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» Pour vrai, c'est réel ?


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Coordinateur Kantô

C-GEAR
Inscrit le : 18/09/2013
Messages : 1129

Région : Kantô
Jeu 18 Jan - 22:58
Je n'arrivais pas bien à comprendre le jeune homme en face de moi. La compréhension des autres, ç'a toujours été un domaine qui m'a un peu échappé, Hatori me l'a reproché à plusieurs reprises, par le passé, et je me suis toujours défendu en rétorquant que je ne vois pas comment quiconque pourrait affirmer comprendre avec certitude ce que ressent une personne à moins d'entrer dans sa tête par le biais d'une méthode dont, si tant est qu'elle existe, nul ne m'a jamais communiqué la notice d'utilisation. J'ai bien saisi, cependant, que les personnes autour de nous distillent des indices sur ce qu'elles semblent ressentir à un moment donné, à l'aide, par exemple, d'un sourire, d'une grimace, d'une voix vive et forte ou, au contraire, basse et hésitante : je le fais également, c'est assez naturel. Or, mon binôme du jour n'exprimait aucun de ces fameux indices. Alors même que notre discussion touchait à des sujets intimes, extrêmement importants – nous parlions quand même de manipulations de la mémoire et d'effacement des souvenirs – et, pour moi tout du moins, assez difficiles, les traits de son visage bougeaient à peine, en tout cas pas dans une direction franche, et il continuait de me parler d'un ton neutre, en raccourcissant ses mots à la façon des gens nonchalants, comme si ce qu'il me disait l'émouvait à peine. Pourtant, moi, au cours de mes réponses, j'avais dû m'interrompre plusieurs fois pour réfléchir ; penser à mes oublis passés m'avait plongé dans un peu de mélancolie, car les périodes que j'avais, un temps, oubliées, comme le fait même de ces oublis, me rendaient toujours un peu triste ; et lorsque je lui donnais mon avis sur le fait de manipuler la mémoire des gens, même si c'était dans la volonté d'aider, je le faisais avec tout mon cœur, car cela aurait pu me toucher directement ! Et alors que Ryu avait été la victime d'une de ces expériences qui ne s'était pas passée correctement, même son discours me paraissait contradictoire : il mettait en valeur le fait que les grandes capacités de ses Pokémon auraient pu leur permettre de contrôler très précisément le processus d'effacement des souvenirs... pour m'avouer ensuite qu'il avait « oublié des choses essentielles », et qu'il avait même des souvenirs fabriqués par le Pokémon dans la tête. Des souvenirs fabriqués par le Pokémon. J'écarquillai les yeux. Alors ça – cela me stupéfiait. Je ne savais même pas que c'était possible. Tu savais que c'était possible, toi, Cécilia ?

Ryu poussa un soupir, et même cela, je ne sus pas comment l'interpréter. Nous étions debout, tous les deux, dans l'une de ces espèces de minuscules antichambres qui séparaient les pièces à défi du défi suivant, à nous fixer avant de détourner les yeux, puis nous fixer encore. Alors que pendant les premières épreuves que nous avions relevées, les organisateurs nous poussaient sans cesse à passer la porte suivante car d'autres joueurs se pressaient sur nos pas, nous étions pour le moment seuls : personne ne venait déranger notre dialogue. Et alors qu'en temps normal, j'étais quelqu'un au discours plutôt vif, détestant que l'on ne me laisse pas le temps de répondre lorsque j'avais – et j'avais toujours – des choses à dire, cette fois, je laissais Ryu parler malgré les pauses qu'il marquait : parce que j'étais surpris, parce que le trouble qu'avait fait naître en moi cette discussion sur la mémoire était toujours présent, parce que je ne comprenais pas bien le fond de ses propos et que si j'attendais, il finirait peut-être par le clarifier.

