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» Somebody that I used to know


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Ligue 4

C-GEAR
Inscrit le : 14/12/2013
Messages : 5175

Région : Kalos / QG Ligue 4
Ven 23 Déc 2016 - 17:34
Cela faisait déjà quelques semaines que j'avais repris le travail et pas une journée ne passait sans que je ne repense aux dernières vacances. Ce n'était pas parce que je rêvais de repos, même si Alexei avait blindé mon emploi du temps pour rattraper ces deux semaines et que je n'avais pas une minute à moi depuis ; simplement, je regrettais qu'elles se soient finies si vite.
Le plus dur, évidemment, était d'avoir rendu Zoé à sa mère. Je me sentais vide sans elle, dénué de sens ; la semaine qui avait suivi la fin des vacances, je ne comptais plus le nombre de soupirs attristés que j'avais poussés. Au moins, je pouvais me réconforter en pensant que j'avais fait au mieux : la dernière fois que je l'avais eue au téléphone, Amélie m'avait avoué du bout des lèvres que Zoé n'arrêtait pas de parler de ce que nous avions fait ensemble. Il semblait même qu'elle en avait un peu trop dit puisque mon ex m'avait aussitôt pris la tête au sujet d'Haby, jusqu'à me faire sortir de mes gonds en se montrant franchement condescendante envers elle. A croire qu'elle s'imaginait que toutes les filles que je côtoyais étaient soient vénales, soit stupides.

Haby, d'ailleurs, constituait un autre sujet de préoccupation. Je repensais souvent à la dernière soirée que j'avais passée chez elle, à ce qu'elle m'avait avoué et à la résolution que j'avais prise... avec une culpabilité grandissante. Non pas que je regrettais de lui avoir dit que je reviendrais vers elle (ça, je le pensais toujours) mais je m'en voulais de la faire attendre alors que rien ne bougeait de mon côté. Que je croule sous le travail depuis des semaines n'en était pas la seule cause, je le savais très bien. En vérité, si j'étais parti de chez elle très motivé et confiant, être seul avec moi-même avait fait revenir toutes mes mauvaises habitudes – et notamment mon effroyable lâcheté.
Car une idée me trottait dans la tête depuis un moment. Comment aller de l'avant et oublier le mal que j'avais fait à Fiona ? Un début de réponse s'imposait : je devais reprendre contact avec elle et m'excuser. Cela ne suffirait pas pour qu'elle me pardonne ni pour que je me pardonne moi-même, mais c'était la moindre des choses si je voulais arrêter de penser à elle chaque fois qu'une femme s'ouvrait un peu à moi. Cette étape n'était pas bien compliquée : j'avais toujours le numéro de Fiona sur mon téléphone, il me suffirait d'un simple SMS pour lui demander si elle accepterait qu'on se parle, et si elle refusait je pouvais toujours lui envoyer un pavé pour lui dire tout ce que j'avais sur le cœur. Sauf que...

Sauf que j'étais tétanisé par la peur. Chaque fois que j'essayais de taper un message, je me trouvais con et incapable de trouver quoi dire. Le visage rougi par les larmes, le regard brillant et douloureux, la voix déchirée par le chagrin... tout cela me revenait alors et je renonçais en me traitant d'abruti. N'y avait-il pas un autre moyen ? Peut-être que ça allait finir par me passer avec le temps, que ma crainte de l'engagement allait s'en aller, pouf, comme ça ? Je savais que cela n'arriverait pas. Quand bien même je décidais d'ignorer mon appréhension, elle allait forcément me revenir en pleine poire à un moment ou à un autre. Que ce soit au moment de rencontrer les parents, d'habiter ensemble, de construire des projets... à un moment ou à un autre, j'allais flipper et prendre la fuite. Et c'était hors de question.

