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» La flamme renaît au cœur des cendres


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Modo Jeux & Eleveur

C-GEAR
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Jeu 15 Sep 2016 - 18:39

La flamme renaît au cœur des cendres

Je dois me convaincre que j'ai fait le bon choix. Je n'ai encore aucune idée de comment, mais il vaut mieux. Sinon, je ne tiendrais pas jusqu'à la fin de la semaine. J'ai tenu à venir par fierté, pour l'unique raison que ma présence dérange tant ma mère que ma grand-mère. Je ne voulais pas leur manquer. Sauf que c'est d'une lourdeur, c'est la quatrième fois qu'on fait la même chose, le même simulacre de réception pour fêter l'arrivée de mon frère dans l'entreprise familiale. Et ce, à chaque fois dans une région différente.

Aujourd'hui, c'est Ebenelle, à Johto. Dans une des demeures familiales. Mais bon, ça ne change absolument rien. Autant la première fois, avec Raph, nous nous sommes incrustés en faisant un petit discours. Mais c'était totalement spontané. Alors que pour chacun d'entre eux, c'est préparé à l'avance, les mots sont choisis, les discours répétés. Aucune sincérité, ce n'est que du spectacle. Et après ils osent me jeter leur dédain au visage parce que je monte sur scène avec mes Pokémon. Ils sont ridicules et je ne leur accorde aucune crédibilité. Je comprends de suite pourquoi Tanguy saute sur l'excuse de l'arène qu'il ne peut pas lâcher.

Même si je n'en ai pas envie, je vais m'y rendre à cette réception, juste pour éviter de donner raison à Mère par mon abandon. Alors je me prépare. Je reste fidèle à moi-même, je ne me contente que du jean noir et de la chemise blanche. J'étais parti pour mettre un nœud papillon mais on m'aurait pris pour un serveur. Je préfère tout de même éviter, ça pourrait être gênant. Non, j'ai envie de la jouer décontracté, j'ouvre un peu le col de ma chemise. Après, rien n'empêche de peaufiner les détails. Je vais faire l'effort de me coiffer, de bien me coiffer, pour une fois.

Je descends jusque dans le hall. Cet endroit est d'un luxe indécent. Je ne comprends pas le besoin d'étaler sa réussite, sa richesse de la sorte. Autant je ne nie pas que j'aime pouvoir profiter d'une des résidences secondaires de mes grand-parents, ce palace était la meilleure des aires de jeu. Il est gigantesque, avec une cour intérieure ainsi que des jardins extérieurs. Mais bon, y donner ses réceptions juste pour en mettre plein la vue, c'est ridicule. Même si c'est la base des bases dans cet univers. L'avantage, c'est que je peux m'esquiver comme je veux de cette réception et ne me contenter que de quelques apparitions pour simuler ma présence. Que la énième cérémonie commence ! Au début, ce ne sont que de simples discussions, le temps d'échanger quelques formalités, d'une banalité affligeante. Mais puisqu'il faut si atteler, autant se dire que j'agace ma génitrice. Je me sens comme libéré d'un poids à cette idée. Un sourire franc se dessine sur mon visage. Tu es obligé de te réduire à ce genre de bassesse sombre idiot ?

Je préfère me dire que c'est une revanche, je ne fais aucun mal, bien au contraire, c'est dingue à quel point je me fais plaisir. Je vais voir les gens, je ne les connais pas, et il y a de grandes chances qu'eux non plus ne sachent pas qui je suis. Ils ne peuvent que supposer, un garçon blond, aux yeux bleus, plutôt fin, ça ne peut être qu'un membre de la fratrie des Emerson. On échange des poignées de mains, je concède même des baise-main, si je peux faire jouer mon charme un minimum, je ne vois pas pourquoi m'en priver.

A ma grande surprise, mon prénom est ressorti plusieurs fois, sans que j'aie à me présenter. Des gens qui se souviennent de moi petit. Et donc ils sont curieux de savoir ce que je deviens. Mon plaisir ultime. Je peux leur dire avec fierté que je suis coordinateur. Et après ils vont parler à mes parents. Il n'y a rien de plus jouissif que de voir la tête de ma mère quand ils viennent à parler de moi. Elle devient blême. Et mon père prend le relais, vu que Mère ne peut même pas prononcer mon nom. Au fur et à mesure que les personnes arrivent, je désespère, ils sont tous au minimum quadragénaires. Evidemment je ne montre pas mon désappointement, je maintiens le sourire. Mais j'avais l'espoir de voir quelqu'un d'au moins assez jeune pour ne pas se prendre la tête avec des discussions sur la politique, sur les ragots mondains ou sur la réception d'untel à venir. Enfin, je vais faire avec, tant que je continue d'afficher mon sourire.

Seth : Merci Nessa. J'ai pas eu l'occasion avant, donc j'en profite là que j'ai deux secondes. Ça me touche que tu fasses ça pour moi, ça compte beaucoup.

Il est venu en coup de vent, m'a attrapé par l'épaule pour me dire ça, et il est déjà reparti. Il m'a touché deux mots et ça me laisse une sensation étrange, ambivalente. D'un côté, ça me fait plaisir qu'il me dise ça, c'est exactement la raison pour laquelle j'étais venu. Pourtant de l'autre, je me sens mal vis-à-vis de lui, car ma motivation du jour se résume à une petite vengeance personnelle, rien à voir avec lui. Bon, je chasse vite fait cette idée de ma tête, il faut que je reste dans mon rôle. Je ferais mieux de m'intéresser aux invités qui arrivent. Sourire, regard pétillant, je fais les choses en bonne et due forme. Je n'ai même plus à faire semblant d'être accueillant, je suis juste de bonne humeur.

Moi : Bonsoir, je suis Nessa, le frère de Seth. Enchanté de vous accueillir dans le domaine des Emerson.


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C-GEAR
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Lun 3 Oct 2016 - 7:02

La flamme renaît au cœur des cendres



La tête baissée, tu fixes le carrelage de la salle-de-bain. Ici, à l’abri des regards, tu peux redevenir toi-même. Tu n’as plus besoin de jouer un rôle et te convaincre qu’ils y croient… Ici, tu peux renouer avec tes véritables origines. Après tout, quoi de mieux qu’un tête-à-tête avec soi-même entre la cuvette et un lavabo pour reprendre racines… Pour revenir à la source de sa propre existence et effacer tout le superflu de son esprit. Vous et moi savons qu’il n’y a rien de plus efficace que le carrelage usé d’une chambre d’hôtel pour se rapprocher de sa véritable nature… Nous savons aussi que cette fuite n’est qu’un prétexte pour masquer ta peur.

Bloqué dans le pitoyable rôle de la proie, tu cherches un chemin pour déguerpir sans penser à la meute qui se referme autour de toi. C’est une tentative en vain. Tu ne pourras pas ignorer infiniment le monde dont tu viens… Cette vie, c’est la tienne. C’est celle qu’ils ont choisi pour toi et dont tu devras te contenter du reste de ton vivant… Les choses sont ainsi faites. Tu ne peux pas échapper à ta destinée… Mais tu as déjà pris conscience de tout ça. C’est l’une des raisons pour lesquelles tu souhaitais que tout s’éteigne aux alentours, n’est-ce pas …? Une existence passée dans le rôle d’un pantin pour l’argent ne fait aucun sens. Malgré quoi, ton désir de garder un contrôle dérisoire sur ta vie te pousse à accepter n’importe quelle condition à ta fortune. De toute manière, tu n’existes déjà plus. Tu voulais fuir… et tu as échoué. Cette vie t’a rattrapé. Ils t’ont condamné à des décennies de servitude, sacrifié à la gloire d’un nom auquel tu ne crois plus. Tôt ou tard, tu couperas de nouveau les fils qui maintiennent en vie ton corps désarticulé. Cette fois-ci, personne ne te sauvera. Silencieusement, tu t’en fais la promesse.

« Ezy… Sors s’il-te-plait. » Il y a toujours dans sa voix, lorsqu’elle s’adresse à toi, cette simili finesse : comme si elle voulait t’épargner sans pour autant te traiter comme un enfant. Tu reconnais ses efforts… Contrairement à sa préceptrice, Eden sait comment rendre sa présence tolérable. Elle ne s’impose pas… Elle est là, tout simplement. C’est amplement suffisant.

Passant une main sur ton visage pour effacer les traces de mort sur ta peau, tu te redresses enfin puis ouvre la porte qui te sépare de l’adolescente. Ses yeux te scrutent un instant de la tête aux pieds. Elle fronce légèrement les sourcils, plisse les yeux. Tu sais ce qu’elle recherche. Même si elle ne dit rien, tu vois dans son regard qu’elle se doute de quelque chose. Elle se doute de l’existence des nuages au-dessus de ta tête. Elle sait que tu ne vois toujours pas le soleil derrière eux… Elle ne le dit pas clairement, mais elle veille sur toi afin que tu ne recommences pas. Elle est mignonne Eden, mais tous ses efforts pour te maintenir en vie ne serviront à rien le jour où tu récidiveras. Elle ne sera pas là pour te sauver. Cette fois-ci, il n’y aura personne. Que toi et la mort… Mais quelle importance ?

« Pourquoi… ? » La question est murmurée avec tant de difficulté que tu souhaiterais arracher les cordes vocales qui l’ont posée. La réponse te rend d’autant plus craintif dans la mesure où tu te doutes déjà de son existence… Tu sais ce qu’elle va dire à l’instant. « Parce qu’il le faut… Il faut que tu leur prouves que tu as survécu et que tu es de retour. Tu comprends ? » Malheureusement. Baissant les yeux, dans une ultime tentative pour masquer la tristesse au fond de tes pupilles, tu prends une grande inspiration. Tu souhaiterais simplement disparaître. Tu sais que Eden a raison de te pousser à participer à cet événement, mais ce renouement avec la haute t’effraies. Tu as peur. Voilà… C’est dit. « Tout ira bien Ezy… Nous serons là… Avec toi. » Dit-elle d’une voix réconfortante en déposant sa main aux doigts filiformes sur ta peau fraîchement rasée. Curieux, tu redresses tes yeux dans sa direction pour être confronté à son sourire apaisant. Jamais un rictus ne t’avait fait cet effet. Eden n’est pas comme les autres… Elle n’est pas qu’une simple fille : c’est un ange. Ton ange-gardien. « Si jamais ça tourne mal, on partira, right ? » Tu ignores pourquoi ils sont aussi gentils avec toi, mais ce comportement agréable n’est pas coutume dans ta vie… Eden et Noah Bluebell sont beaucoup trop attentionnés pour être réels. Tu n’en mérites pas tant. Les gens comme toi ne devraient que récoler la haine qu’ils ont semées. C’est le prix à payer pour avoir passée une vie entière à regarder les autres de haut. Perché à la cime des arbres, l’oiseau de malheur dont tu endosses le rôle devrait être accueilli par les pierres et les balles… Alors pourquoi sont-ils gentils ? « D’accord… » Les visages du frère et de la sœur s’illuminent.