Il déclara que j'avais certainement raison sur le fait que l'on perdait trop en oubliant, et me dit que, contrairement à ce qu'il s'était passé pour moi, il ne pourrait pas, en revanche, retrouver ses souvenirs effacés. Je haussai les sourcils et retrouvai enfin la parole : « Vraiment ? C'est irréversible ? Mais... c'est ta mémoire, pourtant ! Si quelqu'un te racontait ce que tu as oublié, après un effort de ta part, tout devrait te revenir... non ? » Je marquais de brefs silences au milieu de mes phrases, tant j'étais saisi par la perplexité et, également, par une sorte d'inquiétude. Je ne savais pourtant pas très bien d'où celle-ci venait : je les avais retrouvés, moi, mes souvenirs, et même si ce qui m'était difficile en eux l'était encore aujourd'hui, je les avais acceptés et je n'avais rien perdu ! J'avais retrouvé Kisa, je m'étais souvenu de mon enfance, et même si c'était encore dur, je savais que je n'oublierais plus ! Je m'étais retrouvé... Alors pourquoi me sentais-je tant impliqué dans la discussion – pourquoi mon cœur s'était-il mis à battre plus fort ? J'en oubliais même de caresser Cécilia, pourtant à côté de moi, pour me rasséréner. Était-ce de l'inquiétude pour Ryu ? Non... C'était une inquiétude plus générale, je crois. Car, tout simplement, c'était un sujet qui m'importait. Que deviendrait-on, si l'on était un jour capable de transformer nos souvenirs à la première souffrance, et ce, de façon définitive ?

« C'est comme ce que tu dis sur les souvenirs inventés... Je ne savais pas que les Pokémon étaient capables de faire ce genre de choses. » Tout en parlant, je secouai la tête, les sourcils froncés. Vraiment, je ne savais pas, je ne savais pas... Cette fois, je recherchai instinctivement le contact de Cécilia, je tendis la main vers elle, et elle se frotta contre ma paume et contre mes jambes, me transmettant un peu de son calme. Je respirai. « Même si l'on peut contrôler quels sont précisément les souvenirs effacés », repris-je, après une pause, d'un ton un peu plus posé, « cela me semble toujours trop. Parce que, quand on souffre, on veut sûrement oublier tout ce qui nous fait souffrir, mais... Et si cela nous pousse à oublier des gens qui sont proches de nous ? ...Et si l'on préserve leur souvenir, mais que l'on efface celui de l'événement à oublier, après, on se comporte comme si rien ne s'était passé ? Et ils ne comprennent pas ? Et on n'est pas comme... On n'est pas comme on le devrait ? » Ma voix devenait anormalement aiguë, et un peu trop rapide, mais je n'avais pas souvent réfléchi à tout cela, et – je pouvais le reconnaître – cela me faisait mal. D'abord, d'imaginer que des Pokémon, qui étaient mes compagnons depuis des mois, maintenant, depuis des années en comptant Cécilia qui, apparemment, en était un aussi, et qui m'avait rejoint à une époque où je n'allais pas bien, pouvaient être capables de telles manipulations... cela ne m'était pas agréable. Ensuite, les remarques auxquelles notre dialogue m'avait mené me faisaient repenser à toute la période durant laquelle j'avais vécu avec ces blancs en moi. Comme en sachant inconsciemment ce que je devais éviter, j'étais parti vivre bien loin de là où j'aurais pu risquer de croiser ma famille, et il me semblait, à présent, réaliser que les rares fois où mon entourage faisait des réflexions qui auraient pu raviver ma mémoire, je devenais instantanément comme sourd ou absent et les ignorais parfaitement. Mais que ce serait-il passé si mes souvenirs, au lieu d'être encore, en partie, là, comme un objet enterré mais non brûlé ni désintégré, avaient véritablement été effacés ? Est-ce que j'aurais pu croiser dans la rue ma mère, ma sœur, comme si de rien n'était ? Est-ce que j'aurais pu leur adresser la parole – à Kisa, à cette femme – comme si je n'étais pas parti – comme si l'on ne m'avait pas chassé ?

« ...Tu ne t'exprimes pas très clairement, Ryu », fis-je à l'adresse de mon interlocuteur qui venait d'évoquer, pour je ne sais quelle raison, un « hasard bizarre », et je laissai échapper un rire – le premier depuis de bien trop longues minutes. Je me changeais enfin les idées. « Mais oui, allons-y, reprenons les épreuves ! Je veux qu'on batte Hatori et Shiguré ! Et on ne va pas passer la journée dans cette petite pièce ! Tu es prête, Cécilia ? » Elle me répondit par l'un de ses petits cris joyeux. « Alors, C'EST PARTI ! »

Et j'ouvris en grand la porte devant nous, sans attendre de nouvelle réponse de la part de Ryu, et sans me demander ce que nous pourrions bien trouver derrière.

