'impacts à cette partie du morceau. Les guitares et la basse avaient également la part belle, même si ce n'était rien d'incroyablement techniques non plus, mais le son gras et baveux de leurs instruments enivraient les oreilles des spectateurs comme les litres de bières qu'ils avaient ingurgités.

Are you motherfuckers ready for the new shit ?
Stand up and admit, tomorrow's never comin'
This is the new shit, stand up and admit !

Do we get it ? No ! Do we want it ? Yeah !
This is the new shit, stand up and admit !


Retour sur le pré-refrain, puis le couplet, puis à nouveau sur le refrain. Les paroles, quasiment toutes explicitées, faisaient donc beaucoup plus de sens. C'était une critique pure et simple de la société de l'hyper-consommation, et de la publicité plus particulièrement, dont le mode de pensée agressif pouvait rebuter plus d'une personne qui en avait conscience. Les costumes des musiciens n'étaient en rien là pour critiquer les artistes de ces genres de musique écoutés par la plupart des gens, mais ils permettaient de donner un visage – éphémère, certes, parce qu'il changeait à travers les âges, mais un visage tout de même – à ce concept de soft power qui n'en avait pas forcément aux yeux de ceux qui n'en avaient pas connaissance. Vint alors le pont, où les guitares et les basses se firent à nouveau plus discrète, mais où la batterie restait plus que présente et où le synthétiseur avait de nouveau entonné cette mélodie atroce et répétitive. Le chanteur-guitariste prit autant d'air qu'il le put pendant sa très légère pause avant de répéter, lui aussi, inlassablement, les mêmes paroles.

And now it's "you know who"
I got the "you know what"
I stick it "you know where"
You know why ? You don't care.
And now it's "you know who"
I got the "you know what"
I stick it "you know where"
You know why, you don't care.


Retour sur l'intro, le pré-refrain et le refrain, une dernière fois. Cette fois-ci, les musiciens qui accompagnaient Tony avaient complètement embrassé leurs rôles de pop-stars ou de rappeurs invétérés et bougeaient au rythme de la musique, avant se s'approcher du micro et de chanter à leur tour, tandis que le Maître Coordinateur s'effaçait au fur et à mesure. Toutes leurs voix semblaient dépourvues de sentiments, même si elles étaient juste, musicalement parlant, et clamaient sans cesse : Let us entertain you. Au fur et à mesure, ils levèrent leurs mains, désignant le public pour qu'ils reprennent ce même message, qu'il exécuta sans sourciller, se prêtant ainsi au jeu. Combien d'entre eux cela avait-il atteint ? Tony n'en savait rien, mais il savait que Béatrice Grandt l'avait compris, celui-ci.

*

Fin du concert après le rappel, vingt-deux heures trente. Les musiciens étaient lessivés, mais dans l'ensemble satisfaits de leurs performances. Ils se rendirent tous en backstage pour chercher une boisson fraîche et se changer – à l'exception de Tony et Toki – puis, quand ce fut fait, le Maître Coordinateur fit signe à l'accompagnatrice de son ancien adversaire qu'ils étaient tous prêts à les recevoir.

« Ne pas crier comme une petite fille, ne pas crier comme une petite fille… » se répéta à voix haute Lizzy qui ne semblait pas pouvoir tenir en place.

« Tu veux que j'aille te chercher un petit remontant pour te donner du courage ? » proposa Kerry.

« T'es taré toi ! Il m'en faudrait au moins dix, de tes remontants. Et j'ai pas envie qu'elle ait une mauvaise impression de moi en étant tellement bourré que je lui pelote les miches sans même avoir pris le temps de lui dire bonjour ! »

Fou rire général, même si ce n'était pas vraiment au goût de la bassiste. Ce fut à ce moment que la seule et unique Béatrice Grandt entra dans la salle, à la grande satisfaction de Tony, qui s'empressa de venir lui serrer la main.

« Content que vous ayez pu venir. » se réjouit-il. « Alors, ça vous a plu ? J'espère que la vue était à votre goût ! »

Il lui fit signe de passer devant afin que tout le monde puisse se présenter. Et aussi pour éviter que l'ancienne chanteuse des Siderellas ne voit qu'il était en train de réprimer un énorme fou rire en repensant à ce qu'elle avait dit il y a quelques minutes à peine.


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Elite 3

C-GEAR
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Mar 22 Aoû - 16:00
La première partie fait du bon boulot, chauffant juste assez la salle pour que celle-ci soit prête à accueillir Schwärtzwind et son groupe comme il se doit. Depuis sa position excentrée Béatrice apprécie plus que quiconque le lien qui se crée entre un artiste et la foule, particulièrement fort dans le cadre des concerts. C’est bien le souci de la coordination, et de manière générale des œuvres théâtrales : difficile d’entrer en osmose avec l’assistance puisque celle-ci a un rôle passif dans l’évènement. Là le public bat des mains, siffle quand un riff lui plait particulièrement, reprend une parole quand l’artiste l’y invite. A cet instant personne ne réfléchit vraiment au sens des paroles et au message porté par le chanteur, mais au moins les spectateurs s’impliquent. Ce qui est déjà pas mal, pense-t-elle en sirotant sa limonade.

Le premier groupe quitte la scène et pendant quelques instants la salle reste dans le noir. Béa sent jusqu’ici la tension qui vibre dans la fosse, et pour tout avouer elle-même commence à ressentir un peu d’excitation. Même si sa première rencontre avec Schwärtzwind était sur son terrain, ici elle est dans son royaume à lui et ce n’est pas pareil de voir les gens dans leur propre milieu. Elle s’attend à être éblouie, à reconnaitre qu’il a un talent dont elle est dépourvue et qu’il l’exploite parfaitement. A ce qu'il lui expose son Art à lui.
Quand soudain les lumières se rallument, la salle explose en cris de joie féroce. Béatrice se penche légèrement sur son siège afin de mieux observer la scène et reconnait tout de suite Schwärtzwind avec ses cheveux blancs. Il porte sa tenue de rockeur qui lui colle à la peau, mais à part ça il n’est pas bien différent du trentenaire légèrement arrogant qu’elle a rencontré il y a quelques mois. Beaucoup plus de l’homme qui lui a donné du « conformément à notre entretien » par contre.

Ils entament la première chanson sans attendre et Béatrice est quelque peu surprise de ce qu’elle entend. Alors oui, certes, elle n’est pas une fan assidue du groupe et elle est très loin de connaitre tous les morceaux, mais il lui semble pourtant que ce n’est pas là leur registre habituel. Pas si métal que ça, finalement ? Serait-ce encore une simple image de marque pour couvrir qu’en fait Schwärtzwind sert la même daube que tout ce qu’on entend à la radio ? D’abord perplexe, elle décide d’accorder au chanteur le bénéfice du doute et s’intéresse davantage aux paroles et aux éventuels messages cachés dans l’instrumental. Elle qui ne s’intéressait qu’au frontman observe un peu les autres membres du groupe et repère quelques accessoires très clichés et vraiment pas métal qui commencent à lui mettre la puce à l’oreille. Une parodie ? Ah, maintenant que Schwärtzwind enchaine sur le pré-refrain, elle comprend mieux. Pas une parodie : une critique. Une critique de ces chansons sans intérêt, aux paroles convenus et sans aucune portée intellectuelle, voire de la consommation qui en est faite ? Peut-être, car le public en tout cas y est réceptif. Le reste de la chanson lui permet de confirmer son intuition alors que les musiciens chantent en chœur qu’ils ne font que les distraire sans chercher à les faire réfléchir. OK, bien joué, pense-t-elle avec un petit sourire et en dodelinant de la tête. Si le but était de lui prouver qu’en vrai artiste il est capable de l’ouvrir pour critiquer le monde qui l’entoure, c’est réussi.

