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» Souvenir d'une autre époque


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Coordinateur Alola

C-GEAR
Inscrit le : 28/08/2016
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Région : Alola
Jeu 03 Nov 2016, 14:45
« Harewell, vous avez pensé à mon café ? » Posant son sac dans le petit coin qui lui était assigné depuis deux semaines, la susnommée se tourna vers l'origine de la voix avec un petit sourire gêné sur le visage. Ce café, elle n'avait pas été en mesure d'aller le chercher ce matin. La faute à un réveil ayant rendu l'âme pendant la nuit et à une course contre la montre au petit matin pour arriver à l'heure. Exploit qu'elle était parvenue à accomplir de justesse, deux minutes avant le début officiel de sa journée de travail. Alors, non, elle n'avait pas été en mesure d'attendre un quart d'heures pour un stupide café dont elle ne pourrait même pas profiter. Ce dont elle se garderait bien d'avouer. Cet homme avait beau paraître bonne pâte, il n'en restait pas moins qu'il ne plaisantait pas avec son breuvage du matin. Une véritable plaie. « Je peux aller le chercher lors de votre pause à 10h30, si vous voulez. » Elle n'avouait pas de vive voix son oubli, mais proposait de le réparer plus tard. Cela paraissait moins dur pour sa fierté. Une fierté bien mal placée et prenant le dessus dans les moments pas toujours opportuns. Dans un premier temps, le vieil homme assis devant son bureau ne dit rien. Le docteur Berkman semblait pensif, loin d'être contrarié. Chose qui étonna Ileen, qui évita pour autant de le montrer. Si cet homme pouvait l'oublier, elle et son histoire de café, elle ne se plaindrait pas. Loin de là. Remontant les manches de son gilet bleu nuit, la demoiselle s'approcha de la fenêtre pour jeter un rapide coup d’œil à l'extérieur. La femme de l'appartement de l'immeuble d'en face avait encore laissé son Lixy dehors, à la merci du froid de cette fin novembre. Une inconsciente. Inconsciente qui avait été signalée à la police, sans toutefois que cette dernière puisse faire quelque chose. A croire qu'il y avait plus urgent que de sauver ce Lixy du froid de l'hiver. Parfois, elle détestait la logique de ces personnes.

Ileen se détourna de la fenêtre lorsque le docteur Berkman fit grincer sa chaise. Lentement, l'homme à la chevelure grisonnante, la soixantaine bien tassée, se leva. Elle le suivit du regard, alors qu'il s'approchait à petit pas de son placard où il rangeait tout le nécessaire pour le thé. Curieuse, elle traversa la vaste pièce pour se retrouver à ses côtés. D'une lenteur presque exagérée, Berkman sortit une bouilloire et un assortiment de thés, l'invitant silencieusement à faire son choix. Ça, ce n'était pas commun. Elle ne s'attarda pas pour autant sur ce comportement étrange, jetant son dévolu sur un thé noir aromatisé à la bergamote. « Vous avez bien lu mes dossiers, Harewell ? » Il fit un signe de tête négatif lorsque la demoiselle sortit deux tasses, la laissant un peu plus dans son étonnement. Depuis son arrivée ici, il ne lui avait jamais proposé une boisson sans en prendre une pour lui-même. Est-ce qu'il devenait gentil ? Gâteux avant l'âge ? Rangeant dans un coin de son crâne ses interrogations, elle mit de l'eau à chauffer avant de répondre. « Comme vous me l'avez demandé, oui. » Les dossiers de ses patients constituaient sa lecture de chevet depuis ses débuts avec lui. Une lecture loin d'être toujours joyeuse, mais qui lui permettait d'en apprendre plus sur ce métier grâce aux annotations de son tuteur. Comme quoi, même s'il devait la maudire à cet instant pour ne pas avoir songé à son café, il n'en restait pas moins un excellent professeur.

« Bien. Je peux donc vous laissez vous occuper du cas du jeune Kovalevski. » Si elle n'était pas certaine d'avoir une bonne audition, nul doute que la jeune femme aurait douté d'avoir bien entendu. Etait-il réellement sérieux ? Voulait-il vraiment lui laisser un patient ? Décontenancée au possible, elle l'écouta à peine marmonner dans sa moustache qu'il fallait qu'elle éteigne la bouilloire. « Quand vous parlez de me le laisser, vous … ? » La Harewell n'osa pas terminer sa phrase, la laissant volontairement en suspens dans l'espoir d'obtenir une réponse plus précise de son interlocuteur. Interlocuteur qui lui accorda son premier sourire de la journée, quelque peu fier de sa surprise. « Que je vous laisse mener la séance. Vous m'avez assisté et vous avez déjà eu d'autres stages, vous savez comment ça se passe. » Certes, mais cela ne voulait pas forcément dire qu'elle se sentait prête pour cela. Elle était excité par la nouvelle, mais elle était également morte de peur à l'idée de faire un faux pas. Cette expérience ne pouvait qu'être enrichissante, mais elle pouvait être à double tranchant. A la moindre erreur, elle n'aurait plus la chance de mener un rendez-vous avant longtemps. « Et vous serez dans là ? » Elle le regarda renverser l'eau bouillante dans sa tasse, faisant faire quelques tours à sa cuillère avant de lui tendre sa boisson. « Évidemment que non. J'irais me chercher mon café, vu que vous avez été incapable de le faire. » L'espace d'un instant, elle remercia le ciel pour cet oubli. L'avoir sur le dos aurait été on ne peut plus stressant. Le savoir loin de là la stressait tout autant.