Quand la journée serait terminée, je téléphonerais à Kisa, pour la lui raconter. Peut-être ne pourrais-je pas lui parler de vive voix, car elle serait en présence d'Isoko, ou celle-ci l'appellerait près d'elle, mais alors, elle me le signalerait, et nous nous parlerions par écrit : je lui raconterais le Fort Tartard, elle me parlerait de ses Granivol, je lui enverrais autant de message que je le voudrais. Et peut-être, ce week-end, pourrait-elle venir à la maison, si elle finissait les cours tôt vendredi : elle s'occuperait de la pension, et nous pourrions passer tout notre temps ensemble. Ce serait bien. Même si c'était encore douloureux, parfois, j'étais heureux de m'être souvenu, car cela m'avait permis de retrouver Kisa.


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Eleveur Alola

C-GEAR
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Messages : 472

Région : Alola
Lun 14 Mai - 4:38
Le moins qu’on puisse dire, c’est que tes propos provoquent de la stupéfaction chez ton interlocuteur. Tu n’as pas l’habitude d’être si précis, de révéler tant de choses sur toi, c’est assez inattendu. Peut-être aurais-tu mieux fait de continuer ses défis sans approfondir davantage cette relation. Tu n’sais même pas si tu l’reverras un jour... Mouais, pour vraiment te lier, ça prend de la persévérance de la part de l’autre personne. T’es changeant et tu peux être des mois sans voir un ami, puis du jour au lendemain tu déboules chez lui. En tout cas, ici, t’es face à une personne fraîchement rencontrée, qui se retrouve limite traumatisée par tes révélations quant aux expériences sur la mémoire. Ouais, t’as oublié des choses essentielles, ouais, t’as des souvenirs construits de toute pièce par l’Alakazam qui était le Pokémon principal dans cette affaire. En plus, n’importe qui aurait pu entendre tes paroles, vous vous trouvez dans une de ces salles entre deux défis, salles qui peuvent être utilisées par n’importe qui du labyrinthe. Vous auriez pu être interrompus à tout moment, mais c’pas le genre de trucs qui t’inquiète. Si jamais, tu vas méchamment envoyer cher l’connard qui ose faire irruption. Heureusement, rien de cela ne survient. T’as même l’occasion de terminer ton monologue sans soucis, ton interlocuteur t’écoute avec attention, bien qu’il semble aussi parfois perdu dans ses pensées. Ou du moins, c’est l’impression qu’il te donne. Va savoir si c’est la bonne, t’es un peu décalé et en marge constamment. La réaction finit par survenir quand tu lui donnes raison. Voilà quelque chose de rare : toi qui accordes du crédit à un autre. Par contre, c’est plutôt l’affirmation hors de tout doute quant à ta capacité à retrouver la mémoire qui attire l’indignation.

« On m’raconte souvent ce que j’ai oublié. J’pense. Je l’oublie tout le temps. Ce sont des dégâts faits par des Pokémon... Ça n’se répare pas, y a des experts qui l’disent. » La voix neutre, tu n’sembles pas affecté par la nouvelle. T’es habitué, tu t’es fait à ta condition. T’as été évalué par une poignée de spécialistes, avant que l’institut de recherche accepte de te verser une indemnisation tous les mois. Ça, tu t’en souviens. C’est même noté dans l’application de notes de ton portable. T’as classé ce bordel par date et par titre. Ainsi, tu t’retrouves dans ta propre vie. Il faudrait que tu prennes l’temps de noter ce qu’on t’dit et que t’oublies, comme le fait que t’as oublié que ton prénom de naissance est Keanu. Le fait que ton père s’est enlevé la vie une fois que les mauvais résultats des expériences ont été révélés... Ce sont là les deux gros événements qui t’échappent dès que tu dors. Ta mémoire refuse de les enregistrer. Elle ne sera plus jamais la même, et ce, avec aussi les inventions dont t’es victime. « Mouais, on était pas sûr avant d’essayer. Mais c’est l’cas. Je n’peux plus différencier ce qui a été créé de ce qui est réel. »