A force de tergiverser, plusieurs semaines s'étaient écoulées. Il était tard, presque vingt-trois heures. Je me trouvais dans la salle commune des champions, seul pour une fois, et en profitais pour occuper toute la longueur du canapé. Molly ronronnait près de moi alors que je lui grattouillais le dos négligemment, lisant des mails sur mon téléphone de l'autre main. La plupart étaient professionnels, les autres venaient de mon père qui avait la sale habitude de me faire suivre des chaines. J'étais d'ailleurs en train de les supprimer un à un quand mon téléphone vibra, annonçant un nouveau message. Je levai les yeux pour voir la prévisualisation, et aussitôt la main qui caressait Molly s'arrêta net.
Sam Portable Pro. C'était le nom de code que j'avais attribué à Fiona pour qu'Amélie ne se doute de rien, à l'époque. Était-ce bien elle ? Pourquoi m'envoyait-elle un message maintenant ? Et surtout... pour me dire quoi ?


« Grrr...

- Oui bon ça va Molly.
» râlai-je alors que la lionne m'adressait un regard lourd de reproches. « Tu vas attendre deux minutes. »

Je récupérai ma main malgré son miaulement courroucé et allai dans la boite de réception. Le SMS était là, bel et bien au nom de Fiona. Je lus les premiers mots affichés mais ils ne m'informèrent aucunement sur la teneur du message. Cela faisait un an que nous ne nous étions pas parlés, pas une seule fois. Je ne savais pas à quoi m'attendre. Cela ressemblait presque à un signe du destin, qu'elle fasse ce premier pas dont j'étais incapable... Cela me rendait anxieux.
Je finis par ouvrir le SMS avec une légère boule au ventre.

"Slt, c'est Fiona. Cmt vas tu ? Ca fait un bail... un an aujourd'hui en fait. J'ai pensé à toi qd j'ai vu la date, je me suis demandé ce que tu devenais. J'ai vu un peu dans les magazines mais bon on sait bien que c'est pas fiable. Ca me manque de te parler et je me demandais si tu voudrais bien qu'on se revoit en tant qu'amis. Tkt pas, je suis passée à autre chose depuis ! Mais ça me ferait plaisir de te revoir. Dis moi si ça t'intéresse. Dans tous les cas, prends soin de toi."

Mon stress retombait à mesure que je lisais. Finalement, c'était bel et bien un coup de pouce du destin. Je soupirai légèrement et passai ma main sur le museau de Molly, qui me regardait intriguée. Impossible de me dégonfler après un tel appel du pied ; c'était parfait.

"Salut ma belle. Ton message me fait plaisir, je pensais à te contacter aussi dernièrement. Je serais très content de te revoir, je vois demain avec mon agent la prochaine fois que je serai sur Kalos et je te préviendrai. Heureux de savoir que tu vas bien."

J'envoyai dès la dernière lettre tapée, avant toute hésitation. Quand le message fut parti, je me sentis à la fois soulagé et très inquiet. C'était la première fois que j'allais me confronter à la femme que j'avais si durement blessée l'année dernière... J'étais passé spécialiste dans l'art d'éviter de revoir les ex avec qui ça s'était mal passé, et malgré le ton très positif du message de Fiona je craignais que nos retrouvailles soient l'occasion de malaises ou de tensions. Je venais avec les meilleures intentions possibles mais...
J'avais un don pour foirer même mes excuses.



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Ligue 4

C-GEAR
Inscrit le : 14/12/2013
Messages : 5175

Région : Kalos / QG Ligue 4
Lun 26 Déc 2016 - 17:53
Fiona et moi nous étions donnés rendez-vous dans le bar où elle travaillait avant qu'elle ne prenne son service. Etant un peu en avance grâce à une entrevue vite expédiée, j'eus l'occasion de la voir arriver sur une moto en compagnie d'un homme que je ne connaissais pas. Je remarquai plusieurs choses simultanément : elle était en couple avec cet homme, elle avait l'air très épanouie, ça me rassurait grandement. Pas une once de jalousie quand ils échangèrent un rapide baiser, seulement du soulagement de constater qu'elle avait tout à fait réussi à se remettre et à aller de l'avant. Ce fut donc un sourire plutôt serein que je lui adressai alors qu'elle quittait son ami et me rejoignait devant l'entrée du "360°".

« Bonjour Ru ! » dit-elle avec entrain. A me plonger dans son regard pétillant de vie, je me rappelai soudain pourquoi j'étais resté si longtemps avec elle.