C'est avec un immense sourire qu'il la laissa seule dans cette immense pièce, cinq minutes plus tard.

Jetant un dernier regard dans cette salle au style ancien, Ileen vérifia que tout était en ordre. Le dossier sur une petite table près de son fauteuil, sa tasse de thé encore bouillante juste à côté. Le canapé, les coussins. La boîte de biscuits sur la table basse entre le canapé qui accueillerait le patient et son fauteuil à elle. D'après Berkman, donner des biscuits à certaines personnes pouvait les aider à mieux se confier. Ce Kovalevski faisait partie de ces personnes, apparemment. Réajustant une dernière fois ses cheveux, elle s'avança d'une démarche assurée vers la porte menant à la salle d'attente. Une salle au style tout aussi ancien que celle du cabinet. Chic et ancien, avec énormément de bois. A ses yeux, cela donnait aux pièces un petit côté réconfortant. « Monsieur Kovalevski ? » Elle l'avait repéré directement, lui et sa chevelure blanche. Elle lui accorda un sourire, l'invitant d'un signe de main à entrer dans la pièce qu'elle venait elle-même de quitter. « Vous pouvez entrer. » Elle s'effaça légèrement pour le laisser passer, refermant doucement la porte derrière elle une fois que le jeune homme fut entré. « Je m'appelle Ileen Harewell, c'est avec moi que vous allez avoir votre séance aujourd'hui. Asseyez-vous, je vous en prie. » Un nouveau sourire, tandis qu'elle lui désignait le canapé. Elle-même prit place dans son fauteuil, non sans se départir de son sourire. Avoir un air avenant donnait tout de suite plus envie de se confier. Une chose qu'elle avait apprise avec le temps. « Alors, Ilya. Enfin, vous acceptez que je vous appelle Ilya ? » Appeler les personnes par leur prénom lui semblait plus naturel. Moins austère. « Comment vous sentez-vous ? » Sans doute moins stressé qu'elle.

Avec lui, elle venait de se jeter dans le grand bain.


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Dresseur Alola

C-GEAR
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Sam 05 Nov 2016, 13:56
D’un soupire, Ilya, dix-huit ans, remit sa capuche sur sa tête. Dans son crâne résonnaient les paroles de son dernier single : You bring me back to life… And it's all in the name of love… Encore une chanson dépourvue de sens et de profondeur. L’histoire maintes fois racontée d’un homme que l’amour fait métaphoriquement revivre. Il n’était plus capable de l’entendre. C’était à la fois tellement superficiel et creux. Il aurait voulu faire plus. Malheureusement ces chansons consacrées aux adolescentes prépubère correspondaient parfaitement à ce qu’on attendait de lui. Si d’autres grands chanteurs pouvaient profiter de l’immunité artistique pour se permettre quelques absurdités, lui était réduit au rôle que lui réservait son agence : mignon, lover et accessible. Son succès reposait surtout sur les fantasmes adolescents qui cherchaient de la musique abrutissante avant des masters pieces. Ce n’était donc pas dans son intérêt de proposer de nouvelles pistes ou idées innovantes. Il était pris au piège.

Sa carrière, malgré son succès grandissant, n’était à ses yeux qu’un bel échec. Il ne deviendrait jamais un véritable artiste. Il avait perdu le goût de s’exposer sur scène afin d’interpréter des chansons creuses en lesquelles il ne croyait pas. Seul son entourage semblait croire qu’un véritable avenir se profilait à l’horizon pour lui. Ses parents, notamment, étaient fiers comme des paons. Fiers de voir que leurs efforts démesurés pour faire de leur fils l’une des plus belles voix de Sinnoh rapportaient enfin le succès dont ils avaient rêvé. Il les entendait souvent glorifier leurs aptitudes au travers les siennes : vous savez, nous avons toujours été là pour l’encourager et l’aider à réaliser son rêve. Avec une bonne couche de peinture, la vérité semblait beaucoup plus facile à digérer. Au final, la réalité était beaucoup plus froide : il n’était que l’objet de leurs déshonorants désirs de gloire.

Tout le monde autour de lui semblait avoir des attentes qu’il ne voulait plus concrétiser. Le stress était tel qu’il se sentait sur le point d’abandonner. Il se sentait comme déchiré de l’intérieur. Chaque jour, ses proches prenaient le temps de lui rappeler à quel point il était important que ses performances soient impeccables afin qu’il ne leur fasse pas honte. Il se sentait devenir fou. Certes, il avait toujours rêvé de devenir chanteur, mais pas en de telles circonstances. Ce travail était une véritable malédiction qui le grugeait. À cette idée, le jeune homme serra légèrement les mâchoires. Ça ne lui ressemblait pas d’être aussi acerbe. Elle était loin, l’époque où il chantait par passion tout en imaginant que cela le conduirait vers un avenir véritable. La désillusion avait été totale et cinglante. Il regrettait sa légèreté d’antan, entièrement détruite par ce stress accaparant et ce devoir de performer. Ilya n’était plus tout à fait lui-même. Certaines personnes, plus soucieuses que d’autres, avaient pris conscience de son état sans parvenir à lui arracher le moindre mot à ce sujet. De ce fait, on lui avait vivement conseillé un psychologue. Il avait cédé sans trop d’oppositions. Il était suffisamment accablé pour admettre la nécessité progressive qu’il avait de se confier.