En tout cas, Akichi ne semble pas très emballé par tes propos. Il secoue la tête, il fronce les sourcils... Bah, tu n’mens pas et tu l’sais. C’est tout ce qui compte. S’il ne te croit pas, t’en as rien à foutre. T’es pas là pour le convaincre. Puis, au pire, y a les rapports officiels de l’incident, ainsi que ceux des recherches. Ils existent toujours, dans l’labo dans lequel t’as bossé. Et pourquoi tu penses à ça ? C’pas comme si tu comptais l’amener là pour lui montrer. Ça s’rait con. Il s’passe alors un truc bizarre avec son Pokémon, truc auquel t’assistes sans trop comprendre. Puis, le jeune homme continue d’te répondre. Ok. « Peut-être, j’sais pas. Ça n’a pas fonctionné au final. Et si j’croise mon ex, je voudrais toujours lui étamper la face dans l’sol... » Ça, t’avais pas prévu d’en parler. Tu ne veux pas dire ce qu’il t’a fait. C’est horrible d’avoir confiance en quelqu’un et qu’il en profite, puis qu’il revienne la bouche en cœur comme si de rien n’était... Tu n’as rien oublié de ce soir-là. Tu le vois encore partir sans un regard derrière, sans le moindre remord pour ce qu’il fait... Tes poings se serrent. Ta mémoire fait chier. « C’est sûrement ce qui se serait passé. On était pas rendu là. On voulait aider les victimes d’événements traumatisants. » Comme toi, après coup. Ledit événement est survenu pendant les recherches. T’es disparu un soir et ton père n’en a rien eu à foutre. C’est pitoyable. S’il n’était pas mort, tu l’engueulerais. M’enfin, tu t’dis que si tu l’croises un jour, tu vas l’engueuler. C’est juste pas possible en fait. Tu vis avec une rancœur que tu n’pourras jamais évacuer...

« C’possible. » Réponse quand Akichi te mentionne que tu ne t’exprimes pas clairement. T’es dans un drôle d’état d’esprit, un état avec lequel t’es pas habitué de dealer. Tu n’veux pas approfondir ni te répéter. Fuck ça. Tes mains glissent dans les poches de ton pantalon. Ton attitude nonchalante est d’retour. En tout cas, il est enthousiaste à l’idée de reprendre les épreuves, donc autant y aller. L’éleveur n’attend pas d’réponse de ta part avant d’ouvrir les portes donnant sur le défi suivant. Il entre avant toi, mais vous découvrez à peu près en même temps la nature de l’épreuve. Apparemment, le nom du truc est le Code musical. Le responsable du défi vous accueille avec le même enthousiasme que les précédents, puis il vous explique le principe. Ainsi, un de vous deux doit souffler dans les embouts pour produire une note, et l’autre doit l’identifier et placer la bonne ardoise correspondante... Bon au moins, vous pouvez les déplacer dans le temps imparti. « Hum, tu souffles ou j’le fais ? Si t’as une bonne oreille musicale, vaut mieux qu’je souffle. » Ton regard va ensuite vers le responsable. « Vous nettoyez ça chaque fois hein ? J’ai pas envie d’me foutre la gueule sur un truc tout crade. » Ton franc parlé le saisit, mais il t’assure que oui, c’est nettoyé. Au moins.



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Coordinateur Kantô

C-GEAR
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Région : Kantô
Mar 26 Juin - 17:34
La discussion avec Ryu au sujet des expériences scientifiques visant à manipuler les souvenirs qu'il avait menées par le passé avait duré un moment et m'ouvrait tout un pan de réflexions concernant la mémoire dont je n'avais jusqu'à présent jamais soupçonné l'existence. C'était un gouffre surprenant, ahurissant – vertigineux, même, au bord duquel il m'avait donné l'impression de me faire me pencher durant ces dernières minutes et qui avait momentanément bloqué en moi toute ma bonne humeur et ma légèreté. Subitement, le jeune homme au corps d'athlète, à la belle chevelure rousse et à la détestable odeur de cigarette que le hasard m'avait attribué comme partenaire pour cette surprenante après-midi à la place de Shiguré et Hatori se voyait chargé d'une épaisseur de mystère que je n'aurais jamais soupçonnée en lui. Et cette discussion m'était difficile à tenir trop longtemps, car difficiles à supporter étaient les pensées qu'elle suscitait en moi... Si cette impression de gouffre était vertigineuse, c'était que, bien que j'eusse désormais accepté les souvenirs de mon passé, je ne m'étais jamais longtemps attardé sur le fait même de les avoir oubliés qui restait, pour moi, une réalité difficile à prendre en compte – même si je le faisais. Mais je n'avais jamais imaginé qu'il pût être possible de manipuler scientifiquement la mémoire de quelqu'un de façon à lui en effacer une partie – définitivement... Malgré les explications de Ryu, je demeurais toujours aussi perplexe, et je songeai qu'il faudrait que j'interroge Hatori à ce sujet lorsque je le retrouverais et que nous serions dans un endroit plus tranquille. En plus d'être médecin, il était, de toutes les personnes de mon entourage, celle qui avait le plus de connaissances sur tout : il devait donc savoir comment fonctionnait scientifiquement le cerveau et donc s'il était possible à des Pokémon d'altérer pour toujours la mémoire d'un être humain sur qui ils exerceraient leurs pouvoirs, ou non...