Elle passe un très bon moment pendant toute la durée du concert, même si elle ne chante pas et ne danse pas non plus. Un battement de pieds léger pour suivre la batterie, un hochement spontané de la tête pour suivre la guitare, c’est tout ce que son corps exprime alors qu’elle écoute et regarde attentivement le groupe jouer. C’est fascinant de là où elle est : elle est assez proche pour voir l’expression de leurs visages et constate que tous se donnent à fond et croient à la moindre note qu’ils envoient. Elle a beau ne pas avoir d’affinité particulière avec le milieu du métal, ça ne l’empêche pas d’être entrainée par leur énergie communicatrice et elle constate ne pas être la seule. La fosse saute, chante fort, répond à chaque interpellation du chanteur. L’Art dans ce qu’il a de plus fédérateur et que seule la musique fait aussi bien. Ça aussi, c’est captivant à regarder.
Finalement le groupe s’éclipse à vingt-deux heures trente et les lumières se rallument. Alors que tout le public se dirige vers la sortie, Béatrice traine un peu pour finir son deuxième verre de limonade et savoir ce que l’on compte faire d’elle. Le mail de Schwärtzwind n’indiquait pas explicitement qu’il avait l’intention de la rencontrer après le concert, juste qu’elle pouvait se balader librement dans les coulisses si elle se montrait un peu curieuse. Alors ? Elle espère qu’il est prêt à la voir, car même si elle a déjà passé une très bonne soirée elle n’est pas venue pour un concert à l’œil.

« Mademoiselle Grandt, vous voulez bien me suivre ? Le groupe est prêt à vous accueillir. »

Ah, parfait. Elle suit la même jeune femme qu’à l’entrée jusqu’aux coulisses, puis plus loin jusqu’aux loges des artistes. Derrière la porte de ce qu’elle pense être la salle de repos on entend une profusion de rires qui retient une seconde son accompagnatrice de toquer. La détente post stress, Béa connait bien.
Quand la porte s’ouvre et que la rouquine se révèle dans l’embrasure, Schwärtzwind s’empresse de la rejoindre.

« Content que vous ayez pu venir. » dit-il en lui serrant la main. A son expression, Béa devine que son invitation n’était pas que pure courtoisie et qu’il est vraiment sincère. « Alors, ça vous a plu ? J'espère que la vue était à votre goût ! »

La vue à votre goût ? Quelle étrange tournure. Insinuerait-il qu’elle matait ? Même si, alors que son regard balaie la pièce et qu’elle repère les autres membres du groupe, elle doit reconnaître s’être quelquefois attardée sur la claviériste et la bassiste.

« Elle l’était, c’était un emplacement de choix. Et le concert m’a beaucoup plu, vous êtes plus doué en musique qu’en coordination. » dit-elle avec un petit sourire de défi.

Alors que le rockeur la laisse entrer, Béa en profite pour serrer fermement les mains des autres membres du groupe. Quand son regard attrape celui de la bassiste elle a la sensation de l’intimider et l’idée la fait sourire. Comme quoi, même les gens célèbres ne sont pas à l’abri d’être impressionnés par plus célèbres qu’eux.

« J’ai particulièrement apprécié votre morceau d’ouverture. » dit-elle au groupe. « Je ne le connaissais pas mais je l’ai trouvé intéressant, pas forcément musicalement mais dans l'intention derrière. Il prenait encore plus de saveur à vous voir l’incarner sur scène. Vous l’avez écrit après votre duel contre Strykna ? »


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Mer 23 Aoû - 11:32
Il reconnaissait bien là la femme qu'il avait affronté à l’Élite. Beaucoup la trouveraient provocante, insolente, malpolie ou autre chose du genre, mais la rockstar voyait à travers ça l'envie de se dépasser et d'exploiter le potentiel des gens par n'importe quel moyen. Ce n'était guère étonnant, quand on savait que la Coordinatrice était du genre militante et qu'elle exprimait son point de vue à travers son art, même s'il pouvait être dérangeant pour certains. Après tout, face à l'une de ses concurrentes, elle s'était bien mise à nu sur scène pour parler de l'identité de genre, une question qui, malheureusement, était encore loin d'être réglée pour un grand nombre de gens. Nul doute qu'elle avait dû se faire taper sur les doigts par le Comité ou par une quelconque organisation qui s'occupait de tout ça, mais si elle était toujours présent parmi les Maîtres Coordinateurs, c'était qu'elle avait su tirer son épingle du jeu. Et puis, la prestation avait été tellement époustouflante que le jury avait décidé qu'elle serait la grande gagnante du duel face à Linaewen Varda. Même Tony était au courant de cette affaire, tant elle avait fait couler d'encre. La plupart des journaux en parlaient, et même la télé, de mémoire.

« Rassurez-vous, mes Pokémon en redemandent, donc je reprendrai les Concours et je repasserai vous voir après la tournée. » lui assura-t-il, lui renvoyant son sourire. « Ce serait dommage de s'arrêter là alors que j'ai pas relevé le véritable défi. »

Il ne savait pas comment ça se passait pour les prestations, mais concernant les combats, Dominic lui avait bien fait comprendre que, même s'ils étaient de moins bons Dresseurs qu'à la Ligue, ils disposaient tout de même d'un niveau exceptionnel, et qu'ils n'y allaient pas nécessairement à fond, même si ce n'était pas au point de se rabaisser à du menu fretin.

Puis elle continua en parlant de leur performance, s'adressant cette fois-ci au groupe tout entier. Elle avait aimé le morceau d'ouverture ? Excellent, ça voulait dire qu'ils avaient réussi leur pari, dans ce cas, même si, après avoir observé sa prestation sur les cinq sens, Tony savait qu'elle n'aurait eu aucun mal à déceler quel était le message du morceau. Bien sûr, cela ne s'adressait pas qu'à elle en particulier, mais lorsqu'ils avaient appris qu'elle avait accepté leur invitation, ils avaient décidé de changer la setlist exprès pour pouvoir lui annoncer la couleur d'entrée de jeu. Lui faire comprendre qu'ils parlaient d'égal à égal, même si ce n'était pas tout à fait le même terrain.

« C'est vrai, mais on a attendu un peu avant de le jouer pour la première fois. » répondit-il quand Béatrice lui demanda s'il avait écrit le morceau après sa Battle of the Bands face à Strykna. « Je crois qu'on nous aurait accusé de mauvais gagnant si on avait remué le couteau dans la plaie en sortant ça dès le deuxième Badge en poche. »

Il se tourna vers ses musiciens et poursuivit.

« Et puis, ils m'ont aidé à bien peaufiner ce que j'avais fait, alors je dirais que ça valait le coup d'attendre. Tenez, je vais vous présenter. »

Il désigna tour à tour, de gauche à droite.

« Kerry Scorsher à la guitare rythmique, Toki Anthrax à la batterie, Isabella Crow à la keytar, et Lizzy Werner à la basse. »

Cette-dernière ne se fit pas prier pour lui sourire et venir vers elle pour lui serrer la main, non sans avoir quelques étoiles dans les yeux en pouvant approcher une aussi grande – sans mauvais jeu de mots – célébrité d'aussi près.

« J'adore ce que vous faites, mademoiselle Grandt ! » s'exclama-t-elle tandis que Tony se dirigea vers le mini-bar pour se prendre une canette de Soda Cool. « Franchement, pour une première prestation en tant que membre de l'Elite, c'était incroyable ! On sentait vraiment la détresse dans votre jeu, c'était incroyable. »

« C'était difficile de savoir derrière qui se ranger quand il s'agissait des cinq sens. »
renchérit Ivy. « Je ne connais pas le résultat exact mais Tony a dû gagner de peu vu la qualité qui se dégageait de la vôtre. »

« Faux frère. » répliqua Toki, qui sonnait fort accusateur même si c'était en réalité sur le ton de la plaisanterie.

« C'est pourtant vrai, je ne m'intéresse pas trop à la Coordination mais il fallait bien avouer que c'était impressionnant. »

« Oui, c'est sûr… Mais j'ai préféré la première quand même, plus d'impact. Et puis ça me parle plus, j'imagine. »


Petit message subliminal de la bassiste au cas où Béatrice serait célibataire. C'était comme ça que Tony l'avait interprété du moins. Heureusement qu'il était en train de sortir les boissons, parce qu'il retenait un énorme sourire moqueur envers la jeune femme.