Ce soir, c’est une marche vers la potence.

En arrivant, tes yeux tentent d’éviter d’éventuels visages connus. Tu sais ce que sont toujours les mêmes familles qui se présentent à ce genre de réception haut perché. Ici et là, des noms influents brillent de leur présence et emplissent la salle de leur prestance. Avant, tu étais comme ça toi aussi… Mais ce n’est que de l’histoire ancienne. Passablement angoissé à l’idée d’être reconnu par des amis parentaux, tu cherches un moyen discret de te fondre dans la foule avec Eden et Noah. Tu savais que tu n’avais rien à faire ici. L’animal blessé et craintif en lequel les événements passés t’ont transformé n’est pas de taille à affronter un tel univers d’hypocrisie. Tu n’es plus comme eux et même si ce retour aux sources réussit à te calmer de par sa richesse exubérante, il n’en reste pas moins que tout le reste te cloue sur place comme si tu n’étais qu’un bleu inaccoutumé. Tu as honte d’avoir perdu de ton panache… Tu as aussi honte, car, pour la première fois de ta vie, tu abandonnes une tradition vieille comme le monde. Peu importe l’effort que tu peux y fournir : tes yeux ne cherchent pas à mettre le grappin sur une proie potentielle dont la seule existence suffirait à raccourcir les heures. Cette fois, tu dois confronter les réceptions telles qu’elles se présentent… Et tout ça au nom des Fitzgerald. Parce que même Anya avait mieux à faire que de se sacrifier pour la cause.

« Waouh… La déco’ est quand même pas mal fichue ! » Silencieuse, Eden hoche légèrement la tête sans pour autant se laisser impressionner par cet étalage de richesse. Noah, lui, tourne sur lui-même pour mieux observer le reste de la décoration, non sans lâcher un sifflement d’admiration sur son passage. « Ce genre de réception perdrait de sa prestance si elle se passait dans un hôtel quelconque entre les insectes et la vermine… » Ils ont déjà leur propre vermine après tout, comme tu t’emploies à le constater alors que tes yeux parcourent silencieusement les invités à la réception. Peu de riches peuvent se vanter d’être parfaitement intègres ou sincères… Généralement, ils consacrent leur existence entière à s’adonner à des activités quelconques afin de rehausser leur image. Des œuvres de bienfaisances, des banquets, des réceptions, des interviews télé… En y repensant, tu dois retenir un sourire désabusé d’apparaître sur ton visage. Depuis quand as-tu perdu le goût à tout ceci ? Si, à une époque passée, tu reprochais son hypocrisie à la haute société, tu aspirais malgré tout à devenir un tout nouveau genre de fortuné… Quand as-tu cessé de vouloir participer à cette folle course ?

« Bonsoir, je suis Nessa, le frère de Seth. Enchanté de vous accueillir dans le domaine des Emerson. » Et ça commence. Autour de toi, Noah et Eden ne tardent pas à se composer un sourire respectueux alors que tu mets un peu plus de temps à t’y conditionner. Ton rictus, croche et maladroit, sonne sans doute faux, mais tu ne peux plus rien y faire à ce stade. Tu n’es plus aussi bon comédien que tu l’étais auparavant. L’idée même de paraître enjouée suffit à te donner des envies de gerber. Tu es un cas désespéré. « Enchanté Nessa. Je suis Ezekiel… De… » Ta mâchoire se crispe, les mots s’échappent et, incapable de compléter ta phrase, incapable de prononcer le nom de ta propre famille, Eden doit te sauver la mise. « De la maison ducale Fitzgerald, de Kalos. Tant qu’à moi, je m’appelle Eden et voici mon frère, Noah. Félicitations pour votre frère. » Le jeune homme en face de vous te donne le sentiment de l’avoir déjà vu à quelque part… Sans doute l’as-tu déjà croisé dans une réception. Tu as vu passer tant de visages et de noms que tu es dorénavant incapable de tous les associer entre eux. Ta mémoire te joue des tours et, fatigué de tenter de remettre un souvenir sur ce visage sans doute connu, tu finis par abandonner la tâche. Tu n’es pas dans un état propice à ce genre de petite torture intellectuelle. Il n’est qu’un gosse de riches, comme toi… Comme Evan… Comme Rizzen… Et comme tous les autres avant et après vous. « Pas mal du tout votre réception ! C’est splendide. » Sincère ou pas, il y en a au moins un pour s’intéresser plus longuement à la raison de votre venue ici. Vas-y Ezy… Compose toi un masque. Fais quelque chose, mais n’admire pas Eden et Noah te sauver des griffes de l’enfer sans même te débattre.



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C-GEAR
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Lun 24 Oct 2016 - 0:23
Je ne pensais pas que je prendrais tant de plaisir à prendre enfin le rôle qui est censé être mien dans cette famille, même si ce n'est pas au goût de tout le monde. Je suis incapable de me l'expliquer, et pourtant, je me sens à ma place ici. Non pas dans cet étalage de richesse, loin de là, mais plutôt dans le fait de participer à l'effort commun pour la réussite de cette famille. Il y aurait de cela deux ans, participer à une telle réception aurait été inenvisageable, je ne sortais pas, je ne voyais personne, je ne parlais à personne. Forcément, ça compliquait les choses. Et là, je suis comme un poisson dans l'eau, parlant aux uns, discutant avec d'autres. Au début, je devais me forcer, puis mon naturel est revenu, le garçon jovial est bien là, il est enthousiaste à l'idée de voir de nouveaux visages. C'est incroyable de voir à quel point j'ai changé depuis si peu de temps, depuis que je me suis décidé à faire les choses de moi-même.

J'avais lancé ma phrase d'annonce sans avoir encore regardé le ou les destinataires de mes paroles. Je redresse la tête, un léger sourire, qui s'est vite élargi à la vue des trois invités qui me faisait face. Ils étaient jeunes, ce qui détonnait totalement avec l'ambiance pépère qui s'installait. Cela amenait un vent frais dans mes pensées, je n'aurais peut-être pas à m'ennuyer comme prévu. Ça, c'était une vraie bonne nouvelle pour moi ! J'ai nourri cet espoir trois soirs durant, et pour la première fois mon vœu se réalise. Les discussions avec les grabataires ne sont pas des plus réjouissantes et animées, pas de quoi se marrer en somme. Sans même savoir qui ils sont, j'envisage déjà de les retrouver dans le cours de la soirée pour converser.

Ezekiel : Enchanté Nessa. Je suis Ezekiel… De…

Eden : De la maison ducale Fitzgerald, de Kalos. Tant qu’à moi, je m’appelle Eden et voici mon frère, Noah. Félicitations pour votre frère.

Il y a quelque chose qui me chiffonne, en fait, il n'y en a pas qu'une seule. Et comme je reste fidèle à ma nature, je m'assaille de questions intérieures. D'une parce que je suis excessivement curieux, et de deux parce que je n'aurais jamais le courage, ou la témérité, de les formuler à haute voix aux principaux concernés. Déjà, il a dû compter sur son amie pour finir de le présenter, si ça c'est pas bizarre. Peut-être une amnésie passagère, quoi que. Qui amènerait un amnésique à une réception ? Alors un blocage, étant passé par là, je comprendrais. Et puis Eden et Noah, qui n'ont pas de nom de famille. Je peux déjà être catégorique sur un point, ils ne sont pas familiers à ce genre de soirées, ils n'ont pas vraiment les codes appropriés. Pourtant, elle n'a eu aucun souci pour énoncer le "pedigree" d'Ezekiel. Je ne sais pas, des domestiques, ça n'en a pas l'air. Encore une chose sur laquelle je ne peux pas statuer.

Il reste une dernière chose, celle qui me perturbe le plus. Le prénom de celui qui se tient face à moi. Ezekiel. Je ne sais pas d'où, mais je le connais, et son nom, Fitzgerald, confirme ce que je pense. Nous nous sommes déjà vus, c'est certain. S'il y a bien une chose qui est sûre dans tout cela, c'est que je le connais de quelque part. Ça va me prendre la tête, parce que je vais vouloir savoir à tout prix. Après, je lutte pour ne pas le fixer et le mettre mal à l'aise. On va éviter ça d'entrée de jeu. C'est vraiment moyen moyen. Surtout que je suis le roi des boulettes du genre, on ne va pas tenter le diable.

Noah : Pas mal du tout votre réception ! C’est splendide.

Moi : Et bien merci pour mon frère d’abord, et puis pour l'organisatrice, ma mère.

Ouais, c'est un peu léger comme réponse. Je sais, mais qu'est-ce que je peux dire de plus. Qu'elle y a passé la journée, qu'elle nous a pris la tête pour s'assurer que tout sera bien fait. Je ne suis pas là pour faire son éloge, ni pour la blâmer. Je vais juste faire en sorte de ne pas m'étendre sur le sujet. Cela devrait suffire. Un coup d'œil furtif autour de moi me permet de constater que la plus grande partie des convives sont arrivés. C’est une bonne chose, cela signifie que je devrais pouvoir m’esquiver de ce que j’ai à faire pour l’instant. Et pour cela, je vais devoir prendre sur moi et aller demander à la responsable en chef de tout cela, pour mon plus grand bonheur. A ma mère.

Moi : Attendez, je vais demander s’il y a moyen que je vous accompagne pourquoi pas faire le tour des lieux. Ça devrait le faire, ne bougez pas.

Et bien, c'est étonnant, je fais preuve d'initiative. Ce n'est pas vraiment dans mes habitudes, mais là, si j'ai moyen de rester avec des gens d'à peu près mon âge, c'est de suite moins compliquer de faire les choses de moi-même. Je les laisse et me dirige vers ma mère, en lui faisant discrètement ma demande. Je me doute que ça ne va pas lui faire plaisir, mais j'espère qu'elle sera au moins appréciatrice de l'effort que j'ai fait jusque-là. Etre un peu conciliante, pour une fois.

Moi : Mère, excuse-moi de te déranger, mais serait-il possible que je vous laisse pour faire visiter la propriété ? Il y a moins de monde maintenant.

Mère : Comme tu veux, tant que tu ne viens pas m'embêter de la sorte une seconde fois.

