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» Angel Fall First


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C-GEAR
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Mer 21 Juin - 18:03
Ce soir-là, la tempête faisait rage dehors. Assise sur le canapé, j'écoutais la chanson qui passait à la radio, entre deux ou trois grésillements. Charly était dans la cuisine en train de faire un thé tout en surveillant la cuisson de la tarte au pomme dans le four, Soren dormait sur sa couchette qu'il avait déplacé dans le salon et Tybalt semblait assis sur le tapis à mes pieds, sans doute à fixer quelque chose sur le plafond ou sur un mur. Il devait être 18h, quelque chose comme ça...
Le Gîte était officiellement remis complètement à neuf : l'entrée principale était un petit couloir qui donnait directement sur le salon. Dans ce dernier, une table basse avec un canapé dans un coin, à côté d'une petite bibliothèque. Ma radio était posé sur un montant de cheminé encore inutilisable au vue de la saison. Une table trônait sur la droite, proche du mur. Il n'y avait que deux chaises pour l'instant, dont une éternellement vide... Il y avait sans doute quelques tableaux au mur, et des fleurs dans des vases un peu partout. Je les entretenais mais je ne saurais dire de quelle couleur peut être la rose sur le buffet, ou les tulipes sur la table. A côté de la table, on arrivait dans la cuisine, et sur la gauche du salon se trouvait l'escalier pour monter à l'étage, où se trouvait ma chambre, celle d'amis et la salle de bain.
Dans le fond du salon se trouvait une porte donnant sur la plus grande pièce de la maison que j'avais transformé en véritable lieu de vie pour Pokemon : des couchettes pour dormir, certaines au sol ou en hauteur, des jouets, ce genre de choses. Cela ne semblait pas plaire à Lidya qui continuait à dormir dans ma chambre plutôt qu'en bas mais je lui pardonnais... Elle était encore toute petite.
Je m'inquiétais pour sa mère d'ailleurs, elle n'était toujours pas rentrée... J'espère qu'elle ne s'est pas perdue dans le bois.

Fermant les yeux, je les rouvris en sentant l'approche de Charly, thé et tarte au pomme sur un plateau posé sur la table basse devant moi. Je lui caressais affectueusement le haut de la tête tout en la remerciant, prenant un morceau de tarte. Elle était délicieuse... Je partageais avec Tybalt et la Leveinard qui sembla s'en ravir quand un claquement caractéristique qui est celui de la trappe qui s'ouvre pour laisser entrer un pokemon de taille moyenne attira mon attention. Kira était rentrée ?
Je me levais, me dirigeant vers l'entrée. Il y avait une odeur de chien mouillé qui remplissait la pièce. Par réflexe, je pris une serviette que je posai sur sa tête, la frottant doucement.

- J'étais inquiète Kira, j'ai crû qu'il t'était arrivé quelque chose...

Elle donna un coup de truffe dans ma main comme pour l'éloigner. Elle prit entre ses crocs ma manche et tira ma main contre la porte, me signifiant sans doute de l'ouvrir. De ma main libre, je m’exécutais, Kira continuant de guider celle dont elle s'était emparée sur quelque chose de tiède, d'humide... Qui respire. Je continuais mon exploration du bout des doigts, devinant une bouche... Et un nez... Humain. Prise de panique, je reculais rapidement, tombant sur les fesses.
Qu'est-ce qu'un humain fait sur mon perron, allongé, en pleine tempête ?!

- Charly, apporte moi des serviettes ! Et Tybalt, vient m'aider, il faut qu'on le mette à l'abris.

Épaulez à grande vitesse par mes camarades, je traînais par les épaules le corps qui pesait son poids jusqu'à entrée. Il semblait trempé, couvert de boue en plus par endroit, son col était abîmé... Kira avait dû le traîner jusqu'ici. Et au toucher au niveau de son torse, je parierais fortement qu'il s'agit d'un homme. Bon... On réfléchit et on agit ensuite. Première chose à faire, le sécher...
J'entrepris de lui retirer ses vêtements sales, les donnant à Charly pour qu'elle les mette à laver -je lui laissais son sous vêtement quand même. Ensuite, je pris quelques serviettes pour lui laver/essuyer le visage, les membres. Soren, qui s'était réveillé entre temps, me donna un coup de main pour le mettre sur le canapé. Il était gelé... J'entrepris de le rouler dans une couverture prise à l'étage. Il devait sans doute ressembler à un conconfort, le pauvre...
Dans un soupire, je m'agenouillais à côté du canapé, prenant sa main : elle était déjà un peu plus chaude que tout à l'heure... J'hésitais entre la garder ou la lâcher... Pour l'instant, autant que je vérifie son pouls et sa température une petite heure... Si rien ne se passe, ça devrait être bon... Enfin j'imagine ?


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C-GEAR
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Sam 24 Juin - 5:02

Angel Fall First



La pluie battante rendait ta progression pénible et laborieuse. Tu ne savais pas pourquoi tu avais cédé à la demande, mais avec du recul, cette idée te semblait aussi idiote que risquée… Et tes pas s’enfonçant dans la terre humide jusqu’à la semelle ne manquaient pas de te le rappeler à chaque fois que tu tentais d’avancer dans ce dédale forestier. Pour relâcher la pression, tu tentais de te convaincre que les intentions derrière cette balade improvisée étaient louables… Eden angoissait de voir les journées se succéder sans que tu n’aies le moindre contact avec l’extérieur. À chaque levé de soleil, tu te refusais la chance d’accéder à un instant de bonheur éphémère qui pourrait modifier ta perception de ce monde que tu exécrais… Tu rejetais en vrac le moindre éclat de rire ou sourire que tu pouvais gratter à cette existence. Comme si tu t’étais conditionné à souffrir sans jamais relever la tête vers le ciel et les étoiles… À ta sortie de l’hôpital, tu avais passé des heures à fixer d’un regard vide le papier attestant de ton prochain rendez-vous chez le psychiatre. Tu ne voulais pas… Tu savais d’ores et déjà, contre vents et marées, que tu ne te présenterais pas sur place… Tu n’avais pas besoin d’être sauvé. Tu ne voulais pas que quelqu’un viole de nouveau ton intimité pour y changer ta perception de toi-même… Cette idée t’effrayait presqu’autant que celle de revoir ta famille. C’était une conclusion inacceptable à ta tentative pour te libérer des chaînes qui t’entravaient.

Et malgré tout, il y avait toujours de pauvres fous prêts à se battre pour toi.

Votre escapade en nature avait tourné au drame à l’instant où la fratrie Bluebell t’avait laissé derrière, perché sur la rive d’un ruisseau qui t’avait aimanté et dont tu avais souhaité savourer la clarté… Résolu à te voir traîner de la patte derrière eux, ils avaient manifestement laissé s’écouler plusieurs minutes avant de remarquer ton absence. Malheureusement, il était déjà trop tard. Tu ignores comment les choses avaient dégénérées, mais le fait est que le duo et toi-même aviez été incapables de retrouver les traces l’un de l’autre… Et fatalement, tu t’étais mis à croire qu’ils t’avaient abandonné. C’était si compréhensible… À leur place, tu l’aurais sans doute fait également. Tu étais un poids mort pour Eden et Noah… Ils avaient tant à donner au monde : pourquoi feraient-ils délibérément le choix de s’embarrasser d’un dépressif alcoolique comme toi ? Tu ne pouvais pas leur en vouloir.

À l’aube d’une nuit sans étoiles, tu te sentais perdre le peu de forces qu’il te restait. Depuis que tu avais quitté l’hôpital, les nuits se faisaient courtes et peu salvatrices… De plus, tu n’avais rien avalé depuis plus de vingt-quatre heures et tes papilles réclamaient désespérément le goût de l’alcool dont tu les avais privées. Tu te sentais incroyable mal. À la fois souillé et vulnérable, comme si mère nature avait souhaité te ramener au commencement pour célébrer tes derniers instants sur terre… À cette idée, un sourire s’ourle douloureusement sur tes lèvres et tu cesses instantanément toute avancée. Tu ne mourrais pas maintenant. Après tout… Il suffisait de vouloir mourir pour que l’on t’arrache des griffes de l’enfer et de vouloir vivre pour que celui-ci vienne à toi. Giratina ne voulait pas de toi dans son monde distorsion et si tu ne forçais pas toi-même les portes du purgatoire, personne ne t’y conduirait. Tu avais encore le goût de la mort sur tes lèvres… Cette petite douceur d’un souvenir lointain ne te quittait plus. Cette envie d’en finir était encore beaucoup trop omniprésente… Mais ce ne serait pas aujourd’hui.