« Qu'est-ce que je vous sers ? » s'enquit-il finalement, se retournant vers le Maître Coordinateur. « On a de tout ici, limonade, Soda Cool, eau, bière, vin, vodka… Et puis faîtes comme chez vous, installez-vous où vous voulez, c'est pas aussi formel que le Dôme, ici. »


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Mar 29 Aoû - 21:24
« Rassurez-vous, mes Pokémon en redemandent, donc je reprendrai les Concours et je repasserai vous voir après la tournée. Ce serait dommage de s'arrêter là alors que j'ai pas relevé le véritable défi.

- Je suis sincèrement ravie de l’entendre.
» dit-elle avec un petit hochement de tête. Elle est agréablement surprise que Schwärtzind puisse s’intéresser à la coordination au point de viser les prochaines étapes de l’Elite, souvent délaissées par les coordinateurs. Passer à la télé et frimer avec son ruban est souvent tout ce qui intéresse les gens, pas le dépassement de soi que demandent plusieurs passages.

Quand elle demande plus d’informations sur la musique d’ouverture du concert, le rockeur lui confirme que la composition a suivi la Battle of the Bands mais qu’ils ne la jouent que depuis peu. C’est bien charitable de sa part de penser à son adversaire, mais Béatrice pense qu’un message important ne doit pas être passé sous silence par politesse. Toutefois elle garde ça pour elle alors que Schwärtzwind lui présente les autres membres du groupe.

« Kerry Scorsher à la guitare rythmique, Toki Anthrax à la batterie, Isabella Crow à la keytar, et Lizzy Werner à la basse.

- Enchantée.
» dit-elle en les saluant.

La bassiste lui parait très enthousiaste en lui serrant la main et elle comprend pourquoi : c’est une fan.

« J'adore ce que vous faites, mademoiselle Grandt ! » s’exclame-t-elle alors que le chanteur s’éloigne un peu. « Franchement, pour une première prestation en tant que membre de l'Elite, c'était incroyable ! On sentait vraiment la détresse dans votre jeu, c'était incroyable.

- Merci.
» dit-elle humblement. Elle aurait préféré qu’elle lui dise que le message l’a bouleversée, mais qu’elle se souvienne de la prestation et ait été marquée par sa détresse est déjà pas mal.

« C'était difficile de savoir derrière qui se ranger quand il s'agissait des cinq sens. » continue Isabella. « Je ne connais pas le résultat exact mais Tony a dû gagner de peu vu la qualité qui se dégageait de la vôtre.

- Il méritait sa victoire, je vous assure.
» répond-t-elle. Elle ne sait pas si cette fille fait un excès de politesse ou si elle est assez insensible à la coordination, mais Béa est loin de trouver que sa prestation était ″de qualité″. Aucun message, rien de percutant, juste un petit spectacle réjouissant pour ceux qui peuvent s’en contenter. Avec un thème pareil elle n’a pas réussi à faire mieux.

« Mais j'ai préféré la première quand même, plus d'impact. » reprend Lizzy. Ce petit commentaire redonne espoir à Béa. « Et puis ça me parle plus, j'imagine.

- Ah oui ?
» demande la coordinatrice d’un air intéressé. Cette jeune femme est-elle trans ? Ou peut-être lesbienne ? En règle générale les homosexuels ont de l’empathie pour les trans, ils se retrouvent dans la non-reconnaissance de leur sexualité et dans les discriminations subies. Elle penche d’ailleurs plus pour cette dernière théorie, Lizzy a l’air d’une femme de naissance. Et elle a une certaine manière de la regarder, aussi. « J’espère que l’impact de la prestation n’a pas tenu qu’à son final, les critiques n’ont l’air d’avoir retenu que ça…

- Qu'est-ce que je vous sers ?
» demande Schwärtzwind, interrompant la conversation. « On a de tout ici, limonade, Soda Cool, eau, bière, vin, vodka… Et puis faîtes comme chez vous, installez-vous où vous voulez, c'est pas aussi formel que le Dôme, ici.

- Je prendrai une bière, merci.
» dit-elle en quittant la jeune femme des yeux. « Je me suis restreinte pendant le concert, mais ce ne serait pas très métal de boire autre chose en votre compagnie. » Elle remarque soudain ce que le rockeur a dans la main. « A moins que les softs ne soient la norme avec vous ? »

Elle attend que les autres se soient assis pour le faire à son tour, dans un canapé proche de la place qu’occupait Schwärtzwind à son arrivée. Elle se sent bien au milieu d’autres artistes, elle a la sensation d’être avec des gens qui réfléchissent à ce qui les entoure sans prendre tout pour acquis. Et ça change.


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Mer 27 Sep - 14:12
S'y était-elle attendue ? Apparemment non. Et c'était justement ce qui lui plaisait. Bien sûr, il y avait encore beaucoup à faire pour que la Maîtresse Coordinatrice passe une bonne soirée, mais la rendre agréablement surprise par le fait de savoir qu'il repasserait à l'Elite au moment où il aurait tous les Rubans nécessaires était déjà un bon début et Tony en était fier. Même si, il fallait l'avouer, c'était davantage l'esprit de compétition qui le guidait que la Coordination en elle-même. Et puis, sans doute le fait de travailler avec ses Pokémon également. Bien sûr, ce n'était rien comparé à la musique et il la ferait toujours passer en premier, mais faire ça comme un hobby dans lequel il pouvait tout autant s'exprimer qu'une personne lambda n'était pas si mal. Il devait juste ne pas être véritablement sur scène, finalement. Ce qui était dommage, parce que ça lui donnait l'impression de ne pas avoir la même proximité avec le public et ça le rebutait généralement un peu. Il ne pouvait pas chauffer la salle, la rendre hystérique comme il s'amusait à le faire pendant ses concerts, s'adonner complètement à ce qu'il faisait. Il fallait être dans le calcul, dans l'expectative au cas où il y aurait un problème technique ou si un de ses Pokémon n'arrivait pas à faire la même chose qu'en répétition, même si c'était rarement le cas. Voilà entre autres les raisons pour lesquelles il ne se considérerait jamais vraiment comme un Coordinateur, mais plus comme quelqu'un qui voulait simplement du challenge et exprimer une partie de son art en compagnie de Kwakson et de ses amis qui constituaient son équipe principale. Sans compter son aversion pour les Pokémon, mais c'était une autre histoire, même si ça s'était drastiquement calmé depuis qu'il avait commencé la Coordination et obtenu son premier Ruban.

Elle se présenta aux autres membres du groupe et, comme il s’y était attendu, Lizzy et Ivy furent celles qui furent le plus active dans la conversation et avec qui Béatrice semblait le plus accrocher. Pas étonnant, vu que c’était ces deux-là étaient celles qui s’intéressaient le plus dans les activités artistiques. Elles donnaient chacune leurs impressions, ce à quoi la Coordinatrice répondit que la rockstar avait effectué une performance honorable, dont la victoire était méritée. Elle restait humble dans ce qu’elle disait, loin de la provocation dont elle pouvait faire preuve envers les autres, mais sans pour autant que cela puisse paraître contradictoire. Et ce n’était pas plus mal. En fait, ça changeait un peu de certaines personnes qu’ils avaient pu rencontrer en backstage. Parfois, il leur arrivait, surtout quand c’était des gens qui avaient payé pour ce privilège, d’entendre des gens qui n’arrêtaient jamais de se vanter pour avoir l’air intéressant, et c’était parfois le cas, mais ce n’était pas ce que Tony appelait un échange des plus constructifs. Et d’ailleurs, en parlant d’échange constructif…

« Evidemment qu’il n’y avait pas que le final ! » lui sourit Lizzy non sans rougir un peu quand Béatrice mentionna que les paparazzis semblaient s’être davantage intéressés à la scène de nudité à la fin de la prestation de la Coordinatrice sur l’identité de genre plutôt que sur le fond de celle-ci. « Avant de rencontrer Tony j’avais un groupe avec lequel on a écrit quelques chansons pro-LGBT+. Donc pour connaître ça et pour faire partie du mouvement moi-même, je sais que c’est frustrant quand les gens retiennent pas le message. »