Au moins, ça avait le mérite d'être clair. Mais bon, ça fait bien longtemps que je ne me formalise plus de ce dédain. Si elle s'en fiche alors je n'ai aucun remord dû au fait de m'éclipser, au contraire, je suis ravi. Donc pour la narguer, je laisse la satisfaction provoquée par sa réponse transparaître par un immense sourire sur mon visage. Mais pas un remerciement, il ne manquerait plus que ça. Je fais demi-tour et me hâte de revenir vers le trio, tout sourire. Plus de rôle de gamin de bonne famille, avec l'éducation adéquate. C'est bon, s'il y a un truc qui me déplaît ce sont les conventions, si banales, si fermées. Ils risquent de vite voir la différence, mais bon, toujours le même sourire franc sur mon visage, enfin j'espère.

Moi : Et donc, c'est réglé ! Je peux vous faire faire un tour. C'est pas pour bien montrer que ma famille est blindée, on pourrait croire, j'avoue. Mais bon, en vrai, c'est juste que des discussions d'adultes tous coincés, au bout d'une semaine, merci bien. Pour une fois que je trouve des gens de mon âge, je ne vais pas vous lâcher ! Ouais, je tape l'incruste, clairement. Mais j'ai une bonne raison, non ?

J'ai fini ma phrase dans un rire léger. J'exprime le fond de ma pensée, et ce sans détour. C'est du Nessa quoi. Cela risque de les surprendre, parce que ce n'est pas vraiment comme cela que des hôtes sont censés recevoir. Mais franchement, si nous commençons à notre âge à nous enfermer dans la bienséance totalement hermétique et tout sauf humaine, on ne pourra jamais s'amuser. Les petits potins mondains, très peu pour moi, je cherche tout ce qui peut attirer ma curiosité. Et ces trois-là, c'est exactement ce qu'ils font. D'autant plus que je ne lâcherai pas avant d'avoir découvert d'où cet Ezekiel m'est connu. Non mais à part ça, c'est très pratique d'être borné !

Moi : Du coup, suivez-moi, on va commencer par la salle de bal, basique, le lieu de la réception.

Est-ce que je leur ai laissé le choix de me suivre ? Non, pas vraiment. Je me laisse totalement embarquer par mon enthousiasme. En plus de cela, je n'ai aucune idée d'où je vais les emmener, quel chemin tracer pour ce semblant de visite. Après la salle de bal, je n'ai qu'à leur faire visiter l'étage, même s'il n'y a pas beaucoup plus à montrer que des chambres et encore des chambres. Je redescendrai après, pour faire la bibliothèque, le salon, le jardin d'hiver et finir sur les extérieurs. Ça devrait le faire comme ça, encore faut-il que je m'en rappelle et que je suive ce plan dans cet ordre. On verra bien de toute façon, je ne risque pas de me perdre !










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Ven 4 Nov 2016 - 21:18

La flamme renaît au cœur des cendres



Disparaître. Te soustraire systématiquement aux regards de cette salle et notamment à celle de votre hôte aux yeux duquel ton instant de doutes n’avait pas dû passer inaperçu. Tu ne possédais à cet instant aucun autre désir que celui de t’évaporer… Tu n’aurais pas dû céder aux bonnes paroles d’Eden et Noah. La vérité, derrière ton complet hors de prix et ton visage fraîchement rasé, était beaucoup moins glorieuse : tu étais effrayé. Tu te sentais pris au piège, enfermé contre ton gré dans cette prison aux barreaux dorées. Ce retour aux sources te rappelait avec violence tout ce que tu abhorrais désormais de ton propre toi et tout ce que tu avais tenté de fuir cette nuit-là. Cette existence superficielle pendant laquelle tu croyais être un être exceptionnel n’était qu’un leurre pour te faire oublier l’aspect misérable de ton quotidien… Et voilà que tu devais de nouveau te soumettre aux jugements potentiels de gens qui ne connaissaient de toi que ton nom et ta minable réputation de mouton noir. Aucun doute : l’anonymat aurait été un bien meilleur remède au mal qui te grugeait. Pourquoi fallait-il que tu sois né Fitzgerald… ? Ce nom était devenu une véritable malédiction. Pas étonnant que tu ais eu tant de misère à le prononcer…

Visiblement enchantée par le contact humain de Nessa, le visage d’Eden s’illumine d’un sourire lorsque celui-ci vous propose une visite guidée des lieux. Des demeures comme celle-ci, tu en as déjà vu des dizaines… Elles ne possèdent plus le même cachet remarquable à tes yeux qu’aux leurs. Malgré quoi, l’idée de te soustraire à cette pièce dans laquelle l’hypocrisie s’entasse est une proposition suffisamment alléchante pour te faire toi-même adhérer à l’idée… Après tout, tu accepterais volontiers de sauter à pieds joints dans le premier précipice vacant si cela suffisait à t’éloigner de tous ces gens dont tu ne supportes plus la simple vue. « C’est une excellente idée ! »Visiblement. Dans un ultime effort pour paraître sympathique, tu t’empresses d’approuver d’un hochement de tête l’exclamation de joie de ton ange-gardien. Eden et Noah n’ont jamais goûté au luxe d’une vie sans privations… Nés dans une famille modeste et sans histoire, l’adolescente et son aîné n’ont jamais pu admirer de leurs yeux vus la beauté froide des grandes habitations. Si votre petite sortie peut au moins leur apporter la satisfaction d’avoir découvert un nouvel univers, peut être considéreras-tu que le sacrifice de ton bien être n’aura pas été si inutile que cela… Certes, ce monde trompeur n’est ni le plus beau, ni le plus glorieux, mais quelque chose dans cette richesse exubérante t’a toujours donné le sentiment d’être chez toi. Peut-on vraiment t’en vouloir ? Tu n’as jamais rien connu d’autre après tout. Ezekiel Fitzgerald est né dans l’abondance et en effleure toujours les avantages malgré son état dégradant… Tu ne pourras jamais y changer quoi que ce soit. Cet univers est le tien quoi que tu en dises. Toutes tes tentatives pour fuir la réalité sont condamnées à l’échec.

Regardant Nessa s’éloigner pour aller acquérir sa libération, la jeune fille perd peu à peu de son sourire. Malgré quoi, l’aura de joie éthéré qui l’enveloppe habituellement ne s’estompe pas. Elle est contente… Manifestement, l’apparition du blondinet a donné le ton à la soirée. De corvée, celle-ci semble soudainement prendre des airs beaucoup moins austères et froides. Seras-tu seulement capable de voir les choses comme elle le fait ? À cette idée, ton cœur se serre. Tu n’as pas le droit. Pas le droit de gâcher ce court instant de fascination qui anime cette réception redoutée et maintes fois maudite pour sa seule existence. Soit un peu plus mature… On dit parfois que c’est lorsque l’on se contraint à faire certaines choses que l’on passe les meilleurs moments. Et si tu forçais déjà un sourire à apparaître sur ce visage ? Est-ce vraiment trop demandé… ? « Ça ira… ? » Surpris, ton regard s’ancre au sien dans une ultime tentative pour masquer ton trouble. Elle ne perd jamais le nord. Malgré sa propre excitation, la jeune fille ne t’oublie pas. Tu es sa priorité. Elle t’en a fait la promesse… « Ne t’inquiète pas pour moi… Tout va bien. » Elle n’y croit pas une seconde. Cela se voit dans son visage. Ta voix est vacillante, chancelante. Malgré quoi, elle n’insiste pas davantage… Eden sait comment les rouages encrassés de ton esprit fonctionnent. Elle te connait désormais suffisamment pour savoir que tu prends en horreur tous les gens qui tentent de s’infiltrer dans ton jardin secret et qui forcent la porte de ta vie privée. Si la jeune fille a su se frayer une place dans ton quotidien sombre, c’est bien parce qu’elle reconnaît sa place et qu’elle ne cherche pas à s’imposer. Tu l’aimes pour ça : pour sa discrétion et sa compréhension… « S’il y a quoi que ce soit, tu promets de nous le dire ? » Demande-t-elle d’une voix douce.

Tu te sens faible. Comme un animal blessé sur lequel il faut veiller afin qu’il ne fasse aucune connerie. À quoi rime une vie entière à être épargné… ? Quand es-tu devenu si fragile, si délicat… ? À cette idée, ton cœur se serre violemment. Elle a parfaitement raison de s’inquiéter… Tu n’es rien de plus qu’un embarras public. Une petite chose fluette qui a déjà tenté de rompre ses liens avec la réalité et qui n’envisage d’un renouveau à cette tentative. Tout ce que tu représentes te déplais avec tant de violence… Pourquoi tient-elle à ce point à ton existence ? « Profitons plutôt de la soirée, tu veux ? » Mécontente que tu détournes la question, la blondinette s’apprête à répliquer lorsque la voix de votre hôte se fait de nouveau entendre. Embêtée, elle lâche une moue mécontente en te dardant du regard puis se retourne vers le Finnegan. À l’expression qu’il affiche, tu comprends d’ores et déjà que sa demande a été acceptée et que son souhait de vous servir de guide a été accepté.

Son discours, maladroit et enjoué, pourrait presque t’arracher un sourire en d’autres circonstances. C’est bien la première fois que tu entends un riche prétendre vouloir faire visiter sa demeure pour une autre raison que celle d’exposer sa fortune. Tu ne sais pas quoi en penser. Le croire ? Rejeter en bloc ses bonnes intentions ? Intrigué, tu décides plutôt de ne pas faire de commentaire. Inutile de jeter un froid en tentant de découvrir ses véritables motifs... Tu n’as pas le cœur à jouer les rabat-joie. Ton comportement suffit amplement à lui seul. « Vous habitez ici, toi et ta famille ? » La question se manifeste d’elle-même. Visiblement ensorcelé par la salle de réception dans laquelle vous avez été accueillis, le jeune Bluebell se laisse prendre au jeu. Il a envie d’en savoir plus. « À moins que ce ne soit une demeure secondaire… » Proposes-tu sous la forme d’une hypothèse. C’est une possibilité après tout… Combien de riches prennent plaisir à diviser leur fortune au travers plusieurs maisons afin de pouvoir accueillir un maximum de convives, toutes régions confondues ? Tu sais que cela n’a jamais fait partie des habitudes de la maison, mais tu connais cependant d’autres familles qui se sont laissées tentées par l’idée… Donc pourquoi pas ? « Ça a l’air super grand, vous ne vous perdez jamais… ? » Un sourire. Comme toujours.