Prenant une grande inspiration malgré l’eau entravant tes poumons, tu te laisses tomber à genoux. Relevant la tête vers le ciel ombrageux, tu sens alors tes dernières forces te quitter, comme si tu t’étais résolu à cesser la bataille contre mère-nature… Rapidement, ta vue se brouille et avant même que tu ne comprennes, tu sombres dans l’oubli.

Une douce chaleur, comme une nuit d’hiver près d’un feu, t’enveloppe et te dire doucement de l’inconscience dans laquelle tu avais plongé. Fermant un peu plus tes paupières pour protéger tes yeux de la lumière, tu laisses ton esprit vagabonder pendant quelques secondes. Il te faut un moment pour comprendre que tu es revenu à toi et que ce corps entravé de ses mouvements est le tien. À peine conscient, tu te mets soudain à remuer maladroitement puis la lumière se fait enfin dans ton esprit : quelque chose ne tourne pas rond. Les souvenirs de tes derniers instants de conscience sont flous, mais tu sais que ton corps ne reposait pas dans un tel confort et qu’une telle chaleur ne t’enveloppait pas au moment de sombrer.

À partir de cet instant, tout roule à cent milles à l’heure dans ton esprit puis, ouvrant la bouche, tu laisses l’air entrer douloureusement dans tes poumon en te redressant. Enfin, tes yeux s’ouvrent et affrontent le décor qui s’offre à eux. La surprise, quant à elle, te cloue sur place. Étendu dans un canapé, ton corps ne témoigne plus de ses expériences passées… Tu n’étais pas dans une maison la dernière fois que tu as été conscient. C’est impossible. Tu t’en souviendrais… Mais alors quoi ? Que s’est-il passé ? Étonnamment effrayé par cette fissure à ton quotidien, tu entreprends alors de chercher une réponse du regard… Mais tu n’en as pas le temps. Interpellé par un contact inhabituel, tes pupilles céruléennes se baissent enfin vers ta main… tenue prisonnière par une autre main qui n’est pas la tienne. Abasourdi, tu suis des yeux le bras auquel cette main étrangère est attaché puis remarque une jeune femme. Une femme. Une femme tenant ta main.

À quoi tout ceci rime-t-il… ?

« Q… Qui êtes-vous ? Où suis-je… ? » Ta voix ne trahie pas la surprise, mais laisse transparaître l’incompréhension comme si tu étais fait de verre. Serrant les bras contre ton corps, tu remarques enfin que quelque chose manque à l’appelle : tes vêtements. « Pourquoi suis-je… Dans cette tenue ? Que s’est-il passé ? » Toutes ces questions ne te ressemblent pas. Pour toi qui est habitué de subir la vie bien plus que tu ne la vis, une telle situation devrait normalement te laisser de marbre ou, au moins, t’arracher une légère pointe de déception. Une fois de plus, la mort ne t’a pas attrapé… L’homme t’a de nouveau arraché aux portes de l’enfer… Mais la surprise prend le dessus sur les lugubres pensées qui mènent habituellement ton esprit enrayé. Qui ne réagirait pas comme toi en de telles circonstances… ? Tu détestes assumer des choix ou des actes que tu n’as pas commis. Même s’il est vrai que se réveiller au chaud reste plus agréable qu’une prise de conscience subite au milieu d’une forêt humide, il n’en reste pas moins que tu n’as pas choisi d’être ici. Une fois de plus, quelqu’un est venu mettre son grain de sel dans ta platonique existence… Et si cette fois était censée être la bonne ? Que serait-il advenu de toi si personne ne t’avait retrouvé à temps ? Le ventre vide, l’esprit affaibli par le manque et la fatigue…

Aurais-tu pu mourir, cette fois ?



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C-GEAR
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Sam 24 Juin - 18:51
Ma main, nouée à celle de l'inconnue, me semblait engourdie depuis quelques longues minutes. Somnolente, j'avais posé mon bras contre le canapé, et ma tête sur ce même dit bras qui me servait à présent d'oreiller. Lascivement, je baillais tout en essayant de me redresser sur mes genoux pliés. Aucun signe d'amélioration ou de détérioration au toucher, c'est une bonne nouvelle en soit.
Je ne pouvais pas m'empêcher d'imaginer tous les scénarios possibles et imaginables qui justifieraient sa présence dans le Bois aux Chênes en pleine tempête et aussi profondément dans le bois. Si ça se trouve, il s'agit d'un Agent Spécial de la police, poursuivit par de terribles criminels que en veuillent à sa vie ! Et d'épuisement, avec une fatidique course poursuite, il avait fini par s'écrouler quelque part et se faire traîner sur une centaine de mètre par la farouche Kira. Ou alors c'était lui le criminel, toujours en fuite, et avec les agents à ses trousses !
Ou alors c'était tout simplement quelqu'un qui s'était perdu... ? C'est vrai que c'est soudainement un peu moins "exceptionnel" mais la normalité est commune de toute manière...
Je perçois la patte de Tybalt qui vient caresser mon dos, tandis que l'autre entame de me guider pour que je trouve une position plus confortable pour veiller le beau aux bois dormants. Beau étant une référence nominale puisque je ne sais pas vraiment ce que signifie... Beau, de manière générale.

Tandis que je me replaçais sur mes appuies, je sentis une légère pression au creux de ma main, une frisson qui effleura mon épiderme et qui accompagna une interruption de sa respiration et sa reprise tout aussi soudaine. C'était il réveillé ? Incertaine, je m'incline vers le canapé, tendant l'oreille à la recherche d'un signe, refermant avec douceur mes doigts sur les siens pour y garder une forme de lien communicatif. Bien vite, l'homme se met en mouvement et se redresse, engageant de mon propre côté un recul, me rasseyant sur mes chevilles. Un léger soupire de soulagement traversa la barrière de mes lèvres : au moins, il semblait en plutôt bonne forme malgré sa petite aventure dans la tempête.
Sa main se dégagea de la mienne en même temps que ses paroles parvinrent à mes oreilles. Nul doute: c'était bien la voix d'un homme. A son ton, je le sentais... Perturbé. Rien d'étonnant lorsqu'on se réveille dans un endroit inconnu, c'est vrai... Je n'ai pas réellement ce problème - disons plutôt que je me suis habituée à ne pas trop m'attacher à mon environnement.

Dressant mes deux mains dans sa direction en signe d'apaisement, j'étirais un fin sourire le plus calme et avenant possible. Mes mains descendirent sur mes cuisses, me servant d'appui, tandis que je cherchais mes mots.

- Tout va bien, ne vous inquiétez pas... Commençais-je de ma voix la plus douce. Je me nomme Midley Stanford et vous êtes chez moi... Ma Grahyena vous a amené ici, vous étiez trempé, couvert de boue et inconscient.

Kira s'était sans doute éclipsée pour rejoindre sa fille à l'étage mais je notais dans un coin de mon esprit que la faire descendre serait une bonne idée, pour que l'individu puisse rencontrer le pokemon qui l'a aidé. Cette ellipse de côté, je repris la parole.

- J'ai pris la liberté de mettre vos vêtements à laver afin que vous n'attrapiez pas froid. Vu votre état, un mauvais rhume ne serait pas des plus agréables... Je levais une main, baissant la tête. Désolée si mon contact vous a embêté, je voulais garder un regard sur votre pouls le temps de voir si votre condition s'améliorait ou non.

Un de mes doigts glissa jusqu'à ma joue, réflexe nerveux quand je me sentais mal à l'aise. Je ne suis pas vraiment infirmière, je connais juste quelques trucs et astuces qui dépannent en cas de besoin. Cette phase d'introduction passée, je sentais le silence me peser et s'éterniser - alors qu'à peine une demi-seconde avait dû s'écouler depuis la fin de ma précédente phrase. Un rire légèrement nerveux quitta mes lèvres.

- Vous avez eu de la chance quand même, vous baladez en pleine forêt avec cette tempête dehors... Celebi a du veiller sur vous pour avoir autant de chance. Me redressant soudainement sur mes appuies, toujours à genoux sur mon tapis, je me retournais, tâtonnant sur la table à la recherche de mon assiette laissée à l'abandon depuis je ne sais combien de temps. Au moins, je la sentais toujours tiède sous mes doigts. Vous voulez peut-être une part de tarte au pomme ? Elle est maison et vous aidera à reprendre des forces. Ou peut-être un thé ou un café ?

Charly chantonna dans mon dos au compliment sur sa tarte, m'arrachant un doux rire attendri, alors que je tenais toujours à bout de bras l'assiette dans la direction de mon hôte. Qui serais-je si je ne lui proposais mon hospitalité, après tout ? Puis je demeurais curieuse, en quelque sorte... C'est vrai que cette histoire d'agent secret me trotte toujours dans la tête, je l'avoue. Si ça se trouve, 007 était dans mon salon... Intérieurement, je me trouvais ridicule et bien marrante de croire à pareil fantasy. Après tout, même s'il s'agissait de 007, je doute qu'il me le dirait ouvertement... Simple devise d'espion.