« Bonjour ma belle, ça me fait vraiment plaisir de te voir ! »

Alors qu'elle me faisait la bise, une foule de souvenirs me revint en mémoire. Et notamment le fait que c'était l'une des premières fois qu'on se saluait comme ça.

« Tu n'as pas attendu trop longtemps ? On n'a pas eu de chance, on s'est tapé tous les feux rouges jusqu'ici.

- Non ne t'inquiète pas. Par contre je veux bien qu'on rentre vite, avant que quelqu'un ne me reconnaisse.
»

Elle hocha la tête et me conduisit à l'intérieur, saluant ses collègues au passage. J'essuyai quelques regards curieux, voire carrément intrusifs pour ceux qui me reconnurent. Je me souvins que Fiona avait révélé mon nom à ses collègues quand notre relation avait perdu de son caractère secret... Je ne voulais pas savoir à quoi ils pensaient, là maintenant.

« Installe-toi là, on y sera tranquille. » dit-elle en me désignant une chaise qui faisait dos au reste de la salle. « Je vais aller chercher les boissons au bar, tu veux un truc en particulier ou tu me fais confiance pour choisir ?

- Je te fais confiance, mes goûts n'ont pas changé depuis l'année dernière.
»

Elle m'offrit un sourire un peu nostalgique avant de s'éloigner. C'était assez irréel, comme situation ; j'avais pourtant l'habitude de revoir mes ex dans des contextes totalement amicaux, mais avec Fiona c'était différent. Le passif était trop lourd, et alors que je la voyais revenir avec un cocktail à la couleur verte flash (typiquement un truc que j'aurais choisi spontanément), je sentis l'angoisse pointer. Je n'allais pas y arriver. J'allais forcément finir par être mal à l'aise, la mettre mal à l'aise aussi, et rendre la situation particulièrement gênante. Peut-être qu'il était impossible d'avoir une relation normale avec elle désormais.

« Assez atypique pour toi ? » demanda-t-elle avec un sourire malicieux.

« C'est parfait, merci. »

Elle reprit sa place en face de moi et but une lampée d'un cocktail sans alcool – ça aurait fait mauvais genre, avant le service. Je restai silencieux, trop conscient que la situation n'avait absolument rien d'anodin, et Fiona parut percevoir mon trouble. Elle tenta donc, avec une insouciance volontaire, d'engager la conversation :

« Alors, qu'est-ce que tu deviens ? J'ai du mal à démêler le vrai du faux dans les magazines, je sais que t'as toujours été doué pour brouiller les pistes.

- Tu peux considérer que tout est faux.
» répondis-je. « Ma vie est bien moins glamour que ce qu'ils en disent.

- Vous avez vraiment divorcé Amélie et toi ? J'ai pensé que peut-être... tu finirais par retourner avec elle.
»

Léger rosissement de ses joues. Visiblement, cette possibilité l'avait hantée un moment.


« Non non, on est divorcé et ça me va très bien. C'est elle qui a la garde de Zoé.

- Oh Ru... Je suis tellement désolée.
»

Je souris faiblement. Cela avait beau être un sujet sensible, que Fiona me connaisse suffisamment pour comprendre tout de suite à quel point c'était dur pour moi me réchauffait le cœur. C'était ce que j'avais aimé chez elle, ce qui m'avait amené à accepter les difficultés d'une double-vie : elle avait un don certain pour me faire aller mieux. Et Dieu sait que j'en avais eu besoin à un moment de ma vie.

« Ouais. C'était prévisible.

- Tu vis à la Ligue du coup ?

- Oui. Tant que je vis seul, ça ne vaut pas le coup d'acheter.
»

Elle me regardait intensément. Je savais qu'elle brûlait de me demander quelque chose mais ignorait comment s'y prendre. J'avais une petite idée de quoi il s'agissait.

« Vas-y, tu peux poser ta question. Tu ne peux pas me cacher quand tu as un truc en tête.