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Région : Sinnoh
Mer 23 Nov 2016 - 7:36
Je crois que cette soirée sera la meilleure de toute cette sorte de tournée de promotion. En même temps, ce n'est pas moi qui risque d'apporter un plus au rayonnement de la famille Emerson, ça n'a jamais été le cas, et ce n'est clairement pas pour aujourd'hui. Mais bon, tant mieux, comme ça, pas de responsabilités, pas de prises de tête pour des futilités et surtout, je n'ai pas à feindre la moindre sympathie si je n'en ai pas envie. Parce qu'il faut dire ce qui est, la plupart du temps, les gens dans les réceptions sont chiants. A part parler d'eux et de leur réussite, ils ne savent rien faire d'autre. C'est affligeant. Alors je me contente de suivre le mouvement, de me laisser porter par le courant et ne rien voir de plus que la surface. Enfin, pas cette fois. Là, j'ai décidé d'agir, parce que ça me fait plaisir de voir des gens normaux, des gens qui sont ici pour autre chose que de se montrer, des gens que je supporterais sans mal.

Noah : Vous habitez ici, toi et ta famille ?

Ezekiel : À moins que ce ne soit une demeure secondaire…

La curiosité de Noah me fait sourire, il s'intéresse, et ça me fait plaisir. Ce n'est pas que cela flatte mon ego, parce que cette fortune, ce n'est pas la mienne, je n'ai absolument aucun mérite à y retirer, mais plutôt que le fait ça montre qu'il s'intéresse à tout cela. En fait, je me vois tellement là-dedans, à poser des questions, à vouloir savoir, à ne pas réfléchir avant de demander. Et ce sans le côté gaffe, tant mieux pour lui ! S'en suit Ezekiel, dans un calme absolu qui tranche clairement de l'engouement de Noah. De plus, il tape en plein dans le mile. Clairvoyance, esprit de déduction, chance, je ne sais pas, et je m'en fous un peu. Je ferais mieux de répondre.

Moi : Alors ouais, c'est une résidence secondaire de mes grands-parents. Mais si je ne dis pas de bêtises, mon grand-père est né ici, donc c'est resté dans la famille. Après, moi je squatte encore chez mes parents, c'est pas le même niveau d'un coup !

Je devrais peut-être avoir un peu honte à l'évocation de ce point. Mais non, pas du tout. Je n'ai jamais eu d'autre chez moi et ça me va très bien, je n'ai clairement pas envie de bouger de là. Et puis qu'est-ce que ça peut leur faire ? Ce n'est clairement pas ce genre d'information qui va leur être utile, d'ailleurs, je ne sais même pas pourquoi j'ai précisé. Enfin bref, ça ne change rien. Je marche en tête et nous quittons la salle de bal et l'environnement bruyant qui va de paire. C'est toujours drôle de les voir se parler comme s'ils ne se connaissaient pas et racontent toujours les mêmes choses aux mêmes personnes, même si ça devient plus que vite agaçant. On retrouve un peu de calme dans le couloir, de là, nous avons accès à l'étage par les escaliers. Un arrêt marque mon hésitation. Y a-t-il vraiment un intérêt monter pour ne voir que des chambres ? Je ne crois pas, et j'ai un peu la flemme en plus de cela.

Eden : Ça a l’air super grand, vous ne vous perdez jamais… ?

Moi : Bah, on vient ici assez souvent pour les vacances. Et j'en ai fait des cache-cache ici, alors je connais tous les recoins secrets de cette baraque ! Avec l'habitude, on ne se perd pas.

Tiré de mes pensées, je tente de répondre au mieux. J'en connais des gars qui auraient ri à cette question, qui auraient trouvé la demoiselle ridicule et n'aurais pas hésité une seconde à la mettre plus bas que terre avec leur vanité qui devrait les étouffer. Ils ne comprennent pas que tout le monde n'a pas la chance d'être né dans ce monde privilégié, et surtout qu'ils ne sont que des "fils de", ils ne peuvent prétendre à rien, mais le simple fait de l'argent, du titre, leur suffit à se considérer au-dessus. Mais bon, je hais beaucoup trop ce genre de personne pour faire de même. Il n'y a rien de risible à son interrogation. Et j'ai ma réponse, on va continuer tout droit, direction la bibliothèque. Et là, il faut pousser la porte, l'énorme porte en bois qui pèse au moins trois tonnes. Je vais encore perdre tout semblant de virilité qu'il est possible de m'octroyer.

Nous sommes enfin devant. Et elle est là, la fameuse porte. Il va falloir pousser, un grand effort pour moi, mais je tente de le dissimuler, sauf que je me doute que ça ne doit pas marcher trop bien. Mais c'est bon, c'est ouvert. Je rentre, le reste du petit groupe à ma suite. Je m'arrête net, Raph est là. Assis en tailleur par terre, son casque sur la tête et un bouquin posé sur ses genoux. Il ne nous a ni vu ni entendu rentrer. C'est bizarre de le voir là, il est censé être à la réception. Il est en tenue en plus, chemise blanche, pantalon bordeaux, nœud papillon bleu marine. Je ne comprends absolument pas ce qu'il fait là. Il faut que je lui parle, mais je ne peux pas me détourner de ma visite sans en expliquer la raison à mes invités. C'est un peu la moindre des choses.

Moi : Je vous présente Raphaël, mon grand frère, enfin, le deuxième. C'est pas lui celui de la réception. Je vais lui parler deux secondes, je reviens.

Je m'approche de lui jusqu'à ce que je sois juste devant, que je sois certain d'être dans son champ de vision sans avoir à l'effrayer. Il lève les yeux, et donc la tête. Il doit bien voir que je ne compte pas bouger tant que je ne saurais pas de quoi il en retourne. Il ôte son casque et le laisse tomber sur ses épaules. Je ne sais pas trop pourquoi mais je sens que ma présence ne le ravit pas. Il pousse un long soupir et se décide enfin à s'expliquer.

Raphaël : C'est Seth, c'est bon, il m'a gonflé. On parle que de lui, et maintenant, il se sent plus. Je suis venu me calmer ici, un peu, j'y retournerai plus tard.

Moi : Ok, tu m'expliqueras tout ça. Je te laisse, je suis avec des gens.

J'aimerais bien avoir plus de détails, parce qu'il y a forcément une raison à ça. Il en vouloir pour qu'il se braque, et qu'il s'isole de la sorte. J'aurais été seul, je serais resté pour savoir ce qu'il s'est passé et aller remonter les bretelles de Seth au besoin. Sauf que ce n'est pas le cas, et que je vais éviter de les faire patienter davantage. Raph l'a dit lui-même, il va s'en remettre tout seul et y retourner. Alors aucun réel problème. Je me tourne vers mes hôtes et les invite à sortir de la bibliothèque avec un minimum d'explication.

Moi : Désolé, trois garçons, ça fait souvent des embrouilles. Mais bon, ils sont grands ils vont s'arranger entre eux. On peut continuer, on va aller dans le salon tiens.

Quand je suis revenu vers eux, j'ai croisé le regard d'Ezekiel, et il y a eu une sorte de déclic. Malheureusement, il n'est pas encore complet. Au-delà de son nom, son visage m'interpelle maintenant, je l'ai déjà vu. Il faut juste que je trouve d'où. A force, je devrais bien finir par trouver ! Si je le regarde bien, cela réactivera sûrement ma mémoire. Ouais, sauf que tu le fixes là, sombre idiot. Oh non, depuis que je suis revenu, je ne l'ai pas lâché du regard, je l'ai carrément dévisagé. Bonjour le minimum de tenue... Je baisse les yeux, vite, et je commence à rougir. Voilà, je n'avais pas encore fait de boulette, il fallait bien que ça commence à un moment. Bon, il faut arranger ça, et sans empirer la situation, ça serait une bonne chose.

Moi : Excuse-moi de t'avoir fixé comme ça. C'est pas trop... Attends deux secondes. M'en veux pas mais il faut que je sache.

Je m'approche de lui, frôle son visage avec mes mains pour soulever ses cheveux. Je plante mon regard dans l'azur de ses yeux. Il n'a fallu qu'un centième de seconde. Je le reconnais. Ezekiel. C'est le bleu de sa chevelure qui a dû me perturber, du souvenir que j'en garde, ils étaient noirs. Mais, il faut que j'aille vérifier, si je ne dis pas n'importe quoi, toutes mes photos de vacances sont dans des albums ici. Ouais, ça devrait être chez nous, mais comme c'est ici qu'on se retrouve tous, en famille, on a tous les souvenirs, forcément. Le soulagement d'avoir trouvé est tel qu'il faut que je m'assure que je ne me plante pas. S'il y a des clichés de cette visite à Kalos avec Tanguy, elles sont là-haut, même si ça remonte.

Je tourne les talons et trace directement vers les escaliers, je grimpe les marches en quatrième vitesse. Je déboule dans ma chambre, tout est dans le meuble qui me sert de table de chevet. Allez, il faut que je trouve. Je prends le premier album, je le feuillette. Au bout de quelques pages, je finis par réaliser que c'est bien trop récent pour que ce soit dans celui-là. Je soulève deux autres albums et prends le deuxième, en partant du bas. Il n'est pas très grand, mais il compense par son épaisseur, sa couverture en cuir le fait peser plus lourd encore. Je commence à l'ouvrir. Arceus, que ces photos datent ! Je dois avoir maximum six ans sur ces photos. Je regarde, la plage, la tête rousse d'Alex, une troupe de blondinets sauvages au Poképark, le carnaval de l'école. Tellement de souvenirs, c'est fou. Sauf que je n'ai pas le temps de m'attarder sur ce que m'évoque chaque prise de vue, j'enchaîne les pages, c'est là, c'est obligé. J'y suis. Trois têtes, deux blondes et une plus que brune. Je me tiens fièrement sur le dos d'un Ponyta. Et c'est Ezekiel et sa sœur qui sont avec moi, j'en suis certain. Je sors la photo, prêt à la descendre pour la montrer au principal concerné. Je remarque alors des inscriptions à son dos. "Anya & Ezekiel". Plus de doute possible, c'est bien lui.

Fier de ma découverte, je dévale les escaliers avec la même fougue qui m'a fait les monter. Bon, dans ma précipitation, je me suis pris les pieds dans le tapis, et j'ai failli m'étaler de tout mon long. Mais, dans un sursaut d'équilibre, je me récupère. Je ne suis pas doué, je le sais, mais j'essaie de ne pas forcer le trait non plus. Ils sont là, où je les ai laissés un peu plus tôt, dans le couloir. Je trace tout droit vers Ezekiel, une fois assez près, je lève mon bras et lui place la photographie devant les yeux.

Moi : Regarde. C'est nous !