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C-GEAR
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Jeu 13 Juil - 22:00

Angel Fall First



Tu te sentais mis à nu. Littéralement. Laissé à toi-même dans une situation où tu n’étais plus vêtu que d’un slip à l’intérieur une maison que tu ne reconnaissais pas, tu ne pouvais sentir que l’angoisse qui grimpait le long de long de ta gorge. Tu ne te rappelais de rien. Tu avais tout juste souvenir de tes genoux dans la boue puis d’un ciel déversant ses larmes sur ton visage éteint… Après quoi, il n’y avait que néant. Tu avais conscience d’un long sommeil sans rêves ni songes, une simple prolongation indésirable du vide que tu abritas depuis la défaite. Mais c’était plus qu’insuffisant pour revendiquer le savoir des derniers événements…

Une fois de plus, tu subissais les choix des autres sur ton corps et ta personne. On avait décidé en ton nom que ce serait meilleur pour toi d’être sorti de la terre dans laquelle tu avais abandonné toute guerre et combat, sans imaginer une seconde que c’était la place qui te revenait. De toute manière, l’enfer et le ciel t’avaient tous deux fermé leur porte alors qu’aurait-il pu t’arriver au coeur de cette forêt ? Doucement, ton visage passe de l’étonnement à la déception. Tu ne peux pas mourir. Contre toute volonté et tout essai, l’au-delà ne veut pas s’embarrasser de toi. Même si tu ne cesseras jamais d’essayer, tu sais néanmoins que tes échecs continueront de s’accumuler. Il ne te reste qu’à espérer qu’un jour viendra où le bon sens l’emportera et où tu ne relèveras plus… Mais ce ne sera pas aujourd’hui.

Car aujourd’hui, une enfant a décidé que tu vivrais.

Midley de son prénom, se présente comme ta bonne samaritaine. C’est elle qui t’a dévêtu le temps de mettre tes vêtements à la machine puis qui a veillé à ce que ton corps récupère de son inconscience… En de telles circonstances, quels sont les mots à prononcer ? Es-tu censé la remercier ? La gracier pour sa grande générosité ? Après tout, c’est ce que ferait un riche ordinaire… Sauf que tu n’en es pas un. Tu n’as de Fitzgerald que le nom et le sang, ayant abandonné derrière toi toute la splendeur de ton rang. Tu n’es qu’un déchet, un monstre qui ne peut acquitter sa dette de cette manière… Car tu sais mieux que quiconque que l’argent ne fait pas le bonheur.

Machinalement, tu baisses ton regard vers les parties visibles de ta peau puis repousse nonchalamment la couverture qui t’enveloppe. Ici et là, des éraflures recouvrent ton corps meurtri, venant se joindre à la cicatrice encore saillante à ton poignet. Ce corps ne cessera jamais d’être martyrisé. À un point tel que la douleur physique, ta bonne amie, est depuis devenue une drogue… Souffrir de corps, c’est oublier momentanément à quel point l’esprit se meurt. C’est un court instant de repos, quelques secondes pendant lesquelles tu te sens redevenir vivant… Mais ce n’est qu’un leurre. Qu’une lourde tromperie orchestrée au détriment de cet organisme qui te maintient en vie contre ta volonté. Ça ne dure jamais très longtemps.

« Je vois… » soupires-tu en traçant de tes doigts la forme longiligne d’une éraflure à la base de ton cou. Rejetant finalement la tête vers l’arrière, tu fermes les yeux puis prend une grande inspiration. « J’imagine que je devrais te remercier… Y a-t-il quelque choe que je puisse faire en… échange ? » Murmure dans la pénombre, insécurité palpable : tu n’agis pas comme tu devrais le faire. Depuis toujours, tu as considéré qu’il était du devoir de l’homme, du pauvre de te venir en aide lorsque la situation l’exigeait... Mais les choses ont changé et même s’il t’arrive de maudire les mains tendues vers toi, tu souhaites surtout quitter cette terre sans dette à rembourser. Alors qu’elle te dise ce qu’elle désire, histoire qu’on en finisse. De toute manière, rien ne peut plus te surprendre. Il n’y a plus rien que tu ne puisses accomplir. « Célébi hein… » L’esprit de la forêt. Celui dont la présence ne serait perçue qu’en temps de paix… À cette idée, un sourire fend douloureusement ton visage meurtri puis se ravise au dernier instant. Tu ne crois pas que Célébi ait un quelconque lien avec ta chance. Pour ta part, c’est Giratina qui garde un œil sur toi afin d’être certain que tu n’iras pas souiller le monde distorsion de ta présence. « Je n’avais pas l’intention de rester à l’extérieur avec une telle température… Je me suis perdu. » Et bientôt, il faudrait que tu reposes le pied dehors afin de retrouver le duo qui t’a abandonné. Mais pas maintenant… Au regard des sifflements irréguliers de ta respiration, tu comprenais que ce corps fluet était fatigué de repousser ses limites. Tu ne pourrais plus rien tirer de lui pour l’instant.

Ton ventre, tordu par l’angoisse, se serre au moment de voir la tarte que l’inconnue te tend. Tu ne peux pas manger. Le mal qui te serre les tripes et trop profond pour laisser passer la moindre miette de nourriture. « Non merci. Mais je prendrais bien un thé matcha si tu en as. » La politesse est un mot qui n’a plus de définition fixe dorénavant. Parfois, tu lèches les bottes du peuple à t’en écorché la langue alors que, d’autres jours, on revoit en toi une lumière de vivacité. Quelque chose de bref qui rappelle instantanément l’homme que tu étais autrefois. Tu commandes, ils obéissent, ils commandent, tu obéis. Tu ne ressembles plus à rien. Tu n’es qu’un minable, un raté désormais prostré aux pieds des roturiers. Qu’elle est glorieuse la vie. « Dis… Où sommes-nous ? » Tu as besoin de savoir. Tu ne sais pas sur combien de mètres… ou de kilomètres la Grahyena t’a tiré et tu te dois de connaître ta position exacte. Non pas que la crainte d’avoir été retrouvé par une dégénérée te dérange particulièrement ou que l’idée d’être perdu au milieu de nulle part, dans un endroit où personne ne peut te retrouver, fasse rage en toi… Mais si jamais tes amis te recherchent, jusqu’où devront-il fouiller avant de retrouver ta trace ?

Blasé, tu te laisses retomber sur le sofa en position horizontale puis soupire. Tu ne ressens ni gratitude, ni compassion pour cette enfant. Tu ne sais pas ce qu’une gamine comme elle fout seule dans les bois, mais une part de toi se fout éperdument de connaître la réponse. Tout ce que tu désires, c’est comprendre. « Au passage, je m’appelle Ezekiel… Ezekiel Fitzgerald. » Tu ne sais pas à quel point le nom de la famille ducale est connue à l’extérieur de Kalos, mais l’apprentissage de ce nom lui donnera peut-être envie de te demander un chèque en échange de ta vie. Douloureusement, tu composes sur ton visage un sourire transformé par la tristesse puis fixe le plafond d’un œil absent.

Tu aurais dû taire ton nom. Si jamais elle venait à connaître l’aristocratie kalosienne, comment réagirait-elle ? Cette société menée par le capitalisme sous la bannière du saint-argent ne répond qu’à une seule règle : la richesse. Pour s’y faire, hommes et femmes sont prêts à commettre sans la moindre hésitation l’irréparable, l’impensable... Comme prendre tes Pokémon et toi-même en otages par exemple. Car, après tout, vos insignifiantes vies reposent toutes entre ses mains.