« Et pas uniquement le message. »
se permit de rajouter Ivy, beaucoup plus à l’aise que la bassiste. « Ne retenir le final, ce n’est qu’occulter l’aspect esthétique du reste de la prestation. »


Plus il l’entendait, plus Tony avait envie de glousser, et il se disait que Kerry en était exactement au même point, s’il ne se retenait pas d’éclater de rire devant tout le monde en disant quelque chose du genre « Ouais c’est ça Lizzy, on se souvient de ce que t’as dit quand t’as vu Béa à poil. » Mais qui sait, peut-être que ça viendrait après quelques verres ? Sans doute pas tout de suite en tout cas, vu que l’intéressée ne voulait que de la bière pour le moment, se justifiant que prendre autre chose ne serait pas très metal. Elle remarqua ceci dit que le frontman ne transportait pas que des canettes de bière mais aussi d’autres boissons plus variées et se demanda s’ils ne faisaient pas que dans les boissons les plus softs.

« On s’en fout un peu, pour être honnête. » admit-il en haussant les épaules. « On juge pas sur ce que les gens boivent. On fait gaffe avec les jeunes et on leur donne pas d’alcool quand ils sont pas majeurs parce qu’on veut pas de problème mais à part ça on a pas de problème avec ça. Toki prend que des boissons énergisantes par exemple, on va pas le traiter de tapette. »

« Surtout venant du mec qui s’aligne des litres de Soda Cool. »
lui fit remarquer le motard en désignant Tony du menton.

« Exactement ! »

Il distribua à chacun les boissons qu’ils désiraient, à commencer par leur invitée de marque, avant de s’asseoir sur le fauteuil juste en face du canapé où se trouvait Béatrice. Naturellement, la bassiste s’empressa de s’asseoir à côté de la Coordinatrice, tandis que Toki fit de même à sa gauche. Le contraste entre les deux était vraiment saisissant, surtout quand il avait sa boisson énergisante dans sa main tandis que la jeune femme avait sa bière avec elle.

« Alors, qu’est-ce que vous racontez de beau depuis l’Elite ? » s’enquit la rockstar. « On vous a pas trop entendu ces derniers temps, que je sache. »


« Moi, je sens un gros projet qui va arriver. »
se permit Lizzy avant que la Coordinatrice ne puisse répondre. « Je peux pas vous imaginer inactive alors qu’il y a autant de choses à faire et à dire sur l’actualité. »

Une chose était sûre, elle avait bien compris comment attirer l’attention de Béatrice. Maintenant, il fallait faire attention à ne pas monopoliser la conversation non plus. C’était une invité de marque, après tout, et il fallait la traiter comme tel.


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Ven 10 Nov - 14:03
« Evidemment qu’il n’y avait pas que le final ! » reprend la bassiste avec une petite rougeur. S’imagine-t-elle qu’elle a froissé Béatrice ? Elle aurait pu, mais depuis cette prestation Béa a trop entendu parler de ce final pour que cela continue de l’agacer. Elle s’est juste fait à l’idée déprimante que les gens sont incapables de voir de la nudité autrement que comme du cul. « Avant de rencontrer Tony j’avais un groupe avec lequel on a écrit quelques chansons pro-LGBT+. Donc pour connaître ça et pour faire partie du mouvement moi-même, je sais que c’est frustrant quand les gens retiennent pas le message. » Oh ? Une activiste ? Voilà une jeune femme avec qui elle aura des choses à dire, pense-t-elle.

« Et pas uniquement le message. » ajoute Ivy. « Ne retenir le final, ce n’est qu’occulter l’aspect esthétique du reste de la prestation.

- Cela fait plaisir à entendre.
» répond sincèrement la rouquine. Ses traits habituellement durs se sont légèrement adoucis, comme si elle était moins sur la défensive. « C’est agréable de savoir que certaines personnes sont capables d’apprécier une prestation comme un véritable art, pour la majorité la coordination est avant tout un divertissement… » Elle dit cela avec une pointe d’aigreur, vite oubliée lorsqu’elle se tourne vers Lizzy en souriant. « J’aimerais bien écouter vos chansons, si vous les avez encore. Vous savez peut-être que je fais partie de la direction du mouvement LGBT+ d’Unys, même si mes fonctions ont dû être réduites depuis ma nomination à l’Elite… mais cela n’empêche que des chansons activistes pourraient beaucoup nous intéresser pour de futures démonstrations. Enfin, si vous voulez. »

Elle s’assoit en attendant sa bière, vite rejoint par la bassiste et le batteur qui s’installent de part et d’autre d’elle. Cette proximité soudaine la met un peu mal à l’aise ; en général Béa tient à son espace vital et elle n’aime pas trop qu’on la touche. Toutefois, comme ces gens sont sympathiques, elle ne dit rien et accepte calmement de prendre sur elle.
Quand elle fait la remarque qu’apparemment ces métalleux-là font dans le soft, Schwärtzwind part pour lui expliquer qu’ils s’en foutent de ce que chacun boive. Sans pouvoir s’en empêcher Béatrice esquisse un petit sourire moqueur et attend qu’il finisse sa diatribe pour lâcher :

« C’était une blague, Schwärtzwind. »

En même temps, pour sa défense, il n’est pas évident de remarquer quand elle cherche à plaisanter. Elle ne rit pas à ses propres blagues, ne sourit pas non plus sauf parfois d’un air narquois, et de manière générale ses tentatives d’humour sont rares – elle fait plutôt dans le sarcasme. Pas étonnant que le chanteur ait cru qu’elle posait sérieusement la question.

Elle boit une franche gorgée de sa bière tandis que le frontman s’assoit en face d’elle. Bonne qualité, pense-t-elle. Malgré son grand sérieux et sa froideur apparente, Béa n’est pas à la traine quand il s’agit de boire et c’est souvent dans un bar qu’elle retrouve ses quelques amis proches. C’est l’un des aspects un peu surprenants de sa personnalité pour ceux qui ne la connaissent pas bien.

« Alors, qu’est-ce que vous racontez de beau depuis l’Elite ? » demande Tony. « On vous a pas trop entendu ces derniers temps, que je sache.

- Moi, je sens un gros projet qui va arriver.
» intervient la bassiste avant que Béa ne puisse dire quoi que ce soit. « Je peux pas vous imaginer inactive alors qu’il y a autant de choses à faire et à dire sur l’actualité.

- En effet.
» dit-elle. « Etre inactive, c'est pas mon truc. Malheureusement mon statut m’oblige à me tenir un peu plus en retrait, je ne peux plus être aussi provocatrice qu’avant. »

Que ça lui manque d’ailleurs ! Elle adorerait pouvoir participer aux opérations coups de poing mais ce serait mal vu par le Comité de l’Elite, déjà un peu frileux à l’idée de l’embaucher. C’est pourtant ce qu’elle aime le plus, être sur le terrain à tenter des choses.

« Par contre, la notoriété permet de faire d’autres trucs… Par exemple, moi et quelques activistes de la SPP avons un projet d’assos sous le bras pour lutter contre la capture intempestive de Pokémon. Je peux vous en parler un peu si cela vous intéresse, c’est pas top secret. »

Elle attend l’assentiment des autres avant de continuer. Elle le sait, quand elle se lance dans ce genre de conversations, difficile de l’arrêter.