C'était aussi le fait de vouloir faire cela volontairement, l'aplomb avec lequel mon compagnon improvisé m'affirmait qu'ils cherchaient à entreprendre cela pour aider des personnes en difficulté, qui m'échappait. Bien sûr, le jour où j'avais oublié mes propres souvenirs, sans doute avais-je fait cela parce que la situation m'y obligeait, parce que je ne parvenais plus à vivre avec – sans doute avais-je fait cela pour survivre... Toute cette période de ma vie me paraissait désormais très floue et comme estompée sous un voile de brouillard blanc, fin mais constant. Mais si je ne m'étais pas souvenu, où en serais-je à présent – quel chemin ma vie prendrait-elle ? Quelles seraient les choses que je ne pourrais jamais réparer, et qui me feraient rester un être intrinsèquement différent de celui que je voulais être désormais ?

Si je ne parvenais pas à comprendre Ryu, cependant, c'était aussi parce qu'il s'exprimait bizarrement. Je ne pouvais pas continuer de parler de ce sujet sérieux encore longtemps : il me fallait me changer les idées, et j'y réfléchirais de nouveau plus tard, lorsque je serais plus tranquille. Or, mon compagnon du jour parlait d'une façon très relâchée, raccourcissant souvent ses mots d'une ou plusieurs syllabes, et il employait même des tournures qui m'étaient entièrement inconnues. Est-ce que c'était le "parler jeune" ? Brusquement, j'ignorai le fait que le rouquin devait être à peine moins âgé que moi pour le considérer comme l'un des clients adolescents qui fréquentaient parfois notre boutique, et s'exprimaient par un discours marqué par un peu les mêmes particularités que le sien. Dans tous les cas, cela m'amusait, et ce fut aussi pour cette raison que je ne relevai pas le « si j’croise mon ex, je voudrais toujours lui étamper la face dans l’sol » qui s'illustrait à mon oreille par le verbe central « étamper », pour moi signification de néant, et ne fit que laisser un sourire figé quelques instants de plus sur mes lèvres. Ce fut à ce moment que je lui fis remarquer qu'il ne s'exprimait pas clairement, que j'eus un rire et que, enfin détendu, je m'enthousiasmai pour notre reprise des défis. Mais alors que j'ouvrais enfin la porte qui donnait sur notre prochaine épreuve, la tête haute et Cécilia à mes côtés, j'ajoutai tout de même, sur un ton à la fois de remontrance et de plaisanterie : « Ce n'est pas bien, la violence, mon cher Ryu ! » Et ce fut sur cette dernière note que nous entrâmes dans la salle de notre nouveau défi du Fort Tartard.

La pièce était plutôt petite et la structure qu'elle abritait n'annonçait visiblement pas un défi sportif, ce qui me réjouit : je n'aurais pas à transpirer encore, et ce serait peut-être une nouvelle occasion de briller face à Ryu ! L'installation comportait une étrange machine de métal, semblable à un inextricable enchevêtrement de tuyaux et de boursouflures, d'où sortaient sept longs tubes. Sous chacun des tubes se trouvait un support, dans lequel pouvait visiblement se loger l'une des ardoises que le responsable de l'épreuve eut tôt fait de nous confier. « Bienvenue au Code Musical ! »