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Jeu 20 Juil - 17:21

Mon invité semblait perdu, dans tous les sens du terme : son ton, son attitude, ses gestes. Je le sentais... Comment expliquer ? C'est comme lorsqu'on sent quelque chose en soi, comme quand une voix nous murmure une histoire à l'oreille, une histoire qu'on imagine. L'histoire d'un homme perdu dans les bois, dans un endroit inconnu, et qui a peur. C'est moi qui lui fait peur ? Ou a-t-il peur d'autre chose ? En soit, ça ne me concerne pas réellement, son histoire. Pourquoi devrais-je la connaître ? On a chacun notre histoire et je sens bien que quelque chose le dérange, le perturbe. Certains pourront dire qu'il s'agit d'instinct, d'autres dirons simplement que je suis un peu trop inventive, que j’interprète.
Et ils n'auront sans doute pas tord, je ne peux pas lire les traits de son visage, ni voir la posture de ses épaules. Je ne peux qu'imaginer une scène avec les éléments que je possède entre mes mains légèrement moite. Une inspiration, une expiration. J'essaye de me vider l'esprit de ces préoccupations un peu trop mature à mon goût. A force de trop y penser, j'allais finir par être obsédée par une histoire qui ne me regarde absolument pas.
Sa voix me tira de ma rêverie silencieuse, me faisant tressauter par la même occasion. Me devoir quelque chose ? Je secouais négativement la tête, tendant les deux mains vers l'avant pour les agiter, appuyant d'avantage toute la négation de ma négation possible et imaginable. "Je ne veux absolument rien en échange voyons ! C'est normal d'aider quelqu'un qui en a besoin, on ne demande pas quelque chose en échange pour ça - enfin, sauf aux médecins mais c'est parce que c'est leur travail et qu'il faut bien qu'ils vivent mais... Enfin... Bref, tu ne me dois rien. J'aurais été triste de savoir que quelque chose soit arrivé dans la forêt sans que personne n'ait pu rien faire. Il faut croire que c'était mon tour - et à celui de Kira, haha...
J'étais beaucoup trop bavarde par rapport à mon habitude, ça craint. C'est sans doute à cause de ce malaise ambiant aussi pesant qu'un orage en plein été qui plane dans l'air du salon. J'avais besoin d'évacuer la pression un petit peu.

Je ferme les yeux lorsqu'il m'explique qu'il s'est perdu. D'un autre côté, ça ne m'étonne pas plus que ça si on ne connait pas la forêt et qu'on se fait prendre dans une tempête comme celle qui claque dehors. Il suffit d'un glissement de terrain, d'une chute d'arbre et la panique risque de nous faire perdre tous nos moyens. Et la panique, c'est souvent ce qui nous perd, tout court. Moi-même, j'essaye de ne pas mettre mal à l'aise mon interlocuteur, de ne pas le faire paniquer. Il n'était pas là par hasard et il me semble tellement... Triste ? Pas vraiment triste... Je dirais plutôt vidé. Vidé de quoi ? D'énergie ? Peut-être, il est surement fatigué avec toute sa petite aventure.
Son refus de la tarte entraîne un grondement sévère de la Leveinard. C'était la première fois quelqu'un refusait sa tarte. L'aspect critique de la situation nécessita des moyens extrême! Je me tournais vers Charly, lui rendant l'assiette avec un sourire. "Il n'a peut-être pas encore faim Charly, ne t'inquiète pas. Ta tarte est délicieuse! Ce sera pour un peu plus tard, garde la au four pour qu'elle reste bien chaude. Je la mangerais dans tous les cas." Sa protestation, bien que légère, fut largement audible, alors qu'elle fit demi-tour en bougonnant, et sans doute en lançant à regard en direction du garçon sur le canapé. Je lui offre un petit sourire gêné, tentant d'expliquer la situation du mieux possible. "Désolée, c'est la première fois qu'on refuse de manger un de ses petits plats, je crois qu'elle est un peu vexée mais ça passera... La tarte est très bonne en tout cas, si jamais tu as faim un peu plus tard. Je vais voir pour ton thé, Tybalt est monté à l'étage voir s'il n'y aurait pas des vêtements de rechange pour toi."
M'aidant de la table, je me redressais sur mes deux jambes, me dirigeant à tâtons en direction de la cuisine.

Point de vue de Tybalt

Je descendais les escaliers, un tshirt et un jogging assez large pour que le dormeur du canapé puisse les enfiler sans trop de difficultés. Pourquoi Kira l'avait-elle ramené ici ? On se retrouvait avec un SDF dans la maison maintenant - hypothèse la plus probable à mon sens, bien qu'il n'ait pas réellement le look d'un SDF une fois ses vêtements sales retirés.
Lorsque Midley l'avait couché, j'avais remarqué ses cicatrices : ce type, c'est clairement pas le genre de personne que j'ai envie de voir sous le toit de ma dresseuse, ou même proche d'elle. Un nid à problème, sans aucun doute la dessus.
Je me glisse dans le salon, constatant qu'il était réveillé et allongé, tandis que Midley se trouvait en cuisine avec Charly qui semblait lui tenir la jambe en bouder. J'avais sans doute loupé un épisode mais je ne m'en formalisais pas, accomplissant ma mission première. J'approche de l'invité, lui tendant à deux pattes ses nouveaux vêtements d'appoint. Heureusement pour lui que je ne parle pas l'humain et que Midley m'a appris la compassion... Sinon je l'aurais mis dehors dès son réveil. Le regardant droit dans les yeux, j'inclinais la tête direction de la cuisine, puis de la sienne.
Je ne sais pas qui tu es mais si Midley s'occupe de toi, je ferais pareil. Et si tu abuses de sa gentillesse, je te botte l'arrière train avant que tu puisses dire Capumain. C'était grosso-modo le message que je désirais faire passer. A voir s'il allait le comprendre ou pas. De toute manière, il se trouve dans une maison pleine de pokemon dévoué à leur dresseuse. A moins d'être idiot... Quoi que, il faut bien de tout pour faire un monde : celui-là avait déjà essayer de se blesser aux poignets, il fallait vraiment être idiot pour abandonner la seule chose qu'on possède vraiment.
Ouais, décidément, c'est vraiment dommage que je ne puisse pas parler l'humain, de temps en temps. Après un long moment de silence et de regard, je m'éloigne du bleuet pour rejoindre Midley dans la cuisine et lui donner un coup de main.

Point de vue de Midley

Heureusement que Tybalt vint me donner un coup de main pour calmer Charly qui ne digérait toujours pas l'idée qu'on refuse de manger sa tarte ! Je revins avec le thé du jeune homme, lui tendant à nouveau avant de me rasseoir à genoux sur le tapis, espérant que ça l'aiderait à se sentir mieux. Il me demanda où nous étions, ce à quoi je répondis : "Nous sommes dans le Bois aux Chêne, pas très loin d'Ecorcia. Ma maison est éloignée de la route principale mais quand la tempête sera calmée, tu auras juste à suivre le chemin jusqu'à un croisement. Il y a un panneau qui t'annonce la direction qu'il faut prendre." Lui souris-je, me sentant un peu plus détendue - peut-être parce que je m'étais éloignée quelques secondes.
Il me donna son nom et spontanément, je me redressais sur mes genoux, tendant la main dans sa direction. "Enchantée de te rencontrer Ezekiel ! J'espère que le thé n'est pas mauvais, c'est la première fois que j'en prépare du comme ça..."

Un glissement de porte attira mon attention sur le fond du salon : sans doute Kira et Lidya qui sorte de "pokemonerie" - le nom que je donnais à cette salle spécialement dédiée à mes pokemons et à leur repos. Tournant la tête dans leur direction, je fis une petit signe pour attirer l'attention de la Grahyéna qui devait sans aucune doute m'ignorer - ou faire mine, comme d'habitude. Je la gratifiais d'un "Merci pour ton aide Kira", dont un grondement fut ma seule réponse. Pourquoi est-ce que je ne suis même plus étonnée ? Un sourire s'étire sur mes lèvres alors que je devine Lidya approchant de l'inconnu jusqu'à se glisser derrière moi. La Goupix des neiges avait toujours été une petite curieuse après tout. Je glisse mes mains derrière moi pour la ramener vers l'avant, la gardant dans mes bras affectueusement. "Lidya, je te présente Ezekiel, soit gentille avec lui, d'accord ? Pas de bêtise ni de Poudreuse dans la maison."
Elle ronronna dans mes bras en signe acquiescement pour que je la relâche, l'imaginant se diriger vers le convalescent tout en reniflant. La connaissant, elle n'allait sans doute pas repartir sans un câlin ou au moins une caresse, la petite princesse. Je tournais la tête vers Ezekiel "J'espère que la présence de pokemon ne te dérange pas, ma maison est une véritable ménagerie" riais-je, moi-même déprimée par le nombre de mes compagnons à présent. Et j'imagine que ça continuera à augmenter au fur et à mesure de ma propre route.
Revenant un peu plus à la réalité, je demandais "Au fait, tu ne semblais pas avoir de téléphones sur toi... Tu veux que j'essaye d'appeler quelqu'un ? Je ne suis pas certaine qu'il y ait du réseau ici mais ça vaut toujours la peine d'essayer. A la radio, ils disent que la tempête devrait s'arrêter dans la nuit alors autant prévenir pour qu'on ne s'inquiète pas pour toi. Enfin, si tu as des gens à prévenir, j'en sais trop rien...En attendant, sens toi comme chez toi le temps que tu restes !"