« C’est encore en étude, la logistique est plutôt compliquée à mettre en place et les lois jouent contre nous, mais concrètement nos bénévoles utiliseraient les pokéballs de l’assos pour capturer les Pokémon en voie de disparition ou indispensables à leur environnement comme les chefs de troupeaux, puis ils les laisseraient sortir définitivement et les pokéballs seraient stockées dans nos entrepôts. Comme il est impossible de capturer un Pokémon déjà lié à une pokéball, cela protègerait tous ceux de l’assos de la capture… C’est déjà ce que j’ai fait pour les Pokémon avec qui j’ai créé des liens, comme la Fragilady que vous avez pu voir avec moi sur scène. Elle aime ma compagnie mais veut vivre sa vie dans la forêt d’Empoigne librement, ce qu’elle peut faire puisqu’aucun dresseur ne peut la capturer maintenant qu’elle est liée à l’une de mes pokéballs. Evidemment il faut penser au cas où un Pokémon capturé par nos soins se lierait volontairement d’amitié avec un humain, il faudrait un système permettant de récupérer une pokéball dans un entrepôt si le Pokémon est d’accord… Tout comme cela risque d’augmenter les risques de braconnage, qu’il faudra gérer aussi. C’est complexe, mais mon statut me permet d’avoir les fonds et le rayonnement médiatique pour tenter une opération de cette envergure, même s’il va falloir batailler avec le gouvernement unysien qui viendra sûrement nous faire chier avec le concept de libre capture. »

Autant elle peut paraitre peu loquace, autant quand il s’agit de ses activités engagées Béatrice peut parler avec passion pendant des heures. Elle boit une bonne rasade de bière, laissant l’opportunité aux autres de faire les commentaires qu’ils veulent sur le sujet.


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Sam 2 Déc - 14:51
« Bien sûr, avec plaisir ! » se réjouit Lizzy quand Béatrice lui demanda s’il serait possible d’écouter les morceaux qu’elle faisait avec les Sidérellas qui étaient en rapport avec le mouvement LGBT+. « Faudrait voir avec les anciennes pour pouvoir les diffuser vu qu’elles ont des droits dessus, mais je pense qu’elles accepteront. Et de toute façon, je vous enverrai ça sans faute ce soir, faut déjà que ça vous plaise. »

Parce que de toute manière, elle était certaine qu’elles viendraient réclamer des sous concernant les droits des chansons. Mis à part peut-être Cass’, elle avait l’air de ne pas s’en soucier la dernière fois qu’elle l’avait vue avec le reste du groupe, quand Tony et les autres avaient été à Illumis pour la réconforter un peu. Elle avait même pris leur défense – bien que complètement bourrée – quand l’Agent Bark était venu se rendre chez elle parce que le voisinage s’était plaint pour tapage nocturne. Ainsi, elle savait qu’elle serait tout à fait d’accord pour qu’une figure aussi éminente – dans tous les sens du terme, bon sang mais quelle poitrine ! – que Béatrice utilise leurs chansons dessus. Enfin, au moins celles qui ne se contentaient pas juste de faire du « sex, drugs and rock n’roll » version lesbienne, sinon ça n’aurait pas vraiment d’intérêt.

« D’ailleurs Tony, tu penses qu’on pourrait la ré-enregistrer avec vous tous ? » s’enquit-elle auprès du frontman. « Qu’on fasse un truc un peu moins cheap ? »

« Tu sais bien qu’il y a jamais de problème pour ça ! »
répondit-il avec un sourire, sans être vraiment atteint par la réponse que Béatrice lui avait faite, probablement parce qu’il n’avait pas vu où était l’humour là-dedans, avant de se tourner vers cette dernière. « D’ailleurs si vous voulez nous voir faire ça pour que vous voyiez un peu comment ça se passe, y a pas de soucis. Appelez-nous juste avant pour que les autres se goinfrent pas et qu’on garde de la bouffe pour vous, d’accord ? »

Son regard suivit celui de Kerry, qui ne se sentit pas tellement coupable de ça. Quoiqu’il en soit, la bassiste ne redevint vraiment sérieuse qu’après que la Coordinatrice ne se mette à leur révéler une partie des projets sur lesquels elle travaillait en ce moment. Une manifestation contre la capture intensive, elle avait bien raison. Et il n’en fallut pas longtemps pour que Tony ne se mette à approuver aussi. Non pas que les Pokémon soient quelque chose qui lui tenaient à cœur – il n’avait plus tant d’aversion à leur sujet mais il n’allait pas devenir ami avec tous ceux qu’il croisait non plus, il ne fallait pas déconner – mais ce serait mieux si les gens devenaient un peu responsables aussi de leur côté et ne se mettaient pas à capturer tout ce qui bougeait. D’ailleurs, la manière dont elle parlait de leur façon de faire était intéressante aussi. Attraper des Pokémon pour les lier à une Poké Ball et les relâcher ensuite dans la nature pour éviter que les Poké Balls des autres fassent effet ? Pas bête. Imparfait, parce que des gens viendraient sans doute s’enrôler exprès pour les capturer et parce que, comme Béatrice l’avait si bien dit, le gouvernement ne les laisserait pas faire si facilement, mais pas bête. Et de toute façon, elle devait déjà être au courant de tout ça sans pouvoir véritablement être capable de le gérer. Elle faisait partie de l’Elite maintenant, elle avait des obligations et ça se comprenait.

« En même temps, si les gens envoyaient pas leurs gosses faire leur parcours de Dresseur ou ce que tu veux à dix ans, on en serait pas là. » fit le motard après quelques gorgées d’une bouteille de Jack. « Surtout quand ils ont un Pokédex, je crois que ceux-là c’est les pires. Pourquoi tu fournirais des trucs de haute technologies à des marmots, pour commencer ? »

« Dix ans ou pas, j’en sais rien, mais si j’ai pu avoir ma carte de Coordinateur en étant complètement bourré, c’est qu’effectivement y a un souci. » ajouta Tony, en espérant paraitre un peu moins réactionnaire que son comparse aux yeux de Béatrice, histoire de soigner un peu son image, juste au cas où. « C’est limite si on peut obtenir ça plus facilement qu’un port d’armes alors qu’un Tryoxhydre ou un Tranchodon c’est cent fois plus dangereux. Et déjà qu’un port d’armes c’est pas difficile à avoir… »

Non pas qu’il allait demander à ce qu’ils soient exterminés, évidemment, mais tout de même, il fallait un moment faire attention à ce que ce genre de choses puisse être contrôlé un jour. Tout simplement parce que les Champions d’Arènes et les membres de la Ligue ou de l’Elite ne pouvaient pas être partout à la fois et que l’armée n’allait sans doute pas être capable de faire quoique ce soit si un jour un Dresseur malintentionné venait à s’emparer de Pokémon surpuissants comme ceux-là. Encore heureux que c’était des créatures difficiles à dresser, à élever, à capturer ou à faire évoluer.

« C’est pas trop difficile de trouver des gens qui ont envie d’aider ? » voulut savoir le guitariste et chanteur. « Je vois pas souvent des gens qui sont d’accord avec une idée comme ça et encore moins qui s’investissent dans des projets pareils. »

On ne parlait pas de faire attention aux déchets que l’on produisait, après tout. Et encore, changer les mentalités pour ralentir le réchauffement climatique ou quelque chose dans ce genre-là n’était définitivement pas une mince affaire, alors quelque chose de cette envergure, ce devait être encore pire.

« A Unys peut-être, mais dans les autres régions où on est un peu moins centré sur soi-même, ça doit être plus facile, je pense. » répondit aussitôt Lizzy.

Sa réaction lui valut un regard amusé de la part d’Ivy. Toki et elle ne se prononçaient pas trop sur ce genre d’affaires, préférant l’esthétique pure à un quelconque message engagé. Mais même si elle ne l’affirmait pas à voix haute, elle trouvait vraiment que la bassiste essayait un peu trop de mettre la Coordinatrice dans sa poche. A moins que ce fût tout simplement parce qu’elle la trouvait juste naïve de penser que les êtres humains en général n’étaient pas une bande d’individualistes.


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Mer 24 Jan - 7:10
« Bien sûr, avec plaisir ! » La bassiste semble sincèrement ravie de l’intérêt que Béatrice porte à ses chansons engagées. Pas une fois la rouquine s’imagine que cet enthousiasme peut avoir une autre cause que la fierté d’un artiste dont on reconnait la pertinence. « Faudrait voir avec les anciennes pour pouvoir les diffuser vu qu’elles ont des droits dessus, mais je pense qu’elles accepteront. Et de toute façon, je vous enverrai ça sans faute ce soir, faut déjà que ça vous plaise.