Et là je réalise. Je les ai carrément plantés là, sans aucune raison. Ils n'ont rien dû comprendre à ce qu'il s'est passé dans ma tête. A vrai dire, je n'ai pas réellement eu le temps de suivre non plus. Je me suis précipité et c'est tout. Comme d'habitude, je n'ai réfléchi à rien avant de foncer. Mais bon, c'est trop tard maintenant, les dés sont jetés, je n'ai plus qu'à espérer qu'ils ne m'en veuillent pas trop, et qu'Ezekiel ne me trouve pas trop intrusif. Aussi. Et forcément, la réaction se lit immédiatement sur mon visage, je baisse les yeux. Bon, même si je suis le premier à m'insurger contre les commodités, les règles de bienséance à la noix et à prôner la convivialité et la proximité, mais là, je me suis senti un peu trop en confiance. Beaucoup trop proche, c'était très indélicat de ma part, un sacré manque de tenue. Sauf qu'il n'existe pas de bouton de retour en arrière, donc bon, je vais devoir composer avec les retours que j'aurais. Tant pis, le boulet a encore frappé.










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Région : Johto
Lun 28 Nov 2016 - 19:07

La flamme renaît au cœur des cendres




C’est vrai : la question de la demoiselle pourrait sans doute paraître ridicule en d’autres circonstances. Après tout, quel homme étourdi faut-il être pour se perdre dans sa propre demeure ? Même si l’exercice demande un brin plus de mémoire, se placer dans un aussi grand étalage de richesse est aussi facile que de trouver ses aises dans un minuscule studio. Mais comment pourrait-elle le savoir ? Eden, contrairement à toi, a toujours vécue dans la simplicité… Son existence entière a été épargnée des superficialités engendrées par l’argent et les faux mérites. Elle ne connait rien à tout ceci et sans doute n’imaginait-elle pas en caresser un jour les fondements. Ça ne manquait pas à sa vie, au contraire. À tes yeux, la pureté d’Eden et son manque de suffisance la rendaient beaucoup plus méritante que n’importe quelle autre grosse fortune… Elle possédait ce que des millions d’hommes n’entreverraient jamais : l’authenticité. Personne ne pourrait jamais le lui enlever… De ce fait, tu te fichais bien de l’idiotie de ses questions. Si, dans ton état "normal", tu te serais habituellement empressé de la ridiculiser, les choses semblaient passer avec beaucoup plus de facilité lorsqu’il était question de la blondinette. Quelque chose chez elle calmait ta malveillance et apaisait suffisamment ton cœur pour te transformer, même momentanément.

Contre toutes attentes, les pas de votre guide vous mènent tous droits vers une énorme porte en bois dont l’architecture laisse Noah sans voix. Sifflant d’admiration, le jeune homme secoue brièvement la main puis chercher sur vos regards la même surprise que la sienne. Sans résultat. La porte est, certes, une pièce magnifique de la demeure, mais elle ne change pas de celles protégeant les secrets que recèlent certaines salles plus sensibles de la demeure Fitzgerald. Tu en as trop vu, trop entendu : la richesse n’évoque plus le moindre sentiment d’envoûtement dans ton cœur flétri. Heureusement, les deux autres individus autour de toi ne voient pas les choses du même œil éteint. Remarquant que Nessa peine à pousser la pièce de bois, le jeune adulte vous accompagnant s’empresse de se porter à son secours pour l’aider à dégager le chemin. Quelque chose dans le sourire mièvre qu’il lui adresse par la suite t’arrache un œil méfiant. « Waouh… C’pas rien cette porte quand même. Elles sont toutes comme ça ici ? » Leurs questions néophytes t’amuseraient presque si tu avais le cœur à rigoler de nouveau. Malheureusement, il n’y a plus de place pour tout cela dans ta vie. Les sentiments positifs, ils se sont envolés aux contacts d’un trop plein de violence et de déceptions… Mais autant ne pas y penser.

Ainsi, c’est la bibliothèque des lieux qui se cachait derrière la mystérieuse porte. Prévisible ? Un peu, mais pas suffisamment pour que le charme soit brisé. Les bibliothèques sont souvent des lieux riches en savoirs et en merveilles… Elles recèlent en leur sein l’histoire de l’humanité et les pensées de milliers d’hommes. Ce sont des pièces nobles qui méritent la reconnaissance d’une décoration impeccable. Ce qu’ils ont visiblement respecté au vu de l’apparence des lieux. De nouveau, Noah doit se faire violence pour réprimer son excitation. C’est qu’il se sent plus le Bluebell… Toutefois, une tache au tableau retient rapidement ton attention : casque sur la tête, un jeune homme feuillette un bouquin posé sur ses genoux. Curieux, tu fixes un instant l’inconnu avec un drôle de sentiment te vrillant l’estomac. Naturellement, tu détournes ton regard de lui pour cesser cette torture prenant fondement dans des souvenirs effacés. C’est son frère donc. Jusque-là, il n’y a aucune surprise de taille : les deux partagent des traits communs faciles à percevoir. D’une seule phrase, Nessa vous annonce son besoin de lui parler. « Aucun souci ! » De toute façon, aucun hôte digne de ce nom n’oserait laisser en plan ses invités. Son retour ne tardera sans doute pas… Cela vous laisse au moins le temps de reprendre votre souffle et vos esprits. « C’est quand même impressionnant… C’était comme ça également chez toi, Ez’ ? » Retenant un soupire, tu acquiesces tristement. Parfois, la maison te manque… Mais c’est sans penser à l’accueil froid et impitoyable de tes parents te réserveraient si tu avais le malheur de reposer le pied en terres saintes. Te croient-ils encore morts ? Non… Ils savent sans doute que tu vies. Que ton cœur bat toujours… Mais à quel prix ? Ils ne savent rien plus de toi que ton état d’existence. Ils se foutent bien du reste et de ton silence radio. « C’était un peu plus blanc… » C’est tout ce que tu as à dire sur le sujet. Victoria Winter adore le blanc.

Voyant Nessa revenir dans votre direction, celui-ci s’empresses de vous indiquer le prochain chemin à suivre. Non sans un commentaire sur sa situation familiale, celle-ci arrachant systématiquement un rire vide de malice à Noah qui s’empresses de déposer sa main sur la tête de sa jeune sœur. « C’est comme ça dans toutes les familles je crois bien… » admet-il en offrant à sa cadette un clin d’œil ravageur qui arrache un rictus en coin la jeune fille. En effet… L’existence même de deux enfants sur le même plan suffit à générer des broutilles quasi perpétuelles. Les choses étaient sensiblement les mêmes entre toi et Anya, dont la simple existence rendait la tienne insupportable. Toute ta vie, tu n’as jamais cessé de rejeter ta colère sur elle… Sans savoir que tu abhorrais en elle la partie la plus semblable à la tienne. Un pion. Le chien chien des Fitzgerald, que tu disais… Penses-tu différemment aujourd’hui ? La question demeure entière…

Captant enfin l’attention de Nessa sur toi, tu sens quelque chose changer graduellement dans l’air. Déconcerté, tu fronces légèrement les sourcils sans le quitter de tes prunelles. Quelque chose dans son regard est différent … À moins que ce ne soit que le fruit d’une insistance trop posée à ton goût. Tu ne sais trop que penser, mais cette attitude te rend inconfortable. À une autre époque, tu aurais sans doute été flatté par une telle admiration… Mais il ne résulte désormais de cet événement qu’un sentiment d’embarras presqu’affligeant. Ezekiel a perdu son panache et ses restes crépitants de vie ne font pas fière allure… Bien au contraire. Embêté, tu t’apprêtes à détourner le regard pour observer quelque chose de plus lucratif lorsque ses excuses se fraient un chemin jusqu’à tes tympans. « Ce n’est rien, j’ai l’habitude d’être… » Brusquement pétrifié sur place, tu sens un frisson douloureux s’attaquer à ton échine lorsque ses mains viennent frôler ton visage aux traits placides afin de dégager les mèches qui y fourmillent. Ton cœur échoue sitôt un battement et s’emporte, comme s’il allait exploser dans ta poitrine. Ce n’est pas normal. On ne touche pas un inconnu de la sorte. Surtout pas toi. Qu’il enlève ses mains… Immédiatement. Le contact d’une peau inconnue du bataillon contre la tienne ramène à ta mémoire de mauvais souvenirs dont tu préférerais oublier l’existence. Paralysé, tu restes là à le fixer d’un regard choqué. Pourquoi… ? Répondant à l’instinct, tu t’apprêtes à claquer sa main pour qu’il la retire de ton visage, mais le jeune homme a déjà disparu de ton champ de vision. Comme s’il s’était volatilisé, sans un mot de plus pour expliquer son comportement. Laissant derrière lui un trio à la fois troublé et désorienté.

Le cœur haletant, tu sens sur ta peau le contact de ses doigts comme s’ils y étaient toujours. Tu le sais : ce geste n’était sans doute pas commis à mal… Mais c’est plus fort que toi. C’est viscéral, presque primitif : le monde entier t’effraie désormais. Tu te sens comme un wattouat au centre d’un enclos de némélios… La faiblesse te colle à la peau et l’angoisse dort sur ta taie d’oreiller. Ton quotidien est devenu horrible… insupportable. Et le pire dans tout ça, c’est que tu dois malgré tout continuer à avancer. Même si le cœur n’y est plus et que tu condamnes le geste de ce médecin qui t’a sauvé des griffes de la mort. « Quelqu’un sait où il est parti… ? J’ai rarement vu quelqu’un détaler comme ça. » Doucement, tu hausses les épaules sans jeter le moindre coup d’œil à Noah. Dans ton cerveau fourmille des centaines d’idées toutes plus noires que les autres. Tu n’es rien de plus qu’une victime que tout écrase… En as-tu seulement conscience ? Doucement, la main d’Eden vient se faufiler dans la tienne pour t’octroyer un peu de son courage. Ce geste désespéré pourrait presque t’arracher un sourire triste, mais rien n’y fait. Les traits de ton visage ne répondent plus d’eux-mêmes. « Calme-toi… Tout va bien. Partons, tu veux ? » Compréhensive au possible, la jeune fille plante son regard dans le tien afin de t’apaiser. Ce n’est qu’une main sur ta peau. Pourquoi t’emportes-tu de cette façon ? Dégouté par ton propre comportement, tu t’empresses de secouer la tête négativement. « Tout va bien… J’ai simplement été surpris. » Peu convaincue, elle plisse légèrement les yeux puis hoche doucement la tête. Elle ne souhaite pas entretenir un débat stérile et elle fait bien. Même dans ton état, tu n’en demeures pas moins obstiné qu’avant… Il est toujours autant impossible de te faire plier aux désirs de quelqu’un d’autre que toi-même. Même si tu n’as plus la moindre envie, sinon d’en finir avec ce monde, tu ne veux pas pour autant devenir un pantin encore plus malléable. C’est ta façon à toi de faire entendre que tu as survécu… Ridicule ? Oui. Absolument.