Joyeuse, je me redressais pour me promener dans le salon, ma main venant caresser une des bibliothèque d'un geste doux. Il fallait vraiment que j'envisage de les nettoyer, elles commencent à prendre la poussière. "Ce serait indiscret de te demander qu'est-ce que tu faisais dans les bois... ?" Marmonnais-je à son attention, avant de reprendre. "Je veux dire... Pardon si ça semble très bizarre ce que je vais dire mais je sens que... Je sens que tu as les épaules lourdes et je peux comprendre que la forêt soit un bon endroit pour se vider la tête, tu ne trouves pas ? Middy, tu gaffes beaucoup trop.


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Ven 21 Juil - 20:02

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Elle ne voulait… Rien en retour ? Déstabilisé, tu tournes ton regard vers la fillette afin de déceler une trace de plaisanterie sur ses traits. En vain. Midley semble parfaitement sérieuse, complètement convaincue par ce qu’elle avance. Pour ta part, tu as du mal à y croire. Tu as du mal à croire que quelqu’un puisse agir par bonté d’âme, par conscience plutôt que par appât du gain. Après tout, le dénouement de ton unique acte d’héroïsme se résumait surtout à l’obtention d’une ronde somme d’argent pour tes services. Tu avais été généreusement gracier et c’était sans surprise que les motivations des quatre autres pions à tes côtés s’étaient révélées semblables à la tienne. L’homme était ainsi conçu : aucun acte de charité n’existait sans fatale redevance. Tu avais fini par assimiler cette information comme une fatalité, une règle universelle à laquelle personne n’échappait. Pas même la fratrie Buebell, dont la générosité était pourtant au-delà de l’imaginable.

Baissant légèrement les yeux afin de ne plus voir les siens, tu murmures un « merci » à peine audible. Tu crois fermement qu’elle changera bientôt son chapeau de bord, que ça ne durera pas. Qu’elle va te la faire à l’envers. Tu n’es plus capable de confiance. Le moindre instant de gratitude s’efface pour laisser place à la méfiance, à ce sentiment malsain qui demande à ce que tout homme ou femme sur terre n’agisse que par intérêt. C’est ainsi que tu as grandi, c’est avec cette mentalité que tu as été détruit et tu ne te vois pas restructurer ton esprit autrement. Tu es beaucoup trop craintif des résultats.

« Je comprends… Pardon si je l’ais vexée. » Ton estomac, qui criait pourtant famine avant ton évanouissement, ne demande plus qu’un peu de repos. Si l’image d’une bouteille de whisky se dessine toujours dans un coin de ton esprit, tu te sens malgré tout capable de la renvoyer dans l’oubli tant ton corps est en mal de vivre. Tu voudrais retirer la couverture sur tes épaules et te rendormir aussi bêtement que possible, mais tu ne peux pas. Ce serait impoli et même si l’insolence n’a jamais été un souci, tu crois malgré tout que le karma t’a suffisamment fait payer tes écarts de conduite. C’est bon maintenant, c’est terminé. Tu es un pantin, un être de bois et de porcelaine que l’on peut manipuler à sa guise sans qu’il ne s’y oppose. Tu n’as plus de volonté propre, ça n’appartient plus qu’au passé. « [color=#7494D0J’essaierai de la manger plus tard si tu le permets…[/color] » À une autre époque, tu aurais sans doute craché sur cette tarte avec la véhémence de tout un bataillon. Tu aurais sans doute rigolé à gorge déployée devant l’attitude du leveinard, abandonnant définitivement toute forme de respect qui soit, mais plus maintenant. Tu as fini par comprendre que tu n’étais pas mieux qu’eux. Que tu n’étais pas un être humain plus méritant ni plus glorieux que les pauvres que tu méprisais tant. Au contraire.

Regardant la jeune fille se relever, tu remarques alors un détail qui -par inexpérience- ne t’avait pas sauté aux yeux : elle avance à tâtons. Comme si elle ne connaissait pas son environnement ou pire… Qu’elle ne le voyait pas. Surpris, tu fixes un instant sa progression hasardeuse vers la cuisine puis ressert tes doigts sur la couverture. Tu as toujours eu cette aversion pour la différence, pour les handicaps. Ça ne s’explique pas, c’est viscéral. À une époque, les gens atteints d’une telle différence ne survivaient pas et la race humaine à la fois plus pure et plus forte… Accepter la faiblesse, c’était condamner l’humanité. Et tu étais bien placer pour en témoigner. Pour la millième fois au moins, tu soupires. Tu ne peux pas rester ici plus longtemps. C’est impensable. Ta dernière rencontre avec un imparfait de ce genre s’était suffisamment mal déroulée pour que l’expérience ne mérite pas d’être réitérée. Tu devais foutre le camp, la providence s’était déjà suffisamment moquée de toi.

Et ce n’était pas comme si le destin t’offrait une chance de réparer tes erreurs passées. Tu étais le maître d’orchestre qui avait harmonisé cette horrible rencontre avec le muet et tu considérais malgré tout ne rien avoir à te reprocher. Quelle mauvaise foi.

Tes yeux restent un instant accroché sur lui lorsqu’un riolu vient te porter des vêtements. Ils ne sont pas très glamour et tu regrettes vite fait tes vêtements habituels, mais tu ne dis rien. D’un hochement de tête, tu remercies distraitement le canidé puis étire le tshirt afin de mieux l’admirer. Ton nez se retrousse imperceptiblement. Tu es né dans la richesse et l’excès… Ce n’est ni un bien, ni un mal, mais tu as du mal à croire que tu vas t’abaisser à mettre de tels vêtements. La déprime ne justifie pas un habillement aussi relâché et l’envie de mourir n’est pas une excuse au manque de goût. Imperceptiblement, tes épaules se tendent puis, enfin, tu cèdes après de nombreuses secondes d’hésitation. Passant le chandail au-dessus de ta tête, tu tentes de te relever après coup pour mettre le jogging. Tes jambes, encore fragiles, semblent s’opposer à l’idée, mais finissent par céder devant ton entêtement. Quelle humiliation ce serait que de te voir, échoué sur le sol après avoir tenté de mettre un pantalon. Du peu d’amour propre qu’il te reste, tu t’opposes fermement à cette idée et tu forces tes jambes à rentrer sans faiblir dans les pattes du pantalon. Enfin, tu te rassois au moment pile où l’aveugle revient vers toi, tasse de thé à la main.

Attrapant la tasse, tu fixes un moment le contenu dans l’espoir d’y voir quelque chose d’anormal. Un peu trop d’eau, des granules d’origine inconnue, un peu de thé renversé sur l’assiette… Mais rien. Tout semble parfaitement en ordre et, naturellement, tu te dis que le goût rattrapera la perfection de la présentation. Inquiet, tu attends donc un peu avant de prendre une gorgée et te concentres plutôt sur la lumière faite par Midley. Tu étais soulagé d’apprendre que tu ne t’étais pas éloigné du Bois aux Chênes. Avec un peu de chance, peut-être qu’Eden ou Noah te retrouverait une fois la tempête calmée… Même si tu y croyais peu. Tu n’aurais qu’à te mettre à leur recherche lorsque tu en aurais la possibilité, puisque c’était la seule alternative qu’il te restait. « Je vois… Merci pour les indications. Tu n’aurais pas vu… Eu conscience d’un garçon et d’une fille ayant passé par ici plus tôt dans la journée ? » Tu ne perdais rien à demander. Poser la question n’était pas un crime et l’espoir, bien que maigre, faisait vivre.

Enfin. Façon de parler, bien évidemment.

« Le thé est pas mal. » prononces-tu d’instinct avant même d’y avoir trempé les lèvres. L’inquiétude de savoir que ton breuvage a été fait par une handicapée ne te quitte pas et, stupide comme tu es, tu te demandes si elle n’a pas inversé le sachet de thé avec du détergeant à vaisselle ou une autre connerie du genre. Tu n’insistes donc pas. Tu prendras forcément une gorgée, mais pas maintenant. Au lieu de quoi, tu te contentes de déglutir lorsqu’elle te présente sa main. Tu n’aimes pas ça. Prenant une grande inspiration pour calmer la panique qui menace de faire irruption, tu tends finalement la tienne du bout des doigts afin de minimiser le contact de vos peaux et de le rendre le plus bref possible. Heureusement, l’inconfort ne dure pas et votre attention est vite détournée lorsqu’une porte s’ouvre dans un glissement, laissant s’échappe un grahyena et un… goupix avec une drôle de tête. Si la première adresse tout juste un grondement à sa dresseuse lorsqu’elle la remercie, la deuxième, en contrepartie, s’approche de vous sans la moindre hésitation. Lidya donc. Jamais tu n’aurais imaginé donner des noms aussi humains aux espèces qui te secondaient… C’est une curieuse pratique dont l’origine t’échappe, mais que tu ne souhaites pas creuser davantage. À chaque homme ses mœurs et habitudes après tout… Tu n’es plus en état de faire entendre ta vérité absolue.