- J’écouterai ça.
» Peut-être pas dès ce soir, mais pour sûr elle le fera. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle se forcera à trouver ça bien : il n’y a pas de sympathie qui tienne en Art.

« D’ailleurs Tony, tu penses qu’on pourrait la ré-enregistrer avec vous tous ? » poursuit la jeune femme en s’adressant au chanteur. « Qu’on fasse un truc un peu moins cheap ?

- Tu sais bien qu’il y a jamais de problème pour ça ! D’ailleurs
» Il se tourne vers elle. « si vous voulez nous voir faire ça pour que vous voyiez un peu comment ça se passe, y a pas de soucis. Appelez-nous juste avant pour que les autres se goinfrent pas et qu’on garde de la bouffe pour vous, d’accord ?

- La musique c’est pas vraiment mon domaine, mais par curiosité et si je suis dans le coin pourquoi pas.
» Elle se rend compte après l’avoir dite que sa réponse est un peu sèche, aussi elle se force à ajouter : « C’est sympa. »

Elle se doute que la proposition est professionnelle, après tout elle et Schwärtzwind ne se connaissent pas du tout, mais elle reste surprise par l’amicalité dont le chanteur semble faire preuve à son égard. Hypocrisie ou véritable sociabilité ? Elle ne sait pas trop, Schwärtzwind dégage quelque chose qui tendrait à penser qu’il est naturellement à l’aise avec les gens mais Béa a appris à se méfier. C’est une célébrité après tout, et elle est bien placée pour savoir qu’on apprend à porter un masque dans le métier. Même si pour elle cela reste très compliquée de faire semblant.

***

Elle ne sait pas si son projet intéresse véritablement ses interlocuteurs ou s’ils font simplement semblant, mais en tout cas ils n’hésitent pas à donner leurs avis sur le sujet. Béatrice les écoute sans commenter, sirotant sa bière en suivant des yeux celui qui parle. Aucun n’a vraiment compris le sens profond de son action, ils s’arrêtent simplement à l’aspect irresponsable de la capture de Pokémon par des personnes qui n’ont pas la capacité de s’en occuper convenablement. C’est assez désespérant mais c’est ainsi que la majorité des gens pensent : peu sont ceux qui poussent la réflexion jusqu’à admettre que le simple fait de capturer des Pokémon est une barbarie et qu’il faudrait annihiler totalement le concept de pokéballs. Ce n’est pas pour autant que les relations entre humains et Pokémon seraient coupées, il faudrait simplement que les humains apprennent à apprivoiser les Pokémon plutôt que de forcer leur amitié avec des machines. Béa est l’exemple vivant que c’est complètement possible.

« C’est pas trop difficile de trouver des gens qui ont envie d’aider ? » demande Schwärtzwind alors que la rouquine termine sa bière. « Je vois pas souvent des gens qui sont d’accord avec une idée comme ça et encore moins qui s’investissent dans des projets pareils.

- A Unys peut-être, mais dans les autres régions où on est un peu moins centré sur soi-même, ça doit être plus facile, je pense.
» intervient la bassiste avant que Béa ne puisse dire quoi que ce soit. A cette réflexion, la Maitre coordinatrice ne peut s’empêcher d’avoir un bref rire moqueur.

« Toutes les régions sont pareilles sur ce sujet, il y a un très large consensus sur la libre capture et personne n’est prêt à abandonner ce "droit". Par ailleurs, il n’y a qu’à Unys que nous avons une force politique aussi puissante que la Team Plasma et qui prône l’abolition de ce privilège. Le mouvement existe dans les autres régions mais il n’y a que chez nous qu’il rencontre autant d’adeptes, donc j’aurais plutôt tendance à penser qu’Unys est la région la plus progressiste sur ce sujet. » Elle tourne son regard vers Schwärtzwind, n’ayant pas oublié sa question. « Beaucoup de bénévoles qui s’investissent déjà dans la SPP sont partants pour nous aider, ce qui est compréhensible : ils voient tous les jours les ravages de la capture inconsidérée sur les Pokémon abandonnés qu’ils récupèrent. Mais à part eux, c’est vrai que c’est pas évident de faire bouger les gens. Mais bon, ça c’est de manière générale, souvent il n’y a que quand on se sent concerné qu’on prend les armes et qu’on se bouge. Or, comme les Pokémon ne manifestent pas… Il n’y a pas beaucoup de voix pour défendre leurs droits. Ou pour les défendre vraiment, plutôt, car les propriétaires de Pokémon n’ont souvent que des intentions bienveillantes envers leurs compagnons. Ils pensent juste que la situation est très bien comme elle est parce que leurs Pokémon ont l’air heureux. »

Elle se tait, ne désirant pas qu’un ton trop vindicatif ne rende ses propos agaçants. Quand elle était plus jeune il lui arrivait de tenir la jambe de ses interlocuteurs jusqu’à les ranger à son point de vue mais elle a appris avec le temps que ça ne fonctionnait pas comme ça. Rendre curieux, sensibiliser en exposant son point de vue et son action, casser les arguments inexacts mais sans dénigrer ceux purement subjectifs pour ne pas braquer l’autre. Cette manière de faire très soft n’est pas vraiment dans la personnalité de Béatrice et elle doit prendre beaucoup sur elle pour ne pas s’enflammer quand les gens ne sont pas d’accord avec elle, mais elle a eu l’occasion de se rendre compte que c’était ce qui marchait le mieux. Personne n’est vraiment convaincu de l’urgence d’agir tant qu’il ne s’est pas personnellement emparé de la question.

« Si l’idée vous intéresse on pourra en parler davantage quand on aura eu les autorisations gouvernementales, il nous faudra des voix pour nous faire connaitre. »


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Mer 28 Fév - 17:44
Entendre rajouter un petit commentaire pour bien faire comprendre que l’idée l’emballait parce qu’elle savait qu’elle pourrait paraître sèche le faisait presque sourire intérieurement. D’abord par rapport à la réaction que Lizzy pouvait avoir, mais aussi parce qu’il comprenait ce genre de comportement. Travailler dans les milieux associatifs ou se battre pour obtenir certains droits pouvait altérer la manière de percevoir les gens. Sachant qu’en plus cela devait faire partie de son caractère d’être aussi froide, il avait bien compris qu’il n’aurait jamais de réaction grandement positive de sa part, mais rien que savoir qu’elle était intéressée était suffisant. Après tout, il ne pouvait pas nier qu’il pouvait être comme ça, lui aussi. Il l’avait été pendant ses périodes de galère, par exemple. Ou les fois où Zack et lui s’étaient vus pour parler business, au sein des locaux de Desperado Records, à la Ville Noire. Ceux qui avaient eu un échange plutôt agréable avec lui seraient peut-être étonnés de le voir sous une autre facette de lui-même. Lui aussi pouvait se montrer froid, s’il le voulait, peut-être parfois provocateur, aussi. Peut-être pas autant que Béatrice, mais c’était le cas. Notamment quand il s’agissait de choses qui le passionnait, encore une fois. Cela le faisait se demander comment elle pouvait être dans la vie de tous les jours, d’ailleurs. En parlant de causes qui lui semblaient importantes, il était clair qu’elle pouvait être du genre enflammé, et ce serait sans doute un euphémisme que d’utiliser cet adjectif. Ce n’était certainement pas sa façade, au contraire, ce devait sans doute être le moment où elle devait se sentir le plus « elle-même. » Mais par conséquent, avait-elle ce même style de vie tous les jours ou bien était-elle plus détendue, posée et sociable quand elle s’adressait aux gens qu’elle respectait ou appréciait ?