- Haha, c'est vrai, tu as toujours su...
» La fin de sa phrase se perdit alors que nous contemplions tous deux des souvenirs de notre complicité d'antan. Elle eut à nouveau un sourire nostalgique. « Eh bien, les magazines te prêtent toujours plein de conquêtes. Je sais bien que tu laisses les rumeurs courir, mais je me demandais du coup si... si certaines étaient vraies ? »

J'imaginais tout d'un coup le calvaire que cela avait du être pour elle de me voir avec d'autres filles, à se demander à chaque fois si c'était une photo mal interprétée ou si je sortais vraiment avec elles. D'ailleurs, de manière générale, cela avait du être particulièrement difficile pour elle de m'oublier alors qu'on lui balançait mon visage en permanence devant les yeux. Je n'avais pas pensé à tout ça...

« Non, elles sont fausses. Enfin... ce ne sont que des copines. Je ne suis sorti avec aucune d'entre elles.

- Ah d'accord.
» dit-elle. Elle paraissait un peu étonnée, étrangement.

« Et toi et l'homme qui t'a accompagnée, du coup ?

- Oh, Joseph est mon petit ami.
» Elle eut un sourire gêné, de celui des adolescentes éprises, mais son regard était fuyant. « Il... c'est le premier depuis... depuis toi.

- Oh, OK.
» Silence. Même du côté de Fiona, je sentis poindre un malaise.

« Mais c'est plutôt sérieux entre nous. » reprit-elle, apparemment décidée à préserver le dialogue. « Ça fait quatre mois maintenant et ça se passe bien.

- Tant mieux, je suis content pour toi. Vraiment.

- Tu as l'air, merci Ru.
»

Elle avait un joli sourire, un sourire sincère. Pourtant, je me sentis soudain mal. J'avais la sensation que je ne méritais pas ce sourire, que je n'y avais pas le droit. La culpabilité me prit à la gorge, plus violente encore que d'habitude, et d'un coup les mots sortirent tous seuls :

« Fiona, je voulais te dire... je suis tellement désolé pour l'année dernière. Je m'en veux tant de t'avoir fait souffrir. J'y pense si souvent... »

Elle fut d'abord surprise de ce brusque changement de ton, puis son visage s'assombrit un peu. Elle laissa un bref silence, et dans ses yeux je vis passer un éclat de tristesse.

« Ce n'était pas de ta faute, ça ne se contrôle pas ce genre de choses. Je t'en ai beaucoup demandé alors que tu venais à peine de perdre ton foyer... Ça m'a pris du temps, mais j'ai fini par comprendre ce que tu ressentais. »

Cela aurait du me rassurer, mais qu'elle me décharge de ma faute m'emplissait encore plus de honte. J'allais la contredire, mais elle était sur sa lancée.

« Évidemment ça a été très dur les premières semaines, j'étais vraiment blessée... Mais j'ai fini par aller mieux, par prendre du recul. Alors oui j'aurais aimé que tu m'en parles plus tôt et que je ne me berce pas d'illusions tout ce temps, mais c'était évident que même si tu n'aimais plus ta femme ça allait être long pour toi de t'en remettre. J'ai du te faire peur.

- Fiona, arrête.
» Son discours m'était insupportable. Qu'elle me disculpe, pire, qu'elle s'accable me mettait horriblement mal à l'aise. « Il n'y a pas que ça. J'ai accaparé ton affection pendant deux ans alors que je savais très bien que je n'avais rien à t'offrir. J'ai pas pensé à toi, à ce que tu ressentais : j'ai pensé qu'à moi et au bien que ça me faisait que tu t'intéresses à moi. Je crois que, au fond, je savais que tu m'aimais et que j'en ai profité au lieu de te mettre en garde. J'en voulais à Amélie et à mes yeux ça justifiait que je lui fasse du mal, mais toi tu as toujours été merveilleuse avec moi et je me suis conduit comme un véritable salopard. En vérité j'aurais du... dès le début... »

Je commençais à avoir du mal à parler. C'était la toute première fois que je déversais cette honte qui s'était agglomérée en moi depuis un an, et que ce soit devant la principale concernée accentuait mon émotion. Personne autour de moi ne savait le mal que j'avais fait à cette fille étant donné que j'avais caché son existence.
Depuis tout ce temps, il n'y avait eu que ma conscience pour me blâmer.