Déposant délicatement ta main sur la tête de la goupix blanche, tu secoues légèrement la tête lorsqu’elle te demande si la présence de tant de pokémon te dérange. « J’ai l’habitude… J’en ai quelques un également, même s’ils restent essentiellement dans leur pokéball. » Machinalement, tu tends un doigt vers le riolu prostré non loin. « J’avais un riolu comme le tien avant... Mais il a évolué. » Et il est devenu deux fois plus chiant qu’à l’origine. Mais ça tu te le gardes bien de le préciser. Tout comme tu n’évoques pas les relations conflictuelles que tu entretiens avec des Pokémon depuis le premier jour de ta déchéance. Conscient que leur métabolisme diminue grandement lorsqu’ils sont enfermés dans leur sphère bicolore, tu as décidé depuis le début de la fin que tu ne les en sortirais plus. Au moment de mettre un terme à ta vie, ni Melancholic, ni Alchemy, ni Millenario et encore moins Isanity n’avait pesé dans la balance. Elle est là la vérité : votre lien est faible, ridicule, inexistant. Ils sont la manifestation de ton échec, les témoins silencieux de ta bassesse. « D’ailleurs, tu n’aurais pas vu mes Pokéballs ? Elles étaient dans mes poches avant que je ne tombe… » Inconscient. Ta phrase meurt dans ta gorge et tu ne vois pas l’intérêt de la terminer. Tout a été clair. Tu es tombé inconscient, faible et misérable. Pourquoi enfoncer le couteau dans la plaie en relatant précisément les conditions de ce nouveau chapitre à ton déshonneur ? L’amour propre est mort et tu n’as pas besoin d’une preuve de plus pour le prouver.

« Pas la peine d’appeler qui que ce soit. De toute façon, je ne tarderai pas à partir… Personne ne m’attend. » Doucement, tes doigts se referment sur la cicatrice encore rosâtre sur ton poignet. Tu sais qu’elle sera toujours là, qu’elle fera partie de toi comme une tâche de naissance ou un témoin silencieux de ton passé. Elle est la preuve qu’ici-bas, personne ne se soucie que tu vives ou que tu meurs. Tu es condamné à vivre seul et mourir dans une solitude encore plus profonde. Voilà tout. Il n’y a nul besoin qu’elle s’embête ave ce genre de futilité ou qu’elle cherche à contacter quelqu’un qui lui rirait au visage tant ton existence est risible et sans importance. « Je marchais avec des copains… » Voilà tout. Tu marchais avec des copains qui n’en pouvaient plus de voir les bouteilles se succéder sans que tu ne te lèves ou n’ouvre les rideaux. Tu marchais avec des copains qui désespéraient de sentir l’odeur de l’alcool et l’ombre de la mort près de toi. Ils avaient essayé de bien faire, de créer un moment de bonheur dans ton cœur bien trop sombre, bien trop noir et voilà comment les choses s’étaient terminées. Tu aurais dû rester couché. Avec une bouteille de whisky, les problèmes étaient de courte durée au moins. « Il y avait un ruisseau et j’aime beaucoup l’eau… Donc je me suis approché. Et quand je me suis retourné, ils n’étaient plus là. » Tu étais semblable à l’eau. Semblable à un bocal d’eau comme ceux dans lesquels on enferme des magicarpe. Tu étais liberté et douceur confiné à tout jamais dans un petit contenant qui t’empêchait de vivre et de respirer. Tu n’avais jamais été un fleuve tranquille, une mer déchaînée ou un océan imprévisible… Non. Du début à la fin, tu n’avais rien été de plus qu’un bocal pitoyable si peu majestueux que les gens lui jetaient à peine un coup d’œil quand ils passaient près de lui. Pire, personne n’avait cherché non plus à ajouter de fausses petites algues décoratives dans le fond pour le rendre un peu moins moche. Et personne ne le nettoyait non plus. Il était complètement seul le bocal. Seul et délaissé. « Je n’aurais peut-être pas dû les chercher… » Un soupire.



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Sam 29 Juil - 21:26
Le compliment d'Ezekiel sur la qualité de mon thé m'arracha un doux sourire heureux et satisfait. Je sens comme une douce chaleur se répandre dans mon corps - sans doute du soulagement, me dis-je après coup. Il m'interrogea pour savoir si je n'avais pas vue passer deux autres promeneurs dans le coin, étant sans doute des connaissances à lui. Je ne pu m'empêcher de croire qu'il commençait à s'ouvrir un tout petit peu, ayant pris la peine de partager une information à son sujet avec moi autre que son nom.
Retraçant mon parcours journalier mentalement, je finis par secouer négativement la tête, affichant une moue déçue : "J'aurais voulu t'aider mais il y a très beau de passage ici, la pension est très isolée par rapport à la route principale et il est rare qu'on passe par ici si on ne connait pas l'existence de ce terrain. C'est principalement pour ça que je l'ai choisi mais du coup, non, je n'ai pas entendu parler de deux autres promeneurs par ici, désolée..."

Le bruissement d'une chaise attira mon attention et la patte de Riolu caressa mon bras gauche avec douceur. Il m'avait apporté une chaise, bien sûr... Le connaissant, je crois que comme Kira, je ne m'étonnais plus de leurs attitudes et actions à présent. On devenait fusionnels de jour en jour, à mon plus grand bonheur. Je pouvais simplement fermer les yeux et savoir qui faisait quoi dans la maison à n'importe quel instant. Je pouvais sentir dans leurs gestes leurs attitudes ce qu'ils souhaitaient me dire. Et en l’occurrence, Tybalt me disait quelque chose comme "Ne reste pas assise par terre."
Je suis bien évidement son impérieuse bienveillance pour me trouver assise sur une chaise à côté du canapé, contente d'être peut-être plus facilement face à face avec mon interlocuteur, bien que je prenais la peine de ne pas être complètement de face. Il est parfois plus simple pour certaines personnes de me parler de profil, mes yeux les mettant mal à l'aise. Au moins, mes pokemons, eux, n'étaient pas source de malaise chez le dresseur en face de moi - enfin, je suppose Dresseur s'il a des pokemons. Il pourrait bien être coordinateur mais... Je ne sais pas, son côté "éteint" me pousse à ne pas l'imaginer resplendissant sur une scène au milieu de mille et uns spot de lumière. Après, qui suis-je bien sûr pour juger ? Enthousiaste, je me penche en avant lorsqu'il parle de l'évolution de son Riolu, curieuse.

" Vraiment ? Il a évolué comment ? Je veux dire, ça s'est passé comment ? Pendant un combat ou simplement un matin comme ça ? Je me suis renseignée mais je n'ai pas trouvé beaucoup d'informations sur l'évolution des pokemons et... Par exemple, ma Ptiravi a évolué du jour au lendemain sans que je n'ai le temps de dire ouf ! Je le peignais et elle s'est transformée en Leveinard entre mes mains, j'étais très surprise !"

Lorsqu'il évoqua ses pokeball, je sursautais presque sur ma chaise, me redressant d'un bond - et manquant bien sûr, comme d'habitude, de me ramasser la tête la première sur le parquet du chalet.
" Oui, bien sûr, tes pokeballs ! Je les ai mise dans un petit panier, sur la table de la cuisine pour ne pas les perdre" me marmonnais-je à moi-même tout en marchant en direction de la dite table, prenant la coupelle entre mes mains avant de revenir à ma place initiale. "Elles étaient dans les poches de ton pantalon, je me suis dit que tes pokemons n'apprécieraient pas de passer dans une machine à laver. C'est une expérience comme une autre mais bon !" Fis-je avec humour, m'asseyant à nouveau sur ma petite chaise.

Je remarquais qu'Ezekiel avait vraiment le don pour ternir l'ambiance et l'humeur. Son côté éteint commençait sérieusement à... Je ne sais pas, me donner de l'urticaire ? Au moins, il avait des amis. Des amis qu'il avait perdu, certes. Mais des amis quand même. Pour ce genre de personnes, c'est important, non ? Mes amis en tout cas compte vraiment beaucoup pour moi et... Il faut vraiment que j'arrête de me comparer à lui, sinon ça va mal finir pour moi cette histoire.
Par réflexe, je ferme les yeux et prend une courte inspiration, ne perdant pas pour autant mon sourire joyeux que je me plais à arborer face à cette personne qui se trouve sur mon canapé. Même si je ne pourrais même pas le voir, j'espérais au moins... Je ne sais pas, faire un geste ? Quelque chose ? Pourquoi me sentais-je irrémédiablement obligée de voir les autres sourire et être heureux ? C'est leur vie après tout, ça ne me concerne pas, bien évidemment. Mais au delà de ça, ne puis-je pas essayer ?
Sans même m'en rendre compte, je finis par marmonner tranquillement : "Quand la tempête sera calmé, si tu veux rester un peu, il y a un étang juste sous le pommier... Si tu aimes bien l'eau, ça devrait te plaire.
Je rouvris les yeux, levant mes deux mains pour les plaquer contre mes joues : "Qu'est-ce que je raconte moi encore ?" riais-je maladroitement, avant de reprendre, plus ferme. "Je suis certaine que tes amis s'inquiètent pour toi ! Et tu as bien fait de les chercher, ça prouve qu'ils comptent pour toi ! On ne cherche pas des personnes qui n'ont pas d'importance, voyons ! Je suis certaine qu'ils sont morts de trouille et qu'ils se demandent où tu es."