« Monsieur Kovalevski ? Le docteur Berkman est prêt à vous recevoir. »
« Merci… »

Lâcha-t-il en se relevant. D’un mouvement de la main, il réajusta sa capuche puis s’avança vers ce bureau devenu refuge. Il se sentait pitoyable. En quelques séances, à peine, il était devenu complètement dépendant à cet homme censé lui apporter secours. Il ne s’attendait pas à un miracle, mais savoir que quelqu’un s’intéressait à lui n’avait pas de prix. Après tout, il n’avait plus grand-chose de fière lorsqu’il mettait le pied dans le cabinet. Il n’était plus que l’ombre d’un artiste venu mettre à jour ses innombrables problèmes sentimentaux. Chose commune dans le métier. Même si personne ne voulait en parler, Ilya savait qu’il n’était ni le premier, ni le dernier à passer ce cadre de porte.

« Monsieur Kovalevski ? Vous pouvez entrer. »

Il ne comprit pas systématiquement la raison pour laquelle la voix d’une femme s’adressa à lui. Préoccupé, le jeune homme garda la tête baissée jusqu’au dernier moment puis s’engouffra dans le bureau sans faire d’histoire. À chaque fois, il craignait qu’un autre patient ne le reconnaisse. Que dirait les journaux à potins s’ils devaient avoir vent de ses passages réguliers chez le psychologue ? Il suffisait pour lui d’y penser afin qu’un haut de cœur lui prenne systématiquement. Il n’assumait à demie-voix sa faiblesse. Tout ceci répondait du domaine privé. Jusqu’à présent, les séances s’étaient toujours bien déroulées et personne dans la salle d’attente ne semblait faire le lien entre le jeune homme torturé assit parmi eux et l’idole que leur fille idolâtrait sans doute. Il tenait à ce que les choses demeurent ainsi.

Prenant place sur le canapé où il avait pris l’habitude de s’étendre, le jeune homme retira enfin sa capuche. Ici, à l’abri des regards, il se sentait en sécurité. Il avait le sentiment d’être coupé du reste du monde. C’était un sentiment bienfaisant que celui de n’avoir aucune obligation où compte à rendre. S’il avait pu, il aurait voulu que ces instants de calme durent éternellement. Tout en sachant pertinemment que, d’ici une heure, il serait de nouveau confronté à la réalité cassante. Retroussant légèrement le nez, le jeune homme accorda enfin un peu plus d’attention à… la femme ? Son esprit embrumé mit du temps à saisir que c’était bel une bien une femme qui s’adressait à lui en ces termes. S’était-il trompé de bureau ? Son cœur s’emballa. Inconfortable, il chercha une réponse au travers la pièce, mais se fit rapidement à l’idée : ce bureau était bien celui du Docteur Berkman. Alors pourquoi était-ce une femme qui prenait en charge sa rencontre d’aujourd’hui ? Ce changement brusque le pétrifia sur place. Il ne prit même pas le temps d’admirer plus en profondeur sa bienfaitrice. Son esprit cherchait des réponses sans en trouver. Pourquoi ?

« Euh… Tout va bien... C’est d’accord pour Ilya. »

Il marqua une pause. Ses phrases, déconstruites, trahissaient un trouble grandissant.

« Le docteur Berkman n’est pas là aujourd’hui… ? »

Enfin, il s’intéressa plus longuement à son interlocutrice. Cherchant désespérément une réponse au fond de son regard, le jeune homme sentit son cœur s’emporter lorsqu’il la remarqua enfin.

Elle n’avait rien à envier au vieillard qui la remplaçait habituellement.
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Coordinateur Alola

C-GEAR
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Jeu 10 Nov 2016, 16:45
Il semblait troublé. Rien d’étonnant, au vu de ce changement plus que soudain. Dans l’esprit de cet homme, ce lieu et cette séance devaient être indissociables du docteur Berkman. Une sorte de confiance devait s’être installée entre le patient et son médecin, sans doute au prix de quelques efforts de la part de ce dernier. Une confiance fragile, mise à mal par ce changement soudain. A cause de l’excitation de mener elle-même cette séance, Ileen en avait oublié ce point important : ils ne se connaissaient pas. Elle, seulement de nom et grâce au dossier que Berkman lui avait fait lire. Lui, pas le moins du monde. A ses yeux, elle était inconnue au bataillon. Une étrangère, une personne n’ayant pas encore gagné sa confiance. Un point pourtant on ne peut plus important. Sans ça, il ne pourrait pas se confier. Sans ça, cette séance ne mènerait à rien. Ce ne serait alors qu’une perte de temps, que ce soit pour l’un ou pour l’autre. La Harewell regrettait d’avoir imaginé que la non-présence de Berkman ne pourrait qu’être bénéfique. Maintenant, elle comprenait que tout l’inverse pouvait se produire. Il ne semblait pas en colère vis-à-vis de l’absence du psychologue, plus désorienté qu’autre chose d’ailleurs, mais il n’en restait pas moins qu’il pouvait encore se braquer. C’était à elle de gérer tout ça. De faire en sorte que tout se déroule comme elle l’avait imaginé.