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Ligue 4

C-GEAR
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Région : Kalos / QG Ligue 4
Jeu 29 Déc 2016 - 11:09
Fiona m'écouta attentivement et sans m'interrompre alors que je déversais ce que j'avais sur le cœur. Ce n'était pas dans mes habitudes de parler de sentiments aussi intimes et plusieurs fois je cherchai mes mots, voire oubliai où je voulais en venir au beau milieu d'une phrase. Malgré tout le besoin d'extérioriser était tel que je continuai, même si ma voix devenait tremblante et que les yeux de Fiona se mouillaient. Finalement, après plusieurs minutes d'un monologue de plus en plus décousu, je me sentis submergé par l'émotion et me tus enfin.
Le silence dura quelques secondes. Ce fut un véritable supplice ; Fiona s'essuyait les yeux du revers de la main, sans rien dire, et je regrettai soudain de lui avoir dit tout ça. Je le savais pourtant, chaque fois que j'essayais de parler de ce que je ressentais je ne trouvais pas les mots qu'il fallait... et souvent, une femme finissait par pleurer.
Mais cette fois, ce ne fut pas le cas. Au bout d'un moment Fiona releva le regard vers moi, puis elle se pencha vers la table et parla tout bas :


« Je.. je n'aurais pas imaginé que tu t'en voulais autant. Je suis touchée de voir à quel point tu prends cela à cœur, je me dis que quelque part tu devais m'aimer quand même un peu... Cela fait déjà un moment que je suis remise, mais ça me fait du bien d'entendre tout ça. Merci. » Elle baissa les yeux, regarda ses mains sur lesquelles s'étalaient des tâches noires et lâcha un bref rire nerveux. « Regarde-moi ça, de quoi j'ai l'air ? Mon maquillage est fichu.

- Désolé...
»

Elle fit un petit signe pour m'indiquer que ce n'était pas grave. Puis, son expression se fit plus sérieuse et elle reprit :

« Mais tu sais Ru, même si ça m'émeut que tu te sois tant préoccupé de ça, moi ça fait longtemps que je t'ai pardonné ce qui s'est passé. J'ai eu mes torts aussi et je suis certaine que, contrairement à ce que tu penses, tu n'as jamais voulu profiter de moi. Tu avais besoin de soutien, je te l'ai offert de mon plein gré. Après... les sentiments, ça ne se commande pas. Pour toi comme pour moi. Sinon je n'aurais jamais choisi de tomber amoureuse d'un homme marié. »

Elle sourit un peu, et dans ses yeux je vis que son pardon était réel. Cela me fit du bien, beaucoup de bien. Le sentiment de culpabilité s'atténua, chassé par ce pardon que j'avais tant désiré, et je me sentis soudainement très reconnaissant. Je ne sus quoi répondre à ce qu'elle disait mais je pris sa main dans la mienne et la serrai un instant. Elle savait ce que cela disait de mon émotion et sourit plus encore.

« Mes collègues vont encore plus jaser s'ils te voient faire. » plaisanta-t-elle, et je retirai ma main en hochant la tête. « Mais dis-moi Ru... C'est pour ça que tu es seul ?

- Hum ?

- Tout à l'heure je me demandais comment c'était possible que tu n'aies été avec personne en un an alors que tu as tant besoin d'une femme dans ta vie. C'est parce que tu te sentais coupable envers moi ?
»

Malgré moi, je me sentis esquisser un sourire.


« Tu trouves que j’ai ″tant besoin″ d’une femme dans ma vie ? 

- Bien sûr que oui.
» Elle lâcha un rire bref, apparemment amusée que je remette cette idée en doute. « Tout le monde s’imagine que parce que tu es libertin ça signifie que tu es indépendant, mais moi je te connais bien. Tu as profondément besoin qu’une femme, ou du moins quelqu’un, s’occupe de toi. C’est pour cela que tu t’es accroché à moi, quand Amélie ne l’a plus fait. »
 
Elle avait raison, maintenant que j’y pensais. Toutes les femmes qui avaient été un jour importantes à mes yeux avaient un point commun : elles me donnaient l’impression de veiller sur moi. Que ce soit de manière positive ou négative d’ailleurs car aucune, que ce soit ma mère, Amélie ou Fiona, n’avait la langue dans sa poche quand il s’agissait de me dire qu'elle me désapprouvait. C’était assez déroutant de constater que cette fille me comprenait mieux que moi-même, elle avait beau être à ce jour la personne à qui je m’étais le plus confié sa perspicacité m’impressionnait. Quel dommage que mon état d’esprit d'il y a un an m'ait empêché d'éprouver de l'amour pour elle, elle m’aurait sans doute rendu heureux. 