Résolue, je sors mon téléphone de ma poche, faisant défiler mes contacts jusqu'à tomber sur le contact que ma synthèse vocale intitula à voix haute "Monsieur Robbs", le directeur du centre pokemon d'Ecorcia. On s'était croisé après mon aménagement et il m'avait pas mal conseillé et orienté lorsque je lui avais parlé de mon projet de pension après tout. S'il y avait quelqu'un pour être au courant, c'était bien lui. De peur qu'Ezekiel m'empêche de passer le coup de fil que je prévoyais bel et bien de passer, qu'importe son avis, je me levais et m'éclipsais dans le fond du salon, dos à lui. La première tonalité retentit, puis la seconde. Enfin il décroche :
" Monsieur Robbs ? C'est Midley ! Vous m'entendez ? Oui... La tempête aide pas ! Oui, voilà, est-ce que par hasard vous avez un avis de recherche pour un homme perdu dans la forêt ? Oui ! Posé par deux personnes ? Ah, ils sont avec vous ?! C'est super ! Vous pouvez leur dire qu'il va bien, il est chez moi ! Oui, oui bien sûr, passez les moi. Oui, je comprends qu'ils s'inquiètent, oui... Bougez pas!"

Je me retournais spontanément en direction d'Ezekiel, tout sourire : "Ezekiel, c'est tes amis aux téléphones, ils veulent te parler ! Je t'avais dis qu'ils allaient être inquiet ! Il n'y a pas personne qui t'attend, c'est quoi cette idée farfelue !"


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Sam 5 Aoû - 16:33

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Tu étais perdu au beau de nulle part avec pour seule assurance les paroles d’une aveugle qui n’avait jamais admiré de ses yeux vus son environnement. C’était bien le pied ça. L’espoir de quitter cet endroit s’envolait au rythme des battements d’elle d’un ninjask au profit d’une douce renonciation qui t’enveloppait peu à peu. Tu avais perdu goût au combat. La flamme s’était éteinte et il ne restait plus de toi qu’une carcasse vide en mal de vivre. Tu ne savais rien faire de plus que de subir sans riposter, comme si toute ta vie était rythmée par un abandon désolant et pitoyable. Et le pire demeurait malgré tous les instants d’inconfort où tu devais t’embarrasser de la présence de tes semblables... Tu ne voulais pas t’exposer dans un tel état. Même si l’hypocrisie atteignait son paroxysme, tu souhaitais des gens qu’ils gardent une vision noble et condescendante de toi. L’image d’un Ezekiel stupide et désagréable, mais plus glorieux qu’il ne le sera jamais plus. Si tu pouvais continuer d’inspirer la haine ou le respect dans l’esprit de quelques idiots ayant croisé ta route à une autre époque, alors tu considèrerais que, peut-être, tu n’avais pas tout perdu.

Sauf qu’à continuer de voir la lumière du jour, le mythe s’effrite et les gens ne reconnaissent plus la personne que tu étais autrefois.

« C’était au cours d’un combat. » Un combat des plus ridicules qui plus est. À ce souvenir, un soupire de honte franchit tes lèvres. Parler de ton équipe n’est pas une source d’humiliation potentielle, mais expliquer les facteurs entourant l’évolution d’Isanity est une tout autre chose. Cet instant absolument ridicule pendant lequel tu croyais que ton Pokémon avait baigner dans des matières radioactives n’est pas l’instant le plus glorieux de ta carrière de coordinateur. Comment un fils de ducs au château de combat avait-il pu oublier le concept d’évolution ? Si tes parents t’avaient vu, tu aurais sans doute jeté le déshonneur sur ta famille en entier. « Je ne suis pas vraiment un expert Pokémon, mais certaines espèces ont des conditions d’évolution particulières. Par exemple, certains évoluent en gagnant de la puissance, comme le galeking de ma mère, alors que d’autres sont censés évoluer lorsqu’ils se sentent parfaitement épanouis… mais ce n’est pas une science exacte. » Autrement, Isanity serait toujours un riolu. Tu ne pouvais pas croire une seule seconde que ton premier partenaire ait pu être un jour suffisamment heureux pour se transformer de la sorte. Au contraire, chaque matin, tu t’attendais à le voir revenir à son précédent stade. Votre relation, même si elle avait connu un pic ascendant lors de votre combat contre Blanche, était loin d’être parfaite. Les erreurs commises étaient toujours saillantes et la maladresse des réconciliations vous mettait des bâtons dans les roues.

Heureusement, ce n’était pas comme ça avec tous les autres. Récupérant tes pokéballs avec une sorte de détachement, tu les dénombres rapidement : Isanity, Alchemy, Melancholic, Marshall… Tu avais délibérément laissé Voltage, Agony et Millenario à l’hôtel, le compte était donc bon. Un hochement de tête soulagé s’initie de lui-même avant que tu ne les déposes sur tes genoux. « Je ne crois pas qu’ils auraient apprécié… Certains sont incroyablement susceptibles. » dis-tu avec une légère touche d’humour dans la voix. C’est loin d’être aussi naturel que la légèreté dont l’handicapée te gratifie, mais c’est toujours mieux que rien non ? Tu as conscience d’être lourd. L’aura que tu dégages doit être aussi pesante que la veille d’un orage et ton humeur sans cesse en déclinaison doit donner envie aux gens d’alléger tes souffrances. Une balle entre les deux yeux serait amplement suffisante. Malgré tout, tu fais un effort. Un effort de circonstance pour que ton hôte ne soit pas fatigué de t’accueillir sous son toit et qu’elle ne se mette pas désespérément à la recherche d’une solution pour te mettre dehors.

Au bout d’un moment à rassembler ton courage, tu lèves enfin la tasse vers tes lèvres pour goûter le liquide verdâtre. Surprise est un euphémisme. Étonné par la saveur juste à point du thé, tu écarquilles légèrement les yeux puis esquisse un sourire éteint. Tu as jugé trop rapidement, une fois de plus. Même si tes craintes n’étaient pas totalement infondées, ta condescendance naturelle t’a poussé à croire qu’être handicapé empêchait aux malheureux de réaliser les tâches un peu plus complexes du quotidien. C’est tout toi ça. Manifestement, la chute n’a pas suffi pour te remettre les idées en place. « Avec plaisir. La question va te sembler bizarre… Mais l’étang est-il assez grand pour accueillir un Milobellus ? » C’est un premier pas. Quelque chose qui naît inexplicablement et qui tente de colmater les fissures entre toi et tes Pokémon. Tu ne saurais l’expliquer. Peut-être est-ce la présence de Midley qui, en dépit du dégoût que son handicap t’inspire, te tranquillise suffisamment pour vouloir faire profiter du cadre apparemment féérique des lieux à tes Pokémon ? Tu ne sais pas. Tu ne le comprends pas. Tu te sens juste coupé du monde, comme si tu avais été enfermé dans une bulle extérieure à la terre que tu foules. Mais ça, tu te gardes bien de l’exprimer.

Lorsqu’elle se met à parler de tes amis, tu ne peux t’empêcher de rigoler sombrement. « J’en dou- » mais elle ne te laisse pas le temps de terminer ta phrase qu’elle s’empare de son téléphone pour contacter un Monsieur Robbs que tu ne connais pas. Étonné, tu fronces légèrement les sourcils puis admire en silence les faits et gestes de ton homologue féminine. Tu ne sais pas ce qu’elle a derrière la tête. À moins que tu ne le saches, mais que tu n’aies pas le cœur à t’interposer entre elle et le combiné. Tout autour de toi, ses Pokémon vous fixent d’un œil tantôt mauvais, tantôt protecteur et tu n’as pas envie de soulever une armée contre toi. Tu n’es pas dans ton territoire ici, mais le sien. Te lever pour lui prendre le combiné et l’empêcher de se mêler de tes affaires n’est pas ton idée la plus intelligente et tu le sais. Tu n’as as envie de te causer plus de problèmes que tu n’en as déjà. « Ce n’est pas la peine, je les retrouverai bien. » Mais elle ne t’écoute déjà plus. Le téléphone à la main, elle se lance dans un monologue parfaitement clair qui ne manque pas de te donner des frissons dans le dos. Tu ne veux pas qu’ils sachent. Tu ne veux pas qu’ils aient pitié de toi ou qu’ils te prennent la tête pour ta maladresse. Et, surtout, tu ne veux pas que ce monsieur, ce Robbs, sache à quel point tu es pitoyable. Le regard des autres n’a plus la moindre valeur, mais ton existence est encore meilleure lorsqu’elle est ignorée.