La réponse qu’elle fournit au guitariste et à la bassiste fut des plus intéressantes. Contrairement à ce que Lizzy affirmait, c’était probablement à Unys que les consciences étaient le plus ouvertes, pour une simple raison : la Team Plasma. Et forcément, quand on était dans la région qui avait vu naître ce groupe plus ou moins terroriste en fonction du courant que l’on suivait, et qui faisait pression sur la population pour faire en sorte que les Pokémon soient en liberté, on avait forcément une autre vision des choses. Peut-être un peu plus extrémiste qu’ailleurs, en fait, quelque soit le point de vue. A cause de leurs actions, il y avait forcément des gens qui pensaient que les Pokémon devaient définitivement être dans des Poké Balls et dressés. Lui-même faisait partie de cette catégorie de personne il n’y a pas si longtemps, à cause de ses expériences personnelles qui avaient entraîné son aversion pour les Pokémon. Maintenant, il se considérait comme modéré : si ses Pokémon montraient le besoin de vivre ailleurs que chez lui, il n’y voyait pas d’inconvénient, mais de là à forcer les gens à ne plus avoir de Poké Balls, c’était un peu trop pour lui. Cela lui faisait penser à certains SDF qui n’avaient parfois que des Pokémon pour seuls amis. Bien sûr, pour la santé de l’animal, c’était mieux de leur retirer pour qu’ils évoluent dans un endroit où ils seraient en meilleure condition, mais parfois, les sentiments prenaient le pas sur la raison, et ce n’était pas quelque chose de facile à expliquer. Dans tous les cas, il était clair que la rockstar ne prendrait pas d’autre parti que « et si on laissait les gens faire ce qu’ils voulaient du moment que ça ne faisait de mal à personne ? » Même s’il était clair que c’était difficile de comprendre ce qu’un Pokémon pensait dans les moindres détails. Mais dans ce cas, on pourrait reprendre l’argument pour le retourner contre l’association, en les accusant de parler pour les Pokémon en cherchant à obliger les gens à les libérer, même si les Pokémon étaient heureux avec leurs Dresseurs.

« Moi ça m’intéresse. » proposa Toki, rompant son silence habituel et provoquant quelques surprises au sein du groupe.

« Moi aussi ! » renchérit Lizzy, même si le rockeur ne savait pas si c’était par militantisme ou si c’était par intérêt.

« Euh ouais ok, tout ça c’est bien beau, mais on peut s’arrêter sur l’événement du jour avec Toki qui prend partie sur un sujet de société ? » s’esclaffa Kerry.

Tony prit un petit moment pour chercher ce qui aurait pu alerter le batteur pour qu’il puisse se lancer là-dedans, avant de finir par parier sur ce qu’il connaissait.

« Il s’est passé un truc à Papeloa pour que tu penses à tout ça ? » s’enquit-il, étant donné qu’il avait rencontré sa famille, quand il s’y était rendu.

Le batteur hocha la tête avant de s’expliquer.

« J’ai vu ce que Marilland pouvait faire à certains Pokémon, je pense que Béatrice sera d’accord avec moi si elle en a entendu parler. A Papeloa, en tout cas. »

« Tu parles des Lanturn ? »
voulut savoir la bassiste. « On est d’accord, je suis bien contente qu’ils aient dû les relâcher. »

Elle se tourna vers Béatrice cette fois-ci, un léger sourire aux lèvres.

« Je ne sais pas pour les autres, mais au moins, vous avez deux personnes qui sont partants ici. Après, si on s’exprime, ce sera surtout nos opinions personnelles plus que d’une voix générale, mais je suppose que c’est mieux que rien. »

Tony l’espérait, du moins. Malgré lui, il se rendait bien compte que, comme c’était le frontman du groupe, c’était lui que les gens suivaient, et que s’il ne prenait pas position sur ces choses-là, il n’était pas certain qu’il y ait un véritable changement. Mais il ne pouvait pas non plus se ranger derrière une cause qu’il ne partageait pas à cent pour cent non plus, même s’il était d’accord sur plusieurs points et que des amis à lui semblaient partants pour cette aventure. Evidemment, il savait que les autres comprendraient, mais par conséquent, c’était dommage de voir des progrès freinés légèrement à cause de ça.

« J’aurais besoin d’y réfléchir, en ce qui me concerne. » finit-il par dire à Béatrice. « Mais je les connais, s’ils se lancent là-dedans, vous pouvez compter sur eux. Je le vois suffisamment ici, quand ils ont envie de faire quelque chose, ils le font pas à moitié. »


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Sam 24 Mar - 9:48
Le discret batteur est le premier à exprimer un intérêt sans équivoque, ce qui semble surprendre ses camarades. Il est suivi quelques instants plus tard par la bassiste, même si pour le coup Béa commence à se dire que sa manière de confirmer tout ce qu’elle dit pourrait n’avoir rien à voir avec une adhésion sincère. Elle a imaginé tout à l’heure que la jeune femme était peut-être une fan ; au vue des récentes informations sur son orientation sexuelle, elle se dit maintenant qu’elle essaie peut-être de lui plaire. Ce n’est pas désagréable comme idée, Werner est une fille plutôt séduisante, mais généralement Béa n’aime pas trop les gens qui la brossent dans le sens du poil. Elle trouve qu’ils manquent de personnalité.
La prise de position du batteur perturbe suffisamment le groupe pour que Schwärtzwind se sente obligé de lui demander si un évènement en particulier la justifie. Béatrice trouve un peu étrange qu’il y ait besoin d’un évènement pour se persuader que contraindre l’obéissance d’êtres vivants est un crime, mais cela ne l’étonne pas vraiment.

« J’ai vu ce que Marilland pouvait faire à certains Pokémon, je pense que Béatrice sera d’accord avec moi si elle en a entendu parler. A Papeloa, en tout cas.

- Ah, oui.
» approuve-t-elle sans cacher son mépris.

Elle sait très bien de quoi parle Anthrax : ces parcs d’attraction où on enferme des Pokémon pour le divertissement exclusif des humains. Le principe même la rend malade, mais depuis qu’une enquête a rendu publiques les conditions dans lesquelles ces Pokémon marins sont retenus elle n’a pas raté une pétition pour les faire relâcher. Elle a même déjà été contactée par des sympathisants Plasma qui voulaient qu'elle les aide pour une opération d’évasion de masse – ce qui lui a semblé pour le coup inutilement excessif. Renvoyer ces Pokémon liés à des Pokéballs dans la nature et ils se feraient recapturer aussitôt. En plus, la justice unysienne est très ferme avec les entraves au principe de libre capture : ils pourraient finir en prison pour enlèvement sans avoir réglé en rien la situation.

« Tu parles des Lanturn ? On est d’accord, je suis bien contente qu’ils aient dû les relâcher. » La bassiste se tourne vers elle. « Je ne sais pas pour les autres, mais au moins, vous avez deux personnes qui sont partants ici. Après, si on s’exprime, ce sera surtout nos opinions personnelles plus que d’une voix générale, mais je suppose que c’est mieux que rien.

- Oui, toujours.
» N’importe quelle influence est bonne à prendre : quand bien même elle ne convainc que deux personnes se seront toujours deux personnes de plus à pouvoir convaincre deux autres personnes chacune. C’est en imprégnant progressivement le peuple avec une idée qu’il finit par la trouver acceptable, voire tout à fait normale.

« J’aurais besoin d’y réfléchir, en ce qui me concerne. » avoue honnêtement le guitariste. Même si Béatrice le juge un peu de ne pas voir à quel point cette lutte est évidente, elle apprécie sa franchise. « Mais je les connais, s’ils se lancent là-dedans, vous pouvez compter sur eux. Je le vois suffisamment ici, quand ils ont envie de faire quelque chose, ils le font pas à moitié.

- Tant mieux, car les luttes ne sont pas gagnées par ceux qui s'engagent à moitié.
» dit-elle sans avoir l'air de juger l'indécision de Schwärtzwind. « Je n'oublierai pas de vous recontacter quand le projet aura atteint un point où il sera possible d'en parler vraiment. »

Ils passent encore un peu de temps à discuter de ce sujet, puis la conversation part sur autre chose. Béatrice entame sa deuxième bière quand une question lui vient et elle profite d'un léger blanc pour la poser.