« A t'entendre, on dirait que je cherche plus une mère qu’une compagne !

 - Peut-être.
 » Elle eut un sourire taquin. « Non mais, disons que tu n'es plus aussi indépendant que dans ta jeunesse.

- C’est sûrement vrai. Tout comme ce que tu disais juste avant : c’est vrai que je repousse les femmes qui s’intéressent à moi parce que j’ai peur de reproduire ce qui s'est passé avec toi.
 »

 Elle hocha la tête.

« C’est dommage, parce que les circonstances ne sont plus du tout les mêmes maintenant. Il y a un an tu étais un homme marié qui voulait préserver son foyer à tout prix, quitte à rester avec une femme qui le rendait malheureux. Je voyais bien comment tu te comportais avec moi, tu m’appréciais profondément et c’est pour ça que j’y ai cru… Mais, au fond, même si tu aurais pu m'aimer, tu ne t’es jamais autorisé ne serait-ce qu’à l'envisager et c’est pour ça que t’as fait un blocage. On se rencontrerait aujourd’hui, maintenant que t'es divorcé, ça se passerait autrement. Et c'est pareil avec les autres. Il n'y a aucune raison que ça coince, sauf si tu continues de flipper. 

- Oui, je m'en suis rendu compte récemment. Mais il m'était impossible de m'investir avec quelqu'un tant que je ne m'étais pas excusé de ne pas l'avoir fait avec toi.

- Eh bien maintenant, c'est fait !
» Elle avait reprit son expression gaie habituelle. « Du coup maintenant tu passes à autre chose OK ? Et ne parlons plus de cela. Je n'ai pas voulu te revoir pour qu'on reste bloqué sur le passé comme ça.

- Ouais. Merci pour cette discussion, Fiona.
»

Elle me répondit par un sourire enjoué, que cette fois je lui rendis. Je sentais que j'en avais le droit, maintenant.

¤¤¤

Nous discutâmes paisiblement jusqu'à ce qu'il fut temps pour elle de prendre son service. En dépit des regards que cela nous valut de la part de ses collègues, nous nous quittâmes sur une étreinte chaleureuse durant laquelle elle me glissa « Ça m'a fait plaisir de te revoir Ru. On s'appellera ? » et je lui promis que oui.
Je sortis peu après du "360°" et rejoignis mon hôtel à pied. Je ne pensai à rien tout le temps que dura la marche, tout occupé à savourer un nouveau sentiment de quiétude. Une fois arrivé je regagnai ma chambre sans attendre, bien que nous ne soyons qu'en milieu d'après-midi. J'avais envie de me retrouver seul un moment.
La pièce avait été nettoyée et sentait le propre. J'inspirai profondément en fermant la porte derrière moi et me débarrassai des accessoires qui me permettaient de sortir incognito. Puis, à peine mes chaussures retirées, je m'allongeai sur le lit et croisai les bras derrière la tête pour méditer.

Cela dura longtemps. Je ne saurais dire précisément combien de temps, mais suffisamment pour que la lumière sur le plafond décline et vire à l'orange clair. Mes pensées revenaient sur ce rendez-vous, sur ce qui s'était dit et sur ce que je ressentais depuis. Je m'écoutai et sondai les changements dans mon état d'esprit, prenant le temps qu'il fallait pour que ma réflexion mûrisse... jusqu'à ce que je me redresse soudain et saisisse mon téléphone sur la table de nuit. D'une main sûre, je cherchai son nom dans le répertoire et commençai à taper :

"Salut ma belle. Tu es libre pour qu'on se voit ce soir ?"

J'envoyai le message et n'attendis pas la réponse pour me relever et commencer à me préparer.
Enfin, il était temps de redevenir spontané.



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