Un défi lié à la musique ? J'étais un peu surpris, mais cela ne m'effrayait pas : même si je n'avais jamais joué d'un instrument de musique, Miné et moi en écoutions un peu et j'étais certain de pouvoir me débrouiller ! D'après les explications, l'un des deux participants devait souffler dans les embouts tandis que l'autre était chargé de reconnaître la note émise en lui associant l'ardoise correspondante, ces dernières comportant les syllabes do, , mi, fa, sol, la et si. Ryu prit la parole avant moi pour me demander qui de nous deux soufflerait, se proposant de s'en charger. J'arborai une mine atterrée : « Eh bien, c'est avec plaisir que je te laisse souffler, puisque tu parais si désireux de le faire ! Ce n'est certes pas une situation très digne ! » Qui voudrait passer toute une épreuve penché en avant à souffler dans des tubes ?

Ryu se mit en position, je me saisis des ardoises, et après l'habituel décompte sous forme de « Trois... deux... un... », l'arbitre souffla dans son sifflet en retournant un gros sablier et mon binôme, l'un des longs tubes en bouche, émit avec force le premier son. « C'est parti ! Très bien ! Alors... Euh... » J'étalai les ardoises en éventail dans mes mains, comme on consulte son jeu aux cartes. Le son, je l'avais très bien entendu : j'aurai pu le reproduire sans souci de ma voix, et indiquer s'il était plus aigu ou plus grave qu'un autre. Mais en l'absence de moyen de comparaison... En l'absence, même, de toute indication... Comment savoir à quelle note il correspondait ? Pendant trois ou quatre secondes, je demeurai complètement démuni, le cœur battant et l'esprit vide, regardant fixement mes cartes. Et puis, je me décidai. Le temps qui nous était imparti s'écoulait, je ne pouvais pas montrer à Ryu que je n'avais aucune idée de ce que j'étais en train de faire et j'avais bien entendu le responsable lorsqu'il avait expliqué que nous pourrions corriger nos ardoises en cas d'erreur jusqu'à ce que le sable ait fini de s'écouler. Et puis, j'avais réussi les autres épreuves : il n'y avait aucune raison pour que celle-ci m'échappe, et même, pour que je ne la réussisse pas du premier coup ! La note que Ryu avait émise était plutôt aiguë : je pris donc une ardoise au hasard parmi les plus à gauche dans mes mains et la plaçai avec ardeur dans son support en m'écriant : « La ! » Si je tombais juste, je n'aurais pas de raison de me tromper pour la suite ; si ce n'était pas la bonne, je n'aurais qu'à tout décaler en fonction de ce que je trouverais ensuite. J'étais Akichi Sôma, ce n'étaient pas des notes de musique qui allaient me résister !

Je plaçai les ardoises suivantes avec toujours la même assurance, passant rapidement de l'une à l'autre tandis que mon binôme soufflait dans les embouts. Plus aiguë, plus grave... Comparer les notes entre elles m'était facile et je n'avais qu'à sélectionner les ardoises en fonction de ce fait. Au bout du troisième son, je réalisai que le si pouvait dans certains cas être plus grave que le sol ou encore le do plus aigu que le la, ces sept notes composant une série répétée plusieurs fois tout au long du panel des sons possibles, mais je décidai de garder en tête ce problème tout en continuant à avancer comme je le faisais sans quoi nous n'aurions rien à essayer. Il me parut reconnaître le do, premier sur tous les jeux musicaux et les claviers que l'on pouvait trouver ; les autres notes s'accommoderaient, ou non, de l'ardoise que je leur associerais. Enfin, les sept ardoises furent distribuées et j'appuyai sur le bouton de validation du code... Bouton qui s'illumina de rouge en faisant retentir un bruit de klaxon.

« C'est raté ! Mais vous avez encore du temps pour réessayer ! » annonça le responsable qui, je le promettais, cesserait bientôt de nous narguer.

À présent, Ryu aussi pouvait manipuler les ardoises, mais nous devions faire vite. Était-ce la première note qui n'allait pas ? Fallait-il donc tout décaler ? Je vis alors avec surprise Cécilia s'approcher de l'une des plaquettes en voletant. C'est vrai, les organisateurs nous l'avaient expliqué à l'entrée du Fort : nous pouvions nous aider de l'un de nos Pokémon ! « Cécilia ! Tu sais reconnaître les notes ? » m'exclamai-je alors – et évidemment, cela ne m'aurait pas étonné, tant ma douce amie était intelligente.


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