D’un coup, ce saut dans le grand bain l’effrayait au plus haut point.

Une peur dont elle ne laissa rien transparaître. Si cet Ilya Kovalevski venait à sentir sa peur de l’échec, alors celui-ci serait inéluctable. Une chose que la jeune femme ne pouvait pas se permettre. Pas à ce stade-là de ses études. « Je suis sincèrement navrée pour ce changement de programme imprévu, mais le docteur Berkman a eu une urgence. » Si l’on pouvait qualifier d’urgence la recherche d’une dose de caféine bien spécifique. Commentaire qu’elle se garda pourtant de faire à voix haute, trouvant bien plus sage de jouer la carte du professionnalisme. « Il m’a donc demandé de le remplacer. » Un léger sourire, qu’elle espérait le voir lui rendre. Pour elle, ce simple geste serait une immense victoire. « Le docteur Berkman m’a formé, si vous vous inquiétez sur ma manière de procéder. Vous n’êtes ni obligé de parler, ni obligé de passer l’heure entière dans cette pièce pour fixer un point imaginaire. » Il procédait ainsi pour chaque nouveau patient, mettant au clair les règles qu’il avait lui-même tenu à fixer. Chacun était libre de prendre la parole s’il le souhaitait. Tout comme chacun était libre de mettre fin à la séance à chaque instant. Le prix restait toutefois le même. A chacun de faire ses choix en fonction de ces informations. Ileen craignait tout de même que cet homme prenne la décision de s’en aller. Si le docteur Berkman l’avait mise dans cette position, sans doute était-ce parce qu’il s’imaginait que le Kovalevski resterait. Dans le fond, il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un pari, prit sur le dos d’un patient qui plus est. Nul ne pouvait savoir avec exactitude quelle pouvait être la réaction d’une personne. Même pas son psychologue.

« J’espère que passer cette séance avec moi ne vous pose pas de problèmes. » Malgré elle, son inquiétude brisa un court instant le masque qu’elle s’évertuait à porter. La jeune femme n’était pas encore assez professionnelle pour garder un air impassible en toutes situations. Elle faisait également preuve d’un peu trop d’empathie et possédait également un esprit trop fertile. Se mettre à la place d’un patient n’était pas indiqué par la majorité de la profession. C’était pourtant ce qu’elle faisait à cet instant. Sans doute qu’elle n’aurait pas apprécié un tel imprévu si elle s’était retrouvée dans sa situation. Se confier à une personne était une chose. Devoir recommencer ce processus avec une autre en était une autre. Berkman aurait dû la présenter à cet homme avant de filer. Cela aurait été la moindre des politesses pour eux deux. Lentement, Ileen se releva légèrement, poussant vers Ilya la boîte de biscuits sur la table. « N’hésitez pas à vous servir. » Un bref sourire avant qu’elle ne reprenne sa place, replaçant derrière son oreille une mèche de cheveux. « Comment cela se passe-t-il pour vous en ce moment ? » Elle espérait l’entendre parler. Que ce soit de sa vie personnelle, de sa vie professionnelle, peu lui importait. Tant qu’il parvenait à vider son sac en sa présence, tout lui irait.


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Dresseur Alola

C-GEAR
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Mar 22 Nov 2016, 12:20
Il ne comprenait pas. Même en tentant d’assembler les quelques morceaux du puzzle qu’il possédait, Ilya ne parvenait pas à expliquer les tenants et aboutissants de son apparition. Pourquoi elle plutôt que le professeur Berkman ? Il n’avait pas l’intention de se plaindre à ce sujet, hors le choc était énorme. Lui qui s’attendait à une autre séance en compagnie d’un soixantenaire se retrouvait face à une femme à peine plus âgée que lui. Et loin d’être désagréable à regarder. Autant dire que le lien les unissant était aussi fin qu’un cheveu et que le peu d’informations qu’il détenait à ce sujet ne lui permettait pas de lever le voile sur ce grand mystère. Il était simplement là, perdu au travers l’incompréhension et la stupéfaction. Heureusement, le Kovalevski n’était pas un patient instable ou difficile à gérer. Déprimé, certes, mais certainement pas déséquilibré. L’inconfort avait beau être énorme, il se sentait toute fois capable de le tromper pour assurer à la séance un dénouement ordinaire. Par expérience, il savait que tous les dossiers du docteur n’en avaient pas la capacité. Il n’était peut-être pas psychologue, mais il fréquentait suffisamment le bureau et la salle d’attente du sien pour avoir vu cheminer des cas parfois beaucoup bouleversants que le sien. Malgré tout, il désirait des réponses. Ce n’était même pas une option. Il avait eu beaucoup de mal à s’ouvrir une première fois à l’homme. Son métier jumelé à son succès rendait la confession délicate et gagner sa confiance était une tâche hardie. Avec elle, tout était à recommencer. Même si la jeune femme lui renvoyait un bon sentiment, il refuserait de se plier à la tâche si sa réponse ne lui convenait pas.