Le voyant revenir, ton corps se tend comme la corde d’un arc. Ton pied initie un mouvement vers l’arrière, prêt à prendre la fuite. Remarquant cela, la jeune fille près de toi minimise davantage la distance entre vos deux corps. « Nous sommes infiniment désolés Nessa, mais nous devons par… » « Regarde. C’est nous ! » Il brandit sous tes yeux une photo que tu ne reconnais pas au premier coup d’œil. Des gens… Des gens dont les regards te semblent heureux et les sourires, naturels. Quel message se cache-t-il derrière cette prise ? Il te faut une seconde d’attention supplémentaire pour reconnaitre la tête noire sur le cliché. C’est trop pour toi. Beaucoup trop. Ton regard se vide de tout sentiment ou étincelle de vie à la seconde où celui-ci saisit que la petite tête noire n’est nulle autre que la tienne.

C’était avant. Avant que la jalousie ne te détruise… Bien avant que tu ne deviennes un monstre. Cet Ezekiel-là n’a plus rien à voir avec toi. C’est un fantôme du passé. C’était celui en lequel tout le monde croyait. Et le revoir-là, souriant de sa perfection, te fait l’effet d’une balle en plein cœur.

C’est beaucoup trop pour toi. Revoyant les souvenirs effacée d’une vie ayant trépassé au contact de la haine humaine, tu sens remonter en toi moult sentiments enterrés. Tout ta vie, tu l’avais employée à atteindre la perfection… Tu croyais qu’en te renforçant psychologiquement, ta mère serait fière de toi et qu’elle obtiendrait enfin le fils dont elle rêvait sans l’admettre. Tu voulais être un digne héritier… Quelqu’un que tes parents seraient fiers de présenter et non pas une lavette comme tu menaçais de le devenir. Un duc n’est pas censé se faire malmener par ses petits camarades. À tes yeux, c’était un déshonneur bien pire que la mort… Alors comment pouvais-tu te sortir du maelström d’idées noires dans lequel la jalousie menaçait de te noyer ? Tu avais fait la seule chose que tu croyais pouvoir faire à l’époque. Incapable de montrer l’étendue de ta faiblesse à ta mère, tu t’étais créée une carapace afin de ne plus souffrir. Tu croyais qu’en leur donnant une bonne raison de t’haïr, le poids du jugement serait moins lourd sur tes épaules… Quel idiot. Tu n’avais fait qu’empirer les choses. Peu à peu, tu t’étais laissé submergé par l’orgueil, la haine et la puissance. Tu avais détruit tout ce qui te définissait autrefois pour mettre au monde un nouveau genre de riche... Un monstre, somme toute. C’est ainsi que les gens te définissaient désormais… Tu méritais ce qui t’étais arrivé. Du contact de leurs mains haineuses sur ton corps chétif aux insultes les plus brutes ayant atteints tes tympans : tu récoltais enfin l’animosité que tu avais semé sur ton passage. Quelle ironie… Toi qui faisais tout ceci dans le simple objectif de te soustraire aux souffrances et l’incompréhension. Te voilà bien servi, n’est-ce pas ?

« Waouh ! Tu étais trop mignon lorsque tu étais enfant. » Détournant tes yeux du cliché, tu tentes d’oublier les souvenirs heureux d’une existence trépassée. S’il souhaitait seulement te prouver que vous vous connaissez dans une autre vie, il lui suffisait de te le dire de vive-voix… Ce n’est pas toi qui l’aurait contredit. Tu avais vu passer trop de personnes différentes pour toutes les graver à l’encre noir sur les pages blanche de ta mémoire… Sur certaines pages, l’encre s’était mise à couler et il était devenu impossible d’en déchiffrer les lettres perdues. « Ce n’est pas moi. » Non… Ce n’est pas toi. Cet individu, qui qu’il soit, appartient à une autre époque révolue. Il n’a plus rien à voir avec toi. C’est terminé tout ça. « Pardon que tu te sois trompé à mon sujet, mais lui et moi n’avons rien en commun. Tu te trompes certainement. » Tu tentes de te convaincre… Non, pire encore : tu tentes d’entraîner tout le monde dans ton déni. Tu es incapable d’accepter qu’un visage aussi souriant et dépourvu de malice puisse être le tien. Vous êtes trop différents pour avoir vu le jour à la même racine… S’il te voyait maintenant, ce petit Ezekiel te détesterait sans doute pour ta trahison. Même si tu avais agi dans son intérêt afin de le préserver, tu te rends compte désormais qu’une courte existence heureuse valait mieux qu’une vie de servitude. Tu aurais dû le laisser se noyer dans son trop plein de gentillesse… Il serait mort en héros. Votre fin commune aurait pris l’apparence d’une supernova. N’en as-tu pas toujours rêvé ? « Tu crois ? Pourtant, on jurerait une version plus jeune de toi… T’en penses quoi Nessa ? » « C’est faux. » Ta voix, cassante de douleur, craque sous une telle froideur. Qu’ils arrêtent… Pour l’amour du ciel, qu’ils cessent de te confronter à ton passé.

Tu as déjà bien assez souffert ainsi…



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Ven 3 Fév 2017 - 13:51
Je reste là, devant lui. Je lui ai montré cette photographie de nous petits, et aucune réaction. Je ne sais pas, je m'attendais à de l'étonnement, de la surprise de sa part. Mais non, il est resté placide, stoïque, comme si cela ne lui faisait rien. Je n'arrive pas à comprendre. J'aurais été le premier à m'enjouer d'une telle nouvelle, ce qui a dû clairement transparaître dans mon engouement, c'est fort probable. En même temps, ce n’est pas tous les jours qu'on revient sur de telles choses, et pour que le chemin se soit frayé dans ma mémoire, il en a fallu du temps, et des efforts aussi, parce que j'ai cherché quand même. J'aimerais pouvoir en retirer un minimum de satisfaction, lui décrocher un sourire, ou que sait-je. Je me demande même si je l'ai déjà vu esquisser une sorte d'émotion positive sur son visage. Je n'en ai pas l'impression, et c'est terriblement troublant.

Qu'est-ce que je dois faire maintenant, attendre une réaction, faire comme si de rien était, relancer ? Je n'arrive pas à déterminer la réponse à cette question, je suis en panique intérieurement. Je n'ai jamais été confronter à cela. A un vide apparent face à moi. Comment savoir ce qui doit être fait, ce qui doit être dit ? Je n'en sais rien, c'est le sentiment d'avoir fait une grosse erreur en déguerpissant de la sorte et en ramenant cette photographie. Quel diable m'a pris ? Pourquoi donc ai-je eu le besoin d'appuyer cela en allant en chercher une preuve. J'aurais sorti cela simplement, en le disant, et c'est tout. Mais non, il a fallu que je me précipite, que je les laisse en plan et que je revienne en lui jetant ça à la figure, comme ça, sans préambule, sans rien. Alors là, c'est certain, je remporte le titre de Mister Catastrophe une énième fois, et très haut la main. Il a fallu que je fasse tout planter, comme d'habitude. Je ne sais même plus pourquoi ça m'étonne, c'est plus du désespoir qu'autre chose, en fin de compte. Je suis juste un idiot, un imbécile, une buse, entre autres, je les bats à plat de couture, je suis hors catégorie dans le domaine du foirage, de l'échec, du plombage d'ambiance.

Je devrais monter un concept, une entreprise secrète qui a pour but de faire rater les choses, au moins ce talent aurait une utilité. Parce que là, je suis arrivé à un point où je m'exaspère. Je crois que je l'ai fait planter le pauvre garçon, un beau plantage système dans son cerveau, je me demande s'il s'en rend compte. En tout cas, ce Noah semble être réactif lui, au moins. Une réponse. Je sors de mon apnée émotionnelle. Il peut enfin se passer quelque chose dans ma tête qui se basera sur un élément concret. Le coin de ma bouche se soulève, je me dirige vers un sourire.

Ezekiel : Ce n’est pas moi.

Tout s'effondre. Comment-ça, ce n'est pas lui ? Il est évident que c'est lui, il est la photocopie plus âgée du petit sur cette photo. Il se fout de moi ou bien ? Parce que c'est son prénom qui est inscrit au dos de cette image, je ne l'invente pas. D'autant plus que "maison ducale Fitzgerald de Kalos" bon, voilà, cela confirme pas mal de choses. J'ose lever les yeux vers son visage. Il est tout ce qu'il y a de plus sérieux. J'étais déjà déstabilisé, je me retrouve dans l'incompréhension totale. Moi qui me plaignait de son absence de réaction, je m'en serais bien privé en fin de compte. Parce que se heurter à un mur pareil, et avec une telle violence, ça fait forcément un sacré choc. Un choc pour lequel je ne suis définitivement pas prêt. Tant pis, je dois composer avec maintenant.

Ezekiel : Pardon que tu te sois trompé à mon sujet, mais lui et moi n’avons rien en commun. Tu te trompes certainement.

J'ai l'impression de lire de la souffrance dans son regard. Il n'y a plus rien de drôle. Je suis passé de l'autre côté, j'ai franchis la ligne. Avec mes bourdes, j'en suis arrivé à blesser quelqu'un. Pas physiquement, mais au fond, ça ne change absolument rien. Je ne fais si peu attention aux conséquences de mes actes que ça en devient préjudiciable aux autres. Toutes les précédentes erreurs de jugements amenaient à des situations cocasses, au pire gênantes. Sauf que ce n'est plus pareil. Je crois qu'il est temps pour moi de me remettre en question, d'apprendre à réfléchir davantage. Je ne veux pas créer la douleur comme ça, la détresse. Même s'il le masque, je le vois parfaitement. Il y a quelque chose qui fait mal en dessous. Par ma faute, c'est ma responsabilité. Et ça m'atteins, en plein cœur, ça me frappe. Et c'est déchirant. Je n'avais jamais causé ce genre de réaction. Et je n'ai plus qu'à l'assumer et le payer. Enfin, je dois surtout tenter de l'arranger.

Il n'y a plus une information externe qui ne me parviens. Je suis seul, avec mes pensées. Il faut que je décide de la posture que je dois adopter, de la réponse que je dois apporter à cela. Je ne peux pas le laisser comme ça, mais que faire ? Ce n'est définitivement pas à moi de prendre l'initiative de le heurter à la réalité, et je ne sais pas si c'est que son ami m'incite à faire. Ce n'est pas à moi de le faire se confronter à ses souvenirs, à lui faire aller au-delà du mécanisme de défense qu'il a créé, de ce blocage, de ce déni. Je ne peux pas me permettre de lui imposer cela, je ne le connais pas. Je n'ai en aucun cas envie d'engendrer davantage de souffrance que ce que j'ai déjà pu faire. C'est bon, j'ai bien du mal à encaisser ce dont je suis à l'origine. Ce n'est pas à moi de le faire. Et cela me donne la sale impression de refiler la patate chaude. Comme si je me dédouanais de l'incendie que j'ai initié. Et que je les laisse face aux flammes dévorantes, en leur laissant une bouteille d'eau.