« … Merci. » Soupires-tu au moment où elle te tend le portable. Tu ne sais pas quoi dire d’autre. Lui reprocher son manque de respect de ton intimité serait une perte de temps et, de toute manière, Noah et Eden n’attendront pas éternellement au bout de la ligne. « Oui all… » tu t’arrêtes momentanément de parler en entendant les cris de soulagement de la fratrie directement dans ton oreille. « Oui, c’est moi. Je sais, je suis désolé… Je vais bien, vous n’avez pas besoin de vous inquiéter. J’ai été maladroit, c’est ma faute… Je vais venir vous rejoindre au Centre Pokémon quand la tempête sera calmée, promis. Non, non, ce n’est pas la peine de venir me chercher ici, je ne perdrai pas davantage de temps. » Tu as l’impression qu’ils monologuent. De l’autre côté du fil, le frère et la sœur poussent un soupir de soulagement puis raccrochent enfin le combiné. De ton côté, tu tends d’instinct le téléphone à sa propriétaire. « Euh je... Merci je suppose. »



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Sam 5 Aoû - 17:11
Je rêve ou j'avais bel et bien entendu une touche d'humour dans la voix d'Ezekiel ? Sans vraiment m'en rendre compte, je pu sentir dans ma poitrine une vague de chaleur se propager dans ma poitrine et mon cœur louper un battement. J'avais réussi... D'une certaine manière, non ? J'étais parvenue à le faire se sentir "bien" quelques secondes, quelques secondes qui avaient suffit pour qu'il puisse être à l'aise, se détendre et essayer, imperceptiblement, de tenter de rire ?
C'était un soulagement - non, plus... Une récompense. La meilleure récompense que j'aurais pu avoir de cette après-midi ! Je devais sourire comme une abruti, c'est certain ! Peut-être ne regardai-il pas, ou peut être regardait-il mais laissait ce phénomène sur ma naturelle bonne humeur ? Le léger claquement de langue de Tybalt me tira de ma rêverie. Il avait bien deviné, lui, ce que j'en pensais. Et il n'avait pas perdu une goutte du récit d'Ezekiel sur l'évolution de son partenaire non plus. Je me demande à quoi il pouvait bien penser de tout ça, d'ailleurs...
Tybalt était loin d'être malheureux mais n'avait pour autant pas évoluer malgré toutes les années qui ne avons passé l'un à côté de l'autre... Je devrais peut-être téléphoner à Nikholas pour avoir un peu plus d'information. Il était scientifique après tout, il pourrait bien avoir des réponses auxquelles je n'ai pas encore eu le loisir de réfléchir.

Avec entrain, j'allais répondre à la question d'Ezekiel lorsque mon cerveau tiqua : un Milobélus ?! C'était le pokemon le plus "beau" au monde il parait ! Enfin, il parait parce que ça reste très subjectif mais la plupart des représentants de cette espèces semblent d'une grâce et d'une splendeur renversante ! Il était d'ailleurs commun d'en retrouver énormément dans les concours de Coordination, bien qu'ils soient aussi apte au combat. Je me demande d'ailleurs si un Maître de l'Elite n'en aurait pas un dans son équipe, par hasard...
Les yeux pleins d'étoiles, je m'humectais les lèvres : "Oui, bien sûr ! Enfin, les tailles ne sont pas mon fort mais de mémoire, il est assez profond et large pour accueillir un Milobélus je pense!"
J'ajoutais, un peu plus incertaine : "Question étrange pour une autre mais... Est-ce que je pourrais le... Toucher ? Je n'ai jamais encore eu l'occasion de rencontrer un Milobélus et il parait qu'ils sont magnifiques... Je suis curieuse."
Ce n'était sans doute pas une découverte pour lui mais je me sentais obligée de le préciser, de me justifier de mes agissements un peu hors normes conditionnés par ma condition d'handicapée. A défaut de voir avec les yeux, je voyais avec les mains, c'est spécial mais qui sont les autres pour me juger, après tout ?

Il pris le téléphone de mes mains, à mon grand soulagement : j'aurais vraiment fait la tête s'il avait refusé de but en blanc. A ce niveau-là, ça n'aurait pas été la faute de ses amis mais uniquement la sienne s'il se retrouvait abandonné. Aussitôt cette pensée prononcée, je la regrettais aussitôt. Je sais ce que c'est de vouloir être seul parfois, je sais aussi ce que ça fait de se faire abandonner. Au moins, Ezekiel semblait encore avoir sa mère : il en parlait au présent. Il avait des amis, une famille sur qui compter, quelque part. Pour moi, qui ne m'était fait des amis que depuis peu, et qui n'avait retrouvé son Oncle qu'après trois ans de vie solitaire à aller de centre pokemon en centre pokemon jusqu'à trouver le courage de réellement me lancer dans la coordination... Je ne pouvais pas jouir d'un tel luxe. Je ne pouvais pas me permettre de faire comme lui, de m'enfermer et de dépérir sur mon sort. J'avais préféré prendre les devants sur la vie, lui sourire et s'il ne me le rend pas, c'est pas grave... Je ne pourrais de toute manière pas le voir.
L'oreille tendue sur la conversation de mon invité, l'autre guette le temps à l'extérieur et Soren m'adresse un petit mot, comme pour me signifier que nous étions d'accord l'un comme l'autre : la tempête se calmait dehors, et l’électricité dans l'air avec.

Lorsqu'il eut terminé, je tendis la main pour que ça soit plus simple pour lui comme pour moi, le refermant avant de le glisser dans ma poche arrière : "De rien, c'est normal ! Tu vois ? Je t'avais dit qu'ils seraient contents d'avoir de tes nouvelles. Ils avaient l'air très gentils au téléphone en tout cas..."
L'alarme de la machine à laver attira mon attention, signalant que les vêtements d'Ezekiel étaient lavé et sec - la joie d'avoir une machine qui fait à la fois le nettoyage et le séchage, merci beaucoup tonton pour cette fois ! "On dirait que tu vas bientôt pouvoir les rejoindre, tes vêtements sont secs et la tempête semble se calmer dehors..."
Faisant demi-tour, je me dirigeais vers la porte de la cave, l'entrouvrant avant de descendre jusqu'à la buanderie pour prendre la bannette de linge, la remplir et remonter avec un peu plus de difficulté. C'est que c'est lourd quand même ! Je posais la bannette sur la table basse, laissant Ezekiel reprendre ses affaires avant d'indiquer : "Il y a une chambre d'ami là-haut si tu veux pour te changer, seconde porte à droite. Sinon, il y a la salle de bain juste avant si tu as besoin, fait comme chez toi."
Il risquait de tomber sur mes affaires qui traînent partout mais je doute que mes livres sur les pokemons en braille ou mes disques l'intéressent vraiment d'un autre côté. Ah, par contre ma peluche Evoli... Bon, tant pis ! Je n'ai que 17 ans, j'ai encore le droit d'être gamine sur les bords. Puis je pourrais toujours prétexter qu'elle appartient à Lidya.

" J'imagine que tu as hâte de partir..." Avais-je finis par prononcer à voix haute, mes mots dépassant ma pensée. Je me sentis rougir avant de bafouiller à la va-vite : "Ce-Ce n'est pas un mal, bien au contraire ! Je suis certaine qu'il y a plein de choses qui t'attendent dehors, c'est logique, haha-ah..."
J'aurais vraiment mérité de me face-palm, pour le coup... Vraiment Midley, à quoi tu penses parfois ?
C'est difficile à avouer mais on se sent tellement seul parfois... Puis Ezekiel a ce truc, ce petit machin qui fait que j'ai du mal à le laisser s'en aller. Peut-être parce que je crois qu'on se ressemble, sans doute le plus injustement du monde. Peut-être parce que j'espère qu'on passe un bon moment et que j'aimerais qu'il s'en souvienne. Peut-être parce qu'égoïstement, je ne veux pas n'être qu'un "passage" sur son chemin. Parce que moi-même, dans un être qui semble aussi vide que mes yeux, j'ai envie d'exister, rien qu'un peu... ?
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