Ceci étant dit, lui aussi devrait faire des concessions s’il ne désirait pas s’être déplacé en vain. Il le savait, même si cela lui déplaisait.

« Je comprends… »

Quel genre d’urgence pouvait justifier l’absence d’un psychologue auprès de son patient ? Même s’il ne regrettait pas l’absence du docteur Berkman, il ne pouvait s’empêcher de s’interroger à ce sujet. Doucement, il inspira pour se donner un peu d’allure et essayer d’écarter le trouble qui lui vrillait l’estomac. Elle semblait réellement soucieuse du succès de cette entreprise. Après tout, si elle était assise devant lui, c’était que son cas l’intéressait un minimum. Elle agissait donc sans son intérêt. À cette idée, son cœur s’emporta spontanément et il dû détourner les yeux pour masquer son embarras. Il pouvait bien lui laisser une chance de faire ses preuves. Si elle secondait habituellement l’homme en charge de son dossier, alors sa fiabilité et ses méthodes devaient être sensiblement semblables aux siennes. Et puis, tant que le secret professionnel agissait, il n’avait rien à craindre d’un potentiel échec.

Il sembla aussitôt apaisé par cette idée. Cela ne lui coûtait rien d’essayer. Certains diront qu’il tentait le diable, mais Ilya ne se voyait pas lui poser un lapin. Pour une raison inconnue, il désirait poursuivre l’expérience un peu plus longtemps. Et ce n’était incontestablement pas pour des raisons financières.

« Pardonnez-mon trouble, je ne m’attendais pas tellement à ça… Mais j’ai confiance en son jugement. S’il a évalué positivement la décision de me confier à vous, alors je n’ai aucune raison d’être dérangé par cette séance. »

N’est-ce pas ? Pendant un instant, il hésita puis finit par se convaincre. Raconter sans filtres et sans retenu sa vie à quelqu’un était un exercice particulièrement complexe et laborieux. L’idée de tout recommencer ne l’enchantait pas spécialement, mais sa bonne foi parvenait à le convaincre d’essayer. Avec un peu de chance, peut-être serait-elle une oreille plus attentive que celle d’un psychologue ayant plusieurs clients à son actif. Elle était jeune. Sans doute très peu expérimentée. Cela lui offrait un avantage que ne possédait pas son prédécesseur et qui donnait envie au jeune homme d’emprunter ce chemin.

Et puis, il ne voulait pas partir.

S’humectant les lèvres, il tenta passagèrement de combattre le désir lorsqu’elle lui proposa un biscuit, mais abandonna bien vite le navire. La malbouffe, aussi légère fût-elle, était déjà à cette époque son plus gros péché. Sucre, gras et sel composaient un menu paradisiaque aux yeux de l’idole. Au plus grand malheur de sa mère qui accusait difficilement son menu contre-santé. Beaucoup plus immature, lui s’en réjouissait sans crainte des conséquences. Prêtant malgré tout une oreille attentive à la question d’Ileen, Ilya hocha doucement la tête. Comment se passaient les choses pour lui. Cette question était un incontournable afin de connaître la température du client. Se sentait-il mieux depuis leur dernière rencontre ou bien les choses s’étaient-elles dégradées davantage ? Il fallait avoir été blessé par la vie pour avoir recours aux services d’une personne extérieure pour aider à gérer son existence. Dans un tel cas, la question prenait toute son importance.

« Toujours aussi mal… »

Soupira-t-il. Il savait qu’il n’était pas très précis, mais les derniers murs nuisaient encore à son avancée. Ils étaient difficiles à renverser. Des multiples questions demeuraient en suspension : que penserait-elle de lui ? Un psychologue n’est pas censé juger ses patients, certes, mais l’inexpérience de la sienne nuisait-elle à son jugement ? Craignant de perdre son courage, le jeune homme écrasa ces obscures réflexions et revint aussitôt vers elle. Depuis quand craignait-il d’être jugé ?

« … Vous connaissez cette impression accablante de ne pas être maitre de votre vie ? Je me sens un peu comme ça. Mon agent et mes parents attendent de moi que je réponde à leurs attentes sans accorder de crédit à ce que je peux dire ou penser. »

C’était difficile. Aux yeux d’Ilya, cette expérience prenait la forme d’une montagne. Une sorte d’Everest insurmontable. Il craignait que ses mots soient imparfaits et insuffisants pour exprimer la profondeur de sa détresse. Il se doutait que, d’une manière ou d’une autre, son dossier devait être passé entre les mains d’Ileen, mais que savait-elle à son sujet précisément ? Cette question le tourmentait. Répéterait-il des mots dont elle avait déjà pris conscience ? Tout était à recommencé, certes, mais jusqu’à quel point ?

« Ils m’ont annoncé cette semaine que j’entamerais prochainement une tournée internationale. C’est le rêve de beaucoup d’artistes vous savez… Sauf que l’idée de me monter sur scène des dizaines de fois pour chanter tout un album de chansons creuses devant un public essentiellement composé d’adolescentes plus captivées par ma jolie gueule que par mon talent ou la profondeur de mes chansons me donne envie de gerber. »

Il rigola doucement. Il ne savait pas comment il avait pu vider son sac d’un seul souffle. Sa tirade était tellement longue qu’elle semblait irréaliste à ses propres oreilles.

« Ce que je voulais vraiment, c’était écrire et chanter des paroles qui bouleverseraient le cœur des gens… Au lieu de quoi je me retrouve à faire le guignol pour engendrer sur profit sur le dos des adolescentes. »

Il s’arrêta pour baisser légèrement les yeux. Sa gorge chauffait, l’angoisse lui prenait, mais il avait parlé. Du moins, il ne s’était pas borné dans un silence nocif pour le bon déroulement de la séance. Elle était là, sa concession. En acceptant de s’adresser à Ileen, il prenait le risque que cette conversation franchisse les quatre murs du bureau. Malgré quoi, il avait décidé de lui faire confiance. Il voulait lui faire confiance.

« Vous n’auriez pas de l’eau par hasard… ? J’ai un peu mal à la gorge. »

Si par inconscience il abîmait ses cordes vocales, sa mère lui réserverait directement une place au cimetière. Il le savait.
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Coordinateur Alola

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Sam 21 Jan 2017, 14:59
Au cours de ses différentes expériences professionnelles, Ileen avait retenu une chose : il faut savoir être impassible en toutes circonstances. Qu’importe ce qui avait pu pousser la personne à franchir les portes du cabinet, le degré de malheur qui pouvait l’accompagner. Cette personne n’avait pas besoin de composer avec l’indignation, la révolte, le dégoût, ou n’importe quelle émotion pouvant transparaître sur le visage de son thérapeute. Elle était là pour exprimer ce qui lui pesait sur le cœur, pour se libérer de ses problèmes. Pour trouver une solution, également. Alors, pour pouvoir être parfaite, la Harewell s’était entraînée avec une amie. Chacune racontait à l’autre des expériences horribles, afin de pouvoir faire face à chaque histoire. Après plusieurs séances, la jeune femme parvenait presque à garder ses sentiments pour elle. A prendre le recul suffisant. A dire vrai, elle supportait mieux les histoires glauques que les sentiments qui trahissaient certains patients. Ileen était plus sensible à la détresse primaire qu’à l’horreur pure et dure. Ce serait mentir que de dire que voir l’air troublé de son patient ne mettait pas à mal son instinct de protection. Ce fichu instinct qu’elle réfutait avoir, préférant l’oublier dans un coin. Là, elle aurait aimé se lever et prendre le jeune homme dans ses bras. Une familiarité dont elle ne pouvait pas faire preuve, surtout dans un tel contexte. Elle l’imaginait parfaitement en train de la jauger, de peser le pour et le contre pour savoir s’il allait annuler la séance ou non. Si elle commettait le moindre faux pas, Ilya Kovalevski prendrait aussitôt ses cliques et ses claques. C’est donc avec un profond soulagement qu’elle accueillit la sentence, lui adressant malgré elle un sourire. La Harewell n’était pas encore un robot dénoué de sentiments. Au diable le professionnalise donnant un air distant. Elle, elle préférait mettre à contribution son empathie. Dans une certaine mesure, tout de même. « Je vous remercie pour votre confiance. » Le sourire sur ses lèvres s’étira une paire de secondes supplémentaire. Avoir son accord pour continuer cette séance était une petite victoire. D’autant plus qu’elle s’imaginait mal expliquer au docteur Berkman que sa petite expérience avait tourné court. Le thérapeute pouvait bien paraître gentil, il n’en restait pas moins qu’il plaçait une grande importance dans une prise en charge correcte du patient. Un échec lui aurait fait perdre la confiance de cet homme.

Ileen n’aurait pas donné cher de sa peau dans ce cas-là.

Suite à sa question, la jeune femme attrapa son calepin et un stylo, prête à prendre des notes. Sa question, bien que classique, était nécessaire pour comprendre l’état d’esprit dans lequel pouvait se trouver Ilya. Soucieux ? Triste ? En colère ? Elle n’imaginait pas un seul instant un état positif. La simple lecture de son dossier, couplée à l’attitude du jeune homme lors de son arrivée dans le bureau, suffisait à exclure ces hypothèses. Il allait mal. De ça, elle en était certaine. La réponse du Kovalevski ne l’étonna donc pas outre mesure. Silencieuse, elle prêtait une attention toute particulière aux expressions de son vis-à-vis. Lassitude. Amertume. Peut-être un peu de colère également. De la honte. Il semblait détester le fait de gagner de l’argent sur le dos de ces adolescentes, comme il le disait bien. Faire le guignol. Si la voix réprobatrice de son professeur d’université n’avait pas résonné dans son esprit à cet instant, Ileen se serait permis un sourire. Ilya n’était pas le premier à faire le guignol sur scène pour gagner sa vie. Il n’était pas le premier et ne serait certainement pas le dernier. Sauf que lui, comparé à d’autres, n’appréciait pas cette manière de vivre. L’espace d’un instant, l’esprit de la Harewell s’égara. Pour ses parents et son agent, les demandes d’Ilya devaient être une sorte de caprice de star. Un caprice que chacun faisait bien d’ignorer, gardant à l’esprit que le jeune homme était une véritable poule aux œufs d’or pour eux. Sauf que ce fait le révoltait. Il ne voulait pas être connu pour ça, pour ces chansons creuses. Être connu pour des écrits bouleversants. Selon elle, c’était ça être un véritable artiste. C’était avoir la volonté de se faire connaître pour soi, ses convictions. Ne pas profiter de cette société partant dans tous les sens. Si on lui laissait une chance, Ileen ne doutait pas qu’Ilya tournerait définitivement le dos à ces chansons pour adolescentes. Qu’importent les obstacles pouvant lui barrer le chemin.

Dans son monde idéalisé, Ilya Kovalevski représentait le chanteur incompris souhaitant se battre pour ses rêves.

La Harewell redescendit sur Terre lorsque son interlocuteur réclama un verre d’eau. « Evidemment. » Elle posa son calepin vide et son style sur la table basse, se levant sans plus attendre pour aller chercher un verre d’eau bien mérité. Cet homme avait parlé bien plus que ce qu’elle s’était imaginée au départ. Elle qui pensait devoir lui arracher subtilement les vers du nez, elle se retrouvait à devoir faire le tri entre les propos de son patient et ce qu’elle avait cru déceler de plus. « Tenez. » Elle lui tendit un grand verre d’eau pratiquement rempli à ras bord quelques secondes plus tard, attendant que le jeune homme le saisisse avant de retourner s’asseoir. « Si le fait de chanter de telles chansons vous frustre tant, avez-vous déjà essayé de jouer incognito dans des bars ? » Elle ne connaissait pas grand-chose au monde de la musique, passant tout son temps le nez dans ses bouquins ou au milieu des magasins de vêtements. La musique, elle l’écoutait distraitement, afin d’avoir un fond sonore dans son petit appartement. « Ce n’est certainement pas la même chose que d’être sur scène, mais cela pourrait vous aider à diminuer un peu cette frustration qui vous ronge. » S’il ne relâchait pas la pression d’ici peu de temps, s’il ne s’arrêtait pas de couler, elle ne doutait pas qu’il finirait par craquer. En mal. Il suffisait de l’entendre parler de cette tournée internationale. Si cet événement ne parvenait pas à le mettre en joie, cela signifiait qu’il était presque trop tard pour lui et ses rêves sur la vie d’artiste. « A votre avis, pourquoi vos parents et votre agent ne vous accordent pas l’occasion de chanter ce qui vous plaît ? » Elle mettait les pieds dans le plat. Ileen Harewell en avait parfaitement conscience. Cette question pouvait être à double tranchant. Soit il répondait et peut-être pourraient-ils avancer. Soit il prenait la décision de mettre fin à la séance, ne supportant pas l’idée qu’elle serait susceptible de continuer avec des questions de cet acabit.

Elle lui faisait confiance pour prendre la bonne décision.


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Dresseur Alola

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Lun 10 Avr 2017, 05:51
Se concentrer sur la séance en présence d’une telle femme était un défi. S’il n’avait pas été aussi mal dans ses baskets, sans doute qu’Ilya se serait laissé volontiers distraire par la beauté éblouissante de sa psychologue provisoire… Malheureusement, il sentait que quelque chose en lui ne tournait plus rond et ce sentiment de profond malaise emplissait tout son esprit. S’il avait dû mettre des mots sur la manière dont il se sentait, il se serait sans doute comparé à un contenant percé. Il en avait déjà parlé au docteur Berkman une fois… Il était comme un récipient que l’on tentait de remplir à coup de promesses, de rires et d’éclats de joie, mais qui finissait fatalement par se vider de son contenu. Ilya avait le sentiment angoissant d’être vide et d’agir par automatisme à tout ce qui l’entourait. Tel un automate, il obéissait à la fois à ses parents, à son agent, à ces fans qui l’adulaient pour ce qu’il n’était pas… Son amour du chant et de la musique s’était peu à peu étiolé jusqu’à ressembler aux décombres d’un champ de bataille : il n’en restait plus rien. Le peu de vie subsistant au travers les nuages de poussière et les brasiers éternels, il se devait de le consacrer entièrement à la réussite promise de ses parents.

Y penser le rendait malade. Mais pas autant que de se produire sur scène.

Saisissant entre ses doigts fébriles le verre tendu par Ileen, le jeune homme murmura des remercîments à peine audible puis fixa discrètement les mains de la belle à la recherche d’un anneau. Il ignorait quel âge précisément la jeune femme avait, mais elle était sans doute un peu plus âgée que lui… Pas forcément de plusieurs années puisque son visage semblait intemporel, mais au moins de deux ou trois. De ce fait, la possibilité d’un mariage n’était pas à exclure. Certaines femmes préféraient promettre leur main en bas âge afin de construire un futur à deux le plus tôt possible et Ilya était mal placé pour juger de telles démarches. Ses propres parents s’étaient mariés jeunes dans l’espoir de bâtir un avenir à deux. Heureusement, ça ne semblait pas être le cas de sa psychologue dont l’annulaire était manifestement vide. À cette idée, un sourire s’étira légèrement sur les lèvres de l’albinos : sa curiosité était rassasiée et cette parenthèse venait inconsciemment de lui faire le plus grand bien. Si cela n’enlevait rien au vide et à l’angoisse, il ressentait malgré tout une curieuse satisfaction et une meilleure confiance en soi. C’était tout bêtement stupide.