Je ne sais pas. Je ne veux faire de mal à personne, c'est tout. Je ne demande rien de plus moi. Je ne pouvais pas prévoir tout ça. Et je suis comme paralysé. Un nombre insensé d'émotions remonte en moi et j'essaie de les estomper, même si je me doute que c'est vain. La colère, la honte, la peine, la douleur, la culpabilité, la détresse, la déception. Je ne parviens pas à les concilier. Cela me fait vriller. Je baisse la tête, resserre ma mâchoire au maximum, pour tenter de reprendre le contrôle. Mes poings se ferment, se serrent. Je sens la larme chaude couler sur ma joue, je me dégoûte, à être fragile, à être faible de la sorte. Jamais je ne serais cette personne forte, assurée, décidée que l'on attend que je sois. Jamais je n'arriverai à être comme mes frères. Au moins que je ne déteigne pas sur les autres.

Moi : Je... Je suis désolé, j'ai dû faire erreur.

Je n'ai finalement pas réussi à masquer la fébrilité dans ma voix, c'est pitoyable. Je n'arrive même pas à comprendre pourquoi tout cela m'affecte autant. Il y a méprise, ce n'était pas ce qu'il fallait faire, mais qui peut t'en tenir rigueur ? Qui aurait pu le prévoir ? Personne, sauf que cela ne change rien. Je me suis blessé, par ricochet, comme si j'avais atteint mon reflet dans le miroir. Cela n'efface rien, cela n'effacera jamais rien. Pourquoi donc continuer à me fourvoyer de la sorte, pourquoi donc s'infliger tous ces supplices à prendre cela à cœur pour faire du mieux possible ? J'aurais très bien pu forcer le truc et vouloir lui faire intégrer que c'est bien lui, pour rester sur ma penser, avec un mépris total de ce qu'il peut penser, de ce qu'il traverse. Pourtant, je ne l'ai pas fait, je me suis contenté de me mettre tout seul au fond, comme je sais si bien le faire en fin de compte. Je ne suis que la conséquence d'un échec de toute façon. Que pouvais-je bien espérer ?

Il n'y a plus de doute possible à présent. Elle aurait fait mieux que moi, car qu'est-ce que je peux faire d'autre que me morfondre dans l'échec ? Apparemment bien peu de choses. Je suis irrémédiablement trop sensible pour faire face à ce monde, à un tel point que s'en est ridicule. D'autant plus que je ne fais rien pour me ménager. A quoi bon s'encombrer de sentiments ? Je veux juste avancer, pour ne plus penser, pour ne plus ressentir. Je la veux, cette dose de bonheur, mais la sensation de manque qui s'en suit me déchire. Et je navigue en eaux troubles, je sombre et me noie lentement dans la pénombre. Jusqu'à ce qu'une étincelle me fasse retrouver la surface, le temps d'une unique bouffée d'air pur. Tout ça pour me replonger la tête sous l'eau aussitôt. J'aurais préféré être insensible, pour ne pas plonger, encore et encore, au point d'atteindre l'épuisement total. Je me laisse alors couler dans la torpeur des sentiments qui siphonnent mon âme. Pourquoi ne puis-je pas simplement effleurer la surface de l'eau, et voir ces petites ondes se propager, dans un calme plat, sans douleur aucune ?

Apparemment non, je suis voué à suffoquer et à sentir le tiraillement infâme de mon être qui se déchire. Pourtant, je dois me redresser, je dois continuer, au moins pour elle. Je dois faire face. Oui, je dois maintenir cette façade d'enfant joyeux, le gai luron que j'ai l'habitude d'être. Si au moins j'en avais l'insouciance. Je ne sais pas ce que je peux faire, je voudrais lui apporter mon aide, à ce gars que je ne connais que de souvenirs fugaces. Je ne peux me résoudre à partir comme un voleur, ou bien à faire comme si de rien était. Je voudrais lui montrer mon soutien, que je regrette la méprise. Que ce n'est absolument pas ce que je voulais. Et arrêter de m'écraser comme je le fais systématiquement. Lève la tête. Sois fier. Montre que tu es quelqu'un, et que tu ne te laisseras plus abattre. Il faut que je me gonfle à bloc pour oser au moins oser reposer mon regard sur lui. Je voudrais poser ma main sur son épaule, et lui présenter mes excuses. Lui dire que cela n'importe que peu au final. Que nous pouvons poursuivre la visite s'ils le désirent. Mais ce n'est pas à moi de juger de tout ça. Même si je reste leur hôte et que je me dois de faire bonne figure, je reste avant tout humain, composé d'affects qui interfèrent avec ce qu'il a à faire. Je prends une profonde inspiration. Je dois y aller. Je m'avance et pose ma main sur son épaule, avec un peu de vigueur. C'est tout de suite plus moi.

Moi : Excuse-moi. Je ne voulais pas en arriver là. Tu m'en veux pas trop ? Si ?










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Lun 19 Juin 2017 - 7:45

La flamme renaît au cœur des cendres



La gorge crispée par la peur panique de ce toi qui n’est plus, tu tentes de respirer. Tes poumons sont vidés de leur air, resserrés par ce mal être qui te gruge de l’intérieur… Tu as l’impression de suffoquer, de perdre pied dans ce noir profond qui engloutit ton esprit.

Tu n’es pas guéri.

La dépression qui te ronge, qui t’enseveli sous d’horribles paroles, ne cesse de surveiller le moindre de tes faits et gestes, guettant l’instant de faiblesse qui lui permettra de t’assener le coup final. Elle espère qu’un jour viendra où tu ne relèveras pas… Que l’air cessera de circuler dans tes poumons et que tes yeux vitreux se figeront dans une ultime expression de désespoir. De là-haut, elle veut admirer ton corps en putréfaction se solidifier à jamais dans son dégoût et sa douleur malsaine… Souhaitant ouvertement voir ta laideur être enfin mise à nue afin que cette image soit la dernière que les mortelles auront de toi. Que peux-tu faire contre celle qui, d’un souffle, t’a laissé t’effondrer ?

Rien. Tant que tu ne lui auras pas donné ce qu’elle réclame, tu ne pourras rien faire… Il n’y a pas d’échappatoire.

Au moment où ce cliché avait été pris, tu étais jeune, naïf et inexplicablement heureux. Tu croyais avoir toute la vie devant toi… Allant même jusqu’à penser que tu changerais le monde, que tu deviendrais quelqu’un de respectable. Tu étais un héritier accompli, un enfant parfait… Aurais-tu eu ce même regard d’allégresse si tu avais eu conscience de ce qui t’attendait ? Quelle aurait été ta réaction si tu t’étais projeté quinze ans en avant, si l’on t’avait offert le livre relatant ton histoire ? Tu n’en savais rien. Tu savais juste que ça faisait mal en dedans. Que voir cet enfant enjoué dans une période de ta vie où tes pieds pendaient dans le vide renfonçait jusqu’à la garde le couteau planté dans ton cœur… C’était insupportable.

Nessa n’avait sans doute pas pensé à mal. Comment pouvait-il savoir ? À en croire le bout de papier qu’il tenait, votre dernière rencontre remontait à la nuit des temps… Il ne connaissait, de ce fait, plus rien de toi. Il ignorait tout du monstre que tu étais devenu, de l’être infâme qui se tenait devant lui. La seule chose qu’il gardait en mémoire c’était… C’était ça. Cette personne qui n’existait plus que dans l’imaginaire commun et qui prenait dorénavant des allures de légende urbaine. Qui pouvait croire, au regard du dépravé que tu étais devenu, qu’Ezekiel Fitzgerald avait été un enfant adorable ? C’était tellement invraisemblable qu’il était beaucoup plus facile pour le commun des mortels, toi y compris, de croire qu’il s’agissait plutôt là du début d’un mauvais numéro d’humour.

Sans un mot, aucun, Eden et Noah fixent la scène. L’atmosphère alourdie qui vous condamne au mutisme n’est pas agréable… D’une simple phrase, témoin condamnable d’un déni obscur, tu es parvenu à détruire l’ambiance bon enfant qu’eux trois avaient construit. C’est tout toi. C’est devenu si pitoyable de te voir mettre à terre toutes les tentatives émanant des autres pour édifier un lien avec toi que tu ne parviens même plus à en rigoler... À quel moment es-tu devenu aussi… Malade ?

Cette image de toi-même t’effrayait. Était-ce vraiment ce que tu valais, ce que tu étais ? Une fois tes plus sombres revers mis à nus, ne restait-il donc rien de plus qu’un abruti toxique à la fois pour lui-même et son entourage ? À cette idée, tes poings se serrent et ton regard se pose sur le blondinet devant toi. La fébrilité dans sa voix et cette culpabilité qui suinte par tous les pores de sa peau t’arrachent une pointe de culpabilité… La tête basse, le jeune homme semble fixer un point invisible dans l’espace-temps. Ta réaction était disproportionnée… Par refus de reconnaître le petit garçon heureux que tu étais autrefois, tu as blessé quelqu’un qui espérait raviver les souvenirs d’un passé éteint. C’est tout toi… Et pourtant, tu sais que tu ne reviendras pas en arrière. Tu ne peux pas combattre un instinct qui te dicte de fuir ou la peur panique qui bloque l’air hors de tes poumons. Tous les signes de ta chute sont formels et impossible à masquer désormais… Alors que faire ? Tu ne le sais pas. Tu te contentes de fixer la chevelure blonde d’un garçon que tu as blessé tout en palpant du bout des doigts l’atmosphère indescriptible née de ta blessure…

Les mots te manquent pour réparer tes erreurs commises. Même au plus profond des précipices, tu ne cesseras jamais d’entraîner des gens dans ton sillage… Tu ne cesseras jamais de propager le mal qui te ronge, incluant dans ta chute une peuplade que ta décrépitude ne concernait pas… Glorieux n’est-ce pas ? Es-tu à jamais inapte à accomplir quelque chose de bien avant de quitter cette terre ?