« Dîtes-moi Tony, pourquoi avez-vous commencé à vous intéresser à la coordination ? Nous avons le même âge mais cela ne fait que quelques mois qu'on vous voit dans les Dômes, ça a l'air de sortir de nul part cet intérêt soudain... qui a été assez fort pour vous emmener jusqu'à l'Elite, en plus. Ça me rend curieuse. »


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Ven 6 Avr - 23:52
La rockstar était satisfaite de la réaction du Maître Coordinateur. Il savait que les médias la représentaient comme étant du genre vindicative et impulsive, et elle ne se cachait pas de sa franchise, ce que Tony appréciait chez elle, alors il avait eu un peu peur que le fait qu’il ait choisi de prendre une décision un peu plus mesurée soit perçu comme vraiment mauvais de sa part. D’un autre côté, le fait que des membres de son groupe aient décidé de lui venir en aide avait très certainement dû jouer en sa faveur. Ce qui l’arrangeait plutôt bien, pour le coup. A vrai dire, les fois où il voyait Axelle étaient déjà assez rares comme ça, avec tout le temps que leurs activités respectives leur prenaient. Alors si en plus Tony devait s’engager dans un combat aussi engagé, cela deviendrait vraiment infernal. Et si Evans se mêlaient de ce genre d’affaires, en plus de ça ? Il en viendrait à toujours lui tendre un piège si les activités dans lesquelles il s’engageait à cause de ça n’étaient pas très légales. Déjà qu’il était une énorme épine dans le pied quand il s’agissait de voir la motarde, il ne voulait pas qu’il s’immisce encore plus dans ses affaires.

Heureusement, Béatrice avait prévu de recentrer la conversation sur un sujet davantage commun entre l’ex-challenger de l’Elite et elle : la Coordination. Ou, plus précisément, comment Tony s’y était intéressé. Et bien vite, les sourires sur les visages des membres du groupe s’affichèrent, comme s’ils ne se lassaient jamais d’entendre cette histoire qui, au premier abord, avait les airs d’une vaste blague.

« T’as pas intérêt à rater une miette, sinon crois-moi qu’on va pas te louper. » se moqua Kerry. « On a un membre de l’Elite avec nous, faudrait pas qu’elle loupe une anecdote pareille ! »

Malgré cette petite mise en garde, la rockstar rit de bon cœur avec les autres avant de se tourner vers Béatrice. Bon, c’était un peu plus dur à lui expliquer, alors il fallait vraiment lui faire comprendre qu’il n’était pas tout à fait le même à l’époque où il avait commencé à se mettre à la Coordination à proprement parler.

« C’est une longue histoire, mais vous aurez tous les détails, comme vous l’aurez compris. » répondit-il enfin, faisant allusion aux quatre têtes qui les observaient. « Déjà, faut que vous compreniez que c’était tout sauf voulu, à la base. Je crois pas que vous soyez sans savoir que j’ai jamais vraiment pris parti pour les Pokémon plus que nécessaire, mais à une époque, j’avais une bien plus mauvaise image d’eux. Il m’est arrivé beaucoup de merdes à cause d’eux, ou plutôt de l’utilisation qu’on en fait. D’abord mon ex-femme m’a quitté parce qu’elle préférait se lancer dans l’élevage plutôt qu’on fonde une famille, puis j’ai sorti deux albums qui ont fait un flop en partie parce que Strykna et toute cette mode sur les Pokémon est arrivée à ce moment-là. J’ai eu une petite traversée du désert après ça, j’étais redevenu une personne comme une autre. Malgré ça j’essayais de m’en sortir en proposant une idée de biopic à des boîtes de production dont j’avais dégoté le numéro grâce à de vieux contacts, mais à chaque fois, ça allait pas. Ils refusaient de lancer le projet si je faisais pas des changements dans le script, ce que j’ai jamais voulu faire. Et c’est là que Lizzy entre en scène. »

Le frontman lui sourit, ce que la bassiste interpréta comme un signal comme quoi elle avait l’occasion de continuer une petite partie de l’histoire.

« En fait, j’ai rencontré Tony alors qu’on jouait dans un bar qu’il fréquentait de temps en temps à Volucité, le Black Démolosse, si vous connaissez. J’avais mon ancien groupe avec moi et on a fait notre part, puis je suis allée chercher des boissons pour les filles et c’est là qu’on s’est rencontré. J’étais la première à le reconnaître depuis longtemps, mais je savais pas qu’il avait la salle manie de boire dans les verres des autres sans demander l’autorisation. »

« J’étais pas bien, tu vas pas me dire que t’as jamais fait ça ! »

« Jamais à des inconnus ! Enfin bref. Du coup, je l’ai présenté aux membres de mon groupe, on a beaucoup parlé, on a beaucoup trop bu, et comme on était tous pas mal bourré, on a encouragé Tony à devenir Coordinateur, parce qu’on le voyait bien arriver en guest star pendant une prestation, ou un truc comme ça. Et du coup, on est allé à la mairie pour faire une carte de Coordinateur juste avant la fermeture. On a passé la nuit chez Tony, et je lui ai laissé le numéro d’un contact à moi. »

« Duffy Kwakson, c’était la personne qui m’accompagnait au Dôme quand je suis venu me présenter à l’Elite. »
précisa la rockstar. « Mais à la base, quand j’ai repris mes esprits, j’avais aucune envie de vraiment faire de la Coordination. Surtout que j’avais découvert dans ma boîte aux lettres une Poké Ball venant de mon ex-femme, et qui contenait Mjöllnir, mon Voltali. Enfin, c’était un Evoli, à l’époque, mais bon. »

Pouvait-on faire plus décousu que ça ? Tony ne le savait pas vraiment, mais bon, c’était ça d’avoir plusieurs interlocuteurs. Et puis, pour cette partie de son passé, il ne se souvenait que de ce dont on avait bien voulu lui raconter. Si on lui avait dit qu’un troupeau de Donphan lui était passé dessus et qu’il avait miraculeusement survécu, il y aurait cru.

« Bref. » reprit-il. « C’est lui qui m’y a vraiment incité. Il m’a mis en relation avec les gens du Pokéwood, et j’ai passé un deal avec eux : ils étaient d’accord pour produire mon biopic et mettre des gens compétents sur le projet, à condition que des Pokémon soient dedans et que je fasse des Concours de Coordination pour leur faire de la publicité. La meilleure offre que j’ai eue par rapport à cette affaire. Au début, je faisais ça un peu en traînant des pieds, en faisant juste ce que je savais faire et en demandant quelques conseils à Kwakson. Puis j’ai commencé à y prendre goût, d’abord parce que je commençais vraiment à me lier d’amitié avec mes Pokémon, puisque parce qu’au fur et à mesure des prestations, je me rendais compte de tout ce qu’on pouvait faire avec. Vu leur durée, j’étais un peu sceptique au départ, mais avec toute la mise en scène possible, je me suis rendu compte qu’on pouvait vraiment faire des trucs incroyables, autant sur les messages à faire passer que le côté esthétique. »

Le meilleur exemple qu’il avait en tête par rapport à ça, c’était à l’occasion des deux Concours dans lesquelles il avait récupéré ses deux derniers Rubans. Les thèmes étaient centrés sur le pouvoir et sur l’escalier, et si le premier lui avait donné les moyens d’être plus engagé, le deuxième lui avait permis de voir ce qu’il était possible de faire en matière de narration et de mise en scène. Puis était venu l’Elite, avec ses deux tentatives, mais ça, Béatrice le savait déjà.

« En plus, je voyais l’Elite comme un challenge personnel pour mes Pokémon et moi. » conclut-il. « Une manière de me dépasser dans autre chose que la musique. Et un moyen pour mes Pokémon de s’exprimer, aussi. Ils font pas grand-chose pendant mes concerts, malheureusement, alors j’ai envie qu’ils aient du temps pour eux aussi, comme les membres de mon groupe. »


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