« M’avez-vous bien regardé ? »

Dit-il en rigolant doucement. Dans sa voix, aucune malice. Il se sentait simplement désabusé, rattrapé par une réalité qui lui pourrissait la vie. L’idée d’Ileen était pourtant excellente. Jouer incognito dans les bars était une idée de génie et un excellent moyen pour faire découvrir cette facette de la musique qui le faisait vibrer. De cette façon, il pourrait faire découvrir ses textes et ses notes à un publique plus désireux de connaître le véritable Ilya Kovalevski derrière l’idole. Sa chambre croupissait sous les compositions écrites de sa main, languissantes du jour où elles seraient enfin découvertes… Malheureusement, les choses n’étaient pas aussi simples.

« Un mec comme moi ne peut pas passer inaperçu… Ils m’ont transformé en marque déposée. Qu’importe où je vais ou comment je m’habille, il y a toujours une personne pour me reconnaître ou me pointer du doigt. »

Il était loin d’être aveugle : son unique bénédiction consistait à l’emplacement inconnu de sa maison. S’il avait eu le malheur d’être découvert par les paparazzis, Ilya aurait eu tôt fait d’abandonner son cocon de tranquillité pour être jeté en pâture aux magasines à potins… Les sorties en ville étaient déjà suffisamment difficiles ainsi : le Kovalevski n’avait pas besoin d’un flash sur lui à tout heure du jour et de la nuit. Pour autant, il ne pouvait pas non plus se cacher partout où il allait. Tôt ou tard, quelqu’un le reconnaîtrait : sa voix le trahirait et si ce n’était pas son talent qui dévoilait son identité, alors son joli minois ou ses cheveux le feraient à sa place. Il se sentait condamné par lui-même et son image.

Il sentait pourtant qu’il allait craquer s’il ne faisait rien… Depuis plusieurs semaines, ou mois, Ilya n’en était plus certain, il venait religieusement ici afin de se vider le cœur et chercher une piste de solution à ces interminables problèmes, mais la situation ne faisait en réalité qu’empirer à chaque nouvelle consultation. Le travail à faire pour sortir de cette spirane infernale était énorme et il admirait en silence la montagne qui grandissait sous ses yeux, complètement oisif. Il ne savait plus comment se tirer du cauchemar dans lequel il s’était enlisé et cela pesait lourd sur son moral. Il n’était pas l’artiste qu’il aurait voulu être… Et le serait-il seulement un jour ? Même s’il espérait tôt ou tard avoir sa chance de sortir un disque et de chanter ce qui lui donnait le sentiment d’être vivant, il n’avait plus tellement espoir que cela se réalise tôt ou tard. Serait-il condamné à chanter les mêmes paroles creuses jusqu’à ce que l’âge le prive de son succès auprès des adolescentes prépubères et qu’il ne redevienne un parfait inconnu dans la foule ?

Cet avenir hypothétique lui donnait envie de vomir.

« Parce que je suis une machine à fric ? »

Quoi de plus normal ? Il avait été conditionné à cela. À cette idée, son regard se ternit légèrement ses doigts se crispèrent sur son verre d’eau à peine entamé.

« On me prépare à cette vie depuis que je suis tout petit… Quand j’étais plus jeune, la moindre minute de temps libre à la maison était consacrée au chant afin de parfaire ma voix ou à la danse pour améliorer ma manière de bouger sur scène. Mes parents ont vu en moi une mine d’or et il paraît que c’est la meilleure façon de se faire connaître pour un jeune homme au physique avantageux. »

On avait trop souvent répété à Ilya qu’il était beau pour qu’il n’en ait pas conscience. Il avait balancé cette affirmation sous le ton de l’anecdote, comme s’il n’en était rien. Loin de se vanter à ce sujet, le jeune homme ne se voilait pas les yeux pour autant. Cela faisait partie de son quotidien et il avait vite compris que quelques milliers de jeunes filles ne se pâmeraient pas d’admiration devant ses posters et ses photos s’il n’était pas un minimum mignon. Le talent ne faisait pas tout dans ce domaine… Au contraire, sa jolie gueule était un bien meilleur argument de vendre que les paroles idiotes qu’il inscrivait dans ses CD.

Ça, au moins, c’était dit… Même si le constat était beaucoup moins agréable sous cet angle.

« Je vendrais beaucoup moins si j’avais la possibilité de chanter ce qui m’inspire vraiment… Ils y perdraient beaucoup au change et mon image risquerait de prendre un coup. C’est un pari risqué, vous comprenez ? Personne n’a vraiment envie de jouer quitte ou double avec plusieurs milliers de pokédollars… Surtout pas pour satisfaire les caprices d’un adolescent. »

Une grimace sur son visage puis Ilya s’empressa de prendre une gorgée d’eau pour noyer son amertume.


« Remembering the times you spent together knowing they will never happen again. »
Ilya parle en #FA6271
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