« Je… Écoute, ce... » couines-tu à demi-mot, incapable de formuler la moindre phrase. Déglutissant, tu t’apprêtes à rouvrir la bouche malgré l’étranglement qui bloque les sons, mais Nessa ne t’en laisse pas l’opportunité. Relevant la tête, il pose fatalement un regard indéchiffrable sur toi. À mi-chemin entre la détermination et l’hésitation, le jeune homme semble en quête d’amasser tout le courage dont il peut encore faire preuve pour te confronter. Sans connaître les tenants et aboutissants d’une telle crainte, tu redoutes malgré tout le pire en ce qui vous concerne… Te fera-t-il comprendre ta véritable place ? Jettera-t-il une main accusatrice sur ton corps ? Ce ne serait ni le premier, ni le dernier… Cette enveloppe charnelle a connu tant de sévices que tu ne crains plus la colère humaine s’abattant sur elle. Tu es prêt à garder la tête haute et assumer une fois de plus que tu as mérité le châtiment des hommes… C’est le prix à payer pour avoir traité l’humanité avec un tel mépris. Tu espères seulement que ce sera court. Que ça ne s’éternisera pas et qu’il ne prendra pas plaisir à voir se former sur ta peau les ecchymoses nées de sa rancœur.

Armé de telles pensées, tu fermes naturellement les yeux pour mieux absorber le choc lorsque le jeune homme s’avance vers toi et tend une main dans ta direction. Une seconde passe, puis deux… Et enfin, tu sens ses doigts se poser sur ton épaule sans haine ni colère. Stupéfait, tu te risques à ouvrir grand les paupières pour chercher explication dans son regard. « Euh… Je… » Comment peut-on faire preuve d’une telle magnanimité ? Ses excuses t’atteignent droit en plein cœur, libérant tes poumons du bouchon qui les entravaient. « C-Ce n’est rien. Tu n’as pas à t’excuser comme ça… Ça arrive à tout le monde de faire des erreurs. » Bredouilles-tu, manifestement inconfortable malgré la pression qui s’est volatilisé. Ce n’est pas dans tes habitudes de récolter ce genre d’excuse… Après tout, quelle est la valeur de ton pardon ? Dégageant ton épaule de ce contact inhabituel, tu tentes d’éviter discrètement le regard de ton vis-à-vis puis glisses tes mains dans les poches de ton pantalon. Tu as besoin de respirer. C’est désormais une nécessité pour toi de prendre l’air. Tu suffoques entre les quatre murs de cet étalage de richesse auquel tu es désormais étranger. « Tu… Tu peux nous faire visiter les jardins de la résidence ? Un endroit comme ici doit avoir de très beaux jardins… » Le naturel dans ta voix, dans le choix de tes mots, n’est plus qu’un lointain souvenir. Il suffit t’écouter les tonalités de ta voix et la richesse de ton vocabulaire pour voir que rien n’est plus comme avant.

Quelqu’un t’a coupé les ailes. Tu ne pourras pas fuir de nouveau cet enfant, ce souvenir fugace d’une existence gaspillée… Et si les choses s’étaient déroulées autrement, comment aurais-tu réagis face à ce témoin du passé ?



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Ven 4 Aoû 2017 - 9:48
Comment vais-je pouvoir lui faire face ? Comment vais-je pouvoir supporter son regard sur moi ? Comment vais-je pouvoir accepter ce que je viens de lui faire ? Je n'en ai pas la moindre idée. Tout est si confus, je fais ce qui me semble être la bonne chose à faire, lui présenter mes excuses. Je ne peux pas passer outre, si je ne l'ai pas blessé, j'ai au moins réveillé en lui un élément qui lui est douloureux. Et comme par un élan que je n'explique pas, je me suis approché de lui, pour poser ma main sur son épaule. Je n'arrive pas à savoir si ce geste, si cette proximité, c'était dans le but de le rassurer lui, ou de me rassurer moi. Je ne sais pas. Comme d'habitude. De toute façon, je ne sais jamais rien, c'est sûrement pour cette raison que j'agis sans réfléchir, et donc que je commets tous ces actes que je regrette par la suite.

Ezekiel : C-Ce n’est rien. Tu n’as pas à t’excuser comme ça… Ça arrive à tout le monde de faire des erreurs.

Comment peut-il être si conciliant après cela ? J'aurais été le premier à ressentir de la rancune, de la colère, ou au moins une once de souffrance. Ce n'était pas le cas de ce garçon devant toi. Il avait prononcé ces mots avec un tel détachement que ça m'en a totalement décontenancé. Je ne sais même pas quoi lui répondre. Il a déjà capitulé. Il ne lutte plus. Je ne sais pas contre quels démons, nous avons chacun les nôtres moi le premier, il doit se battre, mais cela fait quelques temps qu'il a rendu les armes. C'est évident, cela s'entend dans sa voix, dans son intonation. C'est pour cela que, depuis le début, j'avais bien vu qu'il n'y avait pas cette lueur dans ses yeux, il porte quelque chose d'éteint en lui. Peut-être suis-je stupide, pourtant, je me sens comme missionné pour tenter de rétablir ça, ne serait-ce qu'un court instant. Au-delà de réparer les dégâts que j'ai moi-même causés, je voudrais améliorer les choses. Et ce signal d'abandon face à ce qui le hante se fait davantage ressentir lorsque, d'un léger mouvement d'épaule, il laisse tomber ma main qui y était posée. Je me demande si ce geste n'était pas alors déplacé, si je ne me suis pas trop avancé auprès de lui.

Ezekiel : Tu… Tu peux nous faire visiter les jardins de la résidence ? Un endroit comme ici doit avoir de très beaux jardins…

Le voilà, cet appel au secours silencieux. Il ne m'est pas directement adressé, pourtant, je suis le seul à pouvoir y faire quelque chose. Il est normal qu'il veuille se protéger, qu'il veuille éviter de s'exposer, encore plus face à quelqu'un qu'il ne connait pas. Je ne l'en blâmerai pas, je ne lui jetterai pas la pierre parce que je fonctionne différemment. Si aller voir les jardins est ce qu'il souhaite, c'est ce que nous ferons. Je me suis bien trop imposé à eux depuis le début, encore plus imposé à ce garçon. Il est peut-être temps de reprendre la place qui est mienne, le statut qui est mien, celui d'hôte qui accueille ses invités et leur fait visiter les lieux, comme ce que je faisais jusque-là. Quand retiendrai-je la leçon ? Comment pourrais-je le savoir ? Je dois arrêter de m'impliquer autant dans tout ce qui m'entoure. En fait, je dois arrêter de vivre aussi fort, parce que cela impacte sur les autres, et que je ne le remarque pas avant qu'il ne soit trop tard. Je manque de discernement. Et comme je suis une vraie tête de mule, on ne me fera pas changer d'objectif. Je veux faire naître sur son visage un sourire, un vrai, un sincère. Je veux qu'il retrouve cette flamme intérieure, même si cela ne dure qu'un instant, je veux qu'il retrouve ce qui fait que je suis tant en vie. Peut-être pourrai-je lui en transmettre, pour l'être un peu moins également. Quoi qu'il en soit, il est temps de rompre ce silence.

Moi : Et bien, ouais, clairement, on peut aller dans les jardins, il devrait y faire bon en plus !

S'il arrive à lire dans mon regard, il y verra qu'il n'y a plus de trouble, que je suis passé à autre chose, que cet épisode est derrière moi. J'ai laissé tomber le masque, je ne suis pas cette personne grave, loin de là. Je reste le petit dernier Finnegan, l'insouciant, l'enfantin. Il est dans ma nature d'être comme cela, je n'y peux rien. J'ai essayé de m'enfermer dans le trouble, dans la rage, dans la peine et dans la solitude. Mais cette carapace a fini par se briser, il suffit juste d'une impulsion, d'une bonne impulsion, au bon moment, pour accepter qui nous sommes et ce qui nous fait. C'est juste qu'il est bien plus simple de se voiler la face. Et que faire alors ? Je ne le connais pas, il ne m'incombe pas d'être cette personne, mais de l'erreur que j'ai commise, je veux faire bien plus que de simples mots d'excuses. Je suis désolé Ezekiel, tu viens de tomber sur le plus borné de la famille Finnegan, et pourtant, il y a du niveau.

Je me détache, et fais volte-face, pour me mettre à leur hauteur. Je crochète le bras du jeune homme passant ma main dans le creux qui le sépare de son corps, non sans deviner une expression de surprise sur son visage. De toute façon, il n'a pas vraiment d'autre choix que de me suivre puisque j'avance déjà, invitant ses deux amis à me suivre. Je sais bien que je ne fais pas dans les formalités, que je suis tout sauf prévisible, et alors ? J'ai toujours été comme ça, et ce n'est pas maintenant que je compte changer ! Nous reprenons notre progression, jusqu'à la véranda, ou plutôt la serre, je ne sais pas trop. En tout cas, de là où nous étions, c'était la route la plus rapide. Je leur explique brièvement que mon grand-père est un amateur de jardinage. Je sais pertinemment que l'information n'est pas des plus captivantes, mais je ne peux traverser cet espace dans un blanc complet, sans dire le moindre mot. J'ai dit que je leur ferai visiter, après tout, il n'y a pas de raison pour que je cesse. Une porte et nous sommes dehors. Je fais alors sortir la petite troupe.

Dans la nuit, éclairée par la seule lumière de la bâtisse, c'est l'obscurité qui prédomine. Il n'y a rien de bien fou, ce n'est qu'une étendue de pelouse soigneusement tondue, enfin, pour cette partie là. Sans compter les parterres de fleurs et les haies taillées. Ce n'est pas vraiment de ces choses que j'apprécie, je suis plus à aller m'allonger à l'ombre du saule pleureur, là-bas, tout au fond, seul. Ici, ce ne sont que fioritures décoratives qui apportent bien plus de sophistication que de charme au lieu. Cette partie des extérieurs ne m'est pas des plus familières, d'autant plus que cela fait quelques temps que je ne suis pas venu ici. J'aimais juste ce coin un peu plus loin, plus sauvage que le reste de ce design millimétré.

Moi : Voilà, nous y sommes.

Un léger courant d'air frais vient se faufiler sous le tissus de ma chemise, volontairement laissée hors de l'étreinte de ma ceinture. Et ce frisson qui s'en suit. Je pense irrémédiablement à chez moi, à la maison, à cette brise marine. Ici, ce n'est rien de plus que du vent mêlé à la fraîcheur du soir, rien d'aussi vivifiant. Sauf que je ne peux m'empêcher de marquer un temps d'arrêt, et surtout de lâcher un soupir de contentement. Ici, je suis loin de tout ce qu'il se passe à l'intérieur. Ici, je sais que je peux me contenter de n'être que moi. Je reprends mon avancée, que dire de plus que ce que l'on voit, partir dans des souvenirs d'enfance lointains, je n'ai pas envie de renouveler l'expérience. Le bruissement des feuilles suffit bien amplement, je crois. Alors je vais continuer, sans un mot, jusqu'à intervention extérieure, je veux aller là-bas. Tout est si calme là-bas. Je ne sais pas, j'y vais. C'est